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CHAPITRE IV

Du style moderne (suite). Ses promoteurs en France et à l'étranger.

Il nous Larde avant que de poursuivre l'esquisse de l'art moderne, de juxtaposer à Emile Galle, Eugène Grassel el M. René Lalique, trois' grands noms sous la même idée, à <jui doit aller notre gratitude d'un idéal nouveau logiquement adapté à une société nouvelle.

Mais, pour être juste, il faudrait remonter plus avant, à la composition sculpturale indiquée par Ruprich-Robert, dans sa Flore ornementale (18()5-1869). Cette interprétation de la Heur, bien que moyen-

âgeuse, s'oppose, curieusement novatrice, à la stylisation d'ordre plutôt graphique, de Grasset.

Aussi bien, E. Grasset, 1res pénétré lui-môme de l'iconographie du moyen âge dont il poursuivit, en l'adaptant, la synthèse, n'en réalisa pas moins un effet de nouveauté considérable.

Érudit du document, l'artiste s'en évada avec d'autant de compétence, dans un graphique soutenu, d'une lourdeur caractéristique, d'une expression décorative sobre et d'une mâle beauté.

En ce qui concerne M. René Lalique, Roger Marx a noté qu'un style datait vraiment de cet artiste, amoureux de matière rare, doué d'un goût lin, spirituel et léger, essentiellement français. Le décor réalisé, vivant et neuf, de M. R. Lalique, mérite le discernement harmonieux d'un genre. Il ne saurait en effet être dissocié de la marque d'un Galle, d'un Grasset, d'un Rracquemond. Il s'apparente au même décor de nature où les insectes et les oiseaux crissent et piaillent à travers les fleurs, ivres de liberté, dans l'air et la lumière.

Il n'était rien sorti, du moins dans l'art appliqué, de l'influence italienne. De Raphaël à Ingres, de Raphaël à Paul Raudry qui modernisa avec tant d'esprit la beauté florentine. Avec M. L.-O. Merson notamment, à sa suite, on ne peut guère retenir que certain style décoratif pictural où P.-V. Galland, encore

s'appliqua (car l'aimable style d'un Louis-Maurice

Fig. 31. — Immeuble, rue de Charenton, à Paris (partie supérieure), par M.^R.^Brandon.

Boutet de Monvel, issu de celui de Kate Greenaway,

L!£ STVLE MODERNE. 8

ne porta guère que dans l'illustration enfantineel fui

plutôt du domaine de l'enluminure que du tableau . P.-V. Galland, plus essentiellement décorateur, mérite d'être rangé parmi les novateurs, el les encouragements modernistes de l'École nationale des Arts décoratifs, <>ù il sérail injuste de méconnaître les apports d'un Lecbcvallier-Chevignard, ne sont pas non plus ;i oublier, avec ceux de II mon cen traie des Afts décoratifs. El il nous faudrait enfin payer notre tribut dé reconnaissance aux \ isionnaires comme do L&borde, de Luynes, Michel Chevalier, .iules Simon, d<i Vogué, \ ictor < lhampier, en France, Ruskin (mi Angleterre el lanl d'aulres précurseurs de l'expression esthétique <l<k notre temps

Nous essaierons maintenanl de définir la formule graphique de cette expression. Elle se résume en un mot qui est toul un programme : la stylisation,

La stylisation ou mode d'interprétation synthétique sinon schématique de la Nature, esl issue hardiment des essais décoratifs rénovateurs sus-indiqués.

On ramène à la simplicité de la ligne, au caractère strict de la forme cernée d'un Irait, l'élément naturel inspirateur. On en scrute les volumes, <>n en dose les couleurs dans le ton rare. Kl le décor, de la sorte inspiré, est à la fois saisissant, charmant et d'une sobriété rationnelle.

La flore et la faune, les paysages, les ciel<. la figure

humaine, accusent dans la stylisation leur aspect, leur vie extérieure, leur signification décorative. Par le choix du graphique davantage que par sa simplification, plan par plan, tache par tache, l'harmonie se réalise de la ligne et de la couleur, mettant en valeur l'esprit d'un détail, le brio d'un ton, la caractéristique d'un mouvement.

Ce sont, "par exemple, des académies adornées de racines, de rameaux, à leurs extrémités, aux mains, aux pieds, à qui des fleurs monstrueuses, point à l'échelle, des répétitions géométriques, des nuages, constituent des fonds patiemment rendus. Tout est prétexte à effet décoratif, l'envol d'une draperie, d'une chevelure. On décompose les éléments naturels, on les stérilise avec soin, pour aboutir à des compositions disposées asymétriquement dans leur cadre, touffues, d'un schéma curieux, troublantes de fantaisie, d'une naïveté, enfin, qui n'est qu'apparente.

Quelque rigidité résulte de cette abréviation, quelque sécheresse aussi naît de ce symbolisme de l'expression qui constitue en propre le charme décoratif, sinon très neuf, du moins fort bien rénové des modèles naturellement naïfs du moyen âge.

Les styles classiques résultaient dune sélection séculaire, la stylisation, comme le mot lui-même, improvisé, va au plus court du style. Sa volonté est immédiate. Peu importent les moyens employés, le rendu

seul importe et, la manière moderne, pour être spontanée, n'en vaut pas moins que l'autre vis-à-vis de la beauté obtenue. Mais il y a des règles à cette beauté.

« Deux lois, selon Eugène Grasset, commandent l'art ornemental. La première, c'est que la forme d'ensemble des objets ornés doit être adaptée à Y usage de ces objets, et que cette forme ne doit pas être altérée pSr ces ornements. La deuxième est que la matière oppose une limite à la représentation exacte des objets naturels, et que cette limite ne doit être franchie par aucun tour de force. »

M. George Auriol ne caractérise pas moins fortement l'art décoratif, lorsqu'il écrit: « Durant ces dernières années, nous avons usé à tort et à travers des mots* Art — art décoratif — industries d'art — ouvriers d'art... en nous éloignant du souci qui seul eût dû nous animer, d'embellir ou de modifier avec tact jusqu'aux moindres ustensiles, tout en respectant et en améliorant même, si c'est possible, leur valeur pratique.

« Cet abus nous a poussés à produire trop souvent des objets uniques, exceptionnels, des pièces de vitrine ou d'amateurs.

« C'est une erreur! On ne crée pas une pièce de vitrine. C'est par sélection qu'une salière peut devenir l'hôtesse d'un musée. Mais premièrement elle doit contenir du sel.

g(3 LE STYLE MODERNK

« Pénétrons-nous de ceoi : il n'y a pas d'arts spécialement décoratifs. Tous le sont, puisque tous s'efforcent de contribuer à l'agrément de la s ie par leurs formes ou leurs décors, ou par les deux choses réunies... »

Et ces opinions autorisées se renforcent de cette observation de M. Louis Bonnier : « ... Ave/vous remarqué que s'il y a des objets d'art ftncien, il n'y a jamais eu d'objets d'art anciens'! Les fouilles, en Egypte comme en Grèce, en Italie comme en France, ne donnent jamais un objet d'art. Tout ce (prou en retire a servi et pourrai! servir encore... »

M. Delaherche pose enfin celle question — pour la résoudre — au cours d'une diatribe contre la manufacture de Sèvres : « Les vases sans tond répondraient-ils par hasard à leur destination?

« La fragile porcelaine convient -elle bien à la gourde d'un généralissime? » (En l'occurrence celle offerte au maréchal Jotïre.)

Nous emprunterons ensuite à M. Raymond Escholier (le Nouveau Paris) ces lignes sur les prémices de notre style moderne. L'auteur, après avoir fait allusion aux lois fondamentales de l'art décoratif d'aujourd'hui, à leur « essence toute gothique » parce qu' « il nest pas contestable que, pour plaire au souverain, les styles classiques durent souvent les méconnaître et les transgresser », écrit : « C'est sans doute

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pour avoir ignoré ces principes fondamentaux que les tentations de rénovation ornementale qui se manifestèrent de 1895 à 1902, sous le nom d'Art nouveau, échouèrent si fâcheusement, 'entraînant dans leur ruine tant d'efforts remarquables, lant d'études passionnées. De cette période où bataillèrent un de Feure, un Benouville, un Belville, un (lolonna, datent les formes maigres, nerveuses, agressives, du modem style... Pendant plusieurs années, l'échec parut irrémédiable... Une violente réaction détermina le snobisme, un moment hésitant, à proclamer l'immuabilité du décor monarchique. L'antiquaire triompha décidément; les fabriques de vieux meubles et de trumeaux anciens se multiplièrent; pour orner ses salons, notre société libre penseuse acheva de dépouiller les chapelles. Lutrins, chasubles, lampes de sanctuaire, colonnes de retable, flambeaux d'autel, encensoirs, tabernacles voisinèrent, chez nos dames israélites et nos écrivains anarchistes, avec le téléphone, le radiateur et l'électricité! Ayant rejeté l'Art nouveau comme trop primaire, ces gens de goût se créèrent — si l'on peut dire — un style à leur image : le style rat c£ église.

« Et pourtant, sans se décourager, nos artisans et nos artistes poursuivaient leurs laborieuses études.

« A l'usage, les formes s'assagissaient, les colorations fades, anémiques, du début, devenaient plus franches,

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