‹ L'art de reconnaître les styles (volume 3)Chapitre 3 sur 17 · Q LE STYLE MOIH-.HM · texte numérisé non relu

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sente dans le développemenl <1<* la grande industrie, grâce auquel le consommateur modeste peu! trouver, en une société transformée, la — < »iii iii«* « l«- luxe qui lui convient.

Il reste à apprécier l'intérêt <ln style Louis-Philippe qui, sentimentalement parlant, <4n haine de l'antiquité classique représentée par le style Empire, rattache au romantisme de la littérature <jui exhuma d'enthousiasme le moyen âge.

Le style ogival, le style < cathédrale ou troubadour», ont été son genre lorsqu'il ne 5e <<>ni|»|ii! point à une monotonie de lignes, à une modération décora tive, à une tonalité doucereuse qui fonl penser ;» un style de Napoléon dégénéré dans la banalité, dénué de grâce, vieillot et d'un hixe restreint.

II. n'empêche qu'en raison de ses défauts mêmes, auxquels il doit sa caractéristique, le stj le officiel de ' Louis-Philippe, suite logique de l'Empire, est fort attachant. On ne peut guère méconnaître saqua pureté, dans le recul des années qui seules groupent la physionomie d'un temps.

Pour bien terminer cette période, M convient de ne point passer sous silence l'extension du système d'expositions qu'elle tlatta. Et, non seulemenl dans le plus grand nombre des villes de France il s'ouvril des exhibitions analogues, mais encore à l'étranger, en Russie, en Suisse, en Angleterre, en Amérique. Vous

noterons enfin, avant d'aborder le Second Empire, que si l'Exposition française de lttï(J fui la dernière « nationale ». c'est à Londres que revient le mérite dune exposition internationale et universelle en 1851.

Cette exposition d'Art et Commerce d'où la peinture honnis son adaptation au vitrail et au décor céramique fut singulièrement exclue parce que cet art, tout au contraire de l'architecture, «le la sculpture et <le la gravure, transmettait sur la toile « un ordre d'études, <le sujets, <le passions étrangers à l'industrie », obtint un vif succès auquel la France eut une grande part. Pour donner à ce concours davantage de dignité, on avait interdit l'indication du prix «les produits exposés. Cette innovation, observent très justement MM. Sandoz et Guiffrey, faussa un peu le jugement du jury : « On niellait sur le môme plan deux objets dont l'un était dix fois plus cher ; la mention du prix de revient est nécessaire pour une appréciation équitable. On récompensa (de la sorte . parfois plus l'objet exposé et l'ensemble d'une installation que la valeur réelle de l'exposant... »

C'est ainsi (pie l'Imprimerie Impériale française n'obtint qu'une médaille d'argent.

Parmi les autres lauréats en France, nous relevons la Chambre de Commerce de Lyon (soieries),. la manufacture de Sèvres; André (fontes du Val d'Osne ; Aubanel (bronze et fonte ; Barbedienne (bronze et ré-

ductions); Delicourt (papiers peints); Froment-Meurice, Gueyton (objets d'art et galvanoplastie) ; Pradier (statue de Phryné), etc.

Les rapports de classe de cette exposition, dus au duc deLuyneset au comte de Laborde, semblent avoir mûri les fruits que récolte noire a ri décoratif moderne: Du moins, de Laborde a-t-il donné de sages conseils qui semblent se réaliser aujourd'hui, relativement à renseignement de nos artisans, à l'apprentissage des ouvriers, à l'expansion el à la démocratisation de Fart et du beau. Et les idées de de Laborde communient à cet instant, avec celles de l'Anglais John Ruskin, dans un idéal où le peuple est convié.

Quant à de Luynes, dans un parallèle entre les résultats esthétiques obtenus en France et en Angleterre, il relève que notre principal mérite appartient en propre à nos exposants, artistes ou fabricants, tandis que les Anglais sont obligés de faire appel au dehors, à la France, pour relever le goû! el Fart de leurs riches et puissantes industries.

Mais Ton se demande si le rapporteur n'a point malicieusement admonesté en passant, la parcimonie de notre capitalisme français à l'égard de nos artistes obligés d'émigrer à l'étranger... les Vechte, les Constant Sevin, les A.-E. Carrier-Belleuse, les Morel, méconnus chez nous. Et de Laborde estime que« Vechte est à Morel ce que Michel-Ange est à Benvenuto Cel-

lini, toutes proportions gardées d'un Michel-Ange orfèvre à un Benvenuto bijoutier... ».

L'Exposition de Paris, en 1855, devait être, dans la réunion des beaux-arts et de l'industrie, un digne

Fia. të. — Groupe scolaire du quartier de Grenelle (cour de l'école maternelle), par M. L. Bonnier.

pendant à celle de Londres. Parmi ses caractéristiques, nous relevons qu'elle fut la première payante et, pour ne parler que de l'art appliqué à l'industrie, nous soulignerons que le jury des récompenses « examina avec soin les mérites des coopérateurs », qu'il

divisa en trois classes : 1° ceux qui avaienl un mérite « dune notoriété si évidente que le jury pul les désigner lui-même sur celte notoriété »; 2° les artistes et ouvriers recommandés par leurs chefs d'industrie; 3° ceux signalés par les commissaires el patrons étrangers.

« Pour ces dernières classes, écrivent les auteur* de TÉtude des Arts appliqués el Industries d'art aux Expositions où nous continuons à puiser, la tâche fui difficile: certains patrons refusèrent de désigner leurs bons ouvriers, dans la crainte qu'une maison rivale ne les enlevât; d'autres firent des propositions exclusives. »

D'ailleurs ce regrettable désaccord entre l'artiste et l'industriel, de la conception à la réalisation, subsiste encore de nos jours. Comment les départager équitablement vis-à-vis de l'œuvre dont certains fabricants même se contentent de trafiquer ! Et n'est-ce pas plutôt une question d'amour-propre qu'une crainte de concurrence qui s'oppose à la légitime désignation du collaborateur à coté du fabricant?

Mais passons ; quelques notables industriels ont adopté de nos jours cette manière de voir, et leur geste de justice s'est souvent honoré de la révélation du choix de leurs auxiliaires.

L'Exposition de 1855 avait compris l'intérêt de l'indication du prix (à condition qu'il fût visé et reconnu

sincère) des objets exposés. Celte indication d'ailleurs facultative ici, manquait malencontreusement à l'Exposition de Londres (1851), ainsi que nous l'avons

Fig. 13. — Villa, au Francport, par M. L. Sorel (cliché Chevojon).

vu. Et il est intéressant de rapprocher la parole suivante, extraite du Rapport général de Michel Chevalier, de celle du duc de Luynes citée précédemment : « Nous avons conduit les Anglais dans la voie du beau; par un échange mutuel et fort heureux, ils nous mènent vers l'utile. »

Et c'est de l'atelier-école d'Amédée Couder que sortiront tous les dessinateurs industriels du xixc siècle : les Poterlet (dessins pour châles et papiers peints) ; les Louis Laine (bijoutiers) ; les Chebeaux, les F. Henry, les Chabal Dussurgey; et c'est Cavelier, « le modeste auteur du berceau du prince impérial » qui collaborera avec les Odiot, les Thomire, les Feuchères...

Kemarquable par l'extension du machinisme dont nos époques de progrès doivent savoir profiter au Jieu d'en inutilement médire, l'Exposition de 1855 a donné l'exemple de l'équité en récompensant au môme titre les collaborateurs et coopérateurs, les artistes et les ouvriers. Et nous sommes pleinement d'accord avec MM., Sandoz et Guiffrey lorsqu'ils concluent que « ce juste hommage, trop souvent négligé depuis, pourrait devenir pour l'industrie française la source d'un plus grand développement ».

Les auteurs complètent judicieusement leur pensée en souhaitant que notre gouvernement, à l'exemple de l'Angleterre qui a créé l'École de dessin du South Kensington Muséum, encourage l'union de l'art avec toutes les branches de l'industrie.

Nous en arrivons, à travers notre succincte énumération des expositions où le nom de P. Mérimée encore saillira parmi les rapporteurs d'élite, à celle de L863, organisée par ["Union centrale des Beaux-

Arts appliques à V Industrie dont les fondateurs, onze industriels parisiens (Ph. Mourey, Lerolle, Ernest Lefébure fils, etc.) sur l'initiative de l'architecte-dé-

Fig. 14. — La Tragédie, haut-relief (Théâtre des Champs- Elysées, à Paris), par M. E.-A. Bourdelle (cliché J. Roseman).

corateur Guichard, se proposent, « d'entretenir en France la culture des arts qui poursuivent la réalisation du beau dans l'utile, -'d'aider aux efforts des

hommes qui se préoccupent des progrès du travail national, depuis l'école et l'apprentissage jusqu'à la maîtrise... d'exciter l'émulation des artistes dans les travaux, tout en vulgarisant le sentiment du beau et en améliorant le goût public, tendant à conserver à nos industries d'art, dans le monde entier, leur vieille et juste prééminence aujourd'hui menacée. »

Cet admirable programme devait grouper des personnalités comme Barye, Klagmann, Davioud, Galland, Ghapu, Paul Sédille, du Sommerard, Deck, Louvrierde Lajolais, Eugène Muntz, etc.

En 1864, 1865 et 1869, d'autres expositions dues aux mêmes instigateurs, amenèrent à une conférence sur la réforme de l'enseignement du dessin et de ses applications à l'industrie, et enfin, à un congrès où les théories et programmes de l'Union furent envisagés. On arrêta nettement aussi un plan de réforme de l'enseignement du dessin.

Mais nous apprécierons plus loin les bienfaits de cette grande association si étroitement liée au principe de l'unité de l'art, dont l'œuvre, en son évolution féconde, a abouti à la création du Musée des Arts décoratifs.

Ce n'est point l'instant encore de parler de l'institution du Comité consultatif central technique des Arts appliqués et des Groupes parisien et régionaux des Arts appliqués, où sont venues aujourd'hui se cristal-

Fig. 15. — Crédence, étains, etc., par M. Jean Bafïier (cliché Kuipers).

liser et tentent de se développer dans la pratique les nobles idées précédentes.

Touchons rapidement maintenant aux caractéristiques des exhibitions qui suivirent., non sans noter l'adjonction d'une exposition rétrospective d'arl oriental à celle de 1869.

La conception d'une « rétrospective » dont nos époques ont usé depuis, si généreusement, témoigne, dans l'originalité, d'une juste gratitude à l'égard du passé et d'un louable devoir envers l'inspiration de demain.

Nous pourrions borner ici notre étude du mouvement d'art industriel dans le passé. Car l'idée semble (U^ maintenant reposer sur une base solide, à travers les efforts et l'expérience précédents. Toutefois, il nous faut pousser jusqu'à l'Exposition universelle et internationale de Paris, en 1889, pour voir éclore, plus caractéristiquement, la force nouvelle dont nous voulons condenser le parfum en un style.

D'ailleurs, depuis la Restauration qui nous donna le style Louis-Philippe, assez savoureux, et en tout casreconnaissable, notre personnalité ne s'est eh rien affirmée jusqu'à la fin du xixe siècle. Notre génie enclos dans un talent subordonné à la copie, au démarcage, à l'amalgame déconcertant des façons du passé, devait fatalement trahir la matière pour se démocratiser,

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La lourdeur, lemauvais goûl en vue de l'effet seul, le faux éclat et le tapage d'un ■ cossu bourg* détermineraient plutôt la manière du second Empire que son style.

Et la tradition s'en fûl de la belle exécution d'api un modèle auquel on rèvail avant que d'entamer le métal, la pierre, d'où il devait jaillir.

Avant donc de nous reposer en 1 oasis fraîche que l'Exposition de 1889 nous prépare, nous franchirons rapidement les teni}» amorphes qui nous séparent d'une féconde aurore.

Nous voici à L'Exposition universelle de 1867, qui réunit les noms de Michel Chevalier el de Le Play, rapporteurs distingués d'une organisation remar quable où Christolle el Duponchel, pour l'orfèvrerie; Sallandrouze de Lamornaix pour les lapis; Marne et Firmin Didot pour la librairie; Fourdinois pour l'ébénisterie, notamment, se distinguent aux côtés de Froment-Meurice, auteur du buste do Napoléon III, sculpté dans une aigue-marine, el du berceau du prince impérial.

Rien de très original ne saillit de- rapports 'le classes. Après les mêmes éloges. 1rs critiques relatives aux industries d'art demeurent sensiblement pareilles, elles insistent sur la création d'écoles professionnelles, sur l'extension de renseignement des beaux-arts, etc.

En revanche, M. E. Guichard, au chapitre du meuble de luxe, conclut lumineusement à la « nécessité de reconstituer une élite nombreuse de connaisseurs ».

Former le goût du public, tout est là! Il ne suffit point, hélîis ! (pie les artistes cirent de la beaulé, pour que cette beauté s'impose! L'industrie marche logiquement à la remorque du goût public. « Ce n'esl pas elle (l'industrie , qui achète^ si dit le comte de Laborde, c'est elle qui vend; ce n'esl pas elle qui peut faire la loi, car elle sollicite la faveur de tout le inonde ; c'est ellequi obéit A la loi imposée par tous. »

« Le véritable promoteur des progrès industriels, surenchéri! .Iules Simon, le meilleur juge c'est le consommateur* La clientèle eël la récompense de tout progrès accompli. On dil que la popularité ne suit pas toujours le mérite. Cela est vrai, et cela tient presque toujours au défaut de publicité. Le grand service que rendent les expositions, c'est précisément de donner de la publicité à tous les produits et de rendre les comparaisons faciles. Aller plus loin et prétendre dicter son choix au consommateur, c'est entreprendre une tâche dont le premier défaut est d'être inutile, et le second d'être impossible. »

Certes, mais la publicité revendiquée par les bons artistes n'émane que du connaisseur qui constitue l'élite et par conséquent la rareté. Le choix, conseillé par des comparaisons incompétentes, ne favorise fa-

lalement que des œuvres banales ou celles encensées par la réclame. Et Ton passe encore ainsi devant la beauté vraie en souriant dédaigneusement à sa recherche inédite.

Insistons donc, avec M. E. Guichard, sur la nécessité de faire le goût du public par le seul truchement du véritable connaisseur.

Il est à retenir dans l'Exposition de 1867, que Barbedienne, l'illustre fondeur, y créa le contrat d'édition si favorable au développement de la sculpture autant qu'à la sauvegarde des droits de F artiste.

Non moins séduisant à notre mémoire s'impose l'intérêt des récompenses spéciales décernées aux personnes, organisateurs, ou établissements, ou localités susceptibles d'avoir « développé la bonne harmonie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux et assuré aux ouvriers le bien-être matériel, moral et intellectuel ».

Cette attention de réserver « dans cette fête du travail, une place à la moralisation de l'ouvrier, à son instruction et à son bien-être », avait reçu la vive approbation de Jules Simon, et nous partageons cet enthousiasme avec ses réticences relatives à la puérilité de l'application d'un principe aussi généreux. I/importance donnée aux délégations ouvrières désignées par leurs pairs, pour l'étude de la fabrication des objets exposés, en vue des rapports critiques à four-

FlG 17. __ Immeuble à Paris (rue du Louvre),

pa

r M. Frantz- Jourdain (cliché Trosley)

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nir, complète l'agrément de la sollicitude précédente, Elle resserre encore les liens de la collaboration artistique et ouvrière, idéale el pratique, au pied du chefr d'œuvre commun.

Travail, instruction, liberté, telle esl l'utile conclusion que dégagent de ces Rapports illustrés MM. G.- R. Sandoz et J. Guiffrej ,

Puis, c'est la guerre de 1870... el Londres, en 1*71. invite la France meurtrie etredevenue pour la troisième fois républicaine; 4 l'inauguration d'une Bérie d'Expositions annuelles, internationales, plus spécialement réservées aux beaux-arts et à l'enseignement.

Comme initiative nouvelle, celle de du Sommerard est à signaler; elle consista en la création d'un bureau qui servait d'intermédiaire gratuil pour la vente entre l'artiste ou l'industriel el le public.

Mais, faute de persévérance dans le succès, la série des exhibitions du South Kensington prit lin en INT.'Î et nous passerons à l'Exposition de Vienne, au Prater, la même année.

Nous y verrons pourla première fois le groupement ingénieux des arts graphiques et du dessin industriel ; de l'habitation bourgeoise avec ses intérieurs, sa décoration et son ameublement; de l'habitation rurale avec ses ustensiles et son mobilier, etc. Sans oublier l'attrait de la représentation de « l'influence des musées des beaux-arts appliqués à l'industrie » et sur

Fig. 18. — Entrée d'une villa, à Reims, par M. L. Sorel ; cliché Chevojon).

tout celui d'un congrès de la protection industrielle des objets exposés.

Puis, après l'Exposition de Philadelphie (1876)? Paris convia le mondeentieràson Exposition de 1878, où notre génie triompha entre tous, grâce au relèvement de notre technique industrielle et à la qualité d instruction supérieure de nos ouvriers d'art, doués d'un goût et d'une sensibilité inégalables.

Nos succès dans l'art appliqué s'étant stabilisés dès lors, jusqu'à la révélation de 1889, nous ferons étape ici, de crainte que notre matière ne déborde son cadre.

Chocolatière en argent, par M. L.-II. Bonvallct

(Cardeillnc, orfèvre).

Salle à manger, par M. F. M. Gallerey (cliché L. Lémery).

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