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RÉDIGER UNE ORDONNANCE

Sommaire. — Technique de l’ordonnance.

Prescriptions hygiéniques ou d’hygiène thérapeutique.

Prescriptions thérapeutiques proprement dites ; elles peuvent être d’ordre psychique (psychothérapie), d’ordre physique (physiothérapie), d’ordre chimique (chimiothérapie).

Division des médicaments en officinaux, magistraux, spécialités et eaux minérales.

Définition du médicament officinal. — Le Codex. — Manière de prescrire un médicament officinal.

Définition du médicament magistral. — Manière de le prescrire. — Les incompatibilités médicamenteuses: incompatibilités physiques, chimiques, physiologiques et pharmaceutiques.

Définition des spécialités. — Leurs avantages et leurs inconvénients. — Manière de les prescrire.

Définition des eaux minérales et manière de les prescrire.

Renouvellement des médicaments. — Substances vénéneuses. — Particularités concernant leur prescription, leur renouvellement et leur délivrance aux médecins en vue de l’exercice de leur profession.

Rapports du médecin et du pharmacien.

Quelle que soit la maladie à laquelle vous ayez affaire et quels que soient les principes de thérapeutique dont, dans votre pratique, vous vous inspiriez, vous ne devrez jamais manquer, le traitement que vous appliquerez, une fois arreté, d’en consigner par écrit les divers points, de rédiger, en d’autres termes, en vue de la remettre à votre malade, ne ordonnance.

Dans aucun cas, en effet, une consultation digne de ce nom ne doit se clore sans ordonnance, et vous causeriez à votre malade une surprise, qui pourrait se terminer à votre détri-

ment, si, après un examen si attentif et si sérieux qu'il fût, vous concluiez par des conseils qui ne seraient pas exprimés secundum artem , c’est-à-dire par écrit, d’après le rite coutumier de l’ordonnance.

TECHNIQUE DE L’ORDONNANCE. — Toute ordonnance se compose d’un certain nombre de prescriptions. Vous disposerez celles-ci dans un ordre méthodique, ordre sur lequel je reviendrai bientôt, en prenant soin de les numéroter et de les séparer distinctement l’une de l’autre. Le numérotage aura cet avantage de vous permettre, dans une consultation ultérieure, de désigner nettement et brièvement, s’il y a lieu, celles des prescriptions qui doivent être continuées ou supprimées.

Propriété du malade, l’ordonnance, cependant, n’est pas destinée à lui uniquement. Sauf exception, elle doit être soumise au pharmacien en vue de l’exécution de certaines prescriptions. Quelquefois, en outre, elle doit être communiquée à d’autres coadjuteurs de la médecine, garde-malade, ventouseur, masseur, etc. Pour toutes les personnes appelées à en prendre connaissance, elle doit être écrite lisiblement et sans abréviations. Vous savez de quelle réputation détestable, mais pleinement justifiée, jouit la calligraphie médicale contemporaine. Vous la réhabiliterez. Vous ne voudrez pas que, par votre faute, je veux dire du fait d’une écriture tronquée et indéchiffrable, votre malade soit exposé à un danger tel que celui qui pourrait découler d’une erreur de posologie pharmaceutique. Vous le voudrez d’autant moins que votre responsabilité pourrait s’en trouver judiciairement engagée.

Non seulement vous écrirez lisiblement votre ordonnance, mais, après l'avoir datée, vous signerez de même. Légalement vous y êtes tenu lorsque, comme je vous le montrerai, votre ordonnance comporte la prescription de certaines substances toxiques. Ou, du moins, vous êtes tenu, dans ces conditions, à « dater et signer », ainsi qu’à « mentionner lisiblement votre nom et votre adresse. » Il est nécessaire, d’ailleurs, que le pharmacien sache votre nom pour pouvoir le transcrire sur son registre, obligation légale dans certains cas, megiif'p fde bon ordre d&n$ tops.

Technique de i/ordonnancé.

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Disposition méthodique, séparation et numérotage des diverses prescriptions, calligraphie honnête, inemploi des abréviations, hormis, bien entendu, de celles qu’accorde ou même qu’ordonne Fart de formuler, tels sont les préceptes qui doivent présider à la rédaction d'une ordonnance.

Ce ne sont pas les seuls : il en est d’autres dont, pas plus que de ceux-ci, vous ne devez vous départir. C’est ainsi que vous ne rédigerez votre ordonnance qu’au milieu du silence le plus complet. Vous n’aurez pas de peine, d’ordinaire, à l’obtenir ; au besoin vous le réclameriez. C’est ainsi que, terminée, avant de l’abandonner entre les mains de votre malade, vous lui en donnerez lecture. Celle-ci vous permettra de fournir verbalement les renseignements complémentaires nécessaires, de répondre aux objections qui pourraient vous être adressées touchant votre thérapeutique, de vérifier enfin vos prescriptions et ainsi de réparer au besoin quelque omission ou de corriger quelque erreur.

Je ne vous ai rien dit encore du côté purement matériel de l’ordonnance. Il va de soi que, pour l’écrire, vous emploierez non un crayon, mais une plume, et que vous ne déposerez le fruit de vos méditations thérapeutiques que sur des feuilles convenables. En tête de celles-ci, si vous exercez à Paris ou dans une grande ville, doit figurer votre adresse, souvent utile au pharmacien, quelquefois au malade, Y doit figurer aussi l’invitation adressée à ce dernier de rapporter V ordonnance . La précédente ordonnance, en effet, au moment d’une nouvelle consultation, vous est souvent nécessaire pour vous remémorer le diagnostic antérieurement porté et plus encore pour vous permettre de souder au traitement ancien le traitement nouveau.

Il est un cas particulier de l’ordonnance sur lequel, en terminant, je désire vous dire un mot. Je fais allusion à celui de l’ordonnance rédigée dans une grande consultation, c’est-àdire dans une consultation réunissant auprès d’un malade simultanément deux ou plusieurs médecins.

Il est de tradition, et ce^a se conçoit, que l’ordonnance soit alors écrite par le médecin traitant. Naguère, dit-on, l’ordonnance achevée, celui-ci faisait au consultant la politesse de lui A. Gilbert. — L’Art de Prescrire. 2

passer la plume, afin qu'il signât avant lui. De nos jours, le rite exige qu’après avoir rédigé l’ordonnance le médecin traitant dépose sa signature le premier. Ce serait Trousseau, d’après la légende, qui serait responsable de cette petite révolution. Quoi qu’il en soit, connaissant l’usage, il vous sera facile de vous y conformer.

Deux ordres de prescriptionspeuvent figurer sur une ordonnance médicale, à savoir des prescriptions hygiéniques ou d "hygiène thérapeutique et des prescriptions thérapeutiques proprement dites. Envisageons-les successivement.

PRESCRIPTIONS HYGIÉNIQ ÜES. — Les prescriptions de cet ordre sont relatives aux aliments et aux boissons , à X aération , à la température ambiante, au vêtement , à l 'habitation, à la position du corps , au repos et aux fatigues , travail, plaisirs , exercice, aux déplacements à la campagne, à la montagne ou à la mer, etc. Leur ensemble ressortit à ce que naguère on appelait la diététique (mot maintenant réservé à l’hygiène alimentaire) et à ce qu’on appelle maintenant Y hygiène thérapeutique.

Sur ses confins, l’hygiène thérapeutique se confond avec la physiothérapie. Aussi certains agents thérapeutiques, rangés par les uns dans l’hygiène thérapeutique, sont-ils par d’autres classés dans cette dernière branche de la thérapeutique.

Quelques mots touchant l’alimentation, l’aération et la température.

La question de l’alimentation n’est pour ainsi dire jamais négligeable dans les maladies, mais elle est particulièrement importante dans celles du tube digestif, estomac, intestin, foie, dans celles des reins et de la nutrition, diabète, goutte, obésité ; elle a sa place marquée encore dans quantité d’autres maladies, notamment dans les infections fébriles, où la diète liquide et plus spécialement lactée doit être prescrite habituellement.

Pour être moins grave, la question de l’aération présente cependant un grandintérêt, notamment dans les affections des voies respiratoires et plus spécialement dans la tuberculose pulmonaire, où, vous le savez, est recommandée l’aération continue.

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