POUR LA
VOIE CONJONCTIVALE
En vue de l’absorption, la voie conjonctivale est exclusivement employée pour des substances médicamenteuses ayant une action élective sur l’iris et, par son intermédiaire, sur la pupille. Certaines dilatent la pupille, elles sont dites mydriatiques ; les autres la resserrent, elles sont dites myotiques . Mydriatiques et myotiques, soit à cause de leur action directe sur l’iris et sur la pupille, soit à cause d’autres effets obscurs dans leur mécanisme, tel que -celui qu’ils exercent sur la tension oculaire, sont couramment utilisés en oculistique.
Lorsqu’on porte sur la conjonctive des substances médicamenteuses, atropine ou ésérine par exemple, celles-ci sont absorbées par une double voie. L’absorption a lieu en partie par la voie circulatoire, et la preuve de cette absorption est fournie par la bilatéralité de l’action médicamenteuse : l’application d’atropine sur un œil est suivie en effet d’une mydriase bilatérale. L’absorption a lieu aussi de proche en proche; la substance déposée à la surface de la conjonctive en imbibe les éléments cellulaires, traverse la cornée transparente, pénètre dans la chambre antérieure de l’œil et, en définitive, finit par imbiber l’iris même : cette absorption de proche en proche est établie par le fait de l’action plus intense exercée sur l’œil instillé que sur l’œil du côté opposé. Lorsqu’on dépose de l’atropine sur un œil, on obtient une mydriase bilatérale; mais celle-ci est plus marquée au niveau de cet œil qu’au niveau de l’autre.
D’ailleurs, des expériences réitérées prouvent ce cheminement de proche en proche des substances qu’on applique à la surface du globe de l’œil. C’est ainsi que Laffay et Fromag-et,
PRESCRIPTION DES COLLYRES
ayant instillé des gouttes de solutions d’iodure de potassium à la surface de l'œil chez des animaux, ont pu retrouver une certaine proportion d’iode dans la chambre antérieure de l’œil de ceux-ci.
Par conséquent, quand on dépose des substances médicamenteuses à la surface de la conjonctive, il y a, d’une part, absorption par la circulation, d’autre part, imlpibition de proche en proche des tissus.
Les médicaments qu’on administre parla voie conjonctivale sont employés sous la forme de solutés aqueux ou huileux. Ceux-ci, dans le cas particulier, portent la dénomination de collyres liquides , les collyres étant définis, par le Codex, « des médicaments destinés au traitement des affections des yeux ».
Il y a deux sortes de collyres: les collyres secs et les collyres liquides. Comme collyre sec, je vous citerai la pierre divine, qui n’est autre chose qu’un cristal de sulfate de cuivre; mais la pierre divine n’est jamais employée en vue de l’absorption ; elle sert seulement de médicament topique. « Les collyres liquides, ajoute le Codex, ont pour excipient des eaux distillées ou des infusés (i), auxquels on ajoute, suivant l’indication, des sels ou d’autres substances. »
La prescription des collyres liquides en vue de l’absorption est toujours magistrale et, par suite, elle peut comporter les trois parties classiques, Yinscription, la souscription et l 'instruction ; cependant la souscription n’y a pas place d’ordinaire.
L’ inscription est celle d’un soluté, par conséquent très simple. En void quelques exemples:
collyre mydriatique (Lagrange).
Sulfate neutre d’atropine cinq centigrammes.
Dionine dix centigrammes.
Eau distillée 10 gram.
(I) 11 conviendrait d’ajouter ici Y huile couramment employée comme excipient de l’ésérine.
collyre myotique (de Lapersonne) .
I Nitrate de pilocarpine vingt centigrammes.
I Eau distillée lOgram.
autre .
I Ésérine dix centigrammes. . .
I Huile d’olives stérilisée 10 gram.
L 7 instruction sera en partie verbale, en partie écrite.
Verbalement vous ferez connaître à votre malade ou plutôt à la personne préposée à ses soins, parent ou garde-malade, le mode d’emploi du collyre. Celui-ci s’administre en instillations, c’est-à-dire par gouttes, lesquelles sont déposées à la surface de l’œil au moyen d’un compte-gouttes.
Pour y procéder, il convient d’imposer au malade une attitude appropriée, c’est-à-dire de le faire asseoir sur une chaise, la tête fortement renversée en arrière, ou mieux de le faire étendre sur le dos, les yeux, bien entendu, largement ouverts.
Leur grand angle, c’est-à-dire leur angle interne, représente le lieu d’élection pour la chute des gouttes médicamenteuses. Au contact de celles-ci avec la conjonctive, souvent il arrive qi e les yeux se ferment et qu’ainsi elles s’accumulent non sur le globe oculaire, mais extérieurement sur les paupières. Le premier mouvement du patient, s’il est allongé, est de se redresser sur son séant. Une garde-malade avisée, d’un geste s’opposera à cette interïtion ; puis elle donnera l’ordre d’ouvrir les yeux, et aussitôt le collyre prendra la place voulue à la surface de la conjonctive, dans le lac lacrymal.
Par écrit vous indiquerez le nombre de gouttes à instiller par fois; vous préciserez le nombre des instillations à pratiquer chaque jour ; s’il y a lieu enfin, vous mentionnerez la durée du traitement.
S’il s’agit, par exemple, d’une iritis, maladie qui réclame l’usage des mydriatiques, après avoir prescrit l’un le collyre à V atropine, vous mentionnerez la nécessité de pratiquer quatre ou cinq instillations quotidiennes composées chacune de trois quatre ou gouttes.
S’il s’agit d’un cas de glaucome, après avoir prescrit le collyre à la pilocarpine, par exemple, vous instruirez votre malade de la nécessité d’en instiller dans l’œil chaque jour quatre à six fois une goutte.