‹ L'art de reconnaître les styles (volume 3)Chapitre 6 sur 17 · S PQ · texte numérisé non relu

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les ensembles apparaissaient sans doute moins imprévus, mais aussi plus harmonieux et, en quelque sorte, traditionnels. »

Il n'empêche que Ton fil des gorges chaudes de cette époque de gestation où, dans les premières ténèbres, s'élabora la recherche qui devait aboutir excellemment. Les esthètes reçurent le baptême dans le manoir à l'envers...

Et ceux-là dont le rêve se poursuivit béat dans le décorde quelque Louis-Philippe, se chargèrent sans générosité de meubler le manoir à l'envers au goût de leur mépris.

Sur une table... originalement bombée pour que l'on n'y put rien poser, dans un vase instable, mais en revanche d'une forme et d'une matière indéfinissables, une rose malodorante ou... un lis noir, agonisait à l'exemple du ton des tissus d'alentour. Des chaises où Ton ne peut s'asseoir, des armoires où l'on ne peut rien enfermer, échangeaient avec des étagères où l'on ne pouvait rien placer, leur inconfort. « C'est original! » raillaient nos conservaieurs ; et, de fait, l'effort de nouveauté eût pu succomber au' sarcasme s'il n'avait progressé dans la recherche rationnelle.

La critique, d'ailleurs, est fatalement à la base de toute nouveauté, et, nos modernes persifleurs n'innovaient rien eux-mêmes, le comte Rœderer les avait

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précédés lorsqu'il dénigrait les meubles charmants des Georges Jacob, des François Jacob^Desmalter, sous le premier Empire. « On n'est pas assis, jugeait-il plaisamment, on n'est plus reposé. Pas un siège chaud, fauteuil ou canapé, dont le bois ne soit à découvert ou à vive arête. Si je m'appuie, je presse un dos de bois; si je veux m'accouder, je presse deux bras de bois ; si je me remue, je rencontre des angles qui me coupent les bras et les hanches. 11 faut mille précautions pour ne pas être meurtri par le plus tranquille usage de ces meubles. Dieu préserve aujourd'hui de la tentation de se jeter dans un fauteuil : on risquerait de s'y briser... »

Mais ce n'est point l'instaiil des contro\ erses. Nous n'en sommes encore qu'à un exposé général, et nous terminerons les origines de notre art moderne après en avoir souligné le caractère à travers la critique même.

Retenons donc, avant de poursuivre; à côté de Grasset, parmi les premiers apôtres de la stylisation, les noms de MM. de Feure, Bel ville, M. -P. Verneuil, G. Auriol, A. Giraldon, Benouville, Colonna, Carloz Schwabe, Mucha... et ne négligeons point l'action moderne à l'étranger à qui nous devons tant s'il nous est de beaucoup redevable.

Le mouvement est dans l'air : l'apport individuel des peuples à l'esthétique nouvelle importe peu en

dehors de sa curiosité spéciale. Il se fondra dans une beauté unanime qui correspondra à un besoin auquel le monde entier participera1. La part du goût de chaque pays reste seule à juger et, sur ce point, nous n'avons point failli à notre réputation; nos céramiques, meubles, etc., au chapitre qui leur est consacré, en fourniront la preuve éclatante.

Ceci établi, il reste à insister sur la réhabilitation des arts « mineurs ». Il n'y a plus, il n'y a point d'art mineur. C'est tout un programme que cet acte de justice. L'artiste et l'artisan se réconcilient maintenant devant le chef-d'œuvre, et nous avons vu F. Bracquemond, peintre-graveur éméri te, J.-C. Ca/in,non moins excellent peintre, et .1. Carriès, savoureux sculpteur, s'adonner aux arts « mineurs » sans déroger.

Avant eux, d'autres maîtres sculpteurs et peintres furent traduits par l'orfèvrerie auxquels ils fournirent des modèles, mais la collaboration artistique et industrielle s'accuse; elle domine la matière et s'im-

1. A propos d'une récente exposition du mobilier au Musée des Arts décoratifs, M. Hollebecque s'exprime en ces termes ; « ... Elle (cette exposition)" nous prouve avec force que l'art n'est pas un divertissement individuel sans lien avec les idées, les aspirations, les besoins du milieu où il se développe, mais qu'il est chose sociale, qu'il puise son aspiration dans les conditions de vie des hommes qui s'en nourrissent et qu'il trouve son équilibre en s'adaptant à des buts logiques et définis. Le véritable artiste est alors celui qui, voulant servir son époque, se fait l'ouvrier probe et inspiré d'une cause idéale visant à des réalisations pratiques. »

pose à la fabrication dans la contribution personnelle et inséparable.

Et, puisque les créateurs de beauté sont tous égaux, les Salons, la Société nationale en tête, el après, le Salon d'automne particulièrement, ouvriront leurs vitrines à l'art appliqué parmi les tableaux el les statues exposés1.

C'est alors qu'il nous sera donné d'admirer (à la Société nationale, en \X\)~> les élains de M. .1. Desbois, d'Alexandre Charpentier, de M. Jean BalVier.

Entre temps, les orfèvres américains Graham et Gh. L. Tiffany (créateur d'un style éphémère dit « saracénique », où les décors japonais et indien tentaient de s'accorder aux goûts français el anglais...) inauguraient des décors neufs, tandis que Loui&-C. Till'anv, fds du précédent, révolutionnait l'art du vitrail, et «nous dîmes tout l'intérêt des productions céramiques de la Manufacture de porcelaines de Copenhague sous l'inspiration de Arnold Krog\

En Angleterre, \\ illiam Morris dirige les ateliers de Merton-Abbey et de Kelmscott-Press, alimentés par des modèles d'ingéniosité neuve dus à Burne Jones et Walter Crâne. Toujours en Angleterre, les magasins Liberty lancent leurs tissus rares, les ma-

1. On n'est point éloigné, aujourd'hui, de convier aux Salons l'art du couturier et de la modiste.

nufactures de papier peint cTEssex sortent des rouleaux inédits et le grand bazar Maple, de LonoVes,

Fig. 36. — Danseuse, par E. Degas (musée du Luxembourg) (cliché Bodmer) .

sourit aussi au renouveau. Aux encouragements officiels s'ajoute ainsi l'élan de l'initiative privée et, S. Bing crée à Paris, en 1895, un magasin au goût du jour, intitulé Y Art nouveau, sur les plans de M. L. Bon-

nier; et le célèbre avocat Edmond Picard ouvrit à Bruxelles sa Maison d'art quelques mois après l'exposition de la Libre esthétique qui avait eu lieu dans la même ville, en 1894.

C'est l'essor printanier de tout un génie frais et ardent, et tous les pays simultanément sacrifient à l'idéal naissant, le Danemark, l'Allemagne, l'Autriche, la Hollande... ,

L'effort unanime des artistes contribue — sans souci d'antériorité ni de postériorité, en somme — à l'avènement dune beauté plus ou moins bien célébrée, mais singulièrement séduisante. Nous renverrons le lecteur à chacune des expressions de cet art nouveau au chapitre qui leur est consacré en France, et, quant au développement quelles prirent à l'étranger, nous l'indiquerons dans notre fin.

Pour clore ces généralités, il importe de souligner la qualité essentiellement distinguée de la matière que nous allons développer. Ses tendances alambiquées, sa sensibilité et sa quintessence, son besoin de lumière et de vérité, son but de rareté très significatif, d'une éloquence fragile si l'on veut, maladive à la rigueur, relèvent d'un charme émouvant — bien original.

Tour à tour nerveux ou calme, agressif ou caressant, virulent ou pâmé, notre art moderne communie au moral et au physique avec l'harmonie musicale

d'un Claude Debussy aux dissonances savoureuses dont notre présent se berce en corps et en pensée.

Oh

Noire art moderne est avide de sensations et volontiers abstrait.

La vérité photographique, avec sa crudité machi-

nale, succédant à Ja satiété académique, n'a pas, néanmoins, précipité dans l'autre ornière les satisfactions esthétiques recherchées. Il importe seulement d'apprécier la beauté nouvelle et celle-ci. répétons-le, est aussi éloquente que curieuse, aussi impérieuse que logique.

Plat en étain, par M. J. Desboi*.

Gare de Biarritz, par M. A. Dervaux.

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