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CHAPITRE XI

Les faux tissus, costumes et dentelles

Les époques se sont contrefaites entre elles, en toutes matières. Il était logique que les beaux modèles fussent répétés, réédités, et les étoffes n’échappèrent pas à la loi commune. De nos jours où l’on revient ingénument, sous prétexte de nouveauté, aux tissus surannés de la Restauration, on n’a pas manqué, naturellement, dans l’essor unanime des vulgarisations économiques, de reproduire à satiété les beaux tissus des styles Renaissance, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI et premier Empire. Chacun de ces styles fut ainsi banalisé, il y en eut pour toutes les bourses; entendez surtout pour les moins garnies, et vous aurez une idée de la dégénérescente camelote offerte en souvenir du passé somptueux.

On comprend, dès lors, que les gens de goût épris richement d’art, tout au moins aient dédaigné ces mauvaises reproductions, bâclées au mètre, tissées de coton au lieu de soie, d’où leur terne soi\rire en

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place du chatoiement joyeux d’autrefois, violemment colorées et non délicieusement harmonisées comme auparavant.

Néanmoins, une fabrication supérieure put suffire à certains « bourgeois », et même on ne manqua pas de réserver aux plus cossus d’entre eux, une qualité extra. Nos belles soieries, nos rares velours et peluches, n’ont d’ailleurs point dégénéré — si l’on veut les acquérir à leur taux — et, n’était leur résistance à l'élan décoratif moderne, on pourrait les associer à l’éloge que nous décernons aux cotonnades et aux étoffes imprimées, si délicieusement obéissantes à l’esprit de notre temps de retour à la désuète Restauration, répétons-le.

Il est vrai que, pour ces derniers tissus, l’économie de leur renouveau ne saurait être comparée avec la dispendieuse reproduction des autres, qui ne peuvent, sans déchoir, se démocratiser. Or, tout logiquement, la faveur est acquise à la cherté réelle ou apparente des tissus, et, en dehors des fameuses toiles de Jouy, si pimpantes sous Louis XVI et Napoléon P", plus « amusantes » par leur coloris, que précieuses, on fait fête aux lourds brocarts et brocatelles, aux riches damas, gros de Naples et de Tours, aux rares satins brochés et velours brodés excellemment pastichés en général, par l’industrie moderne.

Comment, maintenant, vieillit-on ces étoffes modernes pour les faire croire anciennes, et quel est le moyen de reconnaître leur falsification?

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Pour les vieillir, on les décolore légèrement au

Fig. 99. — Véritable point à l'aiguille.

soleil, tandis qu’une usure relative de la trame est obtenue çà et là au moyen de patientes frictions à

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la main, enduite de poudre de talc. Les vapeurs de soufre et d’ammoniaque descendent aussi, très favorablement, les tons, et, pour réaliser plus exactement l’ancien (usure et vieilles patines), rien ne vaut la mise en usage. C’est-à-dire que l’on recouvre des fauteuils ou des canapés, que l’on utilise comme tentures ces tissus qui, plusieurs mois après, sont usagés au point qu’ils peuvent être vendus pour authentiques.

On accélère ainsi, simplement, les effets du temps, en forçant l’action de ses nobles détériorations et, lorsque soigneusement décloués, dépendus, ces sièges, ces tentures vous sont offerts, vous n’oseriez mettre en doute leur non-fraîcheur, si proche de l’illusion que vous cherchez. Un autre bon moyen employé par les fraudeurs consiste à couper des morceaux dans de grandes pièces d’étoffe. Ces morceaux semblent avoir été sauvés de quelque naufrage, et leur rareté ne vous échappepas. Effilochez, surses bords, leprécieux morceau, tachez-le à l’aide de quelque acide ou soumettez-le simplement aux méfaits de l’humidité et vous obtiendrez un truquage réussi. Pour ajouterencore à sa farce, il suffirait de le froisser ou bien de simulerdes parures et façonnages autrefois existants sur sa matière : galons, ourlets et surjets. On coud véritablement, avec du vieux fil, ces agréments, que l’on ôte ensuite. Des traces d’un travail antérieur : trous d’aiguille, restes de fil, impression marquée en sombre du galon sur l’étoffe décolorée, confirment à qui mieux mieux l’ancien. Des teintures légères procurent

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UQ vieillissement non moins flatteur, que des traces de clous rouillés, lorsqu’il s’agit de l’étode d’un siège, quelques-uns demeurant encore en place, confirment à l’envi.

Les galons et dentelles d’or se patinent au moyen des vapeurs d’acide chlorhydrique ou d’ammoniaque, voire même de fumée. Leur oxydation, soit à l’humidité, soit à l’aide d’un mélange'de sel et de vinaigre, ajoute auxprécédents effets, qu’un nettoyage final harmonise à souhait. Quant à l’artifice des applications, il se dévoile à l’œil, pour ainsi dire ; l’adhérence des motifs appliqués n’étant point complète, malgré le soin de leur collage ou de leur couture mal assurée sur les bords.

On sait que l'application consiste en' motifs détachés de la trame usée sur laquelle ils figuraient, et posés ensuite sur une trame neuve. Or, pour «culotter» la dite trame, on la passe — tout comme nous le verrons à la dentelle — dans un bain de thé ou d’ocre plus ou moins fort, selon la couleur à obtenir ; mais, si la trame ou fond est remplacée par une étoffe, on recourt aux fumigations de bois vert ou de charbon (velours, peluche) ou aux teintures de tan, de feuilles de noyer et de brou de noix (draps, cotons, etc.). Pour dévoiler la fraude, on saisit qu’un nettoyage à sec ou légèrement humide, suffit.

Une anecdote, maintenant, nous édifiera sur l’éLonnanle illusion fournie par les soies truquées. Un jour Edouard Détaillé rend visite, en terre étrangère, à un

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descendant de Napoléon P**, qui lui fait les honneurs de sa galerie.

Soudain, imitant son hôte, non sans réprimer un éclat de rire, le célèbre peintre se découvre devant des drapeaux glorieux, témoins soi-disant des victoires de l’ancêtre. Or, ces précieux trophées sont tout simplement dus à l’ingéniosité de Détaillé, qui fit exploser dans leurs frais tissus, des paquets de pétards I . . Ainsi maltraitée, la soie, décolorée par les émanations sulfureuses, tachée aussi par elles, effilochée, arrachée en lambeaux, trouée par la déflagration de la poudre, est d’une saisissante vérité, d’autant que rien n’a été négligé pour renforcer cette vérité, hampe brisée, inscriptions altérées, aigle arracrhé, etc.

Le spirituel dessinateur Caran d’Ache excellait aussi dans cette imitation : toute une salle était réservée, chez lui, à de « vénérables » reliques de ce genre qu’il se plaisait à montrer avec une émotion que les visiteurs partageaient d’enthousiasme, à la plus grande joie de notre mystificateur.

Mme Sarah-Bernhardt encore, eut recours fréquemment à d’artistiques décolorations pour ses costumes de théâtre, dont on loua les harmonies dégradées, les rares tonalités, passées, fondues, aux gammes fulgurantes ou mortes.

Ces subterfuges, cependant, se dévoilent aisément ; il suffît d’un examen attentif et, comme toujours, la belle qualité des tissus n’ayant pu être imitée — nous revenons ici à l’étoffe censément ancienne, en gé-

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néral — le critérium le plus sûr consiste en la cons-

tatation de la camelote, malgré qu’il y ait cepen-

Fig. 100. — Faux point à Vaiguille,

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dant un moyen de vérification technique absolu.

Ce moyen nous est offert par l’étude de la trame.

Autrefois on fabriquait les étoffes à la tire^ c’està-dire à la main, d’où une irrégularité dans les mailles, que la machine ou métier à tisser inventé par Jacquard (1800) ignore. Il suffit donc de constater sur la trame la régularité ou le caprice des mailles et, à cet effet, on retourne l’étoffe, et l’on recherche plutôt les dessins symétriques, afin de comparer entre elles chacune de leurs parties. Si le travail présente, dans la traduction du dessin, des raccords défectueux, des inégalités de repérage, s’il n’est point, en un mot, parfaitement régulier, dans le nombre même des fils déchaîné et de trame qui le composent, point de doute, le travail est ancien, il a été exécuté à la tire, c’est-à-dire à la main, et l’observation contraire démasque naturellement les produits dus à l’invention moderne de Jacquard.

L’étude de la trame fait encore partie de cette connaissance technique que doit acquérir initialement l’amateur qui, mis en présence d’une tapisserie ou d’une broderie, ne devra pas confondre les points entre eux; les points dont le témoignage sur la trame est souvent irrécusable.

Je sais bien qu’ici comme pour le bijou, que l’on monte à la mode ancienne afin de le faire croire ancien, on imite toutes les sortes de trames et de points anciens, mais encore faut-il que le dessin soit bien d’accord, comme style, avec son tissu, avec son cane-

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vas, avec son point ! Chaque style a sa manière et ses tours de main.

Cependant, il y a des raideurs de taffetas, des douceurs de satin et de velours, inimitables. On a bien essayé de « brûler » artificiellement les étoffes pour les rendre friables, comme si elles tombaient en poussière, de vétusté, mais on sent au toucher que l’empois, que l’apprêt factice, ne peuvent illusionner sur les faux taffetas, pas davantage que le coton mêlé à la soie ne trompe sur le moelleux incomparable des riches satins; et velours d’autrefois.

L’éclat de la couleur des vieilles étoffes, encore, persiste; tandis que la frêle teinture des nôtres, trop souvent empruntée à l’aniline, ne dure pas.

Attention donc à des erreurs dans cette harmonie du style, de la trame et de la couleur I Méfions-nous des copies comme des tissus fabriqués — genre tapisserie, à la main. Ne prenons pas surtout des tapis dits de Bohême {fig. 95), sans envers, pour des tapis d’Orient, à cause des dessins similaires, que l’on n’a pas craint de reproduire même, sur des tissus légers.

Gare aux trompeuses moquettes ! et apprenons, en passant, que les tapis d’Orient se reconnaissent en dehors de la beauté flagrante de leur dessin, de leur tissu chatoyant et épais, de la finesse de leur trame, à l’envers qui reproduit exactement le décor de l’endroit, moins cependant l’éclat du coloris et l’épaisseur du tissu. En un mot, les tapis d’Orient ont un verso qui rappelle finement le recto, contrairement

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aux moquettes dont l’envers ne montre qu’une trame décolorée, que la chaîne.

Parlons maintenant des costumes anciens. Il y en aura toujours, c’est dire la facilité avec laquelle nos jours les confectionnent et aussi quel artifice préside à leur confection I

On copie scrupuleusement leur coupe et on les taille dans de vieilles étoffes. Comme pour les meubles, on fait parfois deux costumes avec un seul, la partie fausse passant alors pour une habile restauration. D’autre part, les similis vieux habits, culottes, gilets, etc., sont établis de toutes pièces avec des débris anciens, depuis le fil qui les coud jusqu’à la doublure, jusqu’aux galons et aux boutons. Que de «petits chapeaux» de Napoléon sont sortis encore de cette fabrication artificieuse, qui posent consciencieusement, maintenant, pour la gloire ! Mais aussi quelle patiente étude ils reflètent, ces truquages 1

II y a des tailleurs et des chapeliers tout à fait experts en la matière ; ils sont des savants dans leurgenre. Et les cordonniers donc I Voyez les lourdes bottes des postillons, chères au siècle de Louis XIV, naître comme par enchantement sous leurs doigts, à côté des frêles souliers brodés du xviii® siècle I Tout cela construit avec de vieux cuirs, avec de vieux lacets et boucles; ces mêmes cuirs, qui serviront si parfaitement la cause d’un coffre... antique ; ces vrais lacets qui donneront à un corset très busqué, garanti Louis XV, son seul cachet d’authenticité; ces boucles

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du temps, à n’en pas douter, sur des ceintures et

Fio. 101. — Véritable dentelle de Valenciennes.

ceinturons plus que douteux, mais à qui le doute profitera. Le moyen de s’y reconnaître parmi ces calom-

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nies ? Encore et toujours, la réflexion du style, la vérification de la beauté de la matière, l’origine de l’objet à acquérir, jointes à la qualité de satisfaction que l’on mérite, de par le goût que l’on a.

Voici, cependant, des moyens logiques de contrôle, en ce qui concerne, du moins, les costumes anciens. Tout d’abord, lestailjeurs, exclusivement employés à la confection des costumes, tant masculins que féminins, ignoraient la régularité de la machine à coudre, et ils cousaient avec une parfaite solidité. La manière d’arrêter leurs points, au surplus, est d’une volonté originale et typique. Quant aux robes des femmes, elles sont reconnaissables à la grossièreté de leur doublure. Tout ce qui ne se voyait pas était sacrifié. Les dessous de la grande dame d’autrefois, ignoraient notre présente recherche, et une rude étoffe de toile grise, voire de la vulgaire toile à matelas, doublait les plus riches tissus.

En revanche, je sais un éventail ancien qui ne prouve pour ainsi dire son authenticité, que par les deux petits diamants qui unissent, discrètement, ses lames, vérs la base. Jamais un truqueur n’eût osé garantir son œuvre à ce prix, et nous verrons toujours les véritables antiquités se défendre pareillement, sinon par la richesse de la matière, du moins par la sincérité de l’art ou la qualité de la main-d’œuvre, contre leurs imitations.

Ainsi, en ce qui concerne la broderie et la dentelle anciennes, jamais on n’arrivera à les contrefaire, faute

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d’avoir retrouvé la conscience et la tranquillité auxquelles elles durent jadis leur essor. Nos fées modernes ne peuvent rivaliser avec leurs sœurs d’antan, parce que leur génie est limité au vil bon marché. Leurs entrepreneurs, toujours pressés, bousculent leurs fins réseaux, et la machine les tue. Aussi bien les travaux de ce genre, dans la production originale, visent plutôt au « cocasse », à travers les fantaisies de la mode, et il n’y a plus guère que nos grandes dames ou bien nos aïeules qui aient conservé le goût du vrai luxe en question. Et, si la mode remet les dentelles en faveur, peu importe à la masse leur vérité : la masse en a toujours pour son argent et pour son idéal.

Partant donc de cette base générale que le vrai est particulièrement bien, voici donc que les fausses dentelles et guipures sont démasquées. Laissons leur style de côté, la machine imite ces styles à merveille; mais, pour l’exécution, c’est une autre affaire, malgré cependant, des exceptions déconcertantes !

Les dentelles de guipure faites mécaniquement, n’offrent qu’une finesse relative, et leur travail est d’une perfection sèche et régulière. Nous avons parlé de la manière de tisser ancienne, dite à la tire et de la moderne dite à la Jacquard. Mêmes différences, et ce ne sont pas les artifices complémentaires : teintures de thé et d’ocre, qui ajouteront à l’illusion de l’ancien. Les réparations de dentelles et guipures du passé devront encore, nous être suspectes. Il existe des ravaudages frauduleux, comme ceux que nous

dénoncerons à la tapisserie. On ne se gêne pas dans cetlé sorte de travail, pour accoler souvent du moderne à de l’ancien; d’habiles applications trompent aussi, volontiers, et que de déchirures profitent à de misérables restaurations !

Voici quelques moyens complémentaires de discerner les fausses dentelles [fig. de 97 à 104). Leur métrage correspond à leur système de fabrication, soit anglais ou français. Dans le premier cas, elles mesurent quatre mètres; dans le second, onze. Les véritables dentelles, au contraire, sont d’une longueur inégale, et si elles sont raboutées, à condition encore que l’on s’aperçoive de ce raboutissage, l’intervalle de ces raboutissages entre eux est régulier.

Cependant, dans les vraies dentelles, les motifs du dessin, si on les plie, si on les superpose, ne coïncident pas entre eux exactement L De plus, il n’y a pas toujours le même nombre de points, dans deux motifs symétriques et même de motif à motif. Cette irrégularité, propre aux vraies dentelles, concerne aussi le réseau ou fond qui apparaît, dans l’imitation, symétriquement carré, contrairement à l’aspect des véritables dentelles.

Au toucher, les vraies dentelles ont une douceur, une souplesse particulières inconnues à leurs copies

1. Pour déjouer ce contrôle, la machine a inventé les motifs qui ne se répètent que de 3 en 3, de 4 en 4, etc.

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dont l’apprêt nuit à ces qualités. La couleur des vraies

dentelles, encore, est toute une révélation ; elles sont

Fig. 102. — Dentelle de Valenciennes (imitation).

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soyeuses, et une sorte de patine dorée caresse leurs reliefs.

En même temps que la beauté des dentelles véritables nous est démontrée par la non-monotonie du point, surtout le Chantilly^ — preuve de leur fabrication à la main, — il faut prendre garde à leur profusion, qui marche mal de pair avec leur rareté. Rappelonsnous ici de rinconvénient qu’il y a, au point de vue de l’anthenticité des tableaux, de collectionner un seul et même maître, et méditons la ruse observée, à cet égard, par le marchand, dont les pièces, dépareillées à dessein, laissent toujours l’amateur favorablement rêveur.

Un moyen, empirique celui-là, arrachera le masque à la dentelle hypocrite : il suffit de tirer sur l’extrême fil de la pièce suspecte pour que tout se défasse, au fur et à mesure que l’on tire.

Mais il y a encore la ressource, moins violente, de démasquer, par exemple, le faux vieux Malines*^, sous sa teinture artificieuse, en cherchant dans l’épaisseur de ses mailles respectées, la fraîcheur du fil blanc et, d’autre part, le point d’Alençon sera trahi par certaine transparence et certaine mollesse de ses parties é])aisses.

1. Le réseau carré qui forme le fond du dessin de la véritable dentelle de Chantilly est nettement déterminé par un seul fil sur chacun de ses côtés.

2. Dans la fausse Malines et, de même, dans la Valenciennes imitation, le picot ou bordure extrême, est rapporté. Malheureusement, de jour en jour, la machine se perfectionne...

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Pour en terminer de la denlelie, dans son aspect de fraude général, nous indiquerons, à propos de la dentelle dorée, une patine aussi peu poétique qu’efficace, et d’ailleurs réfractaire à notre hygiène moderne, mettons odieusement surannée, celle produite par les émanations de l’ex-buen-retiro...

Du côté de la guipure « à l’aiguille », maintenant,

Fig. 103. —

voici une ingénieuse supercherie ; elle nous vient de Suisse. Il s’agit d’imiter les anciennes guipures de Venise, et le procédé est amusant. Il consiste à broder des motifs avec du coton blanc sur un fond de laine ou de soie et, lorsque ce travail est terminé, on plonge le tout dans un bain chimique qui a la propriété de brûler la laine ou la soie, en respectant seulement les fils de coton ; c’est-à-dire que le fond disparaît entièrement.

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Aussi bien les guipures sont, des toiles d’araignée merveilleuses, et l’on saisit l’écueil, pour le faussaire, de traduire cette finesse coûteuse et rare dont les jolis doigts de femmes connaissent d’ailleurs la caresse sans égale.

Attention, néanmoins, aux morceaux frauduleusement glissés parmi les vrais, on ne saurait tout prévoir; c’est l’instant de rappeler que les contrefacteurs de billets de banque, se basant sur la manière expéditive de compter les liasses de billets dans les banques et les grandes maisons de commerce où l’on feuillette seulement l’extrémité de ces billets, ont eu l’idée ingénieuse de substituer à l’une des moitiés du billet — celle que l’on ne feuillette pas — un billet de la Sainte-Farce, de telle sorte que d’un seul billet ils en faisaient deux.

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