‹ L'art de reconnaître les styles (volume 3)Chapitre 7 sur 17 · CHAPITRE V L'Architecture moderne · texte numérisé non relu

CHAPITRE V L'Architecture moderne

Nous avons vu en France, après l'indication de Ruprich-Robert, E. Grasset prendre la tête du mouvement de stylisation florale *.

C'est l'Union centrale des Arts décoratifs, grâce à ses encouragements, à ses récompenses et expositions, qui, avec l'École nationale des Arts décoratifs dont

1. Il ne faut poiat oublier, non plus, la curieuse tentative de l'application de la flore de nos pays à la décoration, par Percier et Fontaine, sous Napoléon 1er.

renseignement était basé sur l'interprétation de la fleur, au temps de Louvrier de Lajolais et sous l'heureuse influence artistique de M. C. Genuys, orienta l'art ornemenlal et l'architecture vers des destinées nouvelles.

En Belgique, en Angleterre, en Ecosse, ce goût pour la stylisation florale se répandit au point que l'on put croire un moment que la flore allait édicter une interprétation internationale, une impersonnalité de la forme bornée au décor floral.

Pourtant, la maison Tassel, à Bruxelles, œuvre de M. Victor Horta, construite en 1899, semble avoir marqué le point de départ d'un art vraiment nouveau, dans l'ensemble de ses manifestations : architecture, meuble, décoration. Tout" y était inédit.

M. Horta, parlant de son mode d'inspiration florale, s'exprimait ainsi : « Je laisse la fleur et la feuille, et je prends la tige. »

C'était revenir, en somme, aux principes de l'art ogival qui, pour la construction de ses voûtes, de ses piliers, « prit la tige ». C'était être moderne, non par le détail graphique et l'agrément de la couleur à plat ou plaquée, mais par des éléments créés. C'était remonter à l'exemple des formes que l'Egypte, que Tlnde, que la Grèce nous ont laissées, dont la suggestion évidemment empruntée à la fleur, à l'animal, est néanmoins originale.

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Or, il faut reconnaître que l'inspiration décorative de la fleur s'adressait alors, en France, à toutes les

matières à la fois, alors qu'il est bien logique que chaque matière ait une forme propre. Et cependant les tissus, le fer, le bois, s'ornementaient de même manière, contredisant ainsi à l'individualité qui doit naître du mouvement général, dans l'impersonnalité presque du modèle inspirateur.

... « Puisque, dans la nature, a dit M. Hector Guimard, l'un des protagonistes les plus fougueux del'art français moderne, un objet quelconque a toujours une forme adéquate à sa destination, c'est dans la matière même qu'il nous faut chercher la tonne décorative. C'est ainsi que nous devenons des créateurs - et non en calquant la nature, ce qui est un non-sens — et que nous en lirons tout un monde nouveau. Faisons surgir cette floraison de la matière qui ne prend pas la contre-partie de la nature, mais en cherche, au contraire, la loi cachée, et l'applique dans l'infinie variété des développements qu'elle suscite... »

Viollet-le-Duc, au reste, avait tixé d'une manière lapidaire cette base que « l'art doit être soumis dans son principe et libre dans son expression ».

Bref, alors que William Morris, en Angleterre, avec Burne-Jones, D. G. Rossetti et Walter Crâne, sous l'empire des prédications de Ruskin, semblent poursuivre les données françaises de l'École natio-

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Fig. 41. — Adam et Eve, Tahiti, par P. Gauguin.

nale des Arts décoratifs où la flore es! stylisée plutôt graphiquement que sculpturalement, avec E. Grasset pour guide, les constructions de MM. Victor Horta et Rankar, en Belgique, étonnent d'un modernisme désordonné que l'enseignement de M. Genuys, après l'œuvre précurseur des Train et des Vaudremer, notamment, devait ordonner dans la hardiesse.

L'art de [architecte Horta, si Ton se résume, recherche l'individualité dans le mouvement général. Il respecte les principes du moyen âge au point de vue constructif et touche au système décoratif du xvin(; siècle, tandis que Train et M. Genuys, notamment, modernisèrent par le détail la conception moyenâgeuse, et non par des éléments créés.

Nous ne critiquons pas, nous tentons de dégager de ces nobles recherches, leurs tendances \ ers une beauté nouvelle par des voies différentes. Point davantage ne suivons-nous une progression chronologique: nous procédons par types d'expression.

C'est ainsi que nous en arrivons au Cas tel Bêranger, œuvre de M. Hector Guimard (1886-97 (llH inaugura l'art du fil de fer. Le coup de pied dans l'édifice est violent, l'opinion lui sera cruelle et, néanmoins, M. H. Guimard a innové ce style « coup de fouet », « nouille », « os de mouton », qu'on lui reproche et qu'on lui pille.

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Il n'empêche que les accès du Métropolitain de

Fig. 42. — Dessin, par H.-M.-R.~de Toulouse-Lautrec. Paris, peut-être davantage que ses gares, doivent ini-

tialement à M. Hector Guimard une séduction hallucinante et curieuse qui restera.

A côté de cette audace où le talent est aussi incontestable que le courage, se place l'art du Belge Vandevelde, sans aucun rapport avec les créations de M M. Horta et Guimard, dans une curiosité et une excentricité dont F Allemagne a plutôt fait son profit.

Puis, c'est l'avènement d'un L. Bonnier, d'un Ch. Plumet, d'un Sorel. L'ordre revenu dans la construction, affirme une beauté assagie, nouvelle. Le style de l'architecture semble au point dans la logique et l'harmonie de la forme et de la décoration.

Mais ce ne fut qu'après le Caste! Béranger de M. Guimard que Bing inaugura son magasin voué à Y Art nouveau où M. L. Bonnier, architecte, triompha avec M. Colonna et surtout avec MM. de Feure et Gaillard. La Maison modemr, enfin, ouverte à l'architecte-décorateur Abel Landry et à sa pléiade, achève de résumer, en France, l'essor souvent intempestif, mais toujours intéressant et si fécond dans la sobriété résolue aujourd'hui, de l'art moderne.

Nous reviendrons maintenant en arrière, avant de poursuivre plus avant le détail des réalisations du style architectural de notre époque. Car il serait injuste d'oublier les précurseurs, d'un classique mitigé, soit, mais qui eurent le courage de renouveler l'aspect du bâtiment, en dépit des règles de Vignole et en

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profitantdes enseignements de Viollet-le-Duc, soit en adaptant leurs plans plus logiquement aux besoins, soit en variant la forme constructive et son effet décoratif, par l'emploi de matériaux différemment associés, où la souplesse et la couleur découvrirent un champ nouveau.

Sans revenir sur la curiosité d'un Palais du Trocadéro, de Davioud et Bourdais, qui n'est « d'aucun style » — presque une qualité aujourd'hui, — sans insister sur les pavillons de M. Formigé à l'Exposition de 1889, aux céramiques polychromes si heureusement harmonisées au feiv c'est, après les Halles Centrales de Baltard, construites en fer ainsi que la salle de Lecture de la Bibliothèque Nationale, due à Labrouste (réminent architecte de la Bibliothèque Sainte-Geneviève), la Galerie des machines de Dutert, h cette même Exposition de 1889. Et, bien auparavant, en 1851, le Palais de Cristal à Londres, tout en fer et en verre, avait tracé la voie rénovatrice.

Après Train, auteur du Collège Chaptal, à Paris, voici E.-G. Coquart édifiant originalement les monuments du peintre H. Regnault et des généraux Clément Thomas et Lecomte (au Père-Lachaise, 1872) et puis PaulSédille, dont le Printemps -(1875) est d'une ingéniosité nouvelle; c'est le Muséum de Dutert, déjà nommé, c'est le Crédit Lyonnais de M. Bouwens, c'est le Lycée Buffon de J. A. E. Vaudremer.

Sans oublier l'Opéra de Ch. Oarnier dont le grand escalier d'honneur est un chef-d'œuvre et, dans son ensemble d'architecture romaine, un noble exemple de composition el d'arl qui confine presque à un style original.

L'Opéra dont, entre [parenthèses, les principaux matériaux proviennent de tous les pays. De Suéde les verts de Jonkoping, d'Ecosse legranil d'Aberdeen, d'Italie la brèche violette, le bleu turquin, le jaune de Sienne, le vert de («rue-, etc.

Autant de créations qui, sans être d'aucun rapport avec le style moderne, valent néanmoins par l'émancipation du dogme architectural, par ^intelligence d'expression et d'adaptation converties à la logique de l'évolution, «tandis qu'en Allemagne, constate M. R. Koechlin, le progrès consistai! surtout à remplacer par Yalt deutsch les dernières transformations du Louis XVI dénommée- style Bidermeyer el qu'on s'en tenait, en fait de renouvellement, aux pastiches de l'architecture nationale... »

Après l'âge du fer, nos temps, avec M. de P>audot entête, inclinent à marquer l'âge du ciment armé. Et comme la matière commande, on voit quelle originalité constructive doit naître de cette révélation!

Les lois de l'hygiène et du confort ne sont pas moins impérieuses et, aujourd'hui, ces lois ont fortement contribué à l'originalité de notre archi-

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tecture moderne dont la façade reflète logiquement

Fig. 43. — La « Berceuse», par Van Gogh (Cliché E. Druet).

les nécessités intérieures. En vertu du moins de ce principe de l'architecture moderne qui prétend que

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les besoins, l'utilité, qualifiant la l'orme, l'esthétique et la pratique doivenl se rencontrer Loujours <•! n< combattre jamais.

Nous relevons, dans un discours prononcé à un congrès d'architectes par un Sous-secrétaire d'btal des Beaux ^rts, ces lignes qui s'adressent judicieu sèment à la construction moderne Des progrès

prodigieux <lr la métallurgie vous ;i\<-/ lire l'emploi des poutres .1 longue portée, permetlanl les baies immenses auxquelles n'auraient pu suffire ai les frontons ai les voûtes, Vous avez incorporé le lin tissu du métal el donné à la matière pesante une Ame in destructible el légère. Bta réduisant lespoints d'appui, vous avez ajouré les masses, ôvidé les façades, ouverl la maison moderne ;» la lumière el à la vie, <n-r des destinations nouvelles aux recherches ornementales de la céramique el de la verrerie,

Ces constatations s'éclairent el se complètent des suivantes... • Le rapport <lu vide au plein, dans la construction monumentale, a toujours été en aug mentant, de L'origine des siècles jusqu'à la lii« du moyen âge.

Depuis cette époque, une réaction faite, d'abord au nom de l'antiquité et poussée ensuite jusqu'à ses conséquences extrêmes par d'imprudenjts imitateurs que ne soutenait plus l'inspiration de la Renaissance, avait fini par nous ramener exclusivement aux formes

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que la (irèceel l'Halte employèrent autrefois, sous un

Fig. 44. — Portrait de Mme H... (très réduit), extrait de la Scène, pour M. Durée, par M. Henri Matisse.

ciel différent, avec des moeurs entièrement diflérentes des nôtres.

« Mais une connaissance plus approfondie de la nature, de la fabrication et de la résistance des matériaux a conduit les nations modernes, comme à leur insu, à un nouveau genre de construction.

« Après le mélange du bois, de la pierre et des métaux aux effets inattendus, les combles aux hourdis en fonte et en fer, qui, soutenant de légères feuilles métalliques, recouvraient d'abord les grands édifices, donnèrent le modèle d'arches immenses en fer. Les cordages, à la force desquels l'Indien se confie pour traverser des torrents à bords escarpés, inspirèrent les ponts suspendus. Une combinaison de fer, de fonte et de verre permit d'établir de magnifiques et claires galeries. On remplaça les portes cochères massives de nos maisons par d'élégants panneaux de fonte à jour. Aux lourds piliers sous lesquels étaient établis autrefois nos marchands, ont succédé les cages transparentes de glaces maintenues par d'élégantes baguettes métalliques, et même les glaces se maintiennent d'elles-mêmes... »

Maintenant, de larges baies, des bow-window i transforment les façades. On tente d'audacieux décrochements à l'extérieur qui correspondent à des angles hardiment arrondis à l'intérieur. De chaque impul-

1. Le bow-window, primitive cage de fer vitrée, inesthétique, trouva il y a une vingtaine d'années, dans la pierre où il s'incorpora; grâce à M. Charles Girault, sa formule harmonieuse.

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sion des nécessités résulte une originalité. C'est l'aération, c'est le chauffage, c'est .l'éclairage qui varient

Fig. 45. — Aquarelle, par M. G. Lepape (couverture pour « Vogue »), magazine de New- York.

leur mode. C'est l'esthétique elle-même, modifiée par la matière. Point d'architecture nouvelle sans raa-

LE STYLE MODEHNE.

tériaux nouveaux, a parfaitement dit M. A. de Baudot. Écoulons sur ce poinl M. L. Bonnier: •« Le marbre a fait toute l'architecture grecque, comme la pierre a créé toute celle de Rome, nous habituant à des formes et à des sections d'appui qui oui fixé, pendanl des siècles, les habitudes de noire œil. Hier, l'apparition du fer et delà fonte, aux Halles, à la bibliothèque Sainte-Geneviève, à la galerie des Machines, ont causé des malaises qui ont mis cinquante ans à se guérir par l'accoutumance. Aujourd'hui, c'est le ciment armé qui nous donne des portées cl des encorbellements invraisemblables quoique logiques el solides. Demain le verre, qui naît à peine, nous révélera d'autres formes que nos petits-neveux trouveront normales et plaisantes. »

Ainsi donc, la rectitude consacrée, sous l'ingéniosité de l'art moderne, sous l'empire de ces divers facteurs, chavire. La sempiternelle palmette rejoint les moulures grecques et leurs ornements démodés dans la logique répudiation que partagent les ordres antiques aux adaptations fatiguées.

La colonne de nos jours connaîtra le chapiteau de son temps, qui ne sera naturellement ni dorique, ni ionique, ni corinthien, ni roman, ni ogival ! Quoi de plus rationnel?

En revenant à la Nature qui fut le modèle éternel, on reprend l'inspiration dès le bégaiement frais et

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charmant qui induisit au chef-d'œuvre normal de

I < \< uveau nui

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Fig. 46. — Gouache en couleurs, par M. G. Lepape.

toutes les époques, modelé sur les mœurs, guidé par le progrès. La fleur, la plante, dépouillées de la

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stylisation qui les avait stérilisées dans une acceptation convenue renaissent à la vie, dictent des modèles différents.

La feuille d'acanthe affranchie du chapiteau corinthien s'offre à toute autre interprétation. Et pourquoi se bornera l'acanthe? Toutes les plantes sonteonviées avec les (leurs à provoquer les matières el les Tonnes diverses. C'est un printemps nouveau, une Floraison de motifs décoratifs, de moulures, huile une présentation dans un équilibre inédit qui sera ù la marque de notre temps, à l'image de noire pensée comme de notre geste.

Combien la conception du foyer autour du bien-èlre s'est modifiée jusqu'à nos jours! Et comment résisterait-on à son intimité, à son attrait dans nos demeures (Voix l'apparat de jadis ;i disparu pour faire plaee au calme el au goût individuel ! Et, c'est ce lover nouveau où Ton àccèdeau moyen d'un ascenseur, d'où Ton communique avec le téléphone, qui dicte ces creux et ces bosses sur la façade, qui régît la silhouette de la maison aux encorbellements, aux terrasses suspendues, aux loggias, aux balcons de pierre et de fer, aux faîtages si pittoresques en leur variété, que la rue, en dépit des ordonnances rigides de l'alignement, s'en trouve toute transfigurée, du sol au ciel.

Sans compter que la devanture de nos boutiques se

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Fig. 47. — Peinture décorative et cadre, par Drésa (cliché E. Druet).

profile différemment dans la rue nouvelle, et que les combinaisons do leur matière ornementale associée à une couleur maîtresse, concourent sinon toujours à un symbolisme approprié, du moins à un agrément d'harmonie inédit.

Sans compter que plus on touche au ciel — combien est loin la mansarde de jadis! — plus la vue y gagne et la qualité de la lumière et de Pair, dans l'agrément d'un comble ingénieusement disposé.

Qu'est devenue la morne caserne d'antan, l'immeuble à loyers uniforme ? El pouvait-On plus longtemps confondre l'unité, la sobriété avec la platitude? Goûtez aujourd'hui; plutôt dans (immeuble à loyers que dans l'hôtel particulier où la fantaisie s'affirme plus individuelle (moins classiquement moderne, si l'on peut dire), là simplicité de la ligne aux arêtes adoucies, au décor strictement mesuré et fondu dans la pierre, enveloppant dans la masse, presque à fleur, ses délails naturels. Point de consoles pour ne supporter rien — plus de consoles gigantesques pour soutenir, comme autrefois, des balcons minuscules — point d'inutilités décoratives, et, la coquille monarchique avec les cariatides grecques, ont déserté la façade delà maison moderne, de même que les balustres aux renflements consacrés. Du moins ces accessoires ont-ils des équivalences qui sont au-

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ARTISTES DÉCOIWEURÔ

DU 20 FÉVRIEftAU 23 MARS :

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PAVILLON de MARSAN LOUVRE

Fig. 48. — Affiche, par M. G. Barbier.

Lan! de sourires nouveaux. Souvent, l'architecture moderne supprime le chapiteau que deux arcatures mourantes remplacent sur la colonne. C'est un arl d'ensemble où la lumière caresse des profils et moulures doux, où la sculpture consenl souvent à n'être que de la peinture pour mieux séduire dans la pierre, en communion avec la ligne sinueuse et tendre de l'archi lecture.

Voici pourquoi les nom- d'un .1. Rispal, d'un Pierre Seguin, d'un Guillot cul-de-lampe du chap. I ' , sculpteurs ornemanistes, sont inséparables d'un (i. Pradelle, d'un Eug. Ch if flot, architectes.

Voici pourquoi, <m dehors de la pierre nue que préfère M. C. Plumet, les revêtements de m'es d'un Bigot, d'un Klein, d'un E. Muller M. La virotte utilisa pour la première fois les i^i'*** flammés <m manière de revêtement, et MM. Gentil, Bourdet, ( îuérineau, .tanin sont aussi à citer pour la beauté <le leurs émaux brillants (M mais n'interviennent point comme un horsd'œuvre sur le bâtiment. Ils s'y incorporent dans la pensée de l'architecture. Et ce n'est pas uniquement pour amuser l'œil qu'un Vaudremer fait appel à la brique pour habiller ses œuvres où l'art roman méridional hante dans une harmonie et une logique inséparables, que Lucien Magne, encore, emploie la terre émaillée pour la décoration de frises et de tympans, et la terre cuite pour les appuis de fenêtre.

Et auparavant Ù. J. Ç. Formigé

avait pour la première fois marié artistiquement le fer à la brique sans l'exclusif souci esthétique.

Si les statuaires Camille Lefèvre, Henry Bouchard, Emile Derré, interviennent avec leur ciseau, ils n'ont pas moins la volonté de s'effacer dans la matière pour y briller modestement, à leur plan. La symétrie jugée inutile par l'architecture moderne, si son prétexte ne

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Fig. 49. — Estampe en couleurs, par U. Mucha (Champenois, éditeur).

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s'accorde pas avec la destination, se sépare encore, sur ce point, avec la tradition don) la préoccupation de rogner sur la façade, comme au Louvre, par exemple, où il existe des chambres éclairées par en bas, témoigne d'une hérésie constructive.

Ht les architectes d'aujourd'hui ne condamnent pas moins l'erreur d'un ciseau traitant la pierre comme un marbre de lit ( îrèce, témoin l<i> chapiteaux de l'église Saint-Sulpice, à Paris, qui protestent d'ailleurs, en s'effritant. La matière commande ' el inspire différemment. Voici pourquoi Lanl Je minutieux décors sculptés de la Renaissance nous choquent à fleur de pierre qui bous ravissent à Heur de bois, el cela n'est point une originalité, mais une sottise que de reproduire, par exemple, l'effet d'un grès flammé en porcelaine ou bien de dissimuler l'expression propre à chaques matériaux sous d'inutiles revêtements, ou bien encore de sculpter des moulures dans la masse.

L'architecture moderne recherche donc ses balancements dans des volumes équilibrés et non dans le parallélisme et la régularité, du moins pour ses conceptions en dehors de l'immeuble à loyers.

Nous avons vu le revêtement céramique — en par-

1. Michel- Ange estimait qu'une statue de mari ht devait pouvoir rouler, sans se briser, du haut d'une montagne.

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l'architecture moderne

lie ou tout entier — participer à l'agrément de la façade, égayant le ciment armé ou rompant la monotonie de la briq ne : vo i c i également que MM. Klein el Muller emploient la brique émaillée claire sur laquelle çà el là, par points, chaule une noie sombre. La sobriété recherchée accompagne logiquement la forme épannelée des apports architecturaux coutumiers.

Pour rompre avec le 2:albe

Fig. 50. — Estampe en couleurs par M. Mucha (Champenois, éditeur).

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accoutumé des consoles el autres supports, pour ne point retombçr dans la moulure ou les retours, re traits ou saillies ressassés, on laisse fréquemment la masse évoquer ce passé conventionnel < j 1 1 » • l'œil restitue, mais «pu1 l'architecte s'est spirituellement <4l originalement i^ ; 1 1 *< I « * d'exprimer.

Ce désir de simplicité qui, dans la pierre se borne, parfois, ornementalement, à une simple jonchée de (leurs ou de plantes dégringolantes à l'enlour des con -oie- ri des balcons, en bordure des fenêtres el des portes, va jusqu'à supprimer, parfois, les conduites d'eau que d'ingénieux effacements <!<• la pierre ou des sinuosités canajisatrices rendent, .1 In rigueur, inul iles.

Pourtant il ne faudrait rien exagérer et l'écoulement des eaux a singulièrement sali bien des façades, faute d'avoir été simplement régi par la tuyauterie de nos aïeux < | u i même, sous la Renaissance, trouvèrent dans la nécessité de cette canalisation un prétexte h de la beauté.

L'originalité constructive ne peut point logiquement procéder par la négation, et si les architectes précurseurs oui adopté la formule de certains évidemenis, de certain- creux, il serait ridicule de substituer à ces creux, des bosses. La preuve en est que tant d'édifices modernes sont maculés pour avoir voulu lutter avec des reliefs malencon-

Fxg. 51. — Affiche de M. L. Cappiello (Établissements Vercasson).

treux contre les intempéries au lieu de s'y dérober.

Le souci de la sobriété dans la couleur même qui, par la contradiction des creux et des bosses, ensoleille ou ombre la forme cl la décore ainsi, esl d'un autre aloi. L'architecture ne peul qu'être rationnelle et ses innovations sont d'autant limitées. Le grès cérame uni ou flamme, participe par sa solidité, en dehors de sa beauté, de ce principe, il laisse loin derrière lui la terre cuite, chère à la Renaissance, dont les gracieux médaillons n'ont pu résister aux intempéries.

Au résumé, et d'une manière générale, l'aspeçl extérieur de la maison moderne répond à ce besoin d'air cl de lumière manifesté par une société parvenue à un maximum de bien-être el servi par les applications nouvelles du ciment armé aux portées démesurées, du grès cérame et autres revêtements prodigués, concurremment avec la pierre el la brique.

MM. Sauvage et Sarazin innovent des terrasses échelonnées à chaque étage, dans leur immeuble de la rue Vavin, à Paris. De ces terrasses ingénieuses, des végétations s'épandent, égayant de leurs décors divers une façade toute en briques émaillées blanches tachées çà et là d'une note bleu foncé. Ces jardins suspendus révèlent la fraîche ornementation naturelle. A côté de cette sobriété décorative, indirecte, voici celle qui se subordonne à une ponctuation discrète : quelque cabochon jouant dans la masse ou servant

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d'axe, ou bien empruntant à la plante vivante, à des branchages, leur parure légèrement sculptée, lorsque des têtes humaines, des scènes delà vie, des attributs réalistes ne sont pas mis à contribution.

Sobriété décorative, souvent même encore plus rigoureuse, représentée par la seule souplesse des lignes. Des arcs en plein cintre, en anse de panier, couvrant les baies, les angles s'émoussant, les plans s'alanguissant à leur point de rencontre, les encadrements des portes et des fenêtres étant supprimés.

Autant de savantes subtilités d'un charme, d'une originalité et d'un goût purement français, qui rompt définitivement avec le pastiche où notre école académique s'éternisait.

Pénétrons maintenant dans la maison moderne, non sans avoir remarqué la parenté légère (en raison sans doute de la simplicité visée) du style de nos jours avec celui de Louis XVI (mais encore cet « air de famille » sera-t-il plus frappant dans le meuble).

Au seuil de la maison moderne, nous devons souligner la personnalité de l'architecte redevenu le « maître de l'œuvre », c'est-à-dire le chef de la conception générale de la construction telle que l'entendaient les anciennes maîtrises. A l'architecte maintenant obéiront tous les corps de métiers, en vue d'une harmonie ; aussi bien le ferronnier que le menuisier, le potier que le sculpteur, le mosaïste que le peintre.

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Car l'ameublement rentre encore dans I effel rêvé par le cadre.

Toutefois, cel ensemble moderniste idéal se bute fatalement contre le locataire donl le goût ne saurait rire commandé et, pour l'instant, nous traiterons <1<* rimmeuble à h »\ ers m< >dernc.

Si la Façade d'une maison n'a aucune ;i<'h"n sur l'intérieur, au delà de la satisfaction des besoins qui, en principe, son! une réfraction esthétique, I immeuble à loyers, à l'intérieur, - impose le sacrifice de la neu

llillllr

Du moins l'immeuble pour locataires doil il servir ;i la banalité expectante des goûts bourgeois el con servateur. Un décor moderne dépayserai! le mobilier de style ancien, b moins qu'il ne l'irrite. L'architecte est ainsi désagréablement partagé entre son rêve d'unité el la conception «lu nouvel emmént donl on est contraint de supputer les erreurs mobilières el <!<' les respecter même I

Dans l'hôtel particulier, Loul change. < mi j peut, si le « client » consent h un modernisme complet <►!)' combien préférable à cet anachronisme absurde <!<■ L'hôtel - gothique ou renaissance érigé tout neuf en plein Tari- ! . réaliser l'accord de la beauté nouvelle. De l'architecture au meuble, depuis le tapis jusqu'au bouton de porte. D'où l'entraînement à la fois logique et fatal vers un ensemble réalisé au début par

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des louche-àtout », peintres s'iinpi'ov isanl ferronniers, céramistes, fabricants de meuble-, etc., avec celle noble frénésie <!<• créer neuf par le des sin el la couleur, sans connaître, Le plus souvent , h» technique <lc chacune <l<* ces réalisations.

Cepend ;i nt , des peintres comme Bellery- Pesfontaines et M. Victor Prouvé, des sculpteurs comme MM. J. Dampt.

Alexandre Charpentier, Rupert- Carabin, Lucien

Fig. 52. — Le Bleuet (réduction),

par M. Bernard Naudin

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Schnegg, un maître verrier comme Galle, donneront des modèles d'art moderne en tous genres, el leurs meubles valent lout autant que ceux conçus par nombre d'architectes plus préparés, vraisemblablement, à édifier ces petits monuments de leur art,

Aussi bien les sculpteurs semblent amenés naturellement par leur ciseau, à tailler la matière, à distribuer harmonieusement les volumes, à élever le monument.

Mais, nous l'avons vu, l'impulsion moderne avait jailli de toutes parts, et aujourd'hui les artisans professionnels ont misau point, dans la technique, chacune de ces impétuosités préliminaires; Mous possédons en propre maintenant nous <in Fournirons la preuve aux chapitres des meubles el des arts appliqués un style qui semble 9e dégager de l'œuvre de tous, un style véritable, c'est-à-dire non cantonfcé dans la formule individuelle.

, Une discipline est née entre les • ensembliers • modernes, qui humilie déjà le capharnaùm représenté par un intérieur on généralement tous les -M<1> dupasse se heurtent parmi l'entassement disparate des bibelots anciens.

Entre l'immeuble de rapport amorphe, de par sa destination banale, et la maison particulière construite pour le « client » docilement ouvert au style nouveau, il y a le grand magasin qui a procuré le

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champ le plus vaste à l'expression conslructive moderne. El, .lorsque nous serons délivrés de l'hallucination du passé, combien l'hôtel de ville, combien l'église de nos jours fourniront l'aubaine précieuse d'une révélation esthétique k tant d'excellents architectes de maintenant !

Mais le grand magasin, le grand bazar, son! d'ordre moins canonique. Point d'exemple éternel devant eux, et le temple <lu commerce impressionne moins que celui de la foi. Plus souple aussi, il a l'avantage <lc correspondre à la fièvre du jour; il csi essentiellement « parisien » ; il débordé de luxe ; il éclabousse de vrai el de faux: il doit avant tout séduire.

On voit d'ici l'avantage du thème à développer ! Et comment oserait-on encore s'inspirer du grec et du romain lorsqu'il s'agil de célébrer aussi précisément l'heure qui passe! La physionomie elle-même delà foule, sa silhouette, son costume, si logiquement modernes, ne doivenl-ils pas imposer un regard spécial du bas de la terrasse du café, du haut du balcon de l'hôtel de voyageurs?

M. Jacques Hermant, qui a sacrifié avec le plus heureux éclectisme aux aspirations et besoins nouveaux, a écrit : « L'architecture moderne craint moins la fantaisie, et cultive volontiers l'illusion en même temps qu'elle se démocratise et cherche à mettre les jouissances artistiques à la portée du plus grand

l'architecture moderne

nombre. Mais plus elle s'adresse à la foule, plus elle se trouve contrainte à se mettre à sa portée; elle veut

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Fig. 54. — Gravure originale 'de M.'J.-E. Laboureur extraite des «Images de l'Arrière »,( François Bernouard, éditeur).

être gaie, pimpante, amusante, pittoresque. Il lui faut renoncer aux grandes idées, aux symboles, et chercher dans la vie courante des sujets à la portée de tousr

«Alors elle s'adresse aux peintres et aux sculpteurs, les place clans des conditions aussi réelles que possible et leur demande des tranches de vie, des anecdotes des idées amusantes, et, pourvu qu'ils ne détonnenl pas trop, leur laisse la liberté la plus complète.

« Il va de soi que, dans ces conditions, la conception de l'ensemble ne peut plus être la même et qu'i faut que l'architecture modifie ses formules pour les adapter au système nouveau. Il ne peut plus être question du mur derrière lequel il ne doit plus rier se passer ; il faut au contraire ouvrir la fenêtre tout( grande et regarder ce sur quoi elle s'ouvre, faire franchement le trou et laisser l'artiste passer au travers. >

Et M. J. Hermant conclut en commentant Taccorc d'une de ses œuvres modernes avec ses idées : « J'a voulu que le public installé dans cette salle (la Ta verne de Paris) eût l'illusion d'être dans une sorte d< vaste kiosque, sous un riche vélum soutenu par ui dais que supporlent de solides angles en bois sculpté de l'intérieur duquel il voit tout autour de lui défile dans des paysages familiers, la femme de Paris sou: lous ses aspects, à toutes les heures du jour et de h 1 1 1 1 i I . »

La même Compréhension a guidé René Binet [fig. ! cl 3 dans le plan et le décor des agrandissements di Printemps.

Cette cpneeption lient delà féerie avec la torsioi

L ARCHiTECTURE MODERNE

Fig. 55. — Saint Jean-Baptiste, par A. Rodin (musée du Luxembourg).

majestueuse des escaliers, des balcons, des galeries où des Heurs ondulent légères, dorées, au gré d'une fantaisie, d'une diversité, qui n'ont d'égales que celles des chapiteaux, des colonnes et colonnettes de fer, toutes en fer !

Quel esprit dans cette ornementation où la nature frissonne de tous ses modèles épars dans la lumière et l'air, tantôt incarcérés vivants dans la matière, ou bien enveloppés dans une géométrie palpitante, d'un échevellement voulu, d'un caprice harmonieusement volontaire. Et c'est ainsi que René Binet, l'auteur de l'étonnante porte de l'Exposition universelle de 1900, ornée de grès dus à MM. Muller et Bigot, poursuivit avec la logique de son temps l'œuvre de Paul Sédille, un autre novateur à son époque.

Quant au problème des servitudes, il a été résolu avec autant de succès par René Binet, qui tira'même, des progrès de la commodité souvent déconcertants, des effets esthétiques fort ingénieux dont la répercussion pratique s'affirme notamment dans ses bureaux de poste de l'Opéra, d'une sobriété décorative devenue quasi-définitive tant elle fut depuis imitée.

Mais si M. Frantz-Jourdain se recommande par l'attrait du détail et la curiosité tant de la forme que des matériaux associés, avec sa Samaritaine (voir ficj. 4, l'agrément de son annexe), à René Binet, semblet-il. revient la palme de la fixation la plus harmonieuse,

L ARCHITECTURE MODERNE

la plus caractéristique du grand magasin moderne parisien.

De même que M. Chèdanne dont VHôtel Mercedes s'impose (tout autant que le palais de l'Ambassade de France à Vienne, du même artiste, aussi injustement calomnié en sa teneur moderne), MM. H.

Tauzin etL.Boileau servirent heureusement la convenance et l'agrément avec leur Hôtel Lutetia [ftg. 5).

L'hôtel des

Fig. 56. — Balzac, par A. Rodin (cliché E. Druet).

voyageurs devait tenter l'architecte au seuil de la cité moderne, et l'objectif des comestibles et primeurs offerts en belle présentation, ne pouvait point davantage lui échapper.

Dans cet ordre d'idée complémentaire, les anciens établissements Sadla dus à M. L. Sorel [ftg. 8 )', qui font vis-à-vis à l'Hôtel Lutetia, et constituent avec lui, d'une manière caractéristique, la vision du boulevard moderne, n'ont pas moins flatté artistiquement et pratiquement, le grand magasin d'alimentation d'aujourd'hui.

Sans insister sur l'édifice de la maison Potin, rue de Rennes, à Paris, celui qu'éleva M. Lemaresquier pour la même firme, boulevard Sébastopol, sourit davantage à sa destination, avec une audace souvent fort réussie.

Tout est mieux, en principe, que la banalité, etnotre œil se fera à cette nouveauté rationnelle née sur les ruines d'une anarchie bienfaisante, tant esthétiquement qu'hygiéniquement et socialement. Car il faut en finir avec le cauchemar de l'école et de la caserne d'antan où, sous prétexte d'austérité pédagogique ou de discipline militaire, l'architecture s'érigea en prison, au mépris de la jeunesse, de la lumière et de la vie!

Aux détestables conventions qui empoisonnent notre souvenir, des architectes comme M. Louis

l'architecture moderne 139

Bonnier ont répondu par un groupe scolaire comme

Fig. 57. — Buste de M. Jean-Paul Laurens, par A. Rodin (musée du Luxembourg).

celui duXVe arrondissement à Paris [fig. 9, 10, 11 et 12),

où la gaîté du mur ne borne plus l'idéal de liberté, d'où l'air et le soleil ne sont point bannis. El c'est encore M. L. Bonnier qui, dans son dispensaire Jouy-Rouve,àBelleville,donneraà l'indigence affligée, l'illusion de la beauté réconfortante.

A quoi bon la caserne-prison, puisque la prison ellemême — voir plutôt celle de Fresnes — a dépouillé de nos jours son caractère maussade ? Et pourquoi, si « partir c'est mourir un peu », le spectacle d'une gare où l'attente est « mortelle », n'endormirait- il pas le mal, artistiquement ?

Quel rapport existe-t-il entre la convenance et la laideur? L'art n'est-il donc noble que lorsqu'il est classique ou ennuyeux? Et saisit-on le caractère moralisateur d'une prison dont le séjour pourrait être rédempteur au lieu d'être expiatoire? L'église pare merveilleusement la foi pour l'exalter, et c'est faire aimer l'école et la caserne que d'embellir ces lieux du devoir.

L'art moderne tout entier s'enclôt en cet objectif. Il doit la curiosité de ses lignes et l'originalité de sa silhouette à sa compréhension nouvelle des aspirations, des besoins. Sa haine du convenu lui fournit la mine inépuisable de son ingéniosité.

Que ce soit l'uniformité administrative imposant au paysage breton la même gare, la même école qu'au pays basque, que ce soit l'hôtel de ville ne varietur

l'architecture moderne 141

impitoyablement dressé en Normandie ou en Savoie,

Fig. 58. — 'Débardeur, par Constantin Meunier (musée du Luxembourg).

au mépris du caractère divers, autant de réactions logiques, tremplin de notre architecture moderne qui

se refuse à apporter le sentiment propre à un temple à l'édification d'un théâtre, et répudie nettement le monument type.

« L'habitation, a parfaitement dit M. Paul Léon dans les Arts français (les Constructions rurales après la guerre) est, comme la flore ou la faune, un élément géographique ; elle est étroitement liée à la nature du terrain, aux conditions climatiques, au mode de division et d'exploitation du sol, à la nature de ses productions... »

De même que chaque expression esthétique doit répondre- essentiellement à son but, elle se doit au goût, au parfum de sa terre. Et M. Jean Baiïier a joliment développé cette idée dans les quelques lignes qui accompagnaient l'envoi de la reproduction de son intéressant meuble [fig. 15): «Telle quelle, la modeste crédence garnie a une valeur de racinement appréciable dans un moment où, à force de tout élargir, rien ne tient plus dans rien.

« Il n'y a jamais eu, il n'y aura jamais d'art cosmopolite. Toutes expressions d'art véritable portent l'empreinte d'un terroir, parce que l'harmonie n'est pas dans l'uniformité, mais dans la diversité. Si l'art n'a pas de patrie, à coup sûr la patrie a un art qui porte l'empreinte d'une zone territoriale. Le luxe frivole qui déprime la morale des peuples peut être cosmopolite, mais l'art noble qui élève l'âme d'une

l'architecture moderne 143

nation doit être conçu par des artisans du loyal travail,

Fig. 59. — Pêcheurs, par M. ;H. Bouchard (cliché Thiébaut)!

racine au sein d'un ordre social harmonique, c'est-àdire en accord avec un devoir noble exaltant la morale

sociale, le sentiment de l'honneur et la foi native dans la nation, famille agrandie. »

La demeure de l'employé, la cité ouvrière n'ont pas moins captivé l'intérêt de nos architectes. La simplicité que ces constructions ordonnent, la grandeur démocratique dont elles s'imprègnent, créent le noble souci fraternel de l'homme de. l'art et lui dictent des lignes calmes, des volumes d'air et de lumière, une beauté sobre, symbolique.

La physionomie de nos plages ne pouvait non plus résister au mouvement nouveau. L'éternel chalet normand, le château fort prétentieux ont fait leur temps. Il faut à la mer, à la campagne, des silhouettes pittoresques, des matières rudes et franches, des décrochements « amusants », des taches claires, toute une rusticité de bon goût qui change de la ville. MM. L. Sorel [fig. 13), L. Bonnier, H. Guimard (culde-lampe du chap. v), V. Eichmuller, Sézille, Bénezech, Bical, notamment, ont réussi à renouveler dans ce sens la dentelle des sites, la couleur des masses.

L'ère de l'automobile a rapproché les distances et l'auberge se doit d'être rurale au goût de son sol, pour mieux « déraciner » le voyageur trompé par la vitesse. 11 ne faut pas que nos arrière-petits-neveux aillent prier pour nous dans des églises construites par eux selon les rites roman ou ogival.

Dans cet effort de réaction moderne, il importe de

l'architecture moderne 145

ne pas oublier l'église Saint-Jean de Montmartre, due à M. A. de Baudot, le père du ciment armé, auquel nos conceptions affranchies d'aujourd'hui doivent tant !

Fig. 60. — Hymne à VAurore, par M. P. -M. Landowski (cliché J. Roseman).

Et puis il nous souvient de la grâce nouvelle d'un autel en grès de M. Emile Militer et bronze de M. Poussielgue-Rusand et de M. Genuys pour l'architecture, dont M. Camille Lefèvre avait sculpté la

Vierge \ à qui il était consacré. Ou'esL devenu ce morceau intéressant?

Passons sur Terreur d'un théâtre aux airs de nécropole — de marbre nu sur la façade — dont MM. Roger Bouvard, A. et G. Perret ont donné le plan. Le Théâtre des Champs-Elysées, auquel nous faisons allusion, étonne notre goût. Il éloigne contradictoirement par son abord, tandis que son affiche allèche. Et, pourtant, que de (aient déployé, si préférable à la morne réédition classique, dans cette construction hardie où les sculptures de M. E. Bourdelle (fig. J4), à l'extérieur, et notamment les peintures de M. Maurice Denis, à l'intérieur, jettent une note bien française et si moderne î

Mais MM. Bouvard et Perret ont, dans leur œuvre, confortablement servi les besoins les plus perfectionnés du théâtre — qu'ils subordonnèrent sans doute excessivement à l'agrément * extérieur, — tandis que l'Opéra-Comique s'est reconstruit sur des bases connues qui indiffèrent, avec l'aberration capi-

1. Comment n'a-t-on pas remédié encore h la fadeur puérile . de cette statuaire religieuse où triomphe le commerce du quartier Saint-Sulpice ? Ces christs, vierges et saints sans caractère, trop roses ou trop bleus, surdorés, qui blessent autant notre idéal que l'harmonie séculaire de nos églises et dont M. Maurice Denis a condamné « l'académisme solennel et froid », « l'expression sentimentale et vide de sincérité », ainsi que « le mensonge des accessoires en simili » qui les accompagnent « dont on ne voudrait pas pour décorer son chez soi et qu'on souffre pieusement dans la maison de Dieu ».

l'architecture moderne 147

taie d'une salle de spectacle et d'une scène sacrifiées !

On a vu des influences germaines dans le Théâtre des Champs-Elysées et pareillement dans le Bureau central téléphonique, faubourg Poissonnière, de M. François Le Cœur, mais ne condamne-t-on pas trop gratuitement ainsi l'effort original, la présentation nouvelle qui arrache invariablement à l'étonnement bourgeois l'insulte « boche »?

Peut-on dénier à nos monuments modernes, en tout

cas, leur parure ornementale toujours bien française?

Et, puisque de la fonction naît l'organe, quel essor a

valu l'originalité constructive de nos jours à toutes

es ressources du décor si chaleureusement conviées !

Sculpteurs, mosaïstes, céramistes, ferronniers, etc., dont le métier doit retourner aux sources de l'inspiration pour s'y rafraîchir, dont la pratique fut remise en faveur ou invitée à de nouvelles beautés d'expression ! Peintres et statuaires provoqués par la matière au bâtiment; la lumière mystérieusement captée aussi, tour à tour brutale et douce, pour varier l'effet des formes et reliefs. Autant de savoureuses recherches ennemies des formules et de la fausse tradition qui guette la décadence au coin du poncif essoufflé.

La maison de Dieu, par exemple, ne répond plus aujourd'hui à la foi d'hier. Son rite demeure, mais elle a perdu en mysticisme, et nos chapiteaux, en éternisant le monstre roman, le chou frisé gothique,

erreraient. La forme canonique elle-même demanderait donc à être brusquée en sa torpeur séculaire ; mais quel artifice dorera la cathédrale, moderne du prestigieux mirage des ans * ?

Quel génie résisterait à celle prévention? Voici pourquoi, malgré l'illogisme d'un type consacré à travers les Ages, les architectes modernes ne peuvent guère renouveler le temple religieux que par le détail décoratif, que par les matériaux originalement associés. Car, en somme, l'église Saint-Pierre de Montrouge, due à M. Vaudremer, esl bien romane, la chapelle de la Charité de M. Guilbert, bien Louis XVI, comme le Sacré-Cœur [dans l'oeuvre de L. Magne) bien byzantin; mais il faul distinguer, en ces monuments, Tapport original de leur couleur, de leur technique individuelle, à laquelle nos artistes et artisans modernes s'employèrent, à rencontre du machinisme et de l'archéologie des Lassus et Viollet-le-Duc, savants conservateurs.

Lucien Magne a d'autre part apporté à l'art moderne religieux une contribution très intéressante

1. Voulez-vous qu'une tour, voulez-vous qu'une église, Soient de ces monuments dont l'œil idéalise

La forme et la hauteur ?

Attendez que de mousse elles soient revotues ; Et laissez travailler à toutes les statues

Le Temps, ce grand sculpteur.

(Victor Hugo.)

l'architecture moderne

dans ses maîtres-autels des églises de Nantilly, à Saumur, et de Bougival.

Avant de quitter l'édifice public vers lequel nous bifurquâmes pour démontrer la construction plus féconde en initiative moderne générale — harmonie libre du bâtiment et de son ameublement — sous l'empire de l'architecte « maître de l'œuvre », nous signalerons la conception originale du monument funéraire de nos jours, sinon dans sa structure, du moins encore dans son vêtement décoratif, dans son sentiment.

C'est le beau Mo-

Fig. 61. — f- Etude] pour un Faune , par M. C. Despiau.

nument aux Morts \fig. 16) de M. P. -A. Barlholomé (au Père-Lachaise) ; c'est le tombeau de Pasteur, par M, Charles Girault, au Panthéon. Le premier dont la statuaire réemprunte rien à l'antique, le second, où module Fart de Ravenne sur un thème inédit, tout comme le Pavillon de la Grèce, par Lucien Magne, à l'Exposition universelle de 1900, évoquait une expression byzantine rafraîchie.

Il n'est pas jusqu'au four crématoire qui n'ait procuré à M. Formigé l'occasion de répondre à un mode d'inhumation nouveau par une construction nouvelle...

Mais, pour nous borner à un exposé où nous nous efforçâmes de comprimer la matière pour la mieux dégager, nous retournerons à la maison particulière, à l'immeuble moderne, d'occasion courante.

Si la logique ressort de l'ingénieur, le sentiment est tâche d'architecte. S'il importe que ces qualités cumulent, il ne faut point que l'ingénieur absorbe l'architecte : ce serait l'art tué par la science. Ceci .établi, nous reviendrons à l'expression du sentiment qui domine actuellement l'architecture pour la renouveler.

Notre art moderne se doit tout naturellement d'en finir une bonne fois avec les formules. Voici pourquoi les fontes : balcons, grilles, etc., fabriqués en série, recoureront à des modèles nouveaux. Voici pourquoi

L ARCHITECTURE MODERNE

Fig. 62. — Etude pour un portrait, par M. C. Despiau.

152 LE style modekm;

les moulures « classiques » el autres motifs vénérables » rejoindront les clichés, m a triées et gabarits aujourd'hui condamnés. Il l'aul un digne accompagnement à l'inspiration de nos jours, et l'aubaine est loisible du grand ferronnier, de la matière noble en place de son imitation. Si l'artiste, en un mot, peut être substitué à l'artifice économique, le rêve du maître de l'œuvre n'en sera que mieux servi.

Mais nous parlerons du concours des artistes et artisans apporté à l'architecture moderne, au chapitre des arts appliqués.

Il imporle maintenant que le lecteur discerne, parmi les architectes, ceux qui s'exprimèrent en modernes de ceux qui créèrent l'art moderne architectural.

Aux premiers rassortissent .M. Yaudremer, par exemple, aux seconds M. Hector Guimard dont le « coup de fouet » fut en somme symbolique.

Puisse détermine une autre catégorie d'architectes, parmi lesquels MM. Louis Bonnier, Charles Plumet, Louis Sorel, qui, dans une mise .au point magistrale, imprimèrent à la construction moderne sa réelle portée esthétique et pratique.

Mais, pour éviter une classification trop subtile, il nous suffira de distinguer les architectes modernes comme, par exemple, MM. R. Binet (fie/. 2 et 3), L. Bonnier^. 9, 10, 11 et 12), Frantz-Jourdain {fig.k et 17Ï

l'architecture moderne

(courageux apôtre de Fart de noire temps), Genuys (surtout dans son enseignement), Bouwens, Chedanne,

Fig. 63. — Héraclès, par M. E.-A. Bourdelle (cliché J. Roseman).

L. Sorel [fig. 8, 13 et 18), Ch. Plumet {fig. 21, 22, 23 et 24), Selmersheim, Benouville, A. Dervaux [fig. 25 et 26,

en-tête du chap. v), des architectes « modernisants » comme MM. J. Hermant, E. Chifflot, Pradelle, Pontremoli, etc. Et, parmi les modernes, il nous faudrait citer encore, à côté d'un H. Guimard (fig. 27 et 28), assagi, MM. Tauzin, Louis-H. Boileau [fig. 5), Tony Garnier, André Colin, Sauvage, Louis Sue, Lemaresquier, A. et G. Perret, Bluysen, R. Brandon {fig. 31), Herscher, G. Tronchel, Schœlkolï, F. Le Cœur (dont le père édifia le très original Etablissement thermal, de Vichy), etc. Sans compter tant d'autres modernisants et d'excellents classiques...

Nos gravures parleront éloquemment de la plupart de ces artistes, intéressants à divers degrés, d'audace ou d'expression plus ou moins heureuse, et le nom de plusieurs d'entre eux reviendra sous notre plume lorsque nous examinerons Tari appliqué, le meuble notamment, dont d'aucuns rêvèrent l'harmonie conforme aux -dispositions intérieures de leurs constructions.

Pour terminer cet exposé, nous dirons quelques mots de l'architecture hors de France. Il ne nous déplaît pas de donner à l'Allemagne un tour de faveur, puisque les détracteurs de l'art moderne français s'obstinent à attacher son inspiration à la remorque de Munich, alors qu'il serait au moins plus judicieux de remonter, pour la rupture avec la formule architecturale classique, aux libertés des Belges Horta et Vande-

l'architecture moderne 155

velde, malgré qu'il ne faille pas oublier, d'autre part, l'action tumultueuse et suggestive de M. H. Guimard, en France.

Fig. 64. — Médaillier, par M. Gallerey (appartient à l'Hôtel des Monnaies) (cliché L. Lémery).

Bref, l'architecte belge Vandevelde surtout avait orienté la construction allemande vers des décora-

lions graphiques abusives où la stylisation des plantes confinait à l'extrême. Il s'ensuivit un désordre esthétique, pour le plaisir de la curiosité seule, la lourdeur des matériaux ne pouvant consentir à de la légèreté malgré le désir du décor; le confort se sacrifiant enfin à l'esprit d'originalité.

M. Emile Hinzclin, dans un article sur Y Art populaire en France, publié dans les ■• Arts Français », a résumé excellemment l'esprit architectural allemand. (< Au lendemain de l'annexion, écrit-il, lesAllemandsont rêvé d'appliquer à l'Alsace el à la Lorraine les procédés qu'employaient les Pharaons et les Césars. Partout ils construisirent d'énormes édifices qui n'ont, hélas! ni la majesté des pyramides ou des arènes, ni la beauté des sphinx ou des colonnades. Résidences impériales, hôtels des postes, universités, sous-préfectures, palais de justice, gares, casernes, sont, choses colossales, mais sans grandeur. Il y a toujours en elles force côtés boudons.

« D'abord le style officiel a misérablement imité le roman et le gothique. En usurpant des allures féodales, il voulait servir les ambitions de l'Empire. Comme jadis, les maisons des serfs se pressaient autour des châteaux forts, pullulèrent, autour des bâtiments gigantesques, les villas des fonctionnaires dont la bizarrerie contraste si rudement avec la finesse du vieux temps français. »

L ARCHITECTURE MODERNE

Ce style « kolossal », donc, ne s'apparente en rien à notre expression nationale, et nous nous sépa-

rons encore de l'Allemagne par « son goût de l'archaïsme joint à l'extravagance », par « sa passion

pour les œuvres où se combinent le style vieil-allemand et le style ultra-moderne, ait deutsch et modernschioob ». Alors que l'architecture néo-germanique n'a cure de la distinction, nous ne sommes jamais tombés dans cette erreur initiale, et voici encore que le fossé se creuse, insondable, entre notre délicatesse ornementale et celle de nos ennemis. Écoutons cette description du palaisderempereurbâtiparM. Eggert. Comme l'extérieur de ce monument ((.souverain symbole du mauvais goût », est en harmonie avec soji intérieur, nous nous contenterons de son évocation interne : « Fatuité et boursouflure, écrit M. Hinzelin, triomphent en ce lieu, avec une sorte d'implacable férocité; certaines colonnes de marbre s'encombrent, à leur base, de groupes métalliques; d'autres colonnes marient le cuivre et la peluche (sic) dans leur chapiteau ; çà et là, des aigles inclinent une tête de plâtre, des fontaines sans eau se creusent dans les escaliers; de fausses cheminées s'ouvrent dans des salons chauffés par un calorifère... »

Et l'auteur nous renseigne non moins savoureusement sur la couleur « artistique » des villas chères aux Allemands. Il en est de peintes en bleu de ciel à côté d'autres « canari mâle », « saumon fumé ». « Sur la plupart de ces villas tranchent de gentilles poutres sang de bœuf ou plutôt sang de dragon. Les formes (d'ailleurs), sont du même goût que le badigeon.

l'architecture moderne

Voici un dôme, c'est un pigeonnier. Voilà des belvédères mauresques et des huttes hottentotes. Voilà des chalets. Voilà des chapelles à ogives. Voilà des kiosques chinois... »

Fig. 66. — Chambre à coucher de dame, par M. Paul Follot.

M. Hinzelin nous parle aussi de vases décoratifs placés sur certaines maisons « dans le style du xvme siècle » qui font penser à Munich, « d'abord parce qu'ils rappellent le casque à chenille des Bavarois ! »

Il serait cruel d'insister. Mais, si le goût du colos-

sal nous vaut cet... « étrange lieu de plaisir, par exemple, qu'est à Berlin le gigantesque catafalque du restaurant Rheihgold » , nous sommes avec M . R . Koechlin pour rendre justice au talent des Olbrich, des Messel, des Peter Behrens. « Les villas que le premier a construites dans le parc de Darmstadt sont d'un art ingénieux et solide ; le musée de la même ville, ainsi que le célèbre magasin de nouveautés Wertheim, à Berlin, qui sont l'œuvre du second, marquent une rare conscience à subordonner aux besoins non seulement le plan et l'ensemble, mais jusqu'aux moindres détails, et quant au troisième, son mérite singulier consista, en tant que directeur des travaux de Y Allgemeine Elektricitàt Gesellschaft, à introduire le souci de l'art dans des -bâtiments d'usines, abandonnés d'ordinaire aux seuls calculs des ingénieurs, et à prouver que les installations les plus pratiques peuvent s'accommoder des lignes harmonieuses. »

D'où il faut conclure, impartialement, à l'existence, à côté d'un style colossal où la prétention à un « style nouveau et proprement germanique » se stérilise dans l'aridité décoralive et la pesanteur, d'un art « humanisé » que M. Koechlin découvre judicieusement à la ville, dans les traditions du commencement du xixe siècle allemand, sans servilité d'ailleurs, et dans la transformation, à la campagne, du type du cottage anglais.

L ARCHITECTURE MODERNE

Néanmoins, après avoir émis un doute sur l'originalité absolue de ce style moderne allemand et de

Fig. 67. — Ch ffonnier, de la chambre à coucher précédente, par M. Paul Follot.

même de ces placages d'antique dont le Palais des Expositions de Leipzig donne le plus récent modèle, le vice-président de l'Union centrale des Arts décoratifs se rencontre avec nous dans sa conclusion : « En

LE STYLE MODERNE. Il

tout cas, pas plus que les constructions moroses, ces dernières recherches n'ont rien de commun avec notre architecture moderne ».

En Hollande, en Autriche, en Danemark, 1 inspiration, allemande plutôt, se discerne dans les produc: tions architecturales ; mais cette influence est fortement contrebalancée parle caractère propre à chacun de ces pays qui, de la sorte, conservent leur étiquette originale sous des dehors inédits.

La Suisse, cependant, ne résiste guère au goût allemand çt, en Angleterre, si la tradition demeure assez fidèle au style Tudor, elle obéit davantage aux directions esthétiques de Ruskin que mirent en œuvre les William Morris, le D. G. Rossetti, les Walter Crâne. Toutefois ces grands artistes agirent plutôt sur le meuble et l'art appliqué, en général, que sur l'architecture.

Soudées au bâtiment, les pratiques de la fonte et celles de la ferronnerie ne trouveraient point, semblet— il, une place plus favorable que dans cette fin du chapitre de l'architecture. Nous leur consacrerons donc ici quelques lignes et, pour ce qui concerne la petite ferronnerie et la dinanderie, nous renverrons le lecteur à l'étude des arts appliqués.

Si l'économie de notre époque nous condamne, avec le progrès du machinisme, à la fonte (comme à la dentelle mécanique, à la toile imprimée au rouleau, etc.),

l'architecture moderne 163

il faudrait encore, pour ne point trop faillir à Part,

Fig. 68. — Guéridon, par M. Paul Follot. user judicieusement de ce moyen. Nous remonterons

d'abord aux sources de cette altération afin de la déplorer plus exactement avant d'examiner les consolantes applications de la fonte au bon décor moderne. Autrefois les balcons, rampes d'escaliers, impostes, marteaux et grilles de portes, enseignes, etc., constituaient de véritables chefs-d'œuvre de ferronnerie, témoin la grille de Maisons-Lafitte, au Louvre, celles de la place Stanislas, à Nancy, dues à Jacques Lamour, celles du château de Versailles, du Palais de Justice, à Paris, les balcons de tant de vieux hôtels, etc. Aujourd'hui, depuis les premières années du xixe siècle où un industriel nommé André remit

en faveur la pratique de la fonte de fer que la Renaisse

sance avait inaugurée avec tant de charme dans nombre de ses chenets et plaques de contre-cœurs de cheminées ; c'est cette pratique qui a dominé dans le bâtiment pour l'usage courant. A tort et à travers, au mépris du style et de la convenance, les plus barbares moulages ont ainsi sévi d'après la matière noble assouplie au marteau.

« Il ne faudrait pas conclure de tout ceci (les innovations en fonte delà Renaissance), s'écrie M.Adolphe Dervaux dans les Arts français, qu'on a le droit, au xxe siècle, de dessiner pour la fonte de fer, un lampadaire électrique de style Louis XIII, une salamandre Louis XV, un balustre (en silhouette seulement et à jour) de la période Henri IV, une tribune pour champ

l'architecture moderne

de courses Louis XII, un entourage de tombeau go-

Fig. 69. — Buffet, par M. P. Croix-Marie.

thique, un chemin de croix roman, un lit pompéien, un porte-parapluies égyptien ; une table de jardin

cypriote, une fontaine Wallace thébaîne... he nos jours, la fonte moulée remplace volontiers le bronze. C'est de la dinanderië pour pauvre. »

Toutefois l'auteur rend hommage aux services que la fonte de fer esl amenée à rendre, pourvu qu'on ne lui octroie, <m aucun cas, les allures anachroniques ci-dessus énoncées, car elle ne supporte pas les apparences conventionnelles connues, dites classiques.

Aussi bien MM. II. Guimard, A. Dervaux, après Bal tard, Labrouste, Magne el Vaudremer, <>nl réussi à faire admettre au publie des dispositions et formes auxquelles il n'était pas accoutumé, car « l'œil doit s'habituer aux formes de fonte comme il s'est habitué aux formes de briques el de pierre, lorsque, jadis, le marbre antique fui remplacé, dans la construction et le décor, par ces « nouveautés... ».

Toutefois, à côté de cette matière économique dont il ne faudrait pas nier l'intérêt el qu'il importe de traiter en beauté sans mépriser son apport utilitaire, voici renaître le beau fer forgé de jadis.

Tandis que les radiateurs de chauffage, les poêles, nos ustensiles familiers, les quincailleries, demanderont à la fonte à la fois des formes et un décor modernes, nous examinerons les résultats obtenus à la forge, sous le marteau.

C'est M. Emile Robert, ce sont MM. Brandt, Brin-

L'ARCHITECTURE MODERNE 167

deau, Szabo, F. Marrou, qui officient dans la manière décorative nouvelle.

Ces ferronniers ont retrouvé la tradition des grands maîtres. Ils ont puissamment aidé l'architecte moderne dans le renouvellement de l'effet de la façade et de l'intérieur. Ici, la caresse aux yeux d'un balcon robuste concédant à la grâce' d'un décor de feuillage, là, la douceur d'un bouton de porte fait de la torsion d'une fleur.

Sous l'enclume de nos artisans, le rêve de nos architectes prit corps ; la ferronnerie tout entière communia dans la décoration du bâtiment, tandis qu'auparavant — même dans la maison particulière — les albums du fondçur étaient consultés en vue d'y découvrir le modèle (quelque mauvaise copie d'après l'ancien) se rapprochant le plus près de la conception de l'architecte. La fonte, comme la ferronnerie, constituait un hors-d'œuvre au lieu déjouer le rôle harmonieux que notre époque a restauré, et, en matière de fer forgé, on était inféodé aux styles du passé.

Pareillement, le cuivre forgé que des maîtres artisans comme MM. Schenck, Scheidecker, Bonvallet, Bourgouin (ces deux derniers dans la dinanderie) ont restitué, nous apporte le charme de sa couleur rutilante pour varier le jeu de deux éléments robustes au service d'une pensée comme de besoins différents.

Nous bornerons ici notre étude d'ensemble sur

LE STYLE MODIHM

l'expression du monumenl si de la maison modernes. Notre travail, à la suite', précisera el accusera ce! essai physionomique où nos artistes français l'emportent avec les qualités purement nationales dé goût et d'élégance qui leur sonl propres. C'esl ce que nous croyons démontrer par nos images appuyées «le la conviction d'un texte.

Cottage, par M. Hector Guimard.

Sur la plog% par M. Maurice Denis (cliché E. Druet).

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