PAR LA VOIE CUTANÉE
Sommaire. — La voie cutanée est double : elle comprend en effet la voie dite endermique et la voie cutanée proprement dite.
Un mot sur la voie endermique.
Étude de la voie cutanée proprement dite. Ses avantages et ses inconvénients ; ses indications et ses contre-indications.
Formes pharmaceutiques des médicaments destinés à l’absorption par la voie cutanée : au nombre de deux, les pommades et les bains ; de plus, certains médicaments peuvent être administrés par cette voie, en nature. Définition des pommades et des bains.
Prescription des médicaments destinés à l’absorption cutanée. Prescription des pommades. Pommades magistrales : trois parties, inscription, souscription, instruction.
De l’inscription : deux termes,, base et excipient. Excipients principaux : vaseline,, axonge, lanoline. Exemples de formules de pommades.
De la souscription.
Pommades officinales et industrielles.
De l’instruction des pommades en général. Technique des onctions et des frictions. Considérations physiologiques sur l’absorption des substances solides par la peau.
Prescription des bains médicinaux. Absorption des liquides par la peau. Prescription des médicaments en nature. Absorption des gaz par la peau.
J’arrive maintenant à la voie cutanée.
Si la voie digestive se déquadruple, ainsi que je vous l’ai montré, la voie cutanée, elle, se dédouble.
Elle comprend, en effet, la voie dite endermique , qu’il serait plus judicieux de qualifier <ï endépidermique, et la voie cutanée proprement dite, qui, par opposition avec la précédente, pourrait être dite susépidermique.
Je ne m’arrêterai qu’un moment sur la première, qui, à la façon de la voie linguale, est d’ordre purement historique, pour accorder ensuite à la seconde tous les développements qu’elle réclame.
La voie endermique a été découverte par Lambert et Lesieur (1823) et a été surtout vantée par Trousseau/ dont le nom est resté attaché intimement à son emploi. Très fréquemment usitée du temps dé Trousseau, par lui et par ses élèves, elle était encore utilisée au début de mes études. Mais aujourd’hui elle est, pour ainsi dire, complètement délaissée.
Pour administrer les médicaments par la voie dite endermique, on détruisait la couche cornée de l’épiderme au moyen d’un tout petit vésicatoire, soit le vésicatoire à l’ammoniaque de Trousseau, soit le vésicatoire à la cantharide : le second était employé lorsqu’on n’était pas extrêmement pressé, le premier lorsqu’il y avait urgence.
Sous l’influence de la vésication, vous savez que la couche la plus superficielle de l’épiderme se soulève : il se forme une vaste phlyctène, qui provient de l’exsudation de sérosité dans l’épaisseur de l’épiderme même ; cette sérosité se collecte entre le corps muqueux de Malpighi et la couche cornée de l’épiderme.
Dès que la phlyctène était développée sous l’action caustique du vésicatoire à l’ammoniaque ou à la cantharide, on donnait issue à la sérosité; on détruisait, on enlevait la couche cornée de l'épiderme mortifié, et on déposait la substance médicamenteuse sur le corps muqueux de Malpighi/ à vif. Vous voyez donc que cette voie était très improprement appelée endermique : il n’y a rien là qui ait un rapport quelconque avec le derme ; cette voie aurait dû être dénommée endépidermique.
C’était presque toujours la morphine qu’on employait: on mettait au contact de l’épiderme profond, mis à nu par le fait de la destruction de l'épiderme corné, de la morphine en nature/l ou 2 centigrammes suivant les cas, et on obtenait des effets très analogues à ceux que détermine la piqûre de morphine, quoique à la vérité moins accusés. On pouvait réitérer l’application du remède pendant quelques jours, tant que la couche cornée de l’épiderme ne s’était pas régénérée, de trois à quatre ou cinq jours. Au bout de ce temps, si on voulait continuer la médication, il fallait appliquer un nouveau petit vésicatoire.
La voie dite endermique a été tuée par la seringue de Pra-