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CHAPITRE VIII

Les faux meubles

Au fur et à mesure de l’examen des spécialités de la fraude, se complète notre étude générale. C’està-dire que la fraude est un bloc, toute une agglomération de « trucs » connexes, tout un faisceau de ressources, de tours de main qui réapparaissent, se juxtaposent et se fondent, pour se retrouver égaux devant la matière semblable ou similaire.

Par exemple, nous citerons ici, à propos des faux meubles, des pratiques inhérentes au bois en général, et nous terminerons en même temps à ce chapitre, les artifices de la sculpture sur bois ainsi que le moyen de démasquer ces artifices.

Lorsque nous parlerons des poteries, nous achèverons notre mise à l’index des fausses terres cuites et, quand la pseudo-ferronnerie ancienne viendra sous notre plume, nous compléterons nos avertissements sur les métallisations, sur les fontes apocryphes.

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Ainsi de suite pour les autres accusations que nous formulâmes auparavant.

Bref, nousvîmesles vieuxboisetmême les bois neufs vieillis, mais non les bois délabrés — à cause des difficultés de la sculpture — servir à la confection des statuettes [flg. 48 et 49) des xiv% xv®, xvi® et xvii® siècles pour le moins... Or, le meuble va procéder de même, et nous voici en présence d’un coffre sculpté en plein bois.

Les sculptures et moulures sont adroites ou maladroites selon l'âge visé. Il est convenu que les époques romanes et gothiques sont naïves, et notre coffre veut être davantage gauche pour ressembler à du « roman ».

La Renaissance est une ère de grâce et de richesse décorative ; notre coffre « roman » se borne ainsi, à une stricte curiosité lourde et touffue. N’oublions pas que les bons truqueurs connaissent à fond leurs styles et qu’ils n’ignorent pas non plus la qualité non portative des meubles romans, en l’occurrence.

Voici pourquoi notre coffre pèse un bon poids, lequel pourrait aussi bien être exprimé par un placage de sculptures sur des vieux bois de démolition, mais nous n’en sommes pas encore là.

Pour en revenir à notre coffre, il a reçu, après sa parure de piqûres de vers que nous expliquons plus loin, une toilette harmonieuse faite de brou de noix et d’encaustique. La chaleur du brou de noix, plus ou moins dilué, est plus ou moins vive selon qu’elle

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doit complètement assombrir les bois ou seulement les dorer, et l’encaustique, appliquée en dernier, ajoute au mystère de l’ensemble qu’il emprisonne sous le sourire d’un brillant obtenu au chiffon ou à la brosse douce.

Fig. 83. — Imilalion de faïence de Rhodes, par J. -T. Deck, musée céramique de Sèvres.

Nota bene: les statues non peintes sont pareillement traitées, et les meubles vrais ou faux comme les statues et toutes sculptures authentiques ou non, partagent le même traitement conservateur ou restaurateur du brou de noix et de l’encaustique,

D’où une initiale confusion visuelle.

Bref, la patine de notre coffre estradieuse sur 1p

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délabrement général (voir plus loin les moyens employés pour altérer le bois), que de la poussière savamment ménagée dans les creux et rainures, que de grossiers rafistolages, très apparents (pour masquer le raffinement des autres), que des pièces vermoulues, défaillantes, authentiquent à qui mieux mieux. L’harmonie du vieux est donc parfaite et vous voilà déroutés !

Tournons maintenant autour du coffre, ouvrons-le, cherchons en 'an mot le défaut de la cuirasse. Vous ne manquerez pas de le trouver si vous êtes bien curieux. Nous ne reviendrons plus sur l’analyse initiale du caractère des sculptures, de leur facture, etc., mais en revanche, voici un geste quasi infaillible. Passez légèrement les mains surles sculptures et les moulures de ce coffre, caressez-les et voyez si elles vous rendent votre caresse.

L’usure des temps, à travers les phases de l’entretien, de l’astiquage, donne un velours aux aspérités du bois, inimitable. Observation qui concerne les statues étudiées précédemment, de même que les pratiques de la potasse, si ingénieuses, s’adressent aussi bien aux meubles qu’aux statues taillées dans cette matière.

Les meubles potassés sont déjà suspects, et malheureusement les bons meubles paient pour les mauvais, car la potasse n’est point toujours artificieuse, elle sert fréquemment l’honnête cause. Voir plutôt les applications du brou de noix et de l’encaustique pareillement ambiguës.

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On conçoit, d’ailleurs, cette ambiguité, si favorable à la fraude, friande de pêcher en eau trouble, plus préoccupée de vraisemblance que de vérité, et côtoyant à dessein la route de la loyauté pour mieux tromper.

C’est ainsi que le souci d’art, qui consiste à retrouver la finesse des sculptures sous la couche de peinture qui les épaissit — les statues comme les meubles anciens étant fréquemment peints — profite fatalement à nos modernes chineurs. Si nous en revenons à la sensation de « velours », si probante chez le vieux meuble authentique (et toutes boiseries), nous nous trouvons d’accord avec les fraudeurs qui n’ignorent pas cette particularité et s’efforcent d’en donner l’illusion. Ils battent leurs meubles, particulièrement ceux en chêne, à grands coups de matraque, des heures entières, afin d’émousser leurs arêtes, d’arrondir leurs angles, de taler et de cabosser leurs surfaces planes, de serrer les fibres du bois; ils s’efforcent, en un mot, d’exprimer l’astiquage séculaire, l’usure et les heurts du temps. Pourtant ils n’y arrivent guère, et ce ne sont pas les fins limages, ni les patients polissages au papier de verre, non plùs que les applications réitérées de cire, qui donneront aux jeunes reliefs la douceur des anciens. De même il s’est formé sur les bois anciens une croûte adhérente, une sorte de crasse inimitable. Si vous écaillez un meuble ancien, il semble que vous attentez à ses molécules. Il n’est pas jusqu’au cristal de sa surface

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polie ou embue qui n’ait sa personnalité. Toutes ses poussières encore, sont séculaires, et le toucher ne se méprend pas, non plus que la vue, sur ces différentes particularités.

L’économie du bois, d’autre part, n’était pas la préoccupation de nos ancêtres, et un meuble imité dont le coût dépasserait, sous prétexte d’imitation, celui d’un meuble authentique, témoignerait d’un mauvais calcul. D’où un nouvel élément d’investigation : comment le bois a-t-il été dépensé?

Nous trouvons-nous réellement en présence d’un plein bois? A cet effet, examinons l’épaisseur du bois employé et principalement, à fleur des reliefs.

Les bois anciens (flottés ou non) étaient mal équarris. On ignorait la scie pour les découper, du moins la hache était-elle particulièrement en faveur, et les stries propres à la scie mécanique, ainsi que son mince débitage, en planches, en voliges, d’épaisseur et de largeur régulières, trahissent-elles l’industrie moderne.

Observons donc soigneusement la physionomie de ces bois qui doivent être chevillés, non collés et rarement cloués. Les sculptures aussi vont nous guider. Passe pour la naïveté de leur conception, mais encore faut-il que la facture de ces sculptures ait une certaine valeur technique. La main-d’œuvre chez les anciens était aussi peu coûteuse que la sincérité des artistes était grande, tandis que nos truqueurs — toujours pour les raisons d’économie précédente, subor-

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donnée à l’intérêt du truquage — ne se soucient guèrent d’y être de leur poche. Tant vaut le travail, cependant, tant vaut l’illusion ; mais les temps sont

Fig. 84. — Lampe de mosquée en verre émaillé, par Brocart, à Paris, musée céramique de Sèvres.

durs, et la sculpture en gros, risque fort d’être démasquée.

Ainsi, l’examen attentif des sculptures et moulures — ces dernières souvent trahies par la vulgarité des calibres employés à leur confection, de même que les

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colonnes, colonnettes et balustres, portent fréquemment les traces indélébiles du tour — s’impose. Sontelles taillées en plein bois, selon la pratique ancienne ? Efforcez-vous donc de découvrir le frauduleux placage sous la patine. Un doigt exercé dénonce le relief de la colle ou le creux du joint mal dissimulé. Quant à la facture de ces sculptures, vérifîez-en l’esprit, le style, ainsi que la qualité des instruments qui servirent cette facture. Concevez-vous un doute sur la représentation du sujet? Courez au musée et parcourez les frises, chapiteaux et autres motifs visibles sur nos chefs-d’œuvre, pour vous faire une idée de l’époque dont votre meuble douteux se réclame.

Les sculpteurs en faux ne se mettent pas souvent en frais d’imagination, et leurs modèles sont banalement copiés ou démarqués. Cependant il y a des exceptions qui concernent essentiellement la riche clientèle, le prix de revient étant fatalement proportionné au prix de vente. La supercherie en vue du riche amateur ne saurait logiquement s’abaisser à l’enfance de l’art du truquage et, si elle emprunte souvent aux expédients élémentaires que nous examinons actuellement, nous lui réservons, dans la suite, une étude proportionnée à la qualité supérieure de ses artifices.

Mais nous n’aborderons que plus tard le chapitre de la fraude « choisie », car il faut dévoiler peu à peu les trucs du faussaire, en commençant par les plus classiques.

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Ainsi raconle-t-on communément, la pratique soidisant usitée par certains truqueurs, qui consiste à cribler les meubles de petits grains de plomb, à coups de fusil chargé avec de la cendrée, pour imiter trous de vers,

Or, nous ne croyons guère à cette fusillade. Néanmoins, tout est possible, malgré l’excentricité du procédé, peu discret au surplus, et que des grains de plomb demeurés dans la matière s’empresseraient de trahir, alors qu’il est si facile d’imiter les trous de vers avec des coups d’épingle et autres outils pointus.

Mais là n’est pas, d’ailleurs, le moyen le plus familier

Théière et

musée céramique de

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aux faussaires « qui se respectent ». Lorsque leurs meubles sont bâtis avec du bois vieilli sinon neuf, pour la facilité du travail de sculpture, ils fixent sur chacune de leurs parties, des vieux bois réellement piqués de vers, lesquels vers, prolongeant au bout de peu de temps, leurs galeries, viennent ruiner à ravir le bois intact, à la manière antique. D’aucuns préconisent à cet effet, l’exposition en plein jour, les parasites étant attirés plutôt vers la lumière ; d’autres au contraire, préfèrent le séjour dans une cave.

On prétend aussi que l’on pourrit le bois en l’enterrant. L’humidité et un soigneux arrosage d’acide imprégnant la terre, arriveraient rapidement à corroder la matière ligneuse ainsi traitée. Mais, alors que nous souscrivons très sincèrement à cette pratique, lorsqu’elle concerne les œuvres de petite dimension, en bois, en pierre, en métal, nous ne lui accordons qu’un crédit limité en matière de meuble, à cause de la quantité et du volume des matériaux usités.

D’ailleurs, ces derniers maquillages, ceux qui s’adressent aux œuvres de petite dimension exceptés, et, de ceux-là nous reparlerons à propos des bibelots — sont plutôt enfantins et ne trompent guère que l’excessif « gogo ». L’économie du bois, la fraîcheur de son rabotage, la couleur de ses fibres mal dissimulée sous une hâtive couche de brou de noix, la grossièreté du travail de sculpture, etc., sont autant de trahisons faciles à confondre.

Si nous suivions cette pente, nous aboutirions à cer-

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laine fabrication en simili ancien, chère au faubourg Saint-Antoine. Nous voulons parler de cette pacotille, vendue franchement pour moderne, à un taux qui excuse la laideur et le mauvais goût de son exécution.

Et pourtant, de même que nous gardons pour notre fin la description des fraudes les plus distinguées, le faubourg Saint- Antoine travaille à tous prix, et ce sont ses turpitudes que l’on met en avant, par dérision.

Le faubourg Saint-Antoine symbolise le dernier rempart de l’art du meuble, depuis l’expression la plus sommaire et la plus ingénue, jusqu’à la réalisation la plus savante et la plus « roublarde », malgré que les méfaits les plus fameux soient imputables au petit ébéniste anonyme, travaillant en chambre.

Bref, glissons sur la malice cousue de fil blanc des meubles soi-disant anciens, collés au lieu d’être chevillés et assemblés, et, après avoir souri à la prétention de ces bahuts, de ces armoires, qui voudraient se réclamer du xvi®, duxvii® siècle,-etc., av^ec leurs bois fragiles et minces faits de plusieurs pièces raboutées, nous parlerons des placages.

Pour atteindre à l’épaisseur qui permettait autrefois des sculptures en plein bois, on a recours aux pratiques suivantes. On réunit plusieurs planches soit en les collant ou en les chevillant (ainsi que les statuettes précédentes). Ce procédé économise le bois d’une seule pièce, mais, d’autre part, le travail de sculpture

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demeure onéreux, alors que l’artifice du placage donne à très bon compte l’illusion du plein bois.

C’est donc le placage ^ qui réunit les suffrages de la fraude. Les reliefs sont rapportés, collés ou cloués, sur le bois, et ces reliefs, habilement incorporés à la matière, trompent l’œil avantageusement. Il y a des placages complets et des demi-placages, ces derniers sont là comme garantie d’une restauration supposée (ou véritable), on vous les fait complaisamment observer, au besoin.

En attendant que nous en arrivions au placage et au surplacage précieux,dontnous parlons, au chapitre suivant, nous dirons que le placage courant est le plus souvent débité à la machine. Il est alors sculpté ou comprimé. Sculpté, il se vend à la série, ses modèles soi-disant de style, sont ne varietur et d’une grossièreté qui s’explique par son bon marché et aussi par son travail à fleur de bois, aux reliefs bornés, car le placage doit être mince pour mieux répondre à son but d’adhérence. Si le placage est comprimé, sa minceur s’accentue en raison même des facilités de sa compression, de son estampage. Les modèles de

1. Durant tout le moyen âge, les sculptures furent exécutées en plein bois, et les applications apparaissent à l’époque de Henri IV. Vers cette époque, le chêne et le noyer, jusqu’alors exclusivement employés à la confection des meubles, furent enrichis de panneaux de bois exotiques qui varièrent leur coloration et, l’économique placage dériva de cette luxueuse pratique.

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ce dernier genre se vendent généralement à la série,

et ils se ressentent d’une monotonie machinale.

Un autre moyen de „ sculpture machinal, fort ingénieux, est ce< lui qui consiste à mouler le bois. On ?.’ap plique à sec et sans apprêt, sur un de fonte chauffé par pression incandes cente, les reliefs et creux s’incrust Après quoi, les de brûlures s’effacent à la brosse, et il ne reste plus qu’un bois aux beaux tons bruns. C’est en somme une pyrogravure en relief et, d’ailleurs, on peut

arriver à sculpter le , . . , . , , Fig. 86. — Faux vase antique arec,

bois aussi bien à la

surface qu’à de grandes profondeurs, grâce à ce moyen.

Mais ces pratiques sont le contraire du placage dont les moulures, dont les motifs d’ornementation courante sont à la disposition, à toute échelle, de la confection économique et banale pour habiller des bâtis et simuler la richesse du plein bois.

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Nous ne devons pas ignorer la grossièreté et la vulgarité de ces derniers moyens auxquels, d’ailleurs, il est pour ainsi dire impossible de se tromper, car ils nous aiguilleront souvent, sur des pratiques similaires ou dérivées, d’une plus haute intention malicieuse.

Quant au vieillissement supplémentaire, il est confié aux soins du temps. Le meuble est livré au grand air où son bois joue, où ses lignes subissent de précieuses altérations, où ses creux recueillent de subtiles poussières, tandis que ses reliefs collectionnent les « gnons » profitables à leur douceur, concurremment avec des coups de matraque.

Au bout de deux ou trois années, il semble que le souvenir de la fraude s’estompe, et que la fraude même prend quelque allure de vérité, tant les truquages s’harmonisent entre eux sous le soleil qui fait craquer le bois ou bien sous la pluie qui le fait gondoler. Des dégradations imprévues surgissent, des moisissures et, si le bois provient de vieux matériauxL l’aspect de meuble antique n’en est que mieux servi. Ici, c’est un pied qui tombe en poussière, là un panneau dont un morceau saute, au hasard, comme si

' 1. Si les vieux bois de démolitions ne conviennent pas à la

sculpture, les formes comme les moulures simples s’en accommodent volontiers. Mais les bois de démolitions sont particulièrement excellents pour garnir frauduleusement des dos, des intérieurs de meubles, armoires et autres, pour confectionner dos tiroirs, des tablettes et rayons, pour servir de bâtis.

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cela résultait de la décrépitude représentée par l’âge donné au meuble.

Nous avons dit avec quel empressement les réparations, intentionnellement visibles, étaient faites pour soigner le caractère de vraisemblance, mais nous n’indiquâmes pas le moyen amusant de chercher chicane aux piqûres de vers.

Les piqûres de vers véritables ou obtenues facticement, par contact, de la manière que nous avons dite, ont fatalement un sens de pénétration. Du moins cette pénétration ne se contrarie-t-elle pas, de haut en bas, de bas en haut, et, nos truqueurs pressés et ceux dont les meubles sont façonnés avec des bois piqués à l’avance, ne se préoccupent pas de cette particularité. Ils taillent dans une pièce, ajustant sans y prendre garde, deux pièces piquées des vers dans deux sens opposés et, même, il arrive souvent qu’une pièce coupée par le milieu, nous montre sans transition la grande tanière du parasite, avant le petit trou par lequel il s’introduisit. La démonstration du truquage, est ainsi bientôt faite. On ne saurait penser à tout.

Nous en arrivons aux maculations. L’usage d’un meuble entraîne de naturelles maculations, mais on peut aussi y aider.

Lorsque l’on n’est pas pressé, les meubles truqués sont traités, voire utilisés, sans ménagement, afin de leur donner de l’âge et de la pratique .Nous les avons vus pourrir dans des cours ou bien garnir des mansardes,

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avant d’aboutir à la boutique de l’antiquaire. Nous savons aussi les ressources des greniers inépuisables, et, nous noterons encore, que c’est à la fumée qui s’échappe de la hotte pittoresque des logis paysans, autant qu’à la générosité des chiures de mouches, que l’on doit les patines les plus heureuses; sans compter que l’urine des bestiaux à l’étable a souvent embelli maint bahut, grâce aux effluves ammoniacales.

En cas de presse, au contraire, il importe de simuler la détérioration, et, si le bois de la « vieille » armoire est neuf, à grand renfort de sable mouillé, énergiquement frotté avec une brosse dure, on obtient l’illusion d’un « vieillissement » suffisant, en somme, à la rémunération d’un truquage hâtif, de garantie minime, proportionnée, après tout, à la piètre importance du « connaisseur ».

Attention aux encrassements exagérés à l’entrée des battants de l’armoire, sous les tiroirs ; ils peuvent résulter intentionnellement de l’apposition répétée de mains sales. Attention à la qualité des éclats du bois et à la façon de ses assemblages. Attention aux traces de colle forte et, ne vous arrêtez pas trop sincèrement à la foi des vieux clous, car c’est avec eux que les falsificateurs scellent leur bois neuf, à défaut des chevilles, plus logiques.

Attention au fonctionnement des tiroirs; dans les vieux meubles véritables, le fonctionnement des tiroirs est d’une douceur parfaite.

Si maintenant vous puisez dans votre collection de

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vieilles ferrures — moins coûteuses que les neuves — vous trouverez aisément une entrée de serrure, des gonds, etc., dont vous parerez votre meuble enache-

Fig. 87, — Socle en céramique, imitation de marbre (griotte, œil-de-perdrix), de métal (moulure de cuivre vers la base) et de marbre gris (base).

vaut ainsi l’apparence d’une authenticité relative.

Nota bene : Les ferrures et les cuivres d’un meuble ne prouvent ni n’infirment, à coup sûr, son authenticité. Il se peut que de vrais meubles aient été maltraités, de propriétaire en propriétaires. De grossières erreurs de style — des poignées de tiroir Louis XIV sur une commode Louis XVI [fig. 50), par

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exemple — ne sauraient sûrement nous déconcerter, mais cependant il est rare que les fraudeurs se donnent la peine de mettre des cuivres authentiques sur de faux bois et réciproquement.

Ces cuivres, d’autre part, de même que les ferrures, subissent, lorsqu’ils ne sont pas anciens, des préparations curieuses. On les oxyde, on les rouille, et au surplus, pour masquer les traces de lime et les bavures du métal imparfaitement ciselé, on les frictionne avec du sable qui raye la matière sous les dehors d’un nettoyage exclusif.

Des restes de vert-de-gris, des traces de rouille, suffisent encore à l’illusion du passé, qui se trouveraitcependant fort offensé d’être économiquementreprésenté par des procédés de fonte (au lieu d’être sculpté, forgé ou repoussé à l’outil) par des dorures chimiques en place d’or véritable.

Nous retrouverons d’ailleurs, ce subterfuge, lorsque nous parlerons des bibelots et pièces en métal et, pour terminer ce chapitre, nous indiquerons d’autres tours de main frauduleux relatifs au bois. On vieillit aussi le bois en employant une teinture d’écorce de noyer bouillie (en place de brou de noix), et les pores du bois peuvent être resserrés à l’aide du brunissoir. D’autre part, répétons que les acides, notamment l’acide nitrique, altèrent consciencieusement la surface du bois et sachons que l'on imite aussi les trous de vers à la machine.

Aussi bien, de la boue passée à la brosse dure dans

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les reliefs de la sculpture qu’elle risque d’adoucir, simule la poussière et la crasse, et, le permanganate de potasse a la propriété de teindre dans le goût ancien.

N’oublions pas, enfin, que nos ancêtres ignoraient l’usage de la vis dont nos meubles de pacotille sont si friands. Du reste, nous nous efforçâmes en ce chapitre, de demeurer élémentaire, car nous aborderons par la suite, des «trucs » et pratiques autrement subtils. Pour l’instant, le remède à l’erreur s’efface devant une grossièreté de truquage générale. Les yeux sont dessillés par l’ingénuité de la fraude et, néanmoins, il fallait passer en revue toutes ces manipulations primaires avant d’aller plus loin. Or, il est piquant de constater que nos pères avaient les mêmes moyens que ceux que nous prétendons mettre au service de l’artifice. Ainsi le brou de noix, la feuille de noyer, leur étaient familiers pour la teinture de leurs meubles. De même le vernis et l’huile de lin — précurseurs du velours que nous constatâmes au toucher — présidèrent à la présentation esthétique de leurs meubles. Cela n’a pas empêché certains ébénistes fallacieux de nous servir des meubles en bois naturel, de style ancien, soi-disant. Bref, pour l’instant, le désir d’économie borne la beauté du faux à l’aspect, à l’illusion instantanée, et ici, le faux est carrément faux : seul le bois employé — et encore en certains cas — est vieux.

C’est l’enfance de l’art du fraudeur, en même temps que le futur amateur fait ses premières armes ; nous

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allons maintenant achever son éducation, aborder ‘d’autres déceptions, celles-là plus aiguës, autant au sens du goût qu’à la bourse, la grande fraude vivant sur un plus grand pied que la petite, au gré des ambitions, sinon des prétentions supérieures.

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