CHAPITRE X
Les fraudes du métal : cuivre, étain, or, argent La fausse céramique. Les faux silex, etc.
Pour ne pas errer en matière de métal, il importe — de même, répétons-le, que pour toutes autres expertises — d’en connaître les phases, ressources et métiers jusqu’à sa réalisation.
C’est ainsi que le poids d’un bibelot en métal ou bien sa légèreté, édifient déjà sur sa valeur intrinsèque ; c’est ainsi que l’observation du décor qui orne ce bibelot, renseigne sur la richesse de sa ciselure ou bien, tout simplement, sur la vulgarité de son estampage. Certes, le bibelot peut être « fourré », et son pur métal, encore, mésallié avec un plomb vil, trompera sur la qualité du poids; ou bien il peut s’agir de bronzé doré en place d’or, et l’argent non plus, n’échappe pas à un revêtement illusoire. L’épaisseur du métal d’ailleurs, guide très sûrement sur la provenance ancienne, à cause, toujours, de
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notre camelote moderne et, les soudures plus ou moins délicates, les fontes plus ou moins soignées, la rareté de la main-d’œuvre; sont autant d’examens essentiels et méticuleux. Le contrôle des poinçons, d’autre part, est bien trompeur, il ne nous reste au résumé, qu’à compter sur la force de nos connaissances. Nous avons indiqué précédemment, le mode de l’acide et de l’enfouissement, pour patiner le cuivre à l’égal de ses ancêtres. Nous indiquerons ensuite, après l’oxydation provoquée par une association de sel marin et d’ammoniaque, les vapeurs de soufre, fertiles en beaux embus irisés, les nobles désagrégations du métal par les acides chlorhydrique et sulfurique; sans oublier les ressources superficielles d’un mélange de noir de fumée et d’essence de térébenthine qui, en se glissant dans les creux, donne quelque apparence de l’ancien. Mais, comme le noir de fumée ne résiste pas à un léger nettoyage, on l’a remplacé avantageusement, par du vernis noir qui, vigoureusement frotté surles reliefs, s’écaille, tandis que les creux le conservent.
On voit d’ici les méfaits propres au cuivre, sinon à tous les métaux, susceptibles, chacun, d’une supercherie analogue. C’est ainsi que l’étain se patine sous la simple friction d’une gousse d’ail, soit encore avec du noir de fumée et, de façon surtout remarquable, grâce au beurre d’antimoine plus ou moins dilué à l’eau, selon les degrés du vieillissement à obtenir. L’or et l’argent, d’autre part, connaissent
notamment l’action déroutante de l’oxydation au sulfure de carbone. Toutefois, en ce qui concerne l’orfèvrerie, la vieille argenterie française et même les vaisselles d’or, elle a été fondue toute ou presque, sous le règne de Louis XIV et, dès lors, nous
Fig. 92. — Ravier en fauss,e porcelaine de Chantilly ^il est surdoré).
voici prévenus d’une rareté qui nous met initialement en défiance.
Avant de parler des métaux riches, nous reviendrons au cuivre et à l’étain dont il nous tarde de dévoiler les malicieux truquages. Ces truquages (dont les minces bibelots en argent et en or ne sont pas exempts) sont d’une nature spéciale ; ils ne s’attaquent qu’aux formes réellement anciennes; ils
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équivalent, en somme, à ceux que nous désignâmes au meuble, sous le nom d’embellissement.
C’est-à-dire que les formes simples du passé reçoivent, à la résingle, au repoussé, c’est-à-dire en relief, ou bien à plat, au burin, des ornements et des écussons qui les enrichissent. Il s’ensuit que, à la faveur de cettB pratique, le client est trompé, d’abord sur la provenance et l’époque de ce qu’il achète, des chiffres faux authentiquant l’aiguière, le broc, la fontaine, l’assiette, etc., au petit bonheur, et, qu’enfin, il paie ces objets le triple de leur valeur.
Gare donc à la qualité des dessins rajoutés {fig. de 74 à 77)1 La fraîcheur de leurs entailles et des coups de matoirs ainsi que la couleur de la patine, doivent être soigneusement analysés ; déjà, comme pour les meubles, nous serons prévenus par le mauvais goût et la lourdeur des détails que le marchand substitua à la sobriété des lignes.
Le surmoulage, de même qu’enmatière de sculpture proprement dite, est aussi un élément de contrefaçon dont il faudra nous méfier dans le métal, des pièces entières pouvant être faussement reproduites et aussi des morceaux rajoutés et des gravures.
Les encrassements, les couches de terre, d’intelligentes bosselures, savent à point cacher l’artifice des soudures que nous nous ferons un devoir de rechercher.
Il ne faut pas oublier encore, que les beaux cuivres
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d’antan étaient dorés. Exigeons donc cette dorure et surtout ne la soumettons pas au vandalisme des pâtes à nettoyer, qui auront tôt fait d’arracher à nos flambeaux, à nos appliques, leur délicate parure. Pour le reste des fraudes relatives au métal commun, nous renvoyons le lecteur aux ornements métalliques du meuble.
Nous flétrirons au passage, les vilains bronzes du commerce — si bien imités d’ailleurs par les métallisations du plâtre — les lourds produits déversés par les grands magasins et les bazars orientaux. Ces japonaiseries de pacotille et autres turqueries dont l’exécution gauche n’a d’égale que la banalité des formes et du décor.
Ces plats estampés à figures peintes, ces veilleuses à cabochons, issues de l’emporte-pièce, dont l’illusion de mauvais goût voisine avec ces imitations de statuettes en bois et ivoire, avec ces gargouilles en carton-pâte que les petits Italiens vendent sur les ponts, au passant ingénu.
Dans notre réprobation du «toc »,nous engloberons pareillement les ouvrages féminins, en métal repoussé, ciselé, qui n’ont d’autre intérêt que celui qui leur est prêté et, d’ailleurs, il faudrait être naïf pour confondre ces pièces factices avec de véritables. Non, jamais ces minces feuilles d’étain ou de cuivre collées sur des formes résistantes, ne pourront nous illusionner, avec leurs reliefs bourrés de pâte ou de fibrel Il en est fort heureusement de même de ces poudres
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d’or, d’argent, de bronze, qui noircissent si vite pour avoir voulu briller si excessivement. Le vrai est’ le vrai, décidément, comme le faux est le faux.
Bref, du côté de l’argenterie, on truque aussi bien les poinçons que les marques du maître orfèvre, et les ornements qui parent les gobelets, les théières, ont été très souvent rajoutés, tout comme aux simples étains et cuivres. On va même jusqu’à authentiquer des récipients modernes, en leur soudant un iond régulièrement poinçonné, du vieux temps ! EL, quant à retrouver les titres de l’ancien alliage, soyez persuadés que nos habiles faussaires n’y manquent pas.
Avant la fin du xviii® siècle, le titre des orfèvres de Paris était de 959 millièmes pour l’argent, et, de nos jours^ le premier titre de l’or est de 920 millièmes avec tolérance de 3 millièmes (tête de médecin grec dans un poinçon à huit pans et numéro 1 placé devant le front) ; le deuxième titre de 840 millièmes avec tolérance de 3 millièmes (possession de forme ovale coupée, même effigie que le précédent, avec le numéro 2 placé sous le menton) et le troisième titre de 750 millièmes avec tolérance de 3 millièmes (poinçon à 6 pans, même profil que les précédents, avec le numéro 3 placé devant le nez).
L’argent, lui, est actuellement au premier titre, de 950 millièmes avec tolérance de 5 millièmes (tête de Minerve, poinçon à 8 pans irréguliers, numéro 1 devant le front, déférent sous le menton), et au deuxième titre, de 800 millièmes avec tolérance de
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5 millièmes (tête de Minerve ovale coupé, numéro 2 sous le menton).
Quant aux poinçons de l’or et de l'argent, ils sont dits de remarque et d’importation; mais il est
Fig. 93. —
Corselet Louis XV, imitation d’étoffe et de confection anciennes.
d’autres marques auxquelles le lecteur se référera s’il désire approfondir cette étude qui nous entraînerait trop loin dans notre quasi-encyclopédie de la fraude. Aussi bien nous répéterons que ces poinçons modernes diffèrent des anciens (ils ne datent que de 1835) et que l’intérêt du passé se rattache plutôt à l’estampille des maîtres, plus ou moins bien imitée, hélas! par les faussaires.
L’ignorance, néanmoins, de ces faussaires, trahit leurs meilleures intentions et, le plus souvent, les initiales d’un orfèvre ancien ne coïncident pas avec la date qui les souligne ; de même, au cours de leur fabrication, les maîtres orfèvres du passé changèrent parfois de poinçon, et les truqueurs pressés ne peuvent guère tromper, sur ce point, que les acheteurs aussi pressés qu’eux.
Pareillement ils oublient le poinçon de décharge, sorte de laisser-passer définitif de la pièce, car ce dernier poinçon, généralement dissimulé, échappe à leurs investigations.
Autres erreurs : ce sont les poinçons, légèrement effacés au lieu d’être très nets, qui trahissent les opérations du moulage au lieu de la frappe ; c’est l’emploi mal renseigné de la roulette, que la fin du xviii® siècle connut seulement et celui de matoirs dont la finesse n’approche point de ceux d’antan.
Et nous ajouterons à ces déboires, ceux que nous causent les orfèvreries étrangères marquées de poinçons français, grâce à de patients démarquages,
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les pièces coulées et rééditées à grand nombre d’exemplaires d’après des moulages et surmoulages, sans oublier certaines profitables transformations — des cuillers devenant des fourchettes, par exemple, — qui permettent de ne pas toucher aux poinçons authentiques, tout en augmentant le nombre des fourchettes, plus important dans un service d’argenterie.
Additions d’ornements, transpositions, autant de préoccupations que nos truqueurs n’hésitent pas à garantir au moyen de poinçons fallacieux, tout comme les marchands de tableaux et de meubles ne reculent pas devant la « bonne foi » d’une signature erronée.
Et voici nos truqueurs-orfèvres à la chasse des argenteries de famille ou bien ils font faire ces précieuses pièces « de famille », soit en France, soit à l’étranger, les ramenanl,en ce dernier cas, triomphalement, les vendant « sous le sceau du secret »,à condition de gratter les blasons, les anciennes initiales... qui sont de leur fabrication...
Mais nous terminerons le chapitre de l’orfèvrerie lorsque nous parlerons des bronzes et des médailles, et, pour poursuivre la contrefaçon des bibelots, nous aborderons la céramique artificieuse.
Ici, la fraude est des plus difficiles à découvrir, d’autant que les fabrications excellèrent à se falsifier entre elles. Initialement, les fameuses maj cliques italiennes prêtèrent à de nombreuses imitations en raison de leurs défauts mêmes : manque de variété des formes, monotonie de la couleur, lourdeur de la pâte
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et, avec les progrès de cuisson et de décor, les meilleures faïences et porcelaines connurent aussi les déboires de l’inauthenticité.
Lorsque les fours s’éteignirent à Rouen, les produits célèbres de cette ville furent copiés à Sinceny, Quimper, Lille, Nevers, et à Anspach et à Pavie, à l’étranger. A Nevers, d’autre part, on imitait les produits italiens de Savone, d’Urbino et de Faenza, sans oublier sur la fin, ceux de Meissen et de Moustiers. Cependant, on observera — en ce qui concerne les pastiches de Rouen — que Nevers dut remplacer — faute d’avoir pu l’exprimer — et de même Moustiers, le beau rouge de fer propre au Rouen, par un jaune.
C’est d’autre part le Nevers et le Moustiers copiés à Marseille qui, de son côté, imite les décors de Saxe ; c’est Strasbourg inspirant Sinceny, Niederwiller, etc.
Bref, en matière de céramique’, répétons-le, tout n’est que confusion, et les plus malins s’y trompent.
Mettons que les faux Bernard Palissy sont faciles à reconnaître lorsque l’on y observe les marques du tour du potier, ces marques étant au moins imprévues sur des plats modelés à la main et seulement destinés à être reproduits à un petit nombre d’exemplaires, par l’opération du moulage. Bernard Palissy, au surplus, ne surmoula que des poissons et reptiles de la région parisienne, alors qu’on lui prête des œuvres où figurent des animaux qu’il ignorait. Sa manière est le