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CHAPITRE VIII

L'Art appliqué moderne : le meuble, etc.

En tête de ce chapitre, nous n'hésiterons pas à rendre justice aux arts voués à l'industrie, par la bouche même du sculpteur Klagmann, l'un des fondateurs de V Union centrale des Arts décoratifs. Dans uiï mémoire à la date de 4852, Klagmann écrivait : « Les artistes qui travaillent pour l'industrie forment une classe nombreuse ; la société les connaît à peine

et les oublié quand elle les a connus, et cependant l'industrie doit sa supériorité sur tous les marchés du monde au bon goût, à l'imagination, à Fart en un mot qui préside à ses produits, et ses qualités... lui viennent des artistes qui se sont voués à cette carrière, carrière ingrate s'il en fut, profession trompeuse, véritable impasse pour ceux qui l'embrassent, surtout s'ils sont poussés par une ardente vocation. »

Nous avons dit qu'il n'y avait plus d'art mineur, et voici qu'enfin l'art industriel a troqué ce dernier qualificatif contre celui d'appliqué. Il va donc s'agir ici d'art appliqué, et c'est là l'éliquette la plus judicieuse. « De Raphaël et de Michel-Ange, a écrit P. Mérimée, procède Benvenuto Gellini ; le grand peintre, le grand sculpteur ont produit le grand orfèvre. » C'est ainsi, par l'immortel exemple, que ne sauraient être diminués. nos bons artisans, tandis que tant de mauvais peintres et statuaires prétendent être des artistes!

Quand on envisage l'unanimité des efforts nécessités par la tâche de l'artiste en multiples expressions — car la spécialisation, ainsi que nous l'avons vu, n'est venue qu'après la recherche générale d'une atmosphère — on demeure frappé de la somme de goût et des connaissances esthétiques à déployer.

Mais nous laisserons les tâtonnements de l'artiste, pour aborder l'artisan devant la matière qu'il a choi-

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sie en propre, et, auparavant, nous reviendrons aux principes essentiels de notre objet.

Fig. 112. — Damas, par Garrine (Gornille Frères, fabricants).

Socrate a défini le Beau par l'utile et, de nos jours, M. George Auriol précise pratiquement la pensée du

philosophe. Nous avons déjà cilé cet artiste dans notre exposé du début lorsqu'il caractérisait les arts appliqués en général, continuons notre emprunt... « La courbe harmonieuse d'un mancheron de charrue, l'anse agréablement tournée d'un panier, c'est de l'art, comme le galbe d'un vase ou les entrelacs d'une dentelle, à condition que ce mancheron soit bien en main, et que l'anse du panier en rende le port facile — car il ne faut jamais perdre de vue, sous couleur d'esthétique, l'adaptation stricte d'un objet au service qu'on lui demande ».

M. L. Bonnier, d'autre part, au cours d'une conférence, accuse en ces termes le bibelot qui ne sert à rien : « J'ai lu, je ne sais où, qu'un voyageur avait découvert, en Chine, un admirable mousquet du xvne siècle, complet, avec sa grosse crosse, son rouet, ses capucines, sa sous-garde, sa baguette, le tout précieusement orné et gravé comme on savait le faire jadis pour les armes de luxe. Très lourd, par exemple. A l'examiner de près, il s'aperçut que c'était une copie, faite à la suite de quelque naufrage. L'artiste chinois, trouvant l'original curieux d'aspect mais en ignorant l'usage, l'avait copié minutieusement et coulé en bronze d'une seule pièce.

« Gela vous semble idiot, Messieurs. Prenez garde, c'est tout le xixe siècle, et malheureusement aussi une partie du xxe siècle. C'est l'objet de vitrine. »

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Mais nous eûmes l'occasion, précédemment, d'exprimer l'objectif de notre art appliqué moderne

Fig. 113. — Damas, par Garrine (Cornille Frères, fabricants).

donnant impérieusement pour base à son essentielle qualité esthétique les lois de l'utilité, de la destina-

lion et de l'appropriation (choix judicieux de la matière), qualité en contradiction avec 1' « objet d'art » qui depuis plus d'un demi-siècle a causé la perte de nos métiers.

Qui dira les méfaits de la vitrine ou de l'étagère î Et combien il parle d'or M. L. Bonnier lorsque, dans la conférence où nous puisons encore, il conclut ainsi : « Aussi, dans nos musées, montrerons-nous à nos élèves des objets anciens où la destination dominera le reste. Des rapières bien équilibrées dont la fusée, les quillons, la garde, la lame, seront surtout compris pour les maintenir bien en main, favorables à l'attaque et à la défense. Des armures aussi heureusement articulées qu'une carapace de homard, en opposition avec les casques des vilains bonshommes dont Louis-Philippe a semé la grande cour de Versailles et dont la visière ne saurait s'abaisser. Des canons décorés, brodés, ciselés, chinois ou Louis XIV, mais ayant servi. Des carrosses où s'affirment contre les cahots des pavés du roi les courbes majestueuses des ressorts et les attelles des valets de pied. Des sièges où l'on peut s'asseoir, des gobelets où Ton a bu. Et nous indiquerons que ces objets n'ont pas été faits pour nos musées, mais pour l'usage journalier : et qu'ils ne sont que plus beaux parce que plus utilisables. »

M. Adolphe Dervaux, d'autre part, poursuit le réqui-

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sitoire : « En ce début de siècle, l'esprit des hommes, môme d'esprit, est atrophié par une catalepsie centenaire. Rappellerons-nous en. exemple ce fait (pie les journaux ont relaté avec admiration : l'achat, par un écrivain réputé, d'une devanture de boutique du xvine siècle, encore en bon état dansl'Ile Saint-Louis, pour en faire... devinez?... la boiserie d'une intime bibliothèque !

« Après tout, ce n'est pas plus extraordinaire que de déguiser un ascenseur électrique en chaise à porteurs et une vraie chaise à porteurs en "vitrine pour exposer des « objets d'étagère • derrière des glaces remplacées et biseautées, s'il vous plaît d'admettre cette hérésie anachronique... »

C'est prêcher judicieusement le retour à la tradition, au bon sens dans la logique. Cette logique qui se reFuse, par exemple, à cacher la vue d'un beau paysage derrière des vitraux, si précieux soient-ils, et condamne une assiette en relief à l'intérieur, fût-elle signée Bernard Palissy, où l'on ne peut manger, un vase où, sans détériorer son décor, on ne peut mettre de l'eau.

M. Maurice Dufrène a judicieusement dit qu' « un lit est un lit et non un poème » et qu'il ne faut pas faire de littérature en édifiant un petit banc. Nous revenons ainsi au meuble.

Après avoir noté les débuts « héroïques » de l'art

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moderne, « les erreurs fécondes», de l'école de Nancy* avec Galle, avec MM. Majorelle et Prouvé, avec Wiener et Martin, cette école de Nancy « qui ornait avant de construire, abusait des clématites passiflores, de la ronce d'acajou et des citations incrustées de Rodenbach », M. Louis Vauxcelles, traversant le Pavillon de Marsan où expose la Société des Décorateurs : Guilleré, Gallerey (entête du chap. vm et fig. 64), Dufrène, Jallot, les Selmersheim, en arrive au Salon d'automne. « ... Vint le « Salon d'automne », lequel révéla une nouvelle équipe — les coloristes — opposée à celle des techniciens, plus savants, mais de goût si timide. Ces derniers n'étaient d'abord que de divertissants metteurs en scène, des tapissiers humoristes, excellant à jeter une canne et des gants sur un fauteuil, à poser un éventail ou « l'Almanach des Muses » sur un guéridon, à disposer des citrons et des pastèques dans un compotier persan, des œufs durs dans un plat vert, — sans oublier la cage aux barreaux indigo de l'arc polychrome... Puis des rapins, improvisés meubliers, prirent de l'assurance, du métier, influencèrent à leur tour les techniciens timorés; Paul Follot distilla des éclairages câlins, apaisa la stridence des harmonies fauves ; dans une chambre à coucher hyper-littéraire, il évoquait ■« les soirs prestigieux et embaumés où le ciel et la mer se confondent, parmi des bleus et des

violets où poudroie l'argent des étoiles ». Jaulmes, Sue, Huillard apparurent, et Nathan, Groult, Baignières, Drésa, André Mare, Mallet-Stevens, salade où s'entremêlaient, assaisonnés d'infiniment de talent, des réminiscences Directoire, le néo-pompéien ressuscité, le Louis-Philippe redicicus, les langueurs du ballet russe, la sensualité des bals persans, voire la funèbre géométrie des salles de musique allemandes. Et des exagérations, des outrances, une surenchère insensée, des meubles de cuisine peinturlurés de Heurs gigantesques. Quelques-uns, dont Francis Jourdain, réclamaient par contraste « la somptuosité de la belle matière nue », chère à Laoos...

«Ah! les années de polémiques passionnées, de

forcené individualisme, où Ton niait, hélas! les vertus

de la discipline et de la soumission à l'architecte. Puis

. l'équilibre s'établit tant bien que mal; fusion des deux

équipes, coloristes et techniciens... »

Observons maintenant l'entrée de la femme dans le home que lui ont aménagé les « coloristes ». Sa toilette, pour ne pas heurter le décor aux dissonances curieusement harmonisées, ne saurait indifférer.

« L'influence d'un Poiret, sur l'ameublement actuel, est incontestable, écrit, en effet, M. Raymond Escholier dans : le Nouveau Paris. Avant même que le ballet russe ne vînt révolutionner le goût français, M. Poiret nous avait présenté les violets de cobalt et les

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lilas à raies ponceau. Désormais la toilette de la

Fig. 115. — Store, filet brodé, par P. Mezzara (Melville et Ziffer, fabricants).

femme n'est plus qu'un accessoire de l'ensemble chromatique.

Afin que les robes qu'il dessine et colore puissent trouver le cadre qu'il convient, le couturier annexe à son salon de mode un magasin de meubles; et c'est ainsi que les toilettes d'un Poiret ne prennent toute leur signification que dans un salon de Martine.

« Comme il est naturel, conclut logiquement l'auteur, ce mobilier souvent séduisant a le défaut de procéder beaucoup plus du chiffon que de la menuiserie ; et c'est bien là ce qui lui enlève tout sérieux et lui assigne une durée des plus éphémères. »

Nous retiendrons au passage le nom de M. Poiret à qui Ton doit l'innovation des tons francs, l'audace des harmonies actuelles opposée aux gris, aux nuances fadement rompues précédentes.

La nécessité de présenter dans une ambiance particulière le meuble nouveau accuse ses défauts, son insociabilité, et nous avons progressé depuis en lui constituant sa vertu esthétique propre. Nous te verrons plus loin, harmonisé parmi les meubles de style ancien, conservant sa personnalité et sa valeur intrinsèque, dans un décor qui n'a pas été créé spécialement pour le recevoir.

Car il est à remarquer que dans nos « capharnaùms » actuels, des fauteuils Louis XIV avec des bergères du xvnie siècle entourent une table Louis XIII sans se nuire entre eux et^ déjà, le bon meuble moderne s'est introduit, en tenant sa place non moins

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harmonieusement ou tout au moins sans discordance, parmi les témoins du passé. Au point de vue écono-

fe

mique, cela est considérable, en attendant que le mobilier moderne se substitue entièrement à l'autre. Mais nous n'en sommes point encore là... et, pour

l'instant, nous apercevrons luxueusement réunies dans des maisons ouvertes par MM. Groult et Iribe, par M. Louis Sue, les créations de tout un groupe de meubliers. Et quelques grands magasins aussi s'attachent à mettre en valeur des boudoirs, des chambres à coucher modernes, pourvus de leurs tentures et tapis, de tous leurs accessoires, de leurs moindres bibelots dans une lumière de choix.

« Chez M. Iribe, écrit M.Maurice Verne, je vois des meubles très précieux : consoles en bois de Bengale aux tiroirs doublés d'ébène, tables volantes à deux plateaux, un rond, un carré, colonnes d'ébène massives et 1res décoratives, fauteuils en « coquille » tendus d'étoffes métalliques.

« M. Mallet-Stevens emploie des couleurs réjouissantes. Il a fait d'amusantes boutiques. Son hall rouge vif, noir et blanc, a la somptuosité colorée joyeuse de certaines pagodes chinoises que j'ai vues dans mon enfance. M. Paul Follot {flg. 65, 66, 67 et 68) a des couleurs plus atténuées, même quand ce sont des tons « intégraux ». Les meubles sont construits avec une technique sûre, ils ont un mouvement convexe ; ils font souvenir du mouvement Grasset; ils sont confortables et souvent précieux. Pour la chambre à coucher de M. Henry Bataille, M. Paul Follot a employé du bois amarante et des soies d'une couleur charmante. M. André Mare a plus d'originalité, semble ta-

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tonner davantage. Ses dossiers de chaises sont souvent très courts. Il se permet de curieuses compositions, où des soies crues à tons de rubis ou de sa-

Fig. 117. — Broderie, par Mlle J. Mayonnade.

phirs aigus violentent notre paresse visuelle. J'aime beaucoup ce que fait Lambert. Il s'est d'abord rattaché à l'Empire, au Louis-Philippe. Ses tapisseries ont des jaunes majeurs agréables ; les plans sont sobres. Il exposa à Bagatelle des meubles bas, solides, eu-

rieux el pratiques/ Mais il eut peut-être le tort de peindre les bois. M. Groult est heureux dans les meubles simples, les ensembles de studio. Ses salons, riches mais un peu lourds, nous ramènent au « capiton », bien. antihygiénique à une époque où Ton voyage, laissant des mois entiers l'intérieur sous les housses dans le lent travail tissé, delà poussière... M. Jaulmes aime M. Vuillard, et ses compositions sont d'un modernisme tremblant, plein de vie, qui se rattache, dirait-on, au xvme siècle. Voici à présent MM. Gallerey, Landry, Dufrène, Nathan. Quelques-uns d'entre eux font trop souvent encore la ligne pour la ligne... » Et nous ajouterons à ces noms ceux de MM. Baignères, Rémon, Francis Jourdain, P. Croix-Marie (fig. 69), Ruhlmann, Menu, Aubert, etc.

S'il y eut quelque écart chez d'aucuns de ces artisans du meuble et du décor moderne avant la guerre — et les observations de M Maurice Verne remontent à l'année 1913 — si la recherche souvent excessive de la tonalité générale, de l'effet, dans une lumière spéciale, a détourné certains du meuble strictement objectif en sa forme et matière, en sa commodité, en son individualité, l'après-guerre fera ressortir davantage encore notre génie français mis au point dans la précieuse beauté et la confortable utilité.

Déjà le Salon des Artistes décorateurs , de 1919, au lendemain de la Victoire, malgré qu'il n'ait pu réunir

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qu'en hAte les talents épars aux prises avec les plus déconcertantes difficultés matérielles, a montré quand même l'acuité de notre conception nationale,*

Fig. 118. — Coupe (argent et émail translucide), par E. Feuillâtre.

Aussi bien, il s'est révélé à cette exposition où nous retrouvâmes les mêmes artistes, « le meuble à bon marché composé pour être fabriqué mécaniquement en série », Tout un programme pratique d'industrialisme

chanté en beauté simple par MM. Th. Lambert, Gallerey, Tony Selmersheim, A. Mare et L. Sue, tandis que MM. Majorelle, Dufrène, Follot demeuraient fidèles au meuble de luxe.

Et M. Le Bourgeois, en collaboration avec M. Rapin ou avec M. Jaulmes, montra des meubles (exécutés par V Atelier des Soldats mutiles de la guerre) agréablement peinturlurés, cette fois, tout comme ceux de MM. A. Mare et L. Sue.

11 suffit, pour vérifier les progrès de notre art du mobilier, de se reporter aux débuts de sa recherche. Les points de comparaison ne manquent pas, au musée des Arts décoratifs, notamment. Les meubles modernes qui y figurent, datent déjà, et pourtant ils représentent l'expression dégagée de la conception tortueuse du début. Point encore assez assagie cependant, sans grande aménité encore, quand on considère ce qui a été fait depuis, mais quels excellents sujets d'étude !

L'école de Nancy qui, nous le répéterons, fut, avec Galle, l'initiatrice de l'art décoratif moderne, avait créé le meuble « vivant », l'inspiration végétale constituant, sans doute excessivement, le mouvement de la forme, le décor absorbant le souci de la ligne simple, passionnant dans le détail ; « ... un perce-neige devenant un gland de tiroir, une pensée servant à végétaliser une clef de vitrine. » C'était répondre par de

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la fantaisie, de l'esprit et de la fraîcheur naturelle à la

Fig. 119. — Calice (argent, émail et soufflure opale), par E. Feuillâtre (musée Galliera).

morne géométrie allemande, mais cela ne concluait

pas à la sobriété linéaire, à l'équilibre d'une silhouette bien massée exigé par le meuble que l'utilité ordonne. Aussi bien ce n'est point l'abondante sculpture qui donne la forme, ni môme la parure des placages ; voyez plutôt les pianos modernes dont la magnificence ornementale n'a pu corriger l'utilité de la forme comme impérieusement laide...

Et. d'autre part, le symbolisme concourant à l'édification du meuble est une aberration dans le domaine de la recherche pratique.

Ledoux, au xvme siècle, auteur du charmant château de Luciennes, pour Mme Du Barry, croyait avoir trouvé une merveille en donnant à la maison d'un vigneron la forme d'un tonneau. C'était là l'architecture « parlante » si éloignée de l'idéal constructif qui doit s'enclore dans une masse, dans une harmonie distante de tout rapport exact avec la plastique des êtres et des choses.

Voisine du symbolisme est la suggestion meuble ancestral qui ramena au début quelques bons artisans modernes à la restitution du dressoir moyen âge, par exemple...

Les rares musées qui conservent des meubles modernes avec une hâte louable et féconde en encouragement, autant pour le public que pour l'artiste, démontrent donc fructueusement certains écarts, tout comme le style mobilier delà Régence dut convaincre

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d'un étonnant débordement le styleépuréde LouisXV au temps de la Du Barry, à si peu d'intervalle.

Il semble enfin que cest un style moderne de transition que nous révèlent les meubles d'aujourd'hui comparés à ceux d'hier, qui seront encore plus réussis demain et mieux représentatifs, enfin, de notre temps.

Bref, après l'ère des « coloristes » , après la manifestation de nos modernes « architecteurs menuisiers », les Louis Bonnier, les Sorel (fiy. 72), les Guimard [fig. 73), lesCh. Plumet, les Selmersheim et autres meubliers renouvelés des Bullant, des Ph. Delorme,des Du Cerceau, des Hughes Sambin, sous la Renaissance, après les créations mobilières dues encore aux peintres (M. Maurice Denis ne s'essaya-t-il pas, un moment, dans le meuble ?) et aux sculpteurs, comme M. JeanDampt [fig. 74 et 75), voire au maître verrier dont nous parlâmes, voici venir les techniciens du meuble.

Fig

. 120. — Vase émail,

cloisonné d'or par E. Feuillâtre.

C'est la spécialisation ou presque, à laquelle nous revenons après une digression consacrée à la condamnation du bibelot inutile, de l'objet «de vitrine », au souci, impératif de la destination, après une promenade chez le couturier et dans les maisons où exposent des groupes de meubliers.

L'exposition munichoise du Salon d'automne, en 1912, dont nous avons dit, sous la plume encore, de M. L. Vauxcelles, les meubles peinturlurés *, les conceptions extrêmes, ne pouvait donner à notre goût français qu'une leç'on de tempérance. Elle n'impressionna donc pas nos artistes du meuble, quoiqu'on ait dit, par leurs formes massives, par leur inharmonie de couleur et de ligue. L'exemple du laid, mais il faut l'avouer, avec des éclaircies d'intelligente audace indicatrice, préserva seulement de l'abîme en les rappelant à notre tradition nationale les Eug. Gaillard, les Maurice Dufrène [fig. 76, 77 et 78), les Jallot {fig. 79 et 80), les Majorelle {fig. 81, 82, 83 et 84), les Jaulmes, dont les œuvres, par une originalité inséparable de la beauté de la matière, de la grâce esthétique et de la destination confortablement servie, s'apparentent aux meilleures ébénisteries françaises du passé.

1. Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, que les rneubles * peinturlurés », et quelques-uns même violemment, sous l'influence orientale, eurent des précurseurs d'un goût excellent, au xvine siècle français.

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Et ces ébénisteries d'hier ne sont cependant pas toujours impeccables, il faut qu'on le sache, pour que sans

Fig. 121. — Vitrail, par E. Grasset (exécuté par M. F. Gaudin).

cesse on ne nous obsède point avec leur modèle ; elles demeurent surtout consacrées, et le fâcheux com-

meree du faubourg Saint-Antoine a l'ait siennes les hideurs à bon marché, la reproduction « en toc » qui suffit économiquement à représenter la tradition auprès du commun...

« Quand, au Salon d'automne de 1912, écrit M. Adolphe Dervaux, Frantz-Jourdain présenta les Munichois, ce fut un acte de courage, mais surtoul une démonstration. Certes, il ne s'agissait pas de prouver qu'un style ne se crée pas, que le bon goût ne s'acquiert pas. Mais il était indispensable de frapper l'imagination du public habitué béatement aux fadaises du pastiche, du bon public français persuadé que l'art s'est fixé à la mort de Louis XVI. »

Pourquoi ne pas emprunter ensuite à M. Raymond Kœchlin [C Art français moderne) ces lignes où nous ferons plus ample connaissance avec le genre des artisans du meuble de nos jours : « ... Les uns, tel M. Gallerey, s'appliquèrent au mobilier simple et peu coûteux; il plut, au contraire, à M. Follot de chercher le boudoir de la mondaine raffinée, tandis que M. Jallot revêtait de ses fines sculptures méplates et toujours si bien en place le solide ameublement bourgeois, et que M. Gaillard portait à sa perfection la sobre élégance de ses meubles quasi classiques ; d'autresallaientde pair avec eux, Th. Lambert (ftg. 85, 86 et 87), Pierre et Tony Selmersheim, Iribe, Rapin {fig. 88 et 89), Dufrène, dont renseignement à l'Ecole

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Fig. 122. — Vitrail, par E. Grasset (exécuté par M. F. Gaudin).

Boulle fui si fécond, loute une élite. Chacun suit son propre chemin et la variété d'expression est extrême. »

Aussi bien les meubles de luxe empruntent leur riche matière à l'amarante, au laurier rose, à l'emboine,à l'amourette, aux bois de Cuba et de Gou. Les nouveaux modes de débit des bois, tels que le sciage en spirale qui offre les bois déroulés, présente un agrément inédit dont le meublier moderne aurait tort de ne point profiter. Et, à côté des meubles incrustés d'ivoire, d'argent, d'étain, de loupes, ornés de fer et de bronze, il en est de MM. Gallerey (déjà nommé) et Le Bourgeois, ceux de ce dernier sculptés en plein bois de chêne avec tant d'ingénieux intérêt pittoresque. Et les lambris de M. Le Bourgeois [fig. 89) vaudront ses meubles, aussi robustement charpentés que les décors de M. A. Karboswky [fig. 90) sont délicieusement menus.

Malgré notre désir d'une classification où les artisans du meuble seraient cantonnés, nous n'y parvenons pas, tant l'expression du décorateur est diverse, et des architectes dessineront des- lustres et des étoffes, des meubliers aussi. Toutefois nous avons semé en chemin les «coloristes» et, cependant, il n'est pas dit que ceux-ci n'apparaîtront pas encore au bout de notre plume, avec leur enveloppe charmante...

Voyez plutôt l'aubaine, pour un architecte, de réa-

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Fie*. 123. — Vitrail, par E. Grasset (exécuté par M. F. Gaudin pour la Chambre de Commerce de Paris).

liser l'unité de son œuvre en meublant l'intérieur de sa propre construction ! Comment résister à la séduction d'associer le meuble au lambris, de parer tel coin, recoin ou voussure, d'une glace, d'un tableau obéissant joliment à la courbe ?

Le meuble moderne n'affectionne pas seulement cette solidarité avec la pièce où il se trouve, sa préoccupation de confort le réunit souvent à un autre meuble pour n'en faire qu'un ; un sentiment de logique et de simplicité le domine. C'est le buffet de salle à manger cumulant la desserte, c'est l'étagère adhérant à la banqucllc. le casier à la table de travail...

Du parquet au plafond, des séparations, des basflancs, ou, au contraire, des boiseries enveloppantes, surgissent, des alcôves se ménagent, et le raccord entre la boiserie et le plafond se fait sans brusquerie avec des rondeurs qui sont des trouvailles pour la lumière. Celle-ci, distribuée largement ou subtilement ménagée, s'accroche volontairement. Elle rayonne sur les lambris et revêtements ou « frise » les moulures, tour à tour, avec un esprit que poursuit l'éclairage artificiel du soir.

Cette communion entre le meuble et la pièce, dans la couleur et la forme, est toute une vertu subtile qui porte en elle ses défauts d'exception. Cette installation, ce mobilier-là, ne sauraient atteindre les masses,

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et le meuble se doit à son unité propre, non à des contingences.

Mais passons, et le cabinet de travail moderne, avec ses casiers ingénieux aux méandres satisfaisant à la plus grande utilité souvent dans un minimum de place, est typique. Il confine au fouillis savant; il tâche de créer l'atmosphère la plus propice à la pensée, à sa spécialité même. Le document a la portée du geste lorsque l'inspiration ne s'échauffe pas à la vue d'un bibelot suggestif disposé à proximité.

Ces préoccupations ne sont point indifférentes. Elles idéalisent le meuble en exaltant sa valeur pratique, malgré qu'elles soient, répétons-le, d'ordre un peu exclusif.

Dans la salle à manger, même accord; la cheminée (fig. 92 et 96) apparaît encastrée ou bien le radiateur se cache dans un lambris où des peintures s'emprisonnent, l'huisserie également s'est transformée [fig. 91), tandis qu'une galerie courant à hauteur de la cimaise, tout autour de la pièce, présente une joyeuse gamme de pièces céramiques. Cette salle à manger est avenante comme le boudoir sera tendre de tout son bois clair, de tout l'amoncellement de ses coussins moelleux aux dessins souriants et frais.

Cela n'est plus tout à fait du symbolisme, c'est de l'appropriation, car rien ne manque à l'utilité, et la douceur des angles, la souplesse des lignes en gêné-

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rai, ajoutent à la caresse des yeux en garantissant des heurts fâcheux l'hôtesse envisagée.

Une grande unité, une réelle simplicité dans un

Fig. 125. — Coupe, porcelaine blanche ajourée^grandjfeu, par M. A. Delaherche (cliché du Dr L. Lamotte).

souci du goût élevé et rare; c'est ce que chantent ces meubles, ces boiseries, ces étoffes, ces cuivres, tous ces bibelots inséparables du mobilier, comme le mobilier ne saurait être dissocié de la pièce.

Le lit de Monsieur se différencie comme il sied de

celui de Madame, et bébé possède un mobilier adéquat à son innocence.

A la combinaison des bois de couleurs répond l'emploi de matières franches, le bois brut, les bois vernis. Des applications de métal ou de cuir repoussé, de grès flammé, des sculptures, des panneaux peints, etc., soutiendront la beauté des boiseries, des meubles. Boiseries aux essences combinées ou singulièrement simples. Souvent un thème décoratif est adopté ; le pin et la fougère par exemple, et des toiles imprimées de pochoirs répondent aux sculptures qui chantent le choix végétal.

Le coton, le lin, la laine (aussi bien que les velours) revêtent, sous le miracle du pochoir, un pittoresque inédit.

L'aspect fruste de la matière écrue, rehaussée de clair sur sombre ou du contraire, offre un fond d'accompagnement qui joue autant avec le thème décoratif du meuble qu'elle rappelle, qu'avec sa couleur.

Aussi bien, mais plus froidement, le mobilier moderne alfectionne-t-il lasobriété des tissus unis, voire de la peinture claire, du ripolin.

.L'harmonie à réaliser se présente alors dans un esprit différent. Elle recherche toute sa force et sa beauté dans la nudité; elle séduit par ses défauts qui sont, suivant les goûts, des qualités. La recherche des grands plans, des lignes droites accuse à plaisir des angles, à

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moins qu'au contraire ce ne soient des lignes partout sinueuses, des rotondités ménageant des galeries ombreuses, des coins de mystère. Point de tentures ou presque — et les plis de ces tentures, de ces draperies, ne doivent rien à la convention routinière genre « tapissier » — peu ou pas de tableaux, mais quelques rares gravures à larges marges encadrées d'un filet.

Symphonies en blanc, en gris, en bleu pâle, « couleur d'âme », fantaisies déliquescentes que la lumière diaphane glace comme un rayon de lune. Curiosités en somme qu'il importait de noter, mais qui sont déjà d'hier et dont nous n'avons point eu la prétention de fixer le type ne vurivlur. En pour-

Fig. 126. — Grand vase, grès flammé,

grand feu, par M. A. Delaherche

(cliché du Dr L. Lpmotte):

(Musée des Arts décoratifs).

suivant notre description précédente, moins abstraite, voici des animaux curieusement épannelés dus à M. Le Bourgeois, qui sailliront à la crête d'un meuble comme au poteau d'un escalier ; là un motif de peinture signé Ch. Guérin ornera la tête et le pied d'un lit.

Tandis que les meubles de cette salle à manger sont peut-être dus à Bellery- Desfontaines (fig. 94, 96 et 97) et les lambris et la porte dessinés sans doute par M. Rapin, les peintures pourraient être signées Henri Martin. Et la symphonie est charmante ; chacune de ces manifestations conservant séparément sa valeur et contribuant non moins harmonieusement à un ensemble.

La multiplication de ces collaborations d'artistes entraîne autant de combinaisons qui néanmoins s'apparentent. Cela n'est point qu'une simple fantaisie ; cela converge à un style, plus exactement à un caractère, par une volonté d'expression.

Dans l'installation moderne, chaque pièce de beauté est originale, depuis le lustre jusqu'au moindre pot. Et l'abominable suspension de nos pères s'efface devant les délicatesses du lustre-plafonnier, en cristal, en corne — car la lumière ne vit pas dans le fer — tout comme la table de nuit de nauséeuse mémoire, tout comme la hideuse armoire à glace que nous avons remplacée par des petits meubles de fantaisie.

Nos marchands sont déroutés par cette fantaisie qui

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trompe l'ordonnance de leurs mobiliers « complets », en série.

Fig. 127. — Vase, grès, par MicheljCazin.

L'armoire à robes siège maintenant dans la chambre à coiffer ou de toilette, voisine de la chambre à cou-

cher devenue boudoir et Ton voit un « meuble à provisions » dans une salle commune de ferme...

N'oublions pas cependant, que nous venons de pénétrer dans la maison particulière, aux pièces curieusement ménagées, des rondeurs succédant à des carrures, des décrochements à des galeries, à des alcôves recevant le jour d'en haut, d'en bas, harmonieusement distribuées dans un hymne de couleurs chanté par les matières les plus diverses.

Mais nous dirons plus loin le miracle des tissus, des dentelles, des tapis, de ces mille manifestations de l'utilité agréablement, spirituellement et artistiquement présentées, qui participent au concert esthétique du meuble, dans la maison.

Il nous faut sérier la multiplicité d'essor de notre verve française, et il importait de célébrer l'aspect, la physionomie du meuble nouveau dans son effet général sans nuire à sa qualité intrinsèque.

Quand on compare un instant ce souci d'ensemble avec celui que nos marchands du faubourg Saint- Antoine nous offrent, on s'indigne...

Cette salle à manger Louis XIII, ce salon Louis XV, ce bureau Empire ressassés par le mercantilisme et la routine, sont l'écœurement du bon sens même. S'ils comblent économiquement le mauvais goût en flattant ses plus fâcheux désirs, ils n'ont point raison davantage en servant chèrement, d'accord avec l'anti-

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quaire, à la clientèle riche, la beauté d'hier ou son truquage. Les grands artistes du meuble ne manquent

Fig. 128. — Pâles sableuses, par M. et Mme Massoul.

pas qui peuvent dignement exalter la belle matière dans la forme et l'esprit de notre temps. Nous croyons Tavoir démontré. Et si les délicats sont logiquement venus à nos idées, le public fera de même quand on se

sera davantage appliqué, cependant, à embellir le loyer propre au poids de la bourse modeste, mieux encore : lorsque Ton aura fait l'éducation de son goût. personnel.

Les novateurs ont jeté leur gourme. Ils se détournent maintenant du snob, Mécène d'exception, et sont las d'« étonner le bourgeois ». C'est-à-dire qu'un souci d'art logique, de retour à la tradition originale qui a successivement et diversement charmé les généralions, cesse dhalluciner pour convaincre sincèrement. Le style moderne s'affirme et il ne se développera que sous l'égide de l'industriel. Les boutiques d'art individuel ne sont que chapelles de curiosité. L'exposition d'un ensemble de meubles dans un décor, dans un effet appropriés, se rapproche fâcheusement du but du tableau, inséparable d'un cadre, esclave dune signature. Le meuble ne peut pas être individuel et l'industrie seule propagera les efforts de l'art appliqué, unifié, anonyme, vulgarisé dans la beauté, mais non avili dans la matière.

Autre thèse: l'artisan d'art doit se passer de l'industriel comme du concours de l'État. Mais, en dehors de la question économique, l'individualisme farouche des artistes rend leur accord bien malaisé sinon impossible...

Pour l'instant, si nous goûtons vivement l'attrait stimulateur de la boutique du meublier, nous ne nous y arrêterons point avec trop de complaisance et nous

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devrons féliciter surtout l'industrie avisée de présenter des meubles modernes qui font excellente figure à côté des autres et se discernent même d'entre les autres par des qualités propres.

L'avenir de nos créations originales, croyons-nous, réside en l'accord de l'art et de l'industrie, pour éduquer d'abord le goût public.

Fig. 129. — Coupes et vase en pâte de verre, par M. A.-L. Dammouse (cliché G. Wedemeyer).

Malheureusement, le grand magasin, le bazar, sont les foyers avérés de la corruption du goût de la masse dont on se doit de guider le choix vers un bon marché qui, le plus souvent, hélas î illusionne fâcheusement. Sans compter que la soi-disant beauté chère n'est pas moins fallacieuse.

Mais déjà quelques grands magasins sont rentrés dans la voie judicieuse en sollicitant des directions artistiques qui orienteront progressivement le com-

mun vers une véritable beauté où la question du prix n'aura rien à voir.

Précisémml . M. I iuilleré gui veille jalousement sur les qualités esthétiques d'un grand magasin parisien, a écrit : « ... Le goût, \r bon comme le mauvais, a une forme épidémique. Il s'éveille au conta cl des choses qui nous entourent, se développe par de subi iles suggestions, se communique par approches^ La beauté inventée par <|U('l<iurs rares artistes en des œuvres uniques, a de lointaines répercussions, cl arrive peutôtre jusqu'aux mains de l'ouvrière qui façonne la rose d'un chapeau ou du vannier qui Iresse une corbeille... »

En attendant que l'éducation du goût trouve sa voie pratique, il faut louer l'initiative administrative qui a accueilli officiellement, dans ces dernières années, le meuble de notre temps.

Et cette rupture avec l'habitude invétérée, fit honneur autant à l'Hôtel de Ville de Paris où, en 1914, M. Tony Selmersheim ' fit un cadre de choix bien moderne au Président du Conseilmunicipal(/?#. 98 et 99), qu'au Sous-Secrétariat d'État des Beaux-Arts, où M. Jallot, deux ans après, sur l'initiative avisée de M. Léon Bérard, trouva le moyen de rendre agréable

1. On doit au même artiste le modèle d'une cabine de luxe pour un paquebot de la Compagnie générale Transatlantique (1919).

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aux visiteurs l'attente de leur réception par le ministre.

Et les meubles de M. Selmersheim adornent leurs bois rares de bronzes dus à M. Marque, tandis que, dans les lambris de la banquette circulaire de M. Jallot, sourient des panneaux peints par M. Lebasque.

M.L. Bonnier, en revanche, conte spirituellement les mésaventures d'un certain bureau de M. de Vergennes. Ministre de Louis XVI, M. de Vergennes poursuivant la bonne tradition n'avait pas manqué de commander du moderne..

Fig. 130. — Vase (porcelaine de la Manufacture royale de Copenhague).

c'est-à-dire un bureau Louis XVI. Or, il va quelques années, un ministre dégoût résolut dé suivre l'exemple deM.de Vergennes el décida d'envoyer au Louvre le somptueux meuble qui, depuis cenl vingt ans, représentai! aucflbinetdu ministre des Affaires étrangères..:. le développement de noire arl national. Et, ce beau geste aboutit... à la commande d'une copie du bureau de M. de Vergennes !

Mais appréciez aussi ta qualité de cette copie! Pour rien, pour le plaisir, on décida de diminuer de sept Centimètres la hauteur du nouveau bureau, bouleversant ses proportions et lui donnant, sur ses pieds raccourcis, la plus déplorable ressemblance avec les bassets que dessine si spirituellement M. Benjamin Rabier...

Hélas î on avait complé sans le confort, el, la taille du ministre était impérative, « alors, poursuit M. L. Bonnier, la gaffe constatée', on ne renonce pas, vu la dépense faite et si regrettable, et Ton perche le bureau de Benjamin Rabier sur des cales en bois de sept centimètres de hauteur, lui restituant (et comment!) son utilisation première.

« D'autres cales, de différentes hauteurs, permettent d'approprier le meuble aux genoux des différents titulaires du portefeuille du quai d'Orsay. »

Cette conception de l'esthétique française « adaptée », se passe de commentaires... Mais plus près

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de nous, nous signalâmes une réaction qui nous con sole de l'autre.

Dans le domaine administratif, nous louâmes la .conception moderne du bureau de Postes et Télégraphes inauguré à Paris par René Binet, et la Maison des Dames des Postes, due à M. Bliault, rue de Lille, présente un ensemble de beauté et de confort modernes aussi délectable. A en juger encore par les œuvres de M. F. Le Cœur (Bureau central téléphonique, faubourg Poissonnière et de M. Lemarié (Sous-Secrétariat d'État des Postes, boulevard du Montparnasse); il faut avouer que les vœux de notre Administration de

Fig. 131. — Porcelaine de la Mre royale de Copenhague.

Postes onl été particulièrement comblés par le progrès.

Terminons ce chapitre du meuble par son aspect au jardin. 11 n'est pas jusqu'au jardin lui-même dont nos architectes ne se soient occupés pour en diversifierla curiosité et l'époque. La hideuse rusticité artificielle devait guider le g-oùt vers une recherche d'adaptation à l'allée, au bosquet, au bois. La pergola parfumée de roses réclamait une banquette solitaire où l'on pût esthétiquement rêver, el la <»loriette de jardin, des meubles peints à sa fraîcheur.

La tendresse de la couleur pomme l'agrément de la forme n<* pouvaient être les mêmes que ceux des meubles en rotin dont la blancheur l'ait si bien, groupée parmi la verdure.

El MM. Guimard, Georges Hobert, Drésa, entre autres, trouvèrent, avec les ateliers « Primavera », le caractère du siège en bois seyant à la campagne, qu'ils accompagnèrent non moins heureusement d'arcades pour roseraie, de poteaux et pylônes pour plantes grimpantes, de vases.

Sans" compter que MM. G. L. Jaulmes, Poiret et Wybo, nous montrèrent un petit temple, un kiosque, fort bien à leur place sous la feuillée, et que dans le meuble de vannerie, MM. A. et P. Vera ne se distinguèrent pas moins.

Mais il faudrait compléter ce décor du jardin nouveau en piquant dans cette pelouse quelque terme dû

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à M. Quillivic, en déposant sur la margelle d'un puits en ferronnerie rénovée, de M. E. Robert, un vase en

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grès de M. Delaherche, de M. Delaherche qui a flétri véhémentement : «... ces statues, ces socles, ces cache-pots, ces chiens assis dans rherbe, toutes rces

fantaisies qui nous guettent dans les jardins de Sèvres, au seuil mrme du superbe musée... Là, s'écrie le maître potier, dans Ja grande lumière, dans l'harmonie du ciel, des arbres, du sol, ces formes contournées, ces tons faux ne sont plus supportables. Ce sont autant d'affronts à la nature qui les entoure : il faut fuir. »

Éternelle contradiction du goût et de l'harmonie, depuis Louis XIYallenlanl à la eime des arbres, dessinant des verdures aux ciseaux, jusqu'à ce « style horticole o inventé il est vrai en Allemagne, dernièrement, par le grand-duc de Hesse-Darmstadt dont le fameux jardin bleu devait répandre l'exemple Unicolore, jaune ou pourpre...

Lustre, par M. Th. Lambert.

Grès, par Michel Cazin.

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