CHAPITRE V
Les faux dessins. — Les fausses estampes
Le commerce des faux dessins, anciens et modernes, s’exerce sur une grande échelle. Pour les premiers, on s’ingénie d’abord à une présentation conforme à la vénération exigée, absolutoire. C’està-dire que le cadre, l’aspect ancien, font volontiers passer sur les mérites du dessin. D’aucuns ont prétendu que les fraudeurs « vieillissaient » le papier, en le trempant dans un bain de café dosé à la couleur du passé, ou bien en l’enfumant; mais le moyen le plus sûr consiste à se procurer des feuilles de garde de livres anciens chez les bouquinistes, ou bien des feuilles de vieux registres auprès de quelque notai rd de province. Fiez-vous donc, après cela, à la valeur du filigrane vu en transparence, pour identifier des dessins ou des estampes ! Imaginez-vous ensuite, sur ce vieux papier authentique, un dessin à la sanguine, légèrement effacé au doigt et inséré dans
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un passe-partout neuf, bordé d’or I Voici, à n’en pas douter, un dessin ancien I
Cependant, le dessin lui-même, n’est qu’un calque ou une copie, et son exécution à la sanguine (fig, 18), conformément aux préférences des vieux maîtres, doit vous être déjà suspect. Examinez donc la qualité de ce dessin en dehors des séductions de la présentation. Rappelez-vous vos visites au musée, afin de démasquer la copie ou le décalque ; au surplus, rendezvous compte du style de la facture de ce dessin et, avant de l’acquérir, tâchez de lui trouver un « air de famille » avec ceux qui figurent notamment au Louvre. « L’air de famille » indique, en principe, plus de vraisemblance qu’une ressemblance absolue, et rappelez-vous que, dans un dessin, les hésitations du trait comme ses « repentirs », ne sont là, souvent, que pour troubler. Les maîtres ont, même dans leurs retouches, une décision que le faussaire malhabile ne peut réaliser.
La coiffure des personnages, leur vêtement s’ils sont habillés, et, l’expression même de la nudité, varient selon les époques. Des fautes de goût, des oublis, peuvent révéler la supercherie.
Si le dessin est à la plume, l’encre qui préside à sa confection frauduleuse sera soigneusement diluée pour l’aspect décoloré nécessaire. Ne nous arrêtons donc pas à cette observation; pourtant, nos encres d’aniline modernes ont des réactions particulières, elles sont bues en outre, par le papier et déteignent plus
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IG. 45. — Buste de la Vénus de Médicis, en imitation de bronze plâtre métallisé.
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volontiers que les encres anciennes, d’un jaune de rouille assez spécial. Quant au papier, on le regardera tout de même, en transparence, car le faussaire se contente souvent de choisir un papier moderne imité de l’ancien, aux marques : Canson, Arches, Wattman, Ingres, etc. Ce papier moderne, genre ancien, est alors altéré, moisi, teint, usé et sali sur ses bords, brûlé par des acides.
Dans un dessin au lavis, il faut surveiller la qualité de la couleur employée. Nos couleurs actuelles diffèrent, comme composition, de celles du passé, et les cadres anciens ne devront pas toujours garantir la sincérité de l’œuvre qu’ils sertissent, étant donné leur intention souvent frauduleuse.
Dans un dessin au crayon rehaussé de blanc ou de gouache, on remarquera que ces rehauts ont jauni, s’ils sont authentiques, et noirci, s’ils ne sont même tout noirs. En général, ces rehauts de lumière, s’ils sont clairs, ont été repris.
On notera qu’il est dangereux d’acheter des dessins « authentiques » de maîtres hollandais, anglais, français, allemands, etc., dans leur ville natale, où la contrefaçon s’exerce activement, sous le pavillon d’une certaine logique. Autre constatation: les dessins faux pullulent au gré de la mode du moment. Ainsi, actuellement, les François Boucher, les Greuze, les Nattier {fig. i9), tous les maîtres du xviii® siècle, trompent à qui mieux mieux. En principe, enfin, les signatures et monogrammes n’authentiquent point
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Fig. 46. — Fausse statuette de Tanag-ra (elle est en plâtre platiné)
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les dessins, au contraire. Celte loi est commune aux œuvres de la plastique. Mais, plus spécialement en ce qui concerne les dessins et croquis de peintres, consi- ^ dérés par eux comme des matériaux d’atelier, essentiellement propres au tableau, à l’œuvre réalisée, ainsi qu’en font foi tant de « cartons », de fragments de cartons, de dessins mis au carreau, d’ébauches et crayonnages (plusieurs sur la même feuille) recevant les honneurs du cadre, abusivement, à l’insu souvent du peintre, dont les essais, les recherches, ne sont point, en principe, destinés à être présentés comme le tableau lui-même.
Méfions-nous donc du dessin de peintre signé, et admettons cela plutôt du dessin de l’illustrateur, dont, d’ailleurs, la formule plus hâtive est aussi d’intention plus définitive.
Nous reviendrons sur la valeur de la signature, lorsque nous parlerons notamment de la peinture et de la sculpture. Autres observations relatives aux dessins de peintres anciens (car l’illustration est de conception moderne). On admet que les dessins anciens soient encadrés, plus logiquement que les dessins modernes, en raison de leur caractère de reliques ; toutefois les maîtres de jadis signaient moins volontiers leurs œuvres (leurs dessins surtout) que ceux d’aujourd’hui Nota hene : les cartons où l’on renferme les vieux dessins, ne mesurent point leur sincérité aux couches de poussière plus ou moins épaisses qui les recouvrent.
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Le dessin à la mine de
sion moderne. Le dessin relevé de sépia ^ est plutôt
1. M. Lippmann a communiqué récemment, à i’ Académie des Sciences, un moyen très simple de faire revivre la retouche à la sépia, que les anciens maîtres avaient eux-mêmes indiquée sur leurs dessins. La sépia laisse, paraît-il, une faible trace — invisible à l’œilnu — constituée par une sorte d’enduit gommeux qui aurait la propriété d’impressionner les plaques photographiques. L’épreuve, sur des dessins de Raphaël, notamment, serait convaincante et, grâce au même moyen photographique, M. Parenty, ingénieur en chef des manufactures de l’Etat, est, dit-on, parvenu à identifier la Décollation de saint Jean-Baptiste, dumusée de Lille, attribuée à Rubens. Cette fois, on aurait retrouvé la signature du maître, devenue imperceptible sur un tableau.
Fio. 47.
— Fausse clé de voûte romane (pierre vieillie et sculptée de nos jours).
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de mode ancienne. Les teintes appliquées à l’aquarelle sont d’une facture moins libre dans le passé qu’aujourd’hui.
Au résumé, le dessin ancien se paye d’abord selon sa qualité artistique, intrinsèque, ensuite d’après son style ou son école, et les styles et les écoles sont remarquables à une facture spéciale, à un parfum caractéristique. S’attacher, pour plus de sûreté, à reconnaître une école, un style, plutôt que la manière propre à tel artiste.
Quant aux dessins modernes, ils tentent encore davantage l’habileté des faussaires, malgré qu’ils soient d’un placement moins avantageux. Il est vrai qu’ils sont plus aisés à faire, tant la facture moderne, synthétique, est expéditive, du moins chez les dessinateurs de journaux. Il suffit souvent d’attraper le « truc » d’un tel, son « chic », et les contrefacteurs n’y manquent pas.
Cependant, malgré que l’on ait pillé affreusement Adolphe Willette, par exemple, dont les dessins avant d’être traités à la plume, sont souvent esquissés au crayon bleu ~ le bleu du crayon persistant sous la plume, ou même le dessin étant tout bleu, sans encre — on n’a pu imiter le charme savant du maître. On a eu beau calquer, retourner ses compositions {fig. 20) pour les démarquer, on n’a guère réussi que pour les profanes. J.-L. Forain, lui, du moins depuis plusieurs années, use d’un papier filigrané à son nom. Toutefois, que de faux Forain (si aisé à falsifier en apparence).
Fig. 48. — Sculpture sur bois (copie ancienne sur bois vieilli à l’acide, passé au brou de noix et encaustiqué).
Lorsqu’il s’agit d’artistes vivants, naturellement, l’œuvre douteuse est démasquée par les auteurs euxmêmes, écueil dangereux pour les faussaires ; mais,
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sont aussi dans le commerce, en tant d’autres Daumier, Gavarni et H. Pille !
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lorsque le peintre n’est plus, la sanction échappe totalement, comme l’identification absolue. Il est vrai que si l’œuvre apparaît belle au « client », elle a une certaine beauté et, si le commerce frauduleux a fait le plus souvent du tort aux artistes, on peut citer au moins un cas amusant du contraire, tant il y a des faussaires émérites. Mais c’est qu’il est très bon cet « Henner » I aurait dit, un jour, le célèbre peintre, consulté sur l’authenticité d’une œuvre qui lui était faussement attribuée et, en manière de plaisanterie, autant que pour reconnaître les talents de son plagiaire, il signa le petit tableau.
Comment voulez-vous, d’autre part, qu’un artiste ne doute pas lui-même de certaines de ses œuvres anciennes ! Il y en a tant qui seraient disposés à renier des « péchés de jeunesse » 1
Mais les dessins des artistes vivants répétons-le, ne sont guère de vente, surtout les classiques, car les autres, les excentriques, ont naturellement la faveur des snobs. Ils sont si faciles, d’ailleurs, à imiter, ces informes graphiques, que l’art est bien vengé. Qu’importe, au surplus, d’être volé, en pareil cas. Plus le « dessin » est mauvais, plus il a de chance d’être vrai.
En revanche, allez donc imiter un Ingres I Gomment égaler son esprit, sa pureté matérielle même I On se trompera peut-être sur l’attribution exacte, mais l’école est évidente.
Tout à l’heure il s’agissait d’attraper un « truc »,
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un « chic » ; maintenant il faut tâcher d’égaler une
science, un rendu non plus à la portée d’un tour de main. Les œuvres techniquement admirables, se défendent fatalement mieux que les improvisations , et l’authenticité est solidaire , premièrement, de cette technique qui est la marque de fabrique la plus caractéristique.
Mais il y a le décalque ou la copie fidèle exécutée par un consciencieux artiste, mais il y a le pastiche extraordinaire de la quelques savants combent dans la
Fig. 4îI. — Vierge et enfant Jésus (bois ancien, sculpture moderne).
Le bois a été peint, nettoyé à la potasse, puis repeint sur du plâtre écaillé. Il y a des adhé* rences de couleurs et d’or chimique.
manière d’un maître, émanant de ouvriers, et les artistes qui succoulisse avec un talent ignoré,
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malchanceux, sont nombreux. Les marchands, eux, ne les ignorent pas, et, en cela, ils donnent une rude leçon de clairvoyance à leurs dupes, ou mieux à ceux de leurs clients ignorants qui n’estiment la beauté qu’au taux de l’artiste coté, en vogue.
Comment l’avenir se débrouillera-t-il en présence de tous ces sous-Un Tel, vis-à-vis de la signature du chef de file aveuglément « chipé » I Aussi bien l’on se demande, devant ces pastiches [fig, 22), s’ils ne dépassent pas parfois le modèle inspirateur. Combien de Watteau illusionnèrent au xviii® siècle, sous le pinceau fallacieux de Dietrich, peintre de l’Électeur de Saxel Jordaens, Van Dyck ne travaillèrent-il pas, fréquemment, aux tableaux de leur maître Rubens? Une anecdote, à ce propos : un excellent élève de W. Bouguereau exécuta une copie d’après le portrait de l’auteur /des Funérailles de sainte Cécile par luimême, copie destinée à figurer au palais des Offices de Florence. Nous assistâmes à la présentation des deux toiles (original et copie), et la copie était tellement parfaite, que W. Bouguereau ne discerna pas son œuvre propre de l’autre.
C’est l’écueil de la facture, parfois exclusive, à laquelle aucune école n’échappa, et, de la valeur seule du chef de file dépend la qualité de ses apôtres. Les nombreuses écoles italiennes de la Renaissance l’attestent et, plus près de nous, les David, les Ingres, ont inspiré une légion de très forts adeptes. A côté, encore, des factures similaires de Prud’hon et de
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Henner par exemple, il y a le sujet analogue traité
par Th. Ribot 23), après Ribera [fig. 24) dans une
Fig. 50. — Commode Louis XVI authentique^ dont le.s cuivres sont de style Louis XIV (poignées) et les entrées de serrure Louis XV.
HA l’aut de reconnaître les fraudes
manière singulièrement pareille, et J. Gavé {/îg. 25) ne se défend pas d’une ressemblance étonnante avec son maître W. Bouguereau {/îg. 26), Sans compter que Georges Scott, dans ses pages militaires, rappelle son maître E. Détaillé avec une fidélité troublante, et l’on en pourrait dire souvent autant de M-A. Zwiller vis-à-vis de Henner., Voyez donc l’exquise monotonie des petitsmaîtres du XVIII* siècle ! Et ce sont ces praticiens distingués, existant à toutes époques, qui troublent l’expert, quant à la précision du chef de file. Précision surtout nécessaire au prix de vente, en dehors de l’art.
Bref, combien d’artistes « forts en thème », sans génie certes, mais connaissant à fond leur métier, s’employèrent sciemment et quelquefois aussi, sans le savoir, à des contrefaçons! Que de tableaux, admirés dans des musées, on leur doit, à ces sacrifiés! Lt combien ils se vengent I
Ah ! si l’on savait que le Rembrandt, que le Courbet dont on s’enorgueillit, sort, tout simplement, de si obscures mains, quel désenchantement !
Que de grands peintres, encore, à toutes époques — et cela est particulièrement déroutant — exécutèrent des copies d’après des maîtres anciens, dans le seul but de s’instruire ou de gagner, initialement, leur vie! Songez aux élèves de la villa Médicis, obligés par le règlement, à copier — depuis l’année 1801 — un ou plusieurs chefs-d’œuvre de l’école italienne I
Nul doute, ces copies sont parfaites et, quand la patine des temps aura fait son œuvre (et elle a déjà
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llo
eu le temps de la parfaire), on se doute des erreurs commises ou à commettre.
La conviction établie sur la seule Beauté, en
Fig. 51. — Cadre en buis sculpté fuit de morceaux anciens et neufs.
dehors du snobisme — nous ne nous lasserons pas de le répéter — n’a jamais été déçue qu’en raison directe de la somme de goût que l’on a, consolons-nous donc, ainsi, rationnellement.
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Mais nous continuerons ce chapitre à la peinture et, nous passerons du dessin à l’estampe.
Du côté de l’estampe, nous retrouvons la fraude du papier. On tire des gravures, des lithographies, sur des papiers du temps ou modernes, maquillés, vieillis; ces derniers, facilement trahis par un coup dégommé ou d’éponge humide. Il faut mettre maintenant le public en garde contre certaines gravures à l’eau-forte et au burin, qui ne sont que des contrefaçons dues au procédé de l’héliogravure.
A l’aide du procédé machinal de l’héliogravure, on a vulgarisé les tirages de la gravure, dont l’un des mérites, et non le moindre, est la rareté.
Il s’ensuit de cette fraude, qu’une héliogravure vendue pour une gravure d’artiste, n’a point de valeur. Une autre dépréciation de la gravure est son absence de marge, ou même la rognure de cette marge. Même observation, d’ailleurs, pour une tapisserie sans bordure.
En dehors de l’héliogravure, on vulgarise aussi, fâcheusementpour sa rareté, la gravure en taille-douce, au moyen de l’aciérage de la planche de cuivre, opération qui donne à ce dernier métal une résistance supérieure, propre à des tirages plus nombreux que sur le cuivre même. La galvanoplastie, enfin, offre la ressource du galvano permettant des tirages illimités.
Or, si l’amateur y perd à cette diffusion, le commerce de l’estampe y gagne, mais nous ne nous occupons point ici des besoins du commerce.
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Gomment reconnaître la qualité restreinte d’un tirage ? Aucune marque distinctive sur l’estampe, si celle-ci est issue de l’aciérage et du galvano. L’examen de la planche seul, dévoile le mode de tirage. Planche couleur de cuivre ou d’acier : aciérage, plaque couleur de cuivre dont les reliefs transparaissent au dos et qu’il faut poncer : galvano.
Au reste, ces distinctions de planches importent peu, et la beauté de l’épreuve est tout.
En revanche, une épreuve reproduite au moyen de l’héliogravure setrahitdesuite. Les saillies de lataille, très sensibles au toucher sur la surface d’une épreuve de gravure en taille-douce, manquent. Les retouches au burin, si fréquentes en héliogravure, sont visibles; elles sont lourdes, sensibles au toucher et d’un noir différent de l’ensemble, qui est plutôt lisse.
Autres embûches, celles-ci relatives au dessin : les reproductions du trait, en photogravure, qui ne doivent pas être confondues avec le trait original à la plume [fig. 27), ce trait, qui peut aussi bien jouer à la sanguine s’il est tiré en marron rougeâtre et au crayon bleu s’il est imprimé en bleu. Exerçons-nous aussi à distinguer un croquis original de sa reproduction lithographique. A cet effet, examinons à la loupe l’écrasement du grain du papier, à l’entour du dessin, ou bien cherchons la trace du cliché qui aura marqué le papier; du papier couché s’il s’agit d’une photogravure.
La douceur du trait, encore, sa couleur moins bril-
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lante que celle donnée par l’huile grasse, pourront nous éclairer.
Fig. 53. — Truquage du meuble précédent.
Pour en revenir au tirage restreint dont certains
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amateurs sont si friands, il est, ainsi que nous venons Je le voir, délicat à contrôler, grâce à la facilité de dépasser le chiffre du tirage annoncé, lorsque la planche n’a pas été effacée ou détruite, après un nombre fixé d’épreuves, conformément aux conventions. Cependant le cercle de la Librairie, à Paris, certifie officiellement, de nos jours, certains tirages, grâce à un numérotage au timbre sec. On procède pareillement en Angleterre.
Il n’y a en somme que la gravure dite à la « pointe sèche », sur laquelle on se rend compte, visiblement, de la parcimonie ou de la diffusion dutirage grâce aux barbes. Les barbes sont des bavures résultant de l’arrachement du métal sous le trait incisé du burin ; elles donnent de beaux noirs sur l’épreuve et, s’effaçant au fur et à mesure de l’usure, leur présence nécessairement, témoigne des premières épreuves.
Parlons maintenant du truquage des états, si dé routant, d’autre part, pour les amateurs.
Les états renouvellent leur rareté : tantôt à l’aide d’un prestigieux monogramme ou bien d’une date rajoutée au moyen d’une opération de gravure supplémentaire, voire même avec un trait de plume.
Bien déplus facile, au surplus, de faire une gravure avant la lettre d’une gravure usée, presque, par le tirage, en bouchant avec du mastic ou du blanc d’Espagne le creux d(îs lettres du titre.
Allez donc, après l’ensemble de ces révélations, vous fier à la netteté des tailles, sur une épreuve vé-
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rifiée à la loupe, pour affirmer, suivant le degré de celle netteté, l’importance du tirage!
le commerce frauduleux vend à
Fig. 54. — Véritable console Voir la gravure suivante.
profusion des gravures en couleurs, fort à la mode actuellement [fig. 29), qui ne sont que de vulgaires héliogravures enluminées, tirées sur des papiers salis, vieillis.
Point de finesse, empâtement des tailles, mono-
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tonie, telles sont les tares générales de ces contrefaçons de Debucourt et autres délicats peintres-graveurs de la fin du xviii® siècle et du début du xix®.
Du côté de la gravure sur bois, pareille mystification, d’autant plus aisée, d’ailleurs, que le retour de quelques graveurs à la gaucherie primitive y prête singulièrement. Imprimez sur un parchemin soigneusement altéré, genre ancien, certains bois taillés au canif, de notre connaissance, et vous serez parfaitement illusionné. Aucun doute, pourvu qu’il n’y ait point d’anachronisme dans le dessin, vous êtes en présence d’un feuillet de manuscrit ancien ! De là à l’enluminure, il n’y a qu’un pas et, n’était l’économie de l’or, sensible fatalement dans l’artifice, vous n’y verriez que du feu...
Les Allemands excellent dans la reproduction frauduleuse des vieux manuscrits, au dos de cuir vénérable, aux feuillets rongés d’une lèpre impressionnante — ces feuillets que coupent des signets ponctués de volumineux cachets de cire...
Bref, pour en revenir essentiellement à notre sujet, et particulièrement à l’estampe, il importe, lorsque l’on fait acquisition d’une pièce rare, de la comparer au préalable avec une autre semblable, si possible. Les musées, presque toujours, permettent cette consultation. Examiner à la loupe, sur les deux épreuves, l’exécution d’un détail et, si ce détail diffère de l’une à l’autre épreuve, c’est que l’une ou l’autre des deux épreuves est contrefaite.
LES FAUX DESSINS 123
Mais laquelle? Plus vraisemblablement celle que l’on désire vous vendre. De même, surveillez soigneu-
sement la reproduction des moindres accessoires dans les deux pièces. L’omission d’une pierre, un faux trait, et la preuve est faite. Il y a, au surplus, des
P'iG. 55. — Console truquée.
Ici, les pieds delà précédente console supportent une tabletle rapportée. Dans un autre cas, en conservant la tablette du meuble précédent, on rapportera des pieds; d’où deux meubles avec un seul.
124 l’art de reconp^aÎtre les fraudes
renseignements d’origine, très édifiants, que l’on ne devra jamais dédaigner pour découvrir la vérité. A côté des « vieilles familles» improvisées qui trompent sur l’authenticité, il y a de véritables vieilles familles, gardiennes de beautés véritables à elles transmises à travers des générations certaines.
Attention encore, non seulement à l’orthographe des inscriptions de la planche, mais à leur subtilité typographique.
M. Alvin-Beaumont, possesseur d’un Martyre de saint Sébastien y idhXQeca qu’il découvrit et attribue à Jacques Callot [fig. 30), a démontré récemment, avec succès, que l’œuvre portant le même titre et imposée depuis cent cinquante ans à l’admiration publique, au musée du Louvre, comme étant de Callot, n’est qu’un vulgaire truquage fait au moyen du calque inversé d’une estampe du maître [flg. 31 et 32). M. A. -Beaumont, innovateur d’une sorte d’anthropométrie reposant sur les rapports réciproques de mise en place des personnages et des objets qui les entourent (c’est avec sa méthode que le peintre en question prouva l’authenticité de l’enseigne de Gersaint, par Watteau, propriété de l’empereur d’Allemagne), remarqua que la gravure et la soi-disant peinture originale, d’égale dimension, se repéraient identiquement. Et, la preuve que le calque colorié du Louvre représentait la gravure à l’envers, c’est que si dans l’estampe les soldats portaient l’épée à gauche comme il sied et comme certainement Callot, esprit méticuleux, la plaça,
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celte épée était au contraire à droite, dans la gravure.
Partant de cette même logique d’observation,
Fig. 56. — Véritable console Louis XV.
Voir à la gravure suivante ses transformations avantageuses.
M. A. -Beaumont prétend judicieusement que le Concert de Watteau, où deux musiciens sur trois sont gauchers^ est également faux. Ce pseudo-Watteau aurait été fabriqué tout simplement à l’aide de plu-
126 l’art de reconnaître les fraudes
sieurs estampes du temps, représentant des musiciens, procédé cher notamment à Wleughels (ancien directeur de l’école de Rome), amideWatteau, qui excellait à ces sortes d’ « arlequins ». Pareillement, V Escorte cCÈquipages serait un faux, toujours d’après M. Beaumont, ce tableau ayant été gravé par Laurent Cars, dans le sens du dessin (que Watteau exécutait toujours avant ses tableaux], sans le secours du miroir qui renverse l’image, d’où l’estampe inversée, ainsi que le prouve grossièrement l’officier représenté avec une épée à droite I II arriva qu’un peintre quelconque, peut-être Wleughels, copia la gravure de Laurent Gars, dans le sens contraire du dessin et du tableau véritable qui, celui-là, a disparu.
Gare, donc, aux inversions, aux transpositions, aux adjonctions et autres défaillances si profitables à l’œil averti !
Une lettre qui se dérobe devant la stricte observation de l’original, trahit la fraude et, parfois même, voudrait la faire absoudre, en cas de contestation postérieure. C’est ainsi, par exemple, quemr>e(invenit) et fec (fecit), après la signature de l’artiste, ne signifient pas la même chose, vis-à-vis de l’acheteur, et, pareillement, l’altération du nom de l’artiste. N’oubliez pas que vous êtes censé vous y connaître et que le marchand est un « petit saint ».
Voici pourquoi vous n’accepterez que sous bénéfice d’inventaire une lithographie de Raffet, avec remarque^ la précieuse remarque semblant annoncer
LES FAUX DESSINS
un tout premier tirage, alors qu’il s’agit simplement d’un retirage sur la vraie pierre peut-être, mais avec
Fig. 57. — Truquage de la console précédente.
Avec elle on a fait une table d’un prix plus élevé.
une remarque rajoutée, à moins encore que la lithographie en question ne soit qu’une habile copie. Voilà pourquoi vous ne vous extasierez qu’avec circonspection sur ces intarissables estampes japonaises,
qui n’ont souvent de japonais qu’un papier fabriqué... au Marais.
Nous pourrions parler même, en notre fin de chapitre, de la fraude exercée, par certains marchands, sur leurs propres estampilles de garantie vis-à-vis de l’auteur, mais nous n’en avons pas la preuve; la langue nous démange cependant, de conter des histoires divertissantes sur quelques éditeurs d’estampes (et de bronzes d’art), qui n’auraient point hésité à se faire à eux-mêmes, un procès en contrefaçon, sur la réquisition de leurs dupes. L’homme de paille payait l’amende fixée par le tribunal, maisbasti qu’était l’amende à côté du bénéfice réalisé entre la vente des épreuves de l’œuvre et la réclamation !
On nous a cité un ciseleur dont la tâche consiste à effacer sur le bronze le numérotage et les traces de l’estampage des épreuves d’après Barye, afin que les statuettes d’après le maître soient prises pour des bronzes originaux.
Que valent les meilleurs contrôles après cela! Qui empêche un intermédiaire malhonnête de dénaturer le chiffre d’un tirage, si officiel soit-il? Et combien l’on a raison de se contenter d’admirer, tout simplement, ce que l’on a acheté d’enthousiasme, pour sa propre satisfaction 1
Nous terminerons, en clouant au pilori, à côté du marchand déloyal, l’amateur coupable. L’exemple de l’imposture parallèle nous est offert par plusieurs (hélas I) de ces amateurs qui poussèrent le vice jusqu’à
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faire copier les chefs-d’œuvre de leurs galeries, qu’ils vendirent pour les oiiginaux, faussement authentifiés d’ailleurs, par des gravures au burin. Cela ajoute encore au doute qui plane sur l’authenticité de quelques belles pièces, et cette mauvaise action ne nous a guère été révélée que par des ventes de collectionneurs réputés \ dans lesquelles figuraient des chefs-d’œuvre cette fois incontestables.
Et les collectionneurs de faire chorus avec leurs dupes, pour crier au voleur! On avait pillé leur galerie !
Or, il est bon desavoir que certains collectionneurs cachent souvent leur trésor comme des avares, tandis que d’autres, au contraire, en font volontiers — sinon avec affectation — les honneurs. On avouera, que les premiers ont l’avantage du mystère sur les seconds, et le mystère est déjà propice à bien des suppositions...
1. Il en est des galeries réputées comme des pontifes infaillibles, et cependant elles n’échappent pas à l’erreur; même, les galeries célèbres (et les grandes ventes qui en découlent) servent parfois à donner de la valeur marchande à de mauvaises œuvres glissées à dessein parmi les bonnes. Il serait, injuste, aussi, de prétendre que, lorsqu’on découvre chez un brocanteur un tableau de maître dont un collectionneur possède le double, le tableau du brocanteur est fatalement la copie de celui du collectionneur. Il y a de nombreuses preuves du contraire.