CHAPITRE IX
Les faux meubles [suite et fin)
Quelques renseignements sur les bois el l’artifice auquel on les assujettit, préluderont à ce chapitre.
Les œuvres de sculpture les plus anciennes, remontant au moyen âge, ont été taillées dans le précieux bois d’if concurremment avec le chêne et le noyer de teinte brune, et vouées, sans coloration (nous avons signalé cette faute des ébénistes), aux décorations genre moyen âge. Ce même bois ainsi que l’acajou et l’orme, est employé généralement pour le placage. L’aune, coloré en noir, imite convenablement le poirier qui, lui-même, se teint parfaitement en noir pour imiter l’ébène. Teint en noir et poli, le marronnier joue également l’ébène. La sécheresse du hêtre se corrige par une couche de couleur et, en revanche, ce bois qui permet les audacieux contours, reçoit aisément la dorure. L’érable sycomore n’est pas moins favorable à la marqueterie qu’au truquage de luxe.
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Les bois de poirier et de buis se prêtent volontiers au tour.
Les bois flottés, particulièrement résistants, défient les piqûres de vers ainsi que le bois de tilleul. Le bois de houx imite frauduleusement l’ivoire.
On pourrait ajouter que, soigneusement passés au brou de noix, teints ou peints, nombre de bois vernis huilés, encrassés, fortement cirés et encaustiqués donnent l’illusion des bois les plus rares et, ici encore, nous ne devrons pas nous laisser surprendre. L’étude des nervures, du grain du bois, s’imposant davantage que celle de la couleur, qui s’obtient artificiellement.
Mais passons et, avant d’aborder les pratiques les plus raffinées de la fraude en matière de meuble, nous répéterons que l’indice le plus sûr de leur caractère apocryphe est leur économie, la camelote qui les compose, leur grossière main-d’œuvre.
Aux temps anciens, on ignorait le bon marché et, les meubles ne pullulaient pas comme aujourd’hui. Des artistes ébénistes les dessinaient, lesfabriquaient, tandis qu’aujourd’hui, le commerce les exécute par centaines, d’après un modèle banal, avec des matériaux sans valeur.
Si l’on se retourne ensuite vers les beaux meubles modernes, ils valent aussi cher, sinon plus cher que les beaux meubles anciens. Neuf fois sur dix, même, le bon connaisseur acquiert à bas prix des pièces de style ancien dont il n’obtiendrait la copie qu’à des prix âlevés.
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Économie du bois, économie du fer, autant donc de mauvaises augures. D’ailleurs, en ce qui concerne les ferrures , pentures , serrures, etc., lesfraudeursont tout bénéfice à se les procurer au marché de la ferraille et dans les campagnes, car, outre qu’ils ne pourraient tromper aussi facilement avec des garnitures modernes, ces dernières seraient fort coûteuses à établir, les ouvriers serruriers d’aujourd’hui ayant perdu leur qualité artistique au fur et à mesure que leurs salaires augmentaient.
Au surplus, comment exprimer la naïveté d’autrefois, ou bien — ce qui est plus fréquent — comment
approcher des merveilles de la serrurerie ancienne I Peut-être y arriverait-on encore, car quelques rares artistes s’adonnent encore au travail du fer forgé (et
Fig. S8, — Statuette en terre émaillée^ genre Bernard Palissy, par Pull, musée céramique de Sèvres.
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ce sont ceux-là qui souvent concourent, inconsciemment, aux riches truquages), mais, répétons-le, à quelles conditions!
Fer battu, mal soudé, fer estampé, métal mince, découpé à l’emporte-pièce, fonte sans finesse, autant de trahisons qui marchent de pair avec les bois sans épaisseur et les vulgaires placages. Toutes ces ferrures, genre ancien, manquent de pittoresque; elles confondent cette qualité avec la grossièreté et, leur manque de solidité due à la parcimonie de la matière, est criante.
Mais dénonçons des pratiques plus relevées. Nous avons vu les placages communs, au tour maintenant des riches contre-placages. Il ne s’agit point encore des placages frauduleux, mais ceux-ci les préparent. On appelle contre-placages des applications de bois précieux (palissandre, ébène, acajou) sur une feuille de bois de choix préalablement appliquée sur un bâti. C’est en somme une sorte de marqueterie, sinonl’opération même de la marqueterie^
Nous savons qu’après la Renaissance ce moyen de beauté fut en faveur, et nous allons assister à un renouveau de ce genre d’ébénisterie, mais, cette fois, dans le domaine du truquage de prix.
1. Attention aux fausses marqueteries exprimées à l’aidé de la pyrogravure qui, sur un même bois, simule, du bout de sa pointe incandescente, des dessins peints ensuite à la couleur de bois différents.
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Plus nous avançons, en matière de meuble, plus rintenlion de tromper coûteusement s’accuse.
Voici que nos fraudeurs vont mettre maintenànt à contribution leurs ruines. C’est-à-dire que les vieux chiffonniers en bois de rose et de violette chers aux époques Louis XV et Louis XVI, que les débris d’horloges et de commodes deBoulle, que les marqueteries endommagées, achetées à vil prix, serviront à des résurrections de pur style.
C’est l’art d’accommoder les restes. Il ne s’agit plus, n’est-ce pas, de faire du faux, la manœuvre est plus subtile ; le tour mieux joué se paie davantage, et le marchand n’est pas tout à fait un filou, puisque vous n’êtes point tout à fait volé.
Le travail, d’ailleurs, est fort délicat: il faut recueillir soigneusement, lame par lame, les précieuses maj-queteries et les coller après, sur des carcasses neuves. L’incorporation de la matière rare au support, réclame tout un art que renchérit encore le choix de l’habillage métallique.
■Chutes, rinceaux, galeries, entrées de serrures, poignées de tiroirs, sabots, frises, etc., sont réquisitionnés dans l’amas des bronzes et cuivres anciens précieusement recueillis, à moins qu’ils ne sortent fraîchement de chez le ciseleur du coin. Ainsi parés, nos secrétaires, nos bonheurs-du-jour, recevront une tablette de marbre découpée sur mesure dans une vieille plaque de marbre authentique ou soigneusement jaunie et, lorsqu’une légère couche de crasse et de
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poussière aura harmonisé le tout, calmé l’éclat des cuivres dorés et embué les marqueteries, nos meubles « de style » seront prêts à être vendus.
Ce sont ces mêmes truqueurs qui feront sculpter, à grand renfort de motifs et de moulures, les panneaux simples d’une armoire ancienne, afin de pouvoir la vendre plus cher [fig. 52 et 53). Une couche de peinture sur l’ensemble pour raccorder le tout, un nettoyage général à la potasse, et les sculptures modernes, d’ailleurs finement exécutées, feront partie intégrante de l’armoire ancienne.
Retenir ce genre d’embellissement qui s’adresse aussi bien aux fauteuils, chaises, tables et tous objets en bois, qu’aux étains, cuivres, etc. Commentmaintenant démasquer la fraude ?
En ce qui concerne le placage, on devra s’efforcer d’apercevoir, sous la marqueterie, la couleur et la qualité du bois sur lequel elle repose. Le plus souvent, les bâtis anciens, en bois blanc et plutôt en sapin, tombent en poussière aux endroits où les vers les ruinent. Ils sont généralement ravagés par ces rongeurs, qui aiment les épaisseurs et peuvent davantage « travailler » à l’ombre des placages.
Les bavures de colle relativement fraîches, les encrassements factices aux joints des bois appliqués, peuvent encore trahir la fraude ; il est vrai que les rafistolages trop visibles de la soi-disant restauration, sont là pour faire valoir les parties d’apparence ancienne, et que le marchand n’hésitera pas, au contraire, à opiner du
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bonnet, lorsque vous dénoncerez un morceau douteux. Vous aurez mis précisément le doigt sur la partie restaurée... mais le reste n’en est que davantage authentique.
Fig. 89. — Poterie émaillée^ genre Bernard Palissy, par Avisseau Père, musée céramique de Sèvres.
Il y a cependant un critérium : l’intérieur du meuble. Tiroirs dont les assemblages sont fraîchement coupés, bois excessivement passé au brou de noix : dessus, dessous, bords et rebords: clous neufs ou de rouille récente, chevilles neuves: traces de mastic dans les fentes du bois, etc. Malheureusement, si vous relevez ces indices
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mensongers, le vendeur peut trèsbienne vous garantir que l’extérieur du meuble... et vous voici encore refait.
D’autre part, comment dévoiler l’artifice de l’embellissement rajouté aux véritables meubles anciens?
Cette fois, votre flair peut être éveillé par votre goût. Les marchands en toc n’ont pas toujours réfléchi que la grande simplicité des meubles est leur beauté propre. Ils s’imaginent à tort que l’exagération des ornements augmente cette beauté, et ils ignorent le mérite de la sobriété, aux lignes majestueuses.
Comptons donc sur le mauvais goût des complications décoratives, mal en rapport avec certains styles, d’abord. Ici, telle colonne torse ne nous dira rien qui vaille; là, tel pied lourdement empâté nous choquera. Ces panneaux compliqués, ces bandeaux déchiquetés, ces tabliers aux fioiltures mesquines, enfin, nous laisseront sceptique. Et, de fait, l’harmonie austère de ce meuble est faussée, les grands volumes — en sont altérés; il y a un je ne sais quoi, un joli, duquel on ne peut être dupe et, décidément, ce ne sont pas les cachets à la cire rouge, savamment indéchiffrables ou à l’état de traces sur certaines parties du meuble interrogé, qui nous feront revenir sur notre opinion.
Ces cachets, à vrai dire, jouent le dernier atout du marchand en détresse, de même ces signatures effacées, façon Riesener. Qui veut trop prouver ne prouve rien ; c’est l’aveu de la moindre moulure grecque se suffisant à sa simplicité et de ce pur balustre, au-
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quel des fleurs inopinées voudraient apporter une grâce dont il n’a que faire.
Mais où se borne l’artifice? Il a inventé l’arrachement, qui donne aux boiseries un aspect de vraisemblance extraordinaire. Derrière une cheminée en bois, derrière un lambris, on a laissé des traces de clous et de plâtre mêlées à quelque lambeau de la feuillure dans laquelle ils s’encadraient. ^
Notez que cet arrachement peut être authentique, mais n’oubliez pas qu’il est dangereux de s’y fier excessivement ; il serait si facile de le faire disparaître, il importe si peu d’en référer à lui, lorsque la cheminée et le lambris parlent éloquemment. Or, cet arrachement concerne aussi la tapisserie des fauteuils, canapés, bergères et chaises. Pour authentiquer le faux bois d’un siège, on le recouvre ni plus ni moins d’une étoffe d’apprêt que l’on déchire ensuite, au ras de la carcasse. La trace des clous^ et de la tenture rase, inspire dès lors, une confiance illimitée.
La tenture de ces sièges était tellement détériorée par les ans que l’on dut l’arracher et, d’ailleurs, on n’acheta que les bois qui ont, au reste, souffert de recouvrages successifs. Aussi bien le boniment de l’antiquaire est suspect et, tant vaut le galbe du fau-
1. S’il n’est pas de faux bois ancien qui ne porte des traces de clous arrachés ou brisés afin de faire croire à de successifs recouvrages, il n’y a guère de meubles dépourvus d’étiquettes de chemin de fer. Mais « a beau mentir qui vient de loin », que ces étiquettes ne nous égarent pas plus que de raison.
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teuil, du canapé, la finesse de ses sculptures, la qualité de son bois, tant importe la présentation, affirmative ou négative.
Notez que l’antiquaire malhonnête n’est jamais à bout de ressources. Il lui suffit d’avoir un pied d’authentique sur trois, pour faire un trépied ancien et, avec une console de style {fig. f4), il construira, par exemple, deux consoles [fig. 55). Dès lors, il n’a point tout à fait tort de nous garantir son truquage. Avec un panneau d’armoire, il édifie une armoire entière; avec un vieux bras de fauteuil et un bout de moulure non moins vieille, il construit tout un fauteuil, et vous n’auriez pas complètement raison de crier au faussaire !
Goûtez l’art encore, avec lequel on dédouble une armoire ! Dieu sait combien ces armoires, au XVII® siècle, étaient vastes, et ne faut-il pas rentrer dans le cadre des appartements modernes? Alors on coupe tout simplement une armoire en deux, et voici deux armoires avantageusement présentées, naturellement avec une partie fausse, chacune.
C’est ainsi que l’on procède aussi pour les fauteuils, les tables, etc., et, quant aux bergères et fauteuils [fig. 63), rien n’estplus simple que de les transformer en canapé [fig. 64), si, les ayant sectionnés au milieu, vous placez entre les bras, un corps ou bâti qui les éloigne à chacune des extrémités. Soigneusement sculpté dans le style des côtés de votre bergère, bien réassorti au bois de ces côtés, passé ensuite au brou
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de noix, l’ensemble de votre canapé n’est plus équivoque.
Allez donc suspecter pareille fraude!
L’achat est alors une question de confiance, à moins que le lésinage des sculptnres rapportées, à moins que le bois trop neuf ou les raccords mal finis ne servent le hasard.
Si le canapé est doré, cependant, il nous reste un sérieux espoir. On n’a pas réussi encore à vieillir les dorures genre XVIII® siècle; cellesci, en or fin passé à la feuille, étaient épaisses, et leur titre était inhérent à cette
épaisseur qu’il faudrait alors reconstituer. Nos ors économiques, nos mixtures chimiques de cuivre, reproduisent à la rigueur les vieilles dorures de la Renaissance, mais la patine des ors du xviii® siècle échappe au brigandage moderne.
Fig. 90. — Faux biscuit de Saxe, vulgaire porcelaine peinte et dorée.
Rejetons-nous sur la qualité de l’or employé, du moins sur le peu qu’il en reste, car, toujours malins, nos contrefacteurs ont plutôt recours à des couches d’apprêt de couleur blanche fortement écaillée, au point qu’il ne reste guère d’éléments d’analyse. Si même un vestige de dorure subsiste sur le bois, il risque fort d’être un faux témoin.
« N’avouez jamais » est la devise des faux meubles; le doute doit profiter à l’accusé.
Au fond, la beauté de la façon guide encore et toujours vers la vérité. Les marchands veulent trop gagner et l’acheteur est exigeant. Ainsi vous n’achèterez jamais pour un meuble de Boulle, une quelconque pendule où l’écaille et le cuivre s’assemblent au petit bonheur. Non, l’exécution véritable de Boulle estméticuleuse et somptueuse. Et puis, si vous saviez la provenance hétéroclite de cette pendule de Boulle, soidisant [fig. 67), dont le cadran, marqué d’un nom superbe, n’est qu’une menteuse façadeaccolée à un vieux mouvement acheté d’occasion au marché à la ferraille, dont la boîte n’est un rafistolage d’éléments anciens et neufs sur lequel une petite main a laborieusement collé des arabesques de cuivre taillées à l’emportepièce sur du celluloïd ! Vous en doutez ? Jetez plutôt sur cette simili-écaille rouge, sur cette écaille en gélatine, une goutte d’eau et elle gondolera.
Voyez, au surplus si, selon la manière de Boulle, ces écailles reposent bien sur un fond de cuivre. Attention toujours au sabotage économique ! Contrô-
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lez la variété et Toriginalitédes dessins, pour voir s’ils ne sont point de simples copies empruntées à des recueils connus. N’oubliez pas que le bois de houx joue avaricieusement l’ivoire et que la nacre, la corne et l’ivoire doivent être véritables s’ils veulent sincèrement nous sourire. Ne perdons pas de vue que les bons pastiches coûtent excessivement cher et que d’ailleurs, le travail de l’ébéniste moderne ne peut atteindre aux chefs-d’œuvre du passé.
Nous en trouvons la preuve dans cette production intensive de copies incapables de lutter avec leurs modèles, émanant tout au plus d’ouvriers propres à des restaurations et autres fallacieux trafics de raccordements, de réparations, de rafistolages, à la mode du jour.
Et l’Italie, et l’Allemagne, et l’Espagne continuent à nous inonder de leurs spécialités séculaires, concédant toujours à la camelote pour répondre à la soif de bon marché; faillissant toujours au beau dont ces professionnels du mensonge semblent avoir perdu le souvenir.
Que de cadres douteux ; que de glaces trompeuses ! Et ces dessus de portes, ces trumeaux soi-disant de Boucher ! Ces cadres dont un coin authentique décida de la confection du cadre tout entier I Et ces vieilles glaces^ ingénieusement coupées, si elles sont de certaine importance, afin de pouvoir les attribuer aux époques antérieures au procédé du coulage qui permit de réaliser les grandes dimensions.
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Ces vieilles glaces dont l’étamage est avarié soit par le temps lui-même, soit grâce à des appositions patientes au long des murs humides.
Et l’on s’imagine la course de l’antiquaire achetant à la fois, dans ses randonnées en province et à l’étranger, les vitres brisées qui ont pâti aux vieilles croisées, les glaces au tain défaillant, les vieilles tuiles et lames de parquet, toutes les vieilleries enfin, qui, un jour ou l’autre, prêteront quelque vérité à tant d’artifices imprévus.
Antiques trumeaux et dessus de portes, vous recevrez une glace ou un « Boucher » au choix, et, le contenant fera passer le contenu ; vitres irisées ou joliment décomposées en vert bouteille, vous garnirez les croisillons de telle fenêtre ou bien la portière de telle chaise à porteurs truquée ; quant à vous, vieilles tuiles, vous témoignerez d’une vétusté artistique, sans détour cette fois, en recouvrant un chalet aussi rustique que moderne. Notez que l’ensemble de ces préoccupations ne laisse pas d’être idéal, mais c’est l’intention captieuse qui ne l’est pas. Au reste, il entre tant de snobisme dans certaines préoccupations esthétiques, que certains marchands semblent absous par la seule qualité d’art qu’ils servirent. Ils excellent dans ces « arlequins » servis à la clientèle lorsque les copies,, les restaurations, les pastiches, les reconstitutions et les faux ne lui suffisent plus. 11 y a même un moment où, à force d’avoir réuni avec goût des sommes de beauté, une beauté harmo-
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Fia. 91. — Grès coreeri (antérieur au xvi* siècle) et grès moderne de Jean Carriès. musée céramique de Sèvres; même matière, coloration et formes analogues.
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nieuse se dégage, et il ne faut pas médire des « arlequins » artistiquement composés.
Aussi bien on inventa les meubles « bretons » pour excuser une fantaisie de décor baroque dans une construction simplement pittoresque. Ces meubles bretons ne sont point de style breton ils n’appartiennent à aucun style, ils sont simplement « amusants ». Leurs sculptures sont lourdes et gauches, taillées au petit bonheur, leur bois est grossièrement équarri mais, l’ensemble de ce bric et de broc massif, a bon air sans prétention, sous sa patine chaude. Nota hene: Les meubles dits bretons (fig, 72 et 73), sont modernes — du moins ceux que nous représentons ici — et, leur ruse est en rapport avec leur simplicité.
Nous en avons terminé avec l’étude du meuble, à travers ses falsifications, mais les antiquaires sans foi poursuivent eux, leurs artifices ; il est vrai que ces artifices tournent toujours dans le grand cercle que nous venons de dessiner.
D’ailleurs, ces artifices ne peuvent guère échapper, même en leurs nouveautés ingénieuses, au réseau formé par tous les truquages à la fois, et nous n’avons pas encore épuisé notre matière.