Voir YArl de reconnaître la Céramique, du même auteur
Fig. 94. — Une fausse robe ancienne.
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vernissage de la terre et non l’émaillage; sa pâte, souvent même , était colorée lors du pétrissage. Mettons encore que les fausses assiettes et plats en porcelaine du premier Empire, de Louis-Philippe et même de Napoléon III, se reconnaissent aux rayons concentriques en relief qui marquent leur envers; ces reliefs trahissant l’usage d’un calibre, d’une machine qui ne remonte guère qu’à environ vingt-cinq années (Faure invenit à Limoges), soit!
mais tous ces éléments d’identification sont bien sommaires et, quant aux chinoiseries et aux japbnaiseries, n’était la qualité particulière de leur
porcelaine, elles ajouteraient à notre confusion.
Effectivement, le décor chinois surtout, a tenté toutes les manufactures aussi bien françaises qu’italiennes et hollandaises. Et croyez-vous que les faïences aux reflets métalliques de Deruta et de Pesaro ne valent pas les faïences hispano-moresques, pareillement dorées?
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Allez donc reconnaître, à coup sûr, un grand plat de faïence de Nevers, de style italien, d’un grand plat en faïence italienne véritable ! Non certes, et, point davantage vous n’oseriez décréter que cette poterie vernissée provient d’Avignon plutôt que de Ligron ou de Nuremberg, à moins d’inscriptions distinctives.
Quant aux poteries étrusques, elles obscurcissent encore la bouteille à l’encre, et l’archéologie, prudemment, groupe tous les styles lucanien, campanien, apulien et étrusque, sous lenom de céramique italiote. Glissons ensuite sur les statuettes de Tanagra, déjà dévoilées en leur artifice coupable, et nous en arriverons, après avoir admiré les pastiches réussis de Pull [fig. 88), d’Avisseau Père [fig, 89), à rencontrer à Avon, près de Fontainebleau, de parfaits Bernard Palissy,fabriqués cependant après la mort du célèbre potier I
A qui se fier? Voici des terres cuites émaillées de Lucca délia Robbia! Mais non, elles sont de je ne sais quel sculpteur italien, à moins qu’elles ne soient le fait de 1 un de nos habiles métallisateurs de plâtre, qui excellent à des enduits polychromes des plus trompeurs Attention à la signature I On va jusqu’à l’arracher à un original sans grand intérêt pour la sceller dsns une œuvre importante.
Rapportez-vous-en donc aux marques, ensuite I D’abord la plupart des faïences anciennes ne sont pas marquées, et vous n’ignorez pas l’aisance avec laquelle on imite ces na arques et, même, telles fabrications
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comme celles de Saxe {fig. 90), continuent à signer du monogramme ancien leurs œuvres modernes ! Du côté de la patine, même déboire. Les pièces truquées sortent du lit de fumier où on les avait ensevelies, à moins qu’on ne les ait fait bouillir dans de la potasse, et leurs cassures et fêlures imprégnées de jus, leur émail embué, artistiquement jauni, sali, vous illusionnera d’autant que, paré de toiles d’araignées et de poussière, il proviendra de chez quelque pa}»san... à l’épreuve de tout soupçon.
Songez donc ! ce faux vieux Nevers, mêlé à des faïences authentiques, figurait dans le vaisselier d’un brave petit fermier où, précisément vous l’avez découvert I
Et ce propriétaire « à cours d’argent » ne vous inspirera pas moins de confiance lorsqu’il se dessaisira, à votre bénéfice, du rare épi de faîtage qui domine ses combles, — un rare épi de faîtage âgé de dix années à peine, tout comme ce bas-relief « Renaissance » qui vous sourira entre deux poutres vermoulues, en quelque ville de Rouen ou d’Amiens.
Voulez-vous une assiette révolutionnaire? Elles pullulent, vous, n’aurez que l’embarras du faux, et nous vous laissons vous démêler avec vos deux poêles de faïence de Nüremberg ou de Berne, à moins qu’ils ne soient parisiens...
Vous désirez un renseignement sur la qualité hybride de cette pseudo-faïence ? Elle est née en Bavière où la faïence s’efforçait de ressembler à la por-
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celaine. El ces grès flammés^ ? Ils ne sont ni coréens ni japonais, X... et Z... en fabriquent tant et plus de nos jours, avec le rare talent que vous savez. Mais voyez pourtant combien ces grès flammés (fig. 91) ressemblent à ceux du vieux musée de Sèvres! Nil novi suh sole. Croyez-vous donc qu’il suffit à une poterie d’être « azurée » pour être du Beauvaisis ? Qu’il suffit à une assiette d’être « à la corne » ou à « la double corne » pour être de Rouen? D’être du vieux Chine parce qu’elle vient de Chine? Demandez plutôt à la fameuse usine de Canton d’où l’on nous abreuve de vieux Chine moderne !
Et puis on imita la porcelaine de Chine en faïence italienne, à Calegari, notamment (fig. 78), et on fit aussi d’excellentes imitations de porcelaine de Chine en France (fig. 79 et 80) ; d’autre part, la porcelaine du Japon fut souvent reproduite en faïence, à Delft (fig. 81). Sans compter qu’en faïence anglaise, on réalisa d’amusants pastiches de la faïence de Saint- Porchaire (fig. 82) et que les faïences de Rhodes (fig. 83) et autres créations orientales (les lampes de mosquée notamment, fig. 84), furent curieusement renouvelées en France.
Mais passons, et donnons néanmoins, au lecteur, les moyens les plus sûrs de s’y reconnaître parmi ces embûches.
1 II y a des grès dont les coulées d’oxyde en fusion sont simulées par des couleurs à l’encaustique.
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Tout d’abord, rharmonie douce des couletirs du décor nous guidera ainsi que la qualité de son trait. L’émail ancien est d’un éclat calme, à peine laiteux,
Fio. 95. — Faux tapis d'Orienl (tapis de Bohême).
tournant un peu au vert. Sa surfacç est quelquefois légèrement encroûtée ou calleuse. Si le trait qui borde le dessin est très assuré, il y a là une présomption de doute, et il faut noter que si le rouge de fer ne peut
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être imité en certains lieux de fabrication, ou si on l’imite mal, il en est de môme du bleu peint sur cru.
Certaines faïences, celles de Rouen entre autres, sonnent franchement à l’oreille en raison de leur terre spéciale, et le contrôle de l’odorat n’est pas non plus à dédaigner, surtout lorsqu’il s’agit de découvrir des réparations antérieures, les restaurateurs employant à cet effet un vernis parfumé révélateur, aussi révélateur qu’une friction d’alcool fort.
Bref, si l’on confond jamais du Sinceny avec du Strasbourg, on ne perdra point au change, et cela est moins grave que de prendre du vieux Parthenay pour du Saint-Porchaire. Il faut enfin, se borner comme toujours, à la somme de beauté dont on est digne.
Parlons un peu maintenant des déboires de la porcelaine. Nous avons signalé l’évidence d’une fausse pièce de porcelaine du premier Empire, de la Restauration et même de Napoléon III, lorsque celle-ci présentera, à son verso, les stries concentriques du tour, connu seulement à Limoges depuis vingt-cinq années environ.
A cela, nous ajouterons les discordances entre une pâte et son décor. Cette dernière observation concerne la pâte tendre de Sèvres dont on vendit longtemps au public des produits non décorés. D’où l’industrie frauduleuse de quelques marchands qui ne craignirent pas d’orner d’images la précieuse pâte blanche. Or, nous insisterons pour convaincre de mensonge ces pièces en rupture de beauté, surl’unitéde leur matière
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et de leur peinture. Le moindre anachronisme de style, de facture, suffît pour les confondre autant que les difficultueuses finesse et transparence, à réaliser.
D’autre part, la manufacture de Sèvres poussant le souci professionnel jusqu’à marquer d’un signe spécial (un carré avec un S et un numéro, coupés d’un trait de meule) ses pièces de rebut, c’était à la fois déjouer la fraude et la mettre hélas! en éveil. Effectivement, ces pièces méprisées pour ainsi dire, déclarées indignes d’être décorées par la célèbre manufacture, devaient être précieusement recueillies par nos truqueurs qui, après avoir masqué le coup de meule et ajouté la vignette : décoré à Sè vres^ authentiquaient du même coup de belles pièces ornées par leurs soins propres. Aujourd’hui, les pièces de rebut ont été mises le plus possible à l’abri de tels artifices, dévoilés plutôt par la grossièreté de leurs adjonctions.
En recherchant bien, d’autre part, sous les empâtements du décor, en transparence, on pourra souvent découvrir les remèdes apportés aux altérations de la digne matière. Unmarli voilé, la moindre irrégularité d’épaisseur ou bavure de l’émail, des trous mal bouchés, en justifiant le dédain de Sèvres, dénonceront le stratagème, car les faussaires ne peuvent obvier à tout.
Autres moyens de renseignement en dehors de la perfection sine qua non de la matière : la concordance entre le genre, la signature et l’époque de l’artiste de Sèvres signataire. Neuf fois sur dix, il y a contradiction
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dans ces références et, pour mieux les prendre en flagrant délit, le lecteur devra faire connaissance avec les monogrammes, signes conventionnels et chronologies des peintres décorateurs, conservés à la bibliothèque de Sèvres. Le beau musée céramique annexé à la célèbre fabrique, convaincra aussi de certaines distinctions purement visuelles. L’expérience de la vue, du toucher, de Touïe, de l’odorat même, développant les compétences bien au delà de l’effort des mots.
Mais poursuivons et notons au passage les belles imitations de Sèvres faites à Sceaux, àBourg-la-Reine, à Saint-Amand. Si belles, souvent ces imitations, qu’elles ne sauraient être désagréables au véritable connaisseur ; Vincennes imitait bien le Saxe à ravirl Chantilly [fig. 92), produisit tant d’exquis Bouddhas et concurrença si délicieusementla manufacture royale de Saint-CloudI Delft répéta avec tant de goût le décor japonais I Qu’importe enfin l’erreur qui attribue une assiette « en trompe l’œil » à Sceaux plutôt qu’à Marseille I
Et puis on cuit ici telle matière que l’on orne par ailleurs ; l’étranger s’en mêle, la Hollande, par exemple, décore des pièces blanches de Chine, et la pâte personnelle s’embellit de sujets en désaccord avec la nationalité et l’esprit propre, en dehors même de l’inspiration orientale si banalisée.
Ainsi que pour les meubles et les cuivres, on « enrichit » des fonds jugés insuffisants avec leur
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simple marli orné. On va jusquà compléter des services disparates. On fournit à une fontaine le
Fio. 96. — Éventail à la manière ancienne.
bassin qui lui manquait, au moyen d’une pièce analogue ou truquée. C’est la tour de Babel! et, cependant, nous donnerons, pour finir l’article céra-
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mique, deux moyens d’investigation assez probants. Ils ne concernent malheureusement que la fraude en pâtes tendres.
Tout d’abord, les dorures non exécutées à Sèvres manquent de fondu, et leur tonalité n’est point mate, de cette matité grave et profonde que l’on sait. Les fausses dorures sont sèches, moins incorporées, pour ainsi dire, à la matière, moins nettes que les vraies.
Quant au vert de cuivre, ses délicatesses métalliques sont remplacées, dans les contrefaçons, par un vert de chrome, tirant davantage sur le jaune et plus chaud.
Mais, en définitive, c’est toujours la beauté qui dissipe tous les doutes : jamais les truquages n’y atteignirent, puisqu’ils ne visent qu’à l’économie et que certaine beauté est toujours coûteuse, parce que rare.
Gare aux pâtes de porcelaine défectueuses, gare aux peintures bâclées! Ne confondons pas les décors peints avec les décalcomanies, les décors imprimés avec ceux que le pinceau exprime. En un mot étudions la technique d’un art avant d’en désirer les prémices.
Ainsi les porcelaines de Chine et du Japon vous donneront-elles, particulièrement, « du fil à retordre ». Ces porcelaines, que l’on imite partout et qui courent maintenant, honteusement, les grands magasins.
Passons sur les additions de décor, chères aux Hollandais, additions faciles à découvrir sur la couverte
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avec laquelle elles ne font pas corps, et sur l’or et le rouge employés par la Saxe, moins riches que ceux des Chinois. L’Angleterre, la France et la Hongrie, encore, ne sont guère redoutables en leurs pastiches. La question du goût propre à chaque pays et surtout à chaque commerçant de pacotille, trahissant tôt l’essence de sa documentation et de sa stylisation. Comment rivaliser avec le boi^ marché de la maind’œuvre en Chine et au Japon I Voyez plutôt à quel prix revint à Sèvres son effort d’imitation artistique (deux assiettes chinoises exposées au musée céramique flg. 79) ! Aujourd’hui les imitations de ces pays ne trompent plus guère — sur leur ancienneté, du moins, — tant elles sont bâclées I Ici les marques accusent leur dérision; elles vont jusqu’à vouloir authentiquer des pâtes tendres chinoises, alors qu’il n’y en eut que de dures, et c’est l’Angleterre à qui l’on doit cette grosse supercherie I
Voulez-vous confondre un faux craquelé chinois? Il suffit pour cela de promener sur l’émail une pointe d’acier qui, au lieu de glisser sur la surface unie, s’y accrochera, ou du moins sera sensible aux craquelures à fleur de couverte, et non prisonnières sous la couverte.
Quant aux couleurs fausses, elles sont lie de vin au lieu d’être roses; d’un vert tirant plutôt sur le jaune que sur le bleu; d’un ton vieux rose terne, au lieu d’être d’un brun violacé, très vif. Le fameux jaune impérial, si éclatant, non plus que le beau vert
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céladon et le beau rouge de cuivre dénommé haricot^ n’onl pu, enfin, être réalisés en « toc ». Du côté des ors, les vieux ors adhèrent mollement à la matière, tandis que les ors modernes ont une fixité et une couleur brune particulières. Il y aurait encore à dénoncer les fautes d’harmonie des tons, en général; le fâcheux empiétement des teintes coulant sur les dessous (preuve qu’elles furent rajoutées), ou bien les touches de couleurs comme estompées au lieu d’être soigneusement appliquées sur les fonds émaillés (autre preuve de « tripatouillage »), et puis la pâle des véritables vieux Chine est grisâtre et terne, et puis, si l’on a voulu recoler une de leurs parties, la fraude est visible sous la crasse dont on débarrasse la pièce, avec de l’alcool, car le kaolin ne peut être recolé qu’à froid, et puis...
Mais comptez donc toujours et davantage sur la beauté d’exécution, sur le charme du coloris, de la forme, de la matière, et vous commettrez moins d’impairs. La beauté est un ensemble, nous devons en avoir le pressentiment comme la défiance, si tant est qu’elle ne court point les rues et que nous devons la mériter.
Attention surtout aux pièces dont l’intérieur a reçu une couche de peinture et, pareillement, redoutons les rehauts de couleurs sur la matière ! Ces additions incongrues cachent des rafistolages de décor ou des réparations. Pour l’amateur, une pièce fêlée ou non intacte, une pièce dont le marli est voilé, n’a
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point de valeur. Il est vrai que certaines mutilations
céramiques demeurent prisées quand même, en rai-
Fig. 97. — Véritable dentelle d'Irlande.
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son du souvenir, de la rareté ou du charme de couleur qui demeure.
Cependant, les mutilations, excessives, le plus souvent indifférentes à l’esthétique, sont le privilège de l’archéologie. Dans ce domaine de la stricte curiosité, rentrent les poteries préhistoriques souvent insignifiantes, d’une vulgarité que leurs ruines seules rendent intéressantes, et ces ruines abondent dans nos champs au point qu’elles font sourire les sceptiques.
Qui dira le nombre de pots à fleurs intentionnellement brisés dans le sillon des fouilles prochaines, aux alentours d’une cité gallo-romaine ! Qui dira le nombre de scarabées \ de petites idoles et statuettes égyptiennes^ semés par l’industrie parisienne aux environs des Pyramides ! Qui dira la multitude des articles de Paris, christs byzantins, broches assyriennes, bracelets grecs et romains, vendus par les gamins de l’endroit, derrière les voitures du touriste, aux abords des nécropoles et des arènes I Que de lampes juives, que de lacrymatoires, issus de chez le petit potier du coin I Que de fioles en verre irisé encore, dissimulent mal leur parure interne d’écailles d’ablette!
Non moins nombreuses sont les haches et pointes de flèches en silex, préhistoriques ! Qui n’en fabrique pas! On est arrivé à imiter les moindres détériorations des
1. Il y a des scarabées made in Germany, mais qui sont moins parfaits que ceux fabriqués à Louqsor et à Birmingham.
2. A Assiout et à Louqsor, on fabrique particulièrement bien ces bibelots.
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âges les pius lointains, depuis les cassures et éclats les plus caractéristiques, jusqu’aux incrustations et cavernes des rongeurs les plus raffinés. Selon le terrain dont se réclament ces vestiges du premier homme, des terres ocreuses ou des marnes les maculent et, quant à démasquer les falsifications, nous y renonçons.
Nous noterons cependant, à propos des silex, un moyen de contrôler leur ancienneté, pour ainsi dire infaillible. Les silex anciens présentent sur leurs cassures une trace blanche ; les cassures des silex modernes sont, au contraire, uniformément brunes, couleur de la pierre; c’est le même phénomène des temps enfin, qui rend les camées opalins, laiteux, qui fait que les pierres fines perdent leur orient et que la turquoise meurt.
D’aucuns encov'e, se flattent de distinguer le coup de meule moderne de l’ancien, l’entaille fallacieuse de l’outil de métal; ils se font un jeu, paraît-il, de déjouer toute supercherie, rien qu’en frottant au chiffon la hache préhistorique aux incrustations et crasses seulement superficielles. Ils parlent, ensomme, de tant de « cuisines» frauduleuses, que l’on en arrive à se demander si tous ces faux témoins ne dépassent pas leur but, en coûtant plus cher que les vrais.
Mais laissons nos savants ergoter à leur aise ; l’étude scientifique amène à des découvertes dont nos musées seulement ont le droit de douter, au nom des prétentions plus ou moins justifiées qu’elles affichent, sans que l’art soit jamais déçu.
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La mer, en roulant ses galets, a bien pu « rouler » des savants ;,nos collections archéologiques en savent quelque chose dans l’accumulation invraisemblable de silex qu’elles étiquettent.
Tout, hélas! est dans la présentation, et le musée comme le latin, en imposent. L’écrin où se prélasse le faux bijou, le socle d’ébène sur lequel s’érige l’urne soi-disant antique, le sous-verre derrière lequel nous sourit la moindre photo-miniature, surprennent notre bonne foi. Présentations classiques : médailliers aux graves cartons verts ; vieux cadres églomisés, gaines aux maroquins usés, autant de sympathiques et charmants abords dont les truquages s’auréolent.
Aussi bien, ces fausses miniatures, simples photographies peintes ou gravures enluminées, voudraient tromper leur monde, dans leurs cadres carrés ou ovales, sertis d’un mince liseré de cuivre, et elles y parviennent presque, sous le miroitement de la vitre.
Arrachez donc la vitre qui pare votre miniature et, du même coup, vous lui arracherez son masque, de même que les faux camées ne résisteront pas au coup d’ongle qui les rayera. Mais nous allions anticiper sur le bijou...
Il n’empêche que le public est excessivement sensible à la présentation, jusqu’à la sottise même, puisque — on excusera cette digression — ■ son habitude visuelle du sel dit de cuisine demeure enracinée à l’épithète impropre de sel gris. Or, Ve sel gemme qui, avec le sel marin, approvisionne le
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marché de sel dît marin ou sel gris^ doit toujours, s’il veut être vendu sous ce nom, être sali. A cet effet on altère sa blancheur naturelle en l’additionnant de terrel
Au fait ! combien y a-t-il d’ « amateurs » qui voudraient croire à l’authenticité d’un vieux bibelot, s’il
Fig. 98. — Fausse dentelle d'Irlande.
n’était artificieusement présenté dans son délabrement accusé et velouté de poussière, soi-disant séculaire?
Un fou vendait un jour dans la rue, pour deux sous, des vrais billets de banque de cent francs, et personne n’en voulait !
Sans quitter le domaine de l’altération, la chimie moderne a bien créé des fleurs monstrueuses, des roses
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noires, des bleuets verts! et il n’est point jusqu’aux porte-bonheur que l’on fraude! Goûtez plutôt les malicieux trèfles à trois feuilles, auxquels on a ajouté en le collant, un quatrième lobe! Falsifications, illusions frauduleuses; il y en a pour tous les niensonges! De même que l’engrais force les terrains, l’ambition sinon la prétention, force la nature, et, de plus en plus, il faut apprendre à s’y coniiaître. Notre tâche cependant, n’est point encore terminée.