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CHAPITRE II

Quelques mots sur l'historique des arts appliqués.

Avant d'aborder l'étude de l'art décoratif qui accusera le style de notre temps, un coup d'œil rétrospectif s'impose à la vérification des étapes du goût et de l'ingéniosité, aux divers titres de beauté, en vue de l'utilité ou du luxe, qui ont marqué notre génie d'aujourd'hui à travers l'effort et l'indication somptueuse des précurseurs.

Nous apprécierons aussi, dans le recul des années,

18 II. 6TYL1 MuDkR.M.

la mesure de là collaboration des artistes <-i des artisans avec les industriels, en déduisant de leur accord indispensable le qualité d'un résultai auquel l'État, à travers les différents régimes el leurs crises, pril j>luou moins sa part, el qu'il marqua plus ou moins d<- -.1 personnalité.

Vous retiendrons davantage encore, dans l'exposé <|iii va suivre, l'essor individuel encouragé par des personnalités clairvoyantes auxquelles nous devons le tribut <h' notre reconnaissance. Notre présenl a l<privilège <l«i juger de la valeur de ces prophètes, <|ui. comme le comlcrL.de Laborde, onl pressenti les destinées de l'arl cédanl au métier sans faillira la noblesse, ^ussi bien cel arl généreusemenl prodigué, popularisé pour la joie «lu bien être, tend à s'offrir à loqs pour rien », non plus seulemenl au connaisseur el sous la forme vaine d'un bibelot .

El c'est grâce à un de Laborde en France, à un Kuskin en Angleterre, que l'artisan marche depuis' hier el moins <ju il ne marchera demain, de pair avec l'industriel, au même rang tous les deux, servant l'utilité dans une voie idéale.

L'histoire des arts appliqués el industries d'arl aux expositions a été excellemment résumée par MM. (i. Roger Sandoz el Jean Guiffrej dans l'étude qui précède l<k Rapport général de l'Exposition française d'art décoratif à Copenhague, en \U(\\).

Les auteurs remontent jusqu'à Assuérus pour nous démontrer que l'art appliqué eut, le premier, les honneurs d'une exposition; et Ptolémée Philoniétor, un

Fig. 8. — Immeuble, à Paris (angle du boulevard Raspail et de la rue de Sèvres), par M. L. Sorel (cliché A. Chevojon).

.siècle avant Jésus-Christ, réunissant, à l'occasion d'une fête, meubles rares, vases précieux, étoffes magnifiques, peut être considéré encore comme l'un des

protagonistes des « arts utiles » (par opposition aux « arts libéraux »).

Sans nous arrêter aux expositions consacrées exclusivement aux beaux-arts, depuis le début du xviie siècle, à Rome, non plus qu'aux précédents bazars orientaux, foires locales et spéciales et autres exhibitions réservées au libre échange de la marchandise naturelle et manufacturée, non- citerons le comte-de Laborde, à propos de l'antagonisme entre l'artiste, l'artisan et l'industriel, antagonisme qui remonterait déjà aux « Salons » du xviii6 siècle, restreints et limités aux seuls peintres et sculpteurs. « Des groupes ennemis se constituent, pleins de leurs prérogatives, créanl dans l'art une hiérarchie... La suppression des corporations, jurandes et maîtrises, malgré tous les abus (pion a pu légitimement leur reprocher, ne fera qu'aggraver ers difficultés. Peu à peu a disparu ce fond d'anciennes familles dans lesquelles se trouvaient les artistes de chaque spécialité... Le créateur est d'un côté, le metteur en œuvre de l'autre, et il s'élève des réclamations également justes des deux parts : les artistes sont mécontents de voir leurs modèles mal exécutés, les fabricants ou leurs ouvriers déclarent ces modèles inexécutables. Cette absence d'entente produisit une scission déplorable et un dédain réciproque. » C'est l'heure où les tapisseries des Gobelins trouvent à

peine grâce auprès des Salons et où le célèbre ciseleur Gouthière n'y est point admis.

Puis, après la Révolution, on estime « que le gouvernement (de la France républicaine) doit couvrir les arts utiles d'une protection particulière» et, à l'Exposition du Champ de Mars, en 1798, les récompenses sont ainsi réservées « à tout ce qui représentait l'art, le goût, la beauté », les' artistes et manufacturiers communiant sans distinction au titre d'artiste, dans les « arts associés aux lumières ».

Cette exposition d'art appliqué nous donne notamment les noms du porcelainier Russinger, de l'ébéniste Bruns, du tapissier Roby, d'Aubusson, des fabricants de papiers peints « d'un nouveau goût » Potter, Daguet et Cie, du faïencier Villeroy.

Mais, dans une deuxième exposition (1801), les « arts libéraux » boudèrent les «arts utiles» et, en revanche, tandis que les ébénistes Jacob et Lignereux, le marqueteur Jouvet, l'imprimeur sur étoffes de laine Bonvallet, etc. , figuraient au palmarès, le peintre L. David se plaignait amèrement du peu de succès de ses œuvres réunies en même tempsetau même lieu, dans une salle particulière.

La troisième Exposition des produits de V Industrie française (1802), qui ne fit « aucune distinction entre artistes et industriels », devait ramener l'harmonie au nom du « génie inventif et fécond des artistes fran-

çais». Elles orfèvreries d'Odiol el d'Auguste, les nécessaires de Lemaire, les éditions typographiques de Pierre Didol FAîné et Firmin Didol, les broderies d Esnault, les ouvrages en platine de Jeannety, enlre autres, obtinrent un immense succès auprès du public.

Non moins brillante fut l'Exposition publique des produits de l'industrie française, inaugurée en sep tembre 180H sur l'Esplanade des Invalides. < lette fois, le baron Costaz. rapporteur, mel de pair - fabricants et artistes », et les arts utiles sonl brillammenl repré sentes par Belloni (mosaïques el incrustations « - 1 1 relief), Schey bijouterie d'acier poli . hilh el Guérard (porcelaines), Rémusal coraux), Burette, Heckel, Bapst, Baudon-Gaubau meubles . Jacob ébéniste rie), Thomire (bronzes . etc;

Sans compterque les manufactures impériales manufactures des Gobelins3 de la Savonnerie, de Beauvais) présentenl luxueusement les groupes, invitées de la sorte à donner l'exemple du beau.

On voit, à cette époque, des peintres comme David, Prud'Hon, Isabey, fournir des modèles, el des architectes comme Percier et Fontaine1, des modeleurs-

1. Dans sa Notice sur Percier, lue à l'Académie, Raoul Hachette nous montre le premier architecte de l'Empereur s'ad joignant Fontaine (en 1813): « ::t dès ce moment, «lit l'auteur, tofi deux maîtres ne furent plus employés qu'à dessiner des étoffes, esquisser des meubles ; ils travaillent pour les manufactures de

ciseleurs comme Thomire père et Thiévet son élève,

Fig. 9. — Groupe scolaire du quartier de Grenelle, à Paris (porte de l'École maternelle), par M. L. B. Minier.

et Pajou et Aubry prêtent avec non moins d'empressement, leur concours à l'industrie.

tapis et de papiers peints ; ils produisent des compositions pour des décorations de théAtre ; ils l'ont des modèles pour les bronzes, les cristaux, l'orfèvrerie, etc. »

C'est l'époque du Directoire, et la cour fait fête au luxe des artistes présenté dans un ityle nouveau. El ce style est, en propre, le second a distinguer dans un règne qui n'a point, duré plus de quinze ans! Car le style Directoire, étape caractéristique, diffère singulièrement du style Empire proprement dil : <«v stj le gréco-romain auquel Percier el Fontaine, plus que David, attachèrent leur nom dans l'élan d'une foi héroïque.

Triomphe de l'acajou el du bronze ciselé, le meuble de Napoléon exprime la dernière richesse du dernier style classique. En lui rèvil Sparte el Beslois austères, on y trône ; sa contrefaçon de Panl ique a grand air el , dans son ornementation, Vénus, la pauvre, «'I S68 colombes, durent céder le pas à Minerve, la déesse au hibou! Toute une renaissance des arabesques de Raphaël, revues et corrigées, s'affirme alors dan- l'idéal d'une République romaine reconstituée !

Sous la Restauration, un journal anglais commente de la sorte le triomphe de l'Exposition Nationale «le 1819 : « Dans les arts d'agrément, les Français mil toujours occupé le premier rang parmi les nations industrieuses, les voilà pour le moins au second dans les produits de choses usuelles. »

Aussi bien, à travers les expositions qui suivirent, plus ou moins réussies, on constate toujours davantage l'exaltation des créateurs à côté des fabricants,

et les grands progrès, tant du machinisme que de l'industrie d'art, se vérifient sous la Restauration.

MM. G. -Roger Sandoz et J. Guifïrey,dont nous suivons l'intéressant travail, soulignent ainsi la prospérité de la métallurgie, l'extension de l'acier, l'invention du maillechort par Maillot et Ghorier (1819), la purification et l'utilisation plus répandue du platine, le perfectionnement des faïences de Sarreguemines et de Creil, ainsi que celui de l'impression mécanique des toiles et des papiers peints.

Pareillement, la rénovation de la soierie de Lyon date-t-elle de cetlc époque, ainsi que la découverte dé nouvelles teintures chimiques el le développement de la lithographie, de l'industrie du papier, etc.

« ...Jamais tous les arts industriels ne s'étaient avancés, en même temps, d'un pas aussi ferme et aussi rapide », et l'on admire alors les soieries, châles et cachemires de Rellangeret et Dumas-Descourbes, de Dollfus-Mieg, les tapis de Roze-Cartier, les toiles peintes de Daniel Kœchlin et d'Oberkampf, les faïences d'Utzschneider, les pianos d'Erard et de Pleyel.

A la fin de la Restauration, sous l'influence du romantisme, le fabricant retourne aux aspirations de l'artiste; la scission entre l'artiste et l'industriel, « l'art tendant à se spécialiser, à se manufacturer » au gré des besoins nouveaux engendrés par « l'accrois-

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sementdu bien-être public », détermine deux ten dances opposées.

L'avènement du faux luxe, <le la pacotille, esl an bout de la satisfaction à bon marché.

Il n'empêche qu'en 1834 Part appliqué, fbien qu'encore classa dans les « beaux-arts . progresse el se perfectionne, malgré que sa recherche «In renouveau n'échappe poini à la cacophonie des expressions pi cédentes plus ou moins défigurées ■ pour saluer, ru dire de Victor Champier, dune sarabande ironique ment macabre la société bourgeoise à son aurore

Néanmoins, les Vechte, les Feuchères, les Cavelier, les Pradier, les David d'Angers, apportenl à l'orfè vrerie, à la bijouterie el à la joaillerie leur précieux concours, el Couder donne <)«' riches modèles aux ma nufactures de châles el de tapis, el I aroche, el Roua seau ne contribuenl pas moins à l'embellissement du décor des tapisseries el de la céramique, à la forme du meuble, tandis que Chenavard, directeur artistique de la manufacture de Sèvres en 1830, prenant ses éléments un peu à lort el à travers dans les sti les... « marquait, suivant le comte de Laborde,dans l'arl el l'industrie de la France, (Tune manière déplorabh

Maison retiendra qu'à celle exposition, on accorda pour la première fois des récompenses aux collaborateurs mêmes des exposants.

A la neuvième Exposition <Jps produits de T indus-

trie, on \WV.K le nom de l'orfèvre-bijoutier Fromont- Meurice fut une révélation. Il personnifie le style

FiG. 10. — Groupe scolaire du quartier de Grenelle,, a Paris (vestibule de l'école maternelle; . par M. L. Bonnier.

romantique, el Ernest Ghesneau a écrit du « cher poète en actions et en métaux », comme l'appelait 11. de Balzac, que son nom est célèbre à l'égal de ceux d'Eugène Delacroix, Théodore Rousseau^Rude,

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Barye, Berlioz, tant il sul faire .lu bijou non plus un banal objet de commerce, mais une œuvre parfaite ou délicate, capable de causer les mômes joie tiques qu'une toile de maître ou qu'un groupe imposant de sculpteur ».

Maxime du Camp ne rend pas moins justii Froment-Meuriee donl il f« * i t connaître le désir de réaliser un art « national c'est-à dur populaire , en forçant « son art si éminemment patricien à servir aus besoins (\c> classes déshéritées

La conscience enfin. <lu « cher maître aurifabi comme l'appelail encore l'auteur d'i ressort dans le soin qu'il eu! toujours pour chacune des pièces remarquables de son exposition celle d<* 1849, en l'occurrence, rapportée pgrWolowski d diquer ceux qui l 'avaient seconde

A côté de Froment-Meuriee, 8e distinguenl dans la même période el dans l'orfèvrerie encore, Fauconnier, Odiot fils dans un genre Loin- \\ l anglais, Wagner, Christofle; puis, dans la tabletterie : Au. successeur de Lemaire; dans la bijouterie : Frichol et ses objets d'acier; dans la passementerie «'t la dentelle d'or : Dafrique, créateur du genre; dans les bronzes d'art : Thomire, Denière ; dans la céramique: Lebœufet Thibault (faïences dur. ■> , Geiger faïences fines), etc.

Mais la République vient d'être proclamée el il

faut rendre justice avant cette révolution, au « roi

Fig7 11. — Groupe scolaire du quartier de Grenelle, à Paris ipergola dans la cour de l'école de 'garçons), par M. L.Bonnier.

citoyen », à l'ère de la bourgeoisie qui définit exactement son règne, au progrès économique qu'il repré

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