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CHAPITRE VI

La Peinture moderne.

L'art de l'architecte n'est point une abstraction, une pure question de sentiment *, c'est une réalité essentielle dont la solidité constructive donne la preuve. Car une maison, en dehors de sa beauté, est suscep-

1. Et, l'art appliqué, non plus solidaire de l'architecture, dans l'utilité et la durée. Le souci de la destination implique une technique où un art d'ordre sentimental serait condamné (la sculpture.de quelque époque dont elle se réclame , obéit à des lois

tible de s'écrouler, el son architecte eôl jugé, d'abord en raison de celle solidité dont il doit même, au cas échéant, raison à la justice.

Mais en artplastique, peinture, sculpture en dehors des nécessités matérielles d'équilibre et de solidité . il n'en va poinl de même : la question de sentiment domine el la qualité du métier reste purement professionnelle, bien qu'elle demeure discutable, puisqu'elle n'est point appelée, comme l'architecture, à fournir la preuye de sn technique, base de son esthétique.

C'est ainsi que la littérature el la musique demeurent esclaves, l'une de la grammaire, l'autre de rharmonie; celle dernière loi si souple lorsqu'il s'agit d'un tableau, (Tune statue, parce que l'harmonie en matière plastique n'est qu'un mol sur lequel l'accord est loin d'être parfait.

11 s'ensuit que compétence el incompétence se trouvent désarçonnées vis-à-vis d'un critérium et qu'ainsi les arts plastiques vont à vau-l'eau du goût et de la mode, au gré de la chance ou de la réclame,

statiques inéluctables : il n'en est pas de même pour la peinture moderne régie par la sensation et le goût du pittoresque plutôt que par le métier). Un vase doit d'abord tenir sur sa base ; une porte, si originale soit-elle, doit avant tout fermer, et une clé serait faussement originale si elle ne tournait point dans la serrure. D'où l'intérêt d'un enseignement conservateur ramenant l'art appliqué à la réalité de certaine perfection qui est la beauté durable.

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parce que tout le monde et personne ne s'y connaît. Et nous avons vu que la] mode favorise du même

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caprice aussi volontiers les morts, sous le nom d'éclec^tisme, à notre époque où les expositions rétrospec-

tives encensent volontiers, par périodes, l'académisme.

Certes on pourrait s'incliner en principe devant l'opinion du technicien — mais les techniciens sonl susceptibles de partialité, car souvent, en dehors de leur genre ou manière, point de salut — cl pourtant la technique oll'rc une base; elle a do lois (l'expression.

Mais le métier confère du talent et point de génie, souvent... Et le talent, c'est le triomphe du métier. Reste le génie sans talent à qui la littérature prèle le miracle des mots, tout son métier prestigieux..,

A vrai dire, si Ton désire s'en référer au sentiment propre, c'est déjà là une manière de jugement, et il semble que c'est à cette solution quel'on s'en tient de nos jours, en présence d'un ait plastique où l'impression apparaît initiale.

La référence de la Nature a été jugée secondaire après la vérité photographique. C'est justice. Le rêve se fût borné à l'exactitude du cliché. Déjà des artistes minutieux comme Meissonier avaient précédé Daguerreetpuis, l'audace, souvent plus facile, mais aussi plus attractive, favorisa la curiosité qui est une manière de distinction. 11 faut en art rompre toujours avec hier. Et cela émane de la logique même au mépris de quoi la beauté ne se renouvellerait pas.

En dehors du sentiment, de la sensation éveillée

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Fig. 73. — Architecture et meubles, par M. H. Guimard.

par l'œuvre d'art, réflexes insondables autant qu'indiscutables en principe, la comparaison d'exactitude avec la nature — tout souci photographique mis à part — la ressemblance avec la vie, pourraient peutêtre bien, conformément à certaine raison, offrir les bases d'un jugement,. d'essence moins nerveuse, plus tangible.

3Puget,Rude, Carpeaux ont représenté des êtres tels que nous les côtoyons, non point embellis à la faveur d'une retouche confinant à la réalisation d'un idéal convenu, mais choisis, noblement fixés dans un rendu vrai.

Or, cette vérité saisissante, cette identité magnifiée par le choix et non par la convention classique ou académique, dont se prévalait le chef-d'œuvre d'hier, ont cessé d'être en faveur. Le style n'est plus exclusivement recherché aujourd'hui dans la pureté, il émane d'une enveloppe.

La vérité naturelle, actuellement, est rien moins que probante; c'est l'extériorité qui séduit et, dessin, couleur, ligne ont changé d'acception visuelle et sentimentale. L'effet, l'émotion enfin, accusent la beauté davantage que le rendu matériel si l'on peut dire.

La forme n'est rien en dehors de l'idée qu'elle exprime. C'est la revanche de l'expression sur le « morceau » ; du caractère sur le « joli ».

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Fia. 74.

Bibliothèque d'atelier, par M. Jean Dampt (cliché Moreau).

Malgré qtie le 1 mi! logique du tableau soil d'être agréable à regarder, on se complall au charme singulier de [a laideur. L'artiste magnifie tout, peu impolie son choix.

La beauté existe jusque dans l'horreur ; les extrêmes se touchent. Pourtant, cette différence d'idéal que nous notons simplement, arrachée M. Maurice de Waleffe, au lendemain de l'exposition publique des oeuvres de Degas à l'Hôtel Drouol, celle plaisante constatation: « ... Degas, qui avait tant d'esprit el tant de talent, eut un malheur dans sa vie . il n'a jamais connu que des femmes affreusement laide-.

« Aussi ne m'étonhai-je pasde Noir une demi-douzaine de prêtres dans l'assistance. Ses nudités ne sont certainement pas de celles qui nous induisent au péché, et le peintre du Lavement de,s pieds est un peintre édifiant à sa manière. Mais nous, qui ne sommes pas prêtres, il nous sera permis de regretter que toute cette science si neuve du mouvement et ce papillotage si raffiné de la couleur n'aient pas servi à immortaliser plus de grâce et de jeunesse! Tout de même, Fragonard choisissait mieux. »

La Beau, a dit Victor Hugo, n'a qu'un type ; le laid en a mille...

L'art plastique moderne joue avec les déchets de l'académisme condamné. En réaction de la pureté, des éliminations hautaines, il prétend faire de la

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Fig. 75. — Façade d'un meuble à tiroirs, par M. J. Dampt.

beauté avec n'importe quoi. Et de fait, A. Rodin, dans sa .série des « vieilles», a atteint parfois au chefd'œuvre avec des académies décharnées et piteuses de septuagénaires.

Houdhon eût frémi de colère et de honte devant de tels modèles ! Mais Rodin osa. Cette audace fut nouvelle; les jolis corps de « baigneuses », de « dianes » étaient si banaux !

Aussi bien nos Apollons modernes ignorent la beauté canonique des Grecs, et Roclin, encore, a voulu montrer, dans son Balzac, que la représentation humaine pouvait s'effacer devant la signification symbolique.

Ces originalités, sans doute faciles, seraient discutables si l'on s'entendait sur la valeur des mots, mais on confond le vrai avec la photographie, la beauté et l'agréable avec le joli — qui Test toujours trop — le caractère avec la laideur, l'exécution avec le fignolage et l'art de la composition avec les arrangements surannés.

D'où un parti pris curieux qui ramène la conception du tableau à une recherche, à une impression, à une étude, contredisant presque à la scène et condamnant nettement l'expression « de genre ».

La vérité s'accuse ainsi, malgré qu'elle ne soit point toujours bonne à dire, dans un réalisme intéressant qui part avec une idée mais ne la formule qu'incomplètement.

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M. Thiébault-Sisson a noté les raisons de cet état d'âme et de vision : « ... Il a soufflé depuis vingt ans sur les arts, écrit le critique du Temps, comme

Fig. 76. — - Coiffeuse, par M. Maurice Dufrène.

sur toutes les consciences françaises, un vent d'anarchie et de folie qui a courbé impérieusement toutes les têtes, même celles qui auraient dû le moins plier. Des mains qui portaient le feu sacré — c'est-à-dire tout l'ensemble des traditions, des méhodes, des habitudes de discipline, d'ordre et de goût

qui sont l'essentiel d'une civilisation et d'une race — ne l'ont pas entretenu. Les yeux qui auraient dû voir n'ont point vu. Ils ont confondu avec la flamme vivifiante et claire du génie national le feu follet de conventionsputréfiées que nos maîtres d'autrefois eussent reniées avec un insurmontable dégoût. Entêtés dans la stricte observance des préceptes scolaires inventés, sous le nom de règles, par des pions qui se prenaient pour des pythonisses, les guides de la jeunesse ont trop souvent perdu de vue que le premier devoir de l'artiste est de se soumettre à la vie et de s'humilier devant la nature. Ils les ont mises aux fers l'une et l'autre; ils leur ont substitué un superficiel et artificiel idéal de correction nauséabonde et fade — et la jeunesse révoltée s'est retirée d'eux.

« Elle s'est livrée, cette jeunesse, à toutes ses fantaisies. Dans sa réaction justifiée contre les règles fausses auxquelles on avait la prétention de la contraindre, elle a répudié toute discipline et tout ordre, et elle a fait sa loi de l'inachevé. Or l'inachevé est le contraire de l'art. « La sculpture est Fart de finir, «disait Rodin à ses familiers... »

Mais cet inachevé affirme tout un programme, puisqu'il contraignit volontairement à une somme d'intérêt dégagée de la tradition altérée. Les pontifes essoufflés nous valent cette réaction, cet art moderne, et, n'était la question de l'enseignement qui réclame des

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bases, un alphabet, la qualité de satisfaction te-

cherchée répondrait indifféremment au but atteint. Aux méfaits possibles d'un enseignement officiel

qui, fatalement se doit de conserver la doctrine sans conjecturer le génie auquel il ne s'adresse point, en principe, on pourrait sans doute trouver l'excuse de l'évolutionnisme impérieux, évolutionnisme dont d'aucuns, il est vrai, et non irraisonnablement, célèbrent le bienfait. Il s'agirait seulement de s'accorder sur la valeur de ce bienfait, prématurée ou non, autant que sur la sincérité — non plus la compétence — de l'admiration qui lui est dévolue.

Toujours est-il qu'un art moderne se doit d'être réactionnaire, comme tout bon critique, pour suivre le mouvement de rajeunissement, se doit de prôner le mouvement nouveau.

Nous en arrivons à la précision de l'art moderne.

L'art moderne, en matière de peinture et de sculpture, comprend plusieurs phases. Il est difficilement déterminable, parce qu'il chevauche à la fois un déclin et une aurore d'expression : des réalisations qui ont fait leur temps, des essais. intéressants et des aberrations.

A côté de l'école moderne, l'école ultra-moderne, puis, du côté de la palette, les « fauves » et les « cubistes » ! De la sincérité, plus ou moins réelle, à la sottise, du talent moins que du génie, de la folie pure, mais aussi, souvent, des œuvres trèsintéressantes de couleur et de pénétration sentimentale. Voilà le bilan. Sans compter qu'à côté de l'expression réelle-

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ment moderne en raison de l'âge de leurs auteurs, il y

Fig. 78. — Cabinet, par M. Maurice Dufrène.

a des artistes toujours jeunes et des œuvres d'une beauté qui ne vieillira sans doute jamais.

Avant de poursuivre plus avant l'examen de ces nuances, de V « intentionnisme » à la réalisation, nous accuserons les différences entre le tableau tel qu'on le comprenait hier et celui qui nous est aujourd'hui présenté.

Autrefois, le tableau était rétape finale de toute une élaboration. On « cherchait » des esquisses, après quoi l'esquisse choisie se précisait en un « carton >» ou grand dessin sévèrement châtié. On peignait ensuite. Le tableau représentait donc un sujet à la fois mûri et soigneusement exécuté dont l'effet devait émouvoir agréablement ou noblement. Et le public n'était point convié à connaître les études qui avaient préludé au résultat seul : le tableau.

Point de naïveté donc dans cette conception, ni d'imprévu.

Aujourd'hui, le tableau est une grande esquisse. Il procède spontanément de la vision et du sentiment, gagnant à cette énonciation directe une intensité de vie, une fraîcheur inséparable du premier jet.

C'est dans la lumière, que les vieux jus d antan expient leurs modelés savants mais figés. Le jour de l'atelier s'illumine du plein air. Des taches expriment des vibrations qu'ignorait le « morceau ». Le dessin, naguère nettement arrêté, s'efface devant la pensée d'un geste. Il prétend ne viser qu'à des « volumes ». C'est le spectateur, souvent, qui finit le tableau.

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Point de fatigue dans cette technique nouvelle; son" éloquence est brève et persuasive. L'idée de temps

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passé n'existe pas pour elle. Son génie n'est point fait de science et de patience. La facture « lâchée »

correspond à la fixation fugitive d'une sensation. Sans doute l'artiste s'arrête-t-il là où la difficulté commence. Mais, en somme, le résultat vaut seul. Sans doute, théoriquement, la profondeur d'une exécution savante où l'on découvre chaque jour des beautés nouvelles, risque-t-elle d'être moins décevante que l'artifice d'une improvisation aussitôt aperçu.

Sans doute la belle matière des maîtres anciens nous apparaît-elle plus précieuse parce que plus amoureusement traitée.

Sans doute le mépris du sujet, en réaction du tableau d'histoire « pompier », et surtout du tableau de genre larmoyant ou stupide, éloigne-t-il le tableau de son but commémoratif ou d'agrément le plus topique.

Mais les principes de la composition du sujet, altérés dans une convention, dans des balancements théoriques, ont favorisé les arrangements naturels, de même que les « études » dispensent du titre mythologique sempiternellemént donné à dejs nudités quelconques. Sans doute ces « études », dissimulent-elles parfois, sous la vertu d'un mot, quelque prétention, mais il est de mode d'initier le public à la facture, aux mystères du laboratoire-atelier que les peintres d'autrefois, répétons-le, se fussent modestement refusés à dévoiler. Et l'artiste d'aujourd'hui « cherche » toujours

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pour donner davantage d'impression en renouvelant sa technique.

Fig. 80. — '■ Armoire à linge, par M. L. Jallot.

Na-t-on pas même un peu exagéré l'initiation bourgeoise? N'est-ce point au laboratoire-atelier trop volontiers accessible, que l'on doit cette kyrielle de disséqueurs-techniciens en chambre pour qui la eu-

riosité de la facture est tout? Et Delacroix n'avait-il pas indiqué la méthode vibratoire de nos modernes « pointillistes » dont le « moyen » constitue souvent Tunique intérêt?

Auparavant, la science guidait l'art sans déplaire au génie; de nos jours, justement dégoûté d'un art stérilisé dans une science illusoire, on a opté pour la naïveté afin de réagir contre le métier qui semblait à la longue devoir tenir lieu de génie ou y contredire.

Nobles raisons devant lesquelles le génie d'hier proteste, il est vrai, au nom de tous ses chefs-d'œuvre, mais devant lesquelles il doit s'incliner aussi, puisque la tradition, déclarée en faillite par les novateurs, ne peut logiquement résister aux impulsions capricieuses des époques.

« ...Il est vraiment puéril, écrit M. A. Tabarant, de se représenter l'art de notre temps — celui qui déconcerte, effraie, scandalise ou fait rigoler le profane — comme une mystification de rapins ou une « combine » de mercantis. La peinture moderne pouvait-elle continuer de vivre sur les postulats de l'esthétique ancienne, alors que les grandes découvertes scientifiques et industrielles modifiaient profondément les concepts de la vie, multipliaient à l'infini les sources de l'émotion humaine? Un Rembrandt, un Velasquez, s'ils revenaient parmi nous, ne verraient pas les êtres et les choses avec leurs yeux d'autrefois. Ils éprou-

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veraient des sensations nouvelles qui les porteraient à créer un langage pictural nouveau. A coup sur, tout n'est pas que conscience, volonté, sincérité, dan- les milieux où Part d'à présent s'élabore. Il s'y rencontre des nigauds prétentieux, des suiveurs impuissants, voire de joyeux fumistes. Et après ? Il n'en est pas moins certain qu'aucune époque d'arl ne fut plus féconde que celle-ci, qui va de l'impressionnisme à ses successeurs, dont les explorations divergentes nous ont valu d'heureuses découvertes... »

Demain appréciera celle réaction artistique dont les arrêts, point davantage que les précédents, ne seront irrévocables. L'avenir jugera seulement l'aboutissement de ces tendances et, sans doute y découvrirat-ildes chefs-d'œuvre dignes de lous les autres temps.

Toujours est-il que le talent est subordonné maintenant au génie ou... à ses apparences, aux libertés si séduisantes, et admettons que le tableau a quitté le chevalet pour des destinées plus spirituelles. M. (i. de Pawlowski, au sortir d'une exposition des œuvres de M. Van Dongen, s'exprime ainsi, d'une façon toute moderne : «... Peu importe le sujet d'un tableau pourvu que les rapports de couleurs soient harmonieux et même lorsqu'il s'agit de la Ronde de nuit de Rembrandt, le titre exact de la toile ne nous intéresse pas davantage que de savoir si la scène se passe de jour ou de nuit. Un tableau ne doit pas être de l'imagerie

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d'actualité, mais simplement une féerie de couleurs, Quelles fleurs sont dans cette toile de Van Dongen ? Que fait cette jeune fille noyée dans le ciel bleu des cimes ? Nous ne tenons pas à le savoir ; l'ivresse de la couleur nous suffît... ». Et c'est l'instant de regretter peut-être, dans la disparition des principes d'ordre et de discipline classiques, condamnés au nom de l'enseignement officiel, les grandes toiles où se perpétuent l'héroïsme civil ou militaire, les faits mémorables, dans une maîtrise, dans une convention même, dont on ne saurait nier la science, une science plus facile à dénigrer, somme toute, qu'à égaler. Mais, nous direzvous, les pontifes sont là pour quelque chose... Le portrait ressemblant,, c'est encore de la photographie, et vous prêchez en faveur de l'imagerie d'actualité ! Pourtant L. David a peint le Sacre...

En laissant de côté l'émotion objective, n'oublions pas que nous voici re\enus à l'ingénuité qui est le contraire de la science. Nous retournons boire au pied de la tige, à même la sève. C'est la théorie générale de l'art moderne. La tradition est exsangue, la candeur rénovera nos forces créatrices. Et voici que l'on se pâme sur les dessins d'enfants parce qu'ils sont naturellement naïfs. Pour un peu, cette énonciation ignorante, informe, en ce qu'elle a de touchant et d'imprévu, par ce qu'on lui fait dire, en ce qu'elle sert l'aversion contre l'enseignement « officiel »

tiendrait du chef-d'œuvre ! L'innocence n'a plus rien

à apprendre ... même point l'orthographe dont ne s'embarrassent pas les partisans du dessin spontané. C'est la théorie parallèle qui peut se défendre : que lOn devrait détruire les nausées, dont l'exemple séculaire enchaîne en l'obsédant l'essor Imaginatif, afin que quelque chose de réellement rteuf naisse sur leurs ruines.

Il ne faut rien exagérer. Et, si l'on doit a A. Rodin d'admirables dessins, Lous les dessins du mattre ne méritent pond que l'on s'agenouille.

Le sentiment qui se dégage du désert, les formes éloquentes dans la nuit, exaltent à vide -l'intellect. Point d'art sans formule, liors quoi nous avons tous connu des bavards intelligents <pii eussent «dé des génies... s'ils avaientété capables de produire quelque chose...

Mais c'est la curiosité de notre heure. En haine du métier altéré, de la facture ressassée, on n'exécute plus et l'imagination doit suppléer. Les écoles avaient entravé la personnalité, les - académies » risquaient de perpétuer la manière du a patron », l'enseignement est devenu individuel. La Nature est le seul maître. Du tout au tout les institutions officielles sont combattues au nom de la rareté d'expression, car si le prix de Rome mène à la Ville Eternelle... il faut pouvoir, a-t-on dit, en revenir! Et si, au bout du pont des Arts

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on aperçoit l'Institut, cela ne signifie pas que Tlnsti tut soit le comble de l'art...

Fig. 82. — Bibliothèque, par M. L. Majorelle.

L'opinion conservatrice n'a point tort en revanche,

lorsqu'elle distingue à l'Académie des Beaux-Arts de purs artistes et, de même, des prix de Rome... revenus de Rome.

Noble bataille où les commandes « officielles » tombent comme des obus sur les « petites chapelles » ; l'État défendant logiquement ses institutions, les cénacles combattant non moins logiquement en faveur de leurs libertés.

Les deux camps ont raison : ils se trompent loyalement et triomphent de même, la postérité reconnaîtra les siens. Il n'est point de chef-d'œuvre type et toutes les beautés se valent.

Point de lois impérieuses donc, pour l'émanation individuelle, pour l'abstraction sentimentale. Mais il n'en va pas de même pour renseignement utilitaire où l'expérience régit formellement l'originalité.

Au surplus, nous répéterons quel'architecture(seule, avec les arts appliqués) relève d'une responsabilité technique qui la juge ou la déjuge esthétiquement de prime abord.

Il nous a semblé que cet exposé général s'imposait, avant de donner des noms et des œuvres qu'il s'agit de mettre en lumière dans leur rayonnement le plus éclectique.

Les chefs-d'œuvre, d'ailleurs, parlent d'eux-mêmes, et nous regretterons seulement que nos gravures n'expriment 'qu'en noir une couleur si claire* depuis

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E. Manet, dont le charme constitue la révélation capitale peut-être, de la peinture moderne.

Nous nous sommes précédemment expliqué sur les subtilités périlleuses d'une classification moderne. Et, pour prendre un parti, nous ne parlerons qu'incidemment des peintres à tendance classique, et nous ne nous occuperons que de ceux qui se réclament du style moderne. Ce qui ne signifie pas que nombre de ces peintres traditionalistes que nous tairons n'ont point aussi notre estime, si toutefois nous jugeons qu'ils seraient ici déplacés.

Nous répéterons, enfin, que si l'architecture et les arts appliqués ont nettement déterminé de nos jours une manifestation typique, quasi au point, la peinture, de même que la sculpture, n'apparaissent point actuellement dénonciation aussi catégorique, n'était, du moins en ce qui concerne la peinture, la clarté de sa lumière en harmonie avec le meuble et le décor intérieur modernes.

Pour en revenir aux peintres exactement « modernes » au sens aigu du mot, un moyen de les classifier se présente encore : la désignation de leurs Salons de prédilection, en l'occurrence le Salon d'automne et celui des Indépendants, malgré que certaines fois nos modernes, et non des moindres, tel M. Maurice Denis, exposent au Salon terme de la Société nationale, même chez les « poncifs » au

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Salon des Artistes français où cependant figure M. Henri Martin.

Et puis on pourrait aussi <citer les « galeries » de leurs marchands, le nom de leurs panégyristes, les titres

Hg. 84. — Bahut, par M. L. Majorelle.

de leurs ardentes « revues », mais [nous désirons résister à toute passion.

Si l'on remonte aux premières réactions delà peinture, les noms de Puvis de Chavannes, de MM. Albert Besnard et Henri Martin, qui soulevèrent tant d'émoi

où l'étonnement se môlail à la colère et aux vivats — bien davantage à ces derniers — on est frappé aujourd'hui du caractère classique de ces maîtres î Le temps a marché devant eux, si vite, que tôt ils sont devenus « pompiers » à côté des modernes...

M. Albert Besnard est académicien et aussi M. H. Martin comme Puvis de Chavannes Peut été.

Il faut dire que ces peintres célèbres se réclament des grandes vérins techniques du passé, à travers des audaces tellement consacrées aujourd'hui, il est vrai, qu'elles sont à la l'ois incorporées à notre vision et à notre acception.

Leprocédédu «pointillisme » innové parM.Signac, sous le pinceau dr M. II. Mari in a développé sa significalion, el M. Ernest Laurent ne manqua pas aussi d'adapter excellemment ce moyen à son œuvre émancipé de l'École où il obtint, de même que M. Albert Besnard, le grand prix de Rome '.

A ces noms honorés, les « modernes » ajoutent non moins curieusement celui de E. Carrière dont l'expression classique, en somme, ne le cède en rien aux précédents, malgré la brume d'une facture où s'enclôt un sentiment nouveau.

E. Degas s'avère comme le chef de file le plus

1. M. E. Laurent a été élu, récemment, à l'Académie des Beaux-Arts.

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direct de l'école « moderne », et pourtant Fauteur de l'admirable Portrait de famille, de par ses qualités

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magistrales de dessin, de peinture et de composition, ne saurait être séparé des plus;grands classiques.

Il est vrai que ce Degas-là, non plus que le P. -A. Renoir du beau portrait de Mmt Charpentier, ne relève pas caracléristiquemenl de la peinture moderne.

Mais il ne s'agit point de ces artistes (E. Degas et P. -A. Renoir à part), non plus que de tant d'autres à leur suite, demeurés fidèles à la tradition.

'L'Ecole dite « impressionniste » est, à vrai dire, l'inspiratrice de la peinture moderne qui nous occupe présentement. E. Manet {fig. 32), C. Monet {fig. 33), P.-A. Renoir [fig. 34), A. Sisley {fig. 35), Edgar Degas [fig. 36) et puis Cézanne {fig. 37), Pissaro(/z#.40) et Gauguin {fig, il) (ces trois derniers artistes, particulièrement audacieux), sont les plus réels artisansde ■ l'expression nouvelle.

Et combien l'étiquette d' ((impressionniste » accuse son insignifiance en cette énumération où un E. Degas notamment figure.

Sous ce pavillon improprement dénommé, sont venus, au début, se ranger les dissidents dont la plupart ont triomphé sinon en personne, du moins en leurs procédés ou doctrines. Les plus farouches classiques leur doivent beaucoup et, grâce à des œuvres plus ou moins heureuses, que.l'on aime plus ou moins, les « impressionnistes » ont certainement eu une influence favorable sur la torpeur académique, sur l'orgueil intransigeant de toute une théorie de pontifes cantonnés dans un métier exclusif et conservateur.

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Si Tonne peut dire que ces novateurs spéculèrent parfois sur l'ostracisme peu clairvoyant dont "|un

Fig. 86. — Commode-bibliothèque, par M. Th. Lambert.

Courbet, un Millet, un Corot, un E. Delacroix avaient été victimes de la part de leurs pairs, la postérité qui adora souvent ce que des contemporains

avaient brûlé, suspend le jugement et l'incite à la prudence. La logique accompagne favorablement ceux qui, courageusement, sortent de l'ornière, pourvu que leur sincérité ne soit pas mise en doute, et nous ne reviendrons pas sur le devoir d'une génération nouvelle, qui est normalement d'entrer en lutte avec la précédente pour la marquer à son temps.

L'efficacité d'une réaction ressort seulement à la longue lorsque s'apaisent les querelles,. et il faut savoir gré à ceux qui motivèrent ces querelles, plus fécondes toujours que la morne satisfaction des « arrivés ».

En art, rien n'est définitif, et, pour cette raison, nous devons résister au convenu et nous éveiller à la sensation nouvelle. Le caractère de la peinture moderne, répétons-le, réside en son émotion. Cette émotion dépasse le rendu; elle accuse une pensée, un geste. Un trait, une tache, suffisent souvent à son expression où la vérité, la couleur, la luminosité, ont une part de charme qui désoriente parfois l'analyse, mais dont l'âpreté, la saveur inédite, doivent satisfaire.

Prétentions plus ou moins réalisées en une facture brève, rude, d'une synthèse plus ou moins voulue, avec une pâte, non plus fluide aux glacis mystérieux, mais lourde et crayeuse, employée telle qu'elle sort du tube, ou presque. Cela enthousiasme ou désen-

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chante suivant le talent déployé. Gela sert un caprice, une disposition ou bien la dessert. Il y a dans ces notesjde vie, brutales ou languissantes, des recherches

d'harmonie, des heurts de tons qui, s'ils ne sont point toujours sympathiques, éclairent du moins, le plus souvent, sur une intention noble.

La « cuisine » du métier moderne ne saurait déleeter tous les palais. Elle ne recherché ni la grâce ni le plaisant. Pou de portraits de jolies femmes à son actif — vous n'eussiez pas toléré qu'un Toulouse-Lautrec {fig. 42) ressuscilAt M. Bouguereau...

Des études, des indications, des images fugitives, des effets subjectifs à tendance plutôt décorative.

Peu de portraits de femmes, avons-nous dit, des impressions féminines plutôt que des expressions. L'art moderne abandonne le charme et la grâce aux continuateurs de l'agréable. Son souci est autre que celui de la ressemblance recherchée par la clientèle; les méchantes langues vous diront que tout le monde ne peut être un La Tour... ou un A. de La Gandara, un « classique » d'ailleurs, égaré parmi des quintessences déjà bien marquées...

En laissantdecôtélaniaiserieque tant de subtilités, de facilité d'intentions, peuvent faire surgir au bout du seul plaisir de se singulariser, il est bien évident que M. Maurice Denis (en tête du chap. vi) est un pur artiste, que MM. Manguin, A. Marquet, Charles Guérin, Piot, Vuillard, H. Lebasque, X. Roussel, Bonnard notamment, sont de dignes représentants de l'art nouveau.

Et Van Gogh {fig. 43) et M. Henri Matisse {fig. 44) ont leurs partisans tout comme M. Van Dongen.

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Nous devons nous borner et nous nous garderions de forcer doctement l'opinion du lecteur. Cette ex-

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pression ne peut être jugée sur l'heure. Nous avons simplement tâché de noter des aspirations, des résultats de tendance. Mais il appert que toute incohérence

, choquante à l'œil, très claire el 1res discordante de couleur, encadrée de blanc et recouverte précieusement d'une vitre, ne saurait représenter l'art moderne, pas davantage qu'une académie sombre, sagement dessinée et correctemenl modelée, serlie dans un cadre doré, % ne se recommande falalement de l'art classique.

Entre ces extrêmes s'inscrirait peut-être une peinture représentant une image agréable à voir (Poussin jugeait (pie la peinture a pour but la « délectation ») — répondant ainsi à l'objectif logique du tableau — qui, avec un rendu moins abstrait, profiterait du génie nouveau, de ses apports de couleur, de vie et de sensibilité. Il est vraique TK. Chassériau, pour avoir voulu concilier, dans son œuvre, le dessin de Ingres et la couleur de Delacroix, ne fut que Chassériau. En revanche, pourrait-on soutenir que M. Signac, révélateur d'une facture, s'en servit mieux que M. H. Martin, que M. Ernest Laurent?

Mais Tari moderne est l'art moderne, parfait ou imparfait, suivant les goûts, qui sont tous respectables.

Deux mots, pour terminer, sur l'illustration et la gravure modernes.

L'illustration moderne s'est tournée vers le document, vers le tableau. La photographie a figé l'image dans la vérité ol les peintres se sont improvisés il lus-

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irateurs. Les Gustave Doré, les Emile Bayard,.les Da-

Fig. 89. — Salle de vente d'une confiturerie, rue Royale, à Paris par MM. Le Bourgeois et Rapin.

niel Vierge étaient nés illustrateurs; ils embellirent le

livre avec grâce et fantaisie, suivant le texte dont ils devenaient, par la concrétion de ridée, les collaborateurs inséparables.

Le livre, le journal ont pris, depuis, un caractère décoratif plus sévère, plus savant, mais peut-être moins spirituel.

L'illustration des Quatre fils Aymon, par E Grasset, marque brillamment une étape du livre nouveau. La documentation archéologique, l'exécution pittoresque à visée ornementale de ce beau livre, rompent avec la liberté du passé dont la qualité bien française de fraîcheur et de spontanéité n'est pas diminuée.

Il faut noter de nos jours, tout près de nous, la singularité captivante d'un Georges Lepape(/z#. 45 et 46), d'un Drésa {fig. 47), d'un Martin, d'un George Barbier, aux réminiscences assyriennes [fig. 48 et cul-de-lampe du chap. vi), d'un André Marty, dont le parti pris décoratif a suscité tant de disciples. Et, auparavant, M. Paul Iribe avait indiqué la voie d'un japonisme curieux. Tout un art « ballets russes » s'était introduit chez nous avant la guerre de 19.14. Il avait mis en vedette M. Léon Bakst. L'influence de cette importalion slave sur le goût et la mode modernes auxquels M. Poiret présida, mériterait une longue dissertation. Mais nous retrouverons le nom de M. Poiret associé au mobilier et, de la sorte, nous nexcéderons pas

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Fig. 90. — Lampas, par M. A. Karbowsky

(MM. Tassinariet Chatel, fabricants).

notre cadre. Nous nous contenterons d'indiquer que MM. Lepape, Bakst, Paul Iribe, Poiret, représentent curieusement la physionomie d'un style décoratif où communient l'influence russe et persane singulièrement « parisianisée ». « En rénovant avec notre xvme siècle la tradition de la grâce et du caprice des lignes, a-t-on dit justement, les artistes que M. Poiret fit travailler, ont pris aux Orientaux leurs couleurs chantantes. » Ce fut là, répétons-le, la tournure incontestable de notre esprit ornemental aux dernières années qui précédèrent le conflit mondial antiallemand.

A l'étranger, notre art pictural et graphique moderne, qui, non plus que notre architecture, ne doit rien à l'Allemagne, est fort prisé. Il répond à une soif unanime de beauté nouvelle que nos résultats propres tendent à étancher. L'accord sur cette beauté, certes, ne peut être complet, et de précieux illustrateurs comme MM. Arthur Rackham et E. Dulac, en Angleterre, ont résisté par le miracle de l'exécution mûrie à la séduction rapide offerte par les novateurs.

La photographie adaptée ou simplement retouchée, suffît, il est vrai, à l'information réclamée d'un certain public qui a fait fête à quelques artistes du genre. Après l'Anglais Abbey, inspirateur en France de tant de dessinateurs à la plume, c'est l'Américain Gibbson; mais ces maîtres ne nous ont révélé qu'une formule

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que nous avons originalement assimilée, tandis que

Fig. 91. — Porte, par M. Jean Dampt.

MM. Carlègle et Roubille se réclament en propre de notre génie.

Restent les imperturbables continuateurs de lfi manière d'hier, qui semblent bien dépaysés, en

dépit de leur habileté, de leur métier excessif au détriment de la sensibilité, parmi l'aspect nouveau, particulièrement du prospectus ou du journal que la couleur, tant en faveur aujourd'hui, a métamorphosés.

Nous renverrons le lecteur, pour l'appréciation de la typographie moderne, source d'un aspect différent, au chapitre des arts appliqués, et nous parlerons de l'affiche. '

Ennoblie par l'art d'un Jules Chéret, l'affiche, en trois tons virulents, illumina la rue. A cette note si française, si capiteuse, si « parisienne », E. Grasset, Mucha [fig. 49 et 50), répondirent par de précieuses compositions stylisées, moins spontanées, moins légères, plus modernes au sens décoratif du mot.

Et, de nos jours, l'acidité des affiches de M. Cappiello [fig. 51) apporte sa saveur étrange.

Du côté de la caricature, le dessin comique s'est retranché dans l'humour. Où sont les grosses têtes sur de petits corps d'un -A. Gill ! Le rire devenu fin ou amer, affectionne la synthèse. Il trouve son éloquence et son caractère en deux traits incisifs, en deux taches corrosives. La forme se singularise, souvent ingénue, mais toujours alambiquée, curieuse et spirituelle. Elle s'attache à parler bref, décorativement. La laideur ne l'effraie pas, pourvu qu'elle présente l'attrait malicieux de la naïveté ou de la perversité résumé dans

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une bonne formule. C'est frais, « amusant », très original.

Les albums de MM. Sem et André Rouveyre, cruellement véridiques, les « images» ascétiques de M. Mar-

cel-Lenoir, ont la faveur des modernes ainsi que les spirituelles silhouettes de MM. Cappiello, Iribe, Vallôton, Roubille, Carlègle

Puis l'imagerie populaire, avec les faux airs naïfs de celle de la Révolution, nous revient grâce à MM. Guy Arnoux, Leprince et leurs émules.

Quant à MM. J.-L. Forain, Steinlen et davantage MM. A. Willette, A. Faivre, L. Morin, ne prennent-ils pas place, à l'instant, parmi les classiques? Et M. Poulbot lui-même dont les « gosses » connaissent pourtant la vogue actuelle, peut-il être classé réellement parmi les « modernes » ?

Mais voici, en revanche, un grand dessinateur-graveur qui se réclame — avec de belles qualités classiques cependant et plutôt par la formule — de l'art de nos jours immédiats... et de demain, sans doute : M. Bernard Naudin (fig. 5.2). Et les noms de vétérans comme MM. George Auriol et Adolphe Giraldon reviennent sous notre plume à propos de la décoration du livre où l'un « japonisa » spirituellement, tandis que l'autre poursuivait la tradition de la Renaissance française à la suite de M. Luc-Olivier Merson. M. George Auriol aura sa place encore, plus loin, aux côtés de E. Grasset, avec M. Giraldon, dans la rénovation du caractère typographique, tandis que M. Mathurin Méheut sera Tune des plus fortes révélations décoratives modernes, solidement modernes.

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Fig. 93. — Cheminée, par M. J. Dampt (hôtel de la comtesse de Béarn).

Du côté théâtre, des artistes comme MM. Maxime Dethomas, Piot, Drésa, d'Espagnat, Francis Jourdain, sont sortis de l'ornière.

Sans dédaigner les décors synthétiques des Craig, des Meyerhold, des Fritz Etler, ils ont réalisé une vision personnelle, d'illusion fraîche et ingénieuse où l'éclat tient de l'enchantement dans une fantaisie raisonnée que les étonnantes féeries des ballets russes d'avant la guerre avaient gaspillée. ,

Ils rêvèrent autrement qu'un Lavastre, qu'un Jusseaume qu'ils rénovent sans les éclipser.

Si l'on examine, enfin, les moyens de reproduction artistique usités de nos jours, on conclut à l'avantage de leur fidélité : les artistes n'ont plus guère à maudire les interprètes de leur œuvre. Autrefois, la gravure sur bois exécutée en atelier, le plus souvent avait trahi les illustrateurs, et les procédés mécaniques n'ont pas au moins desservi les modernes, au delà de la monotonie machinale.

La gravure, en général, pour ne point mourir complètement, s'est tournée, chez les artistes, vers l'expression originale, en opposition avec celle de l'interprète rarement à la hauteur de son métier respectueusement servile, que la bonne reproduction photographique a d'ailleurs, dans nombre de cas, largement supplanté.

La gravure originale sur cuivre d'un F. Bracque-

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mond, celle d'un L.-A. 'Lepère, d'un Henri Rivière (fig. 53). sur bois, non moins originale au burin, que

PQ

ne l'est celle d'un Emile Colin, d'un P.-E. Vibert, d'un J.-E. Laboureur (fig. 54) sur la même matière et souvent au canif — ces trois derniers artistes si « modernes » à côté des précédents — suffisent à leur

beauté, et c'est aussi ce .qui résulte des gravures en couleurs originales ducs à tant de peintres de talent affranchis de l'intermédiaire, plus ou moins habile, interposé entre leur œuvre et sa présentation, dont ils demeurenl désormais seuls responsables.

Dans la lithographie, même énoneiation directe de l'artiste qui se souyien! que Ràflet n'était point un lithographe, pas davantage que Durer un graveur sur bois et non plus que Rembrandt un graveur sur cuivre — sans que pour cela leur gloire ait à en souffrir !

La tvrannie de l'interprétation par des spécialistes a pris fin, cela est une caractéristique bien moderne qui servirait presque d'excuse aux méfaits de la photographie. On a trop médit du machinisme à notre heure de progrès, il serait plus logique de s'adapter à ses avantages que de dénigrer ses désagréments. Encore une fois, il faut être de son temps, et il importe de reconnaître, par exemple, que l'impression typographique de luxe en couleurs — toute machinale qu'elle soit — est de nos jours, déjà, en tous points admirable. Il serait seulement fâcheux, pour son métier précieux, que le modèle ne réponde point toujours à la richesse de l'exécution.

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Fronton <Vun tombeau, par M. Pierre Roche

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