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Fio. 76, — Cheminée surmontée d'un portrait équestre de Louis XlX (Palais de Versailles).
L'église de la Sorbonne va nous donner à nouveau le nom de Jacques Lemercier (né vers 1585, mort en 1654), souligné celle fois par Fentier accomplissement d'un autre chef-d'œuvre. Ce fui pour ce beau monumcnl que le dôme fui inauguré dans loule son audace et l'ampleur de sa majesté (nous avons dit les premiers essais de ce mode de décoration), ainsi que la superposition de deux ordres, l'un de colonnes, l'autre de pilastres, à l'imitation des portails d'églises italiennes. L'église de la Sorbonne, due à la munificence de Richelieu, contient le tombeau du cardinal, par Girardon(/?^. 93).
« La seule chose dont il faut faire gloire aux architectes français de celte époque, mais avant eux à ceux d'Italie, a dit Vaudoyer, ce fut la réintroduction du dôme dans l'église chrétienne. Les dômes, qui appartiennent à l'art romain avant d'appartenir à celui de l'Orient, furent appelés à jouer un grand rôle dans l'architecture des églises en Italie, surtout au xvi^ siècle; c'est du reste une des plus belles formes qui puissent couronner un temple élevé à la divinité. » Mais aux dômes solennels, répondent de non moins solennelles équivalences dans la construction particulière, sans parler des jardins dits français, d'architecture végétale où Le Nôtre (ltil3-1700j brilla. « Au-dessous de ces bâtiments interminables, les. ter-, rasses immenses garnies de lourdes balustrades
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s'étendent comme un gigantesque piédestal. Et, dans
FiG. 77. -- Lambris (Palais de Versailles).
les châteaux de moindre importance, à droite et à gauche, se développent des ailes en forme de colonnades et de portiques, supportant sur leurs piliers
d'angle des trophées ramassés et trapus, que relient entre eux de longues grilles dorées. »
Ainsi Le Vau donna-t-il à son palais de l'Institut [fig. 35) la forme d'un hémicycle que ne commandaient pas les circonstances, pour répondre uniquement à ce besoin de dévelopj>er des ailes, de chaque côté de l'édifice principal.
Mais peu importe; ces inutilités constructives sont loin d'être déplaisantes et, pour ne parler que des jardins en terrasses, il faut louer le miracle de leurs surprises.
Ces terrasses successives sont autant de plans ingénieusement ménagés d'où, progressivement, la perspective se développe et la beauté se découvre. On va d'horizon en horizons, lorsque l'on descend ces degrés majestueusement dispensés. La solennité a des périodes analogues ; elle ne se livre point d'un seul coup, elle marche d'effet en effet, dose par dose, jusqu'à l'aboutissement merveilleux, final. Au bassin de Latone succèdent le bassin d'Apollon, puis lagrotte de Thétis, puis le grand canal, dans le lointain duquel l'œil s'égare. 'Voilà le secret des jardins de Versailles, toute leur grandeur peu à peu dévoilée ; voilà tout le mystère de l'art de Le Nôtre.
iVous allons dire quelques mots enfin, des appartements, sacrifiés comme il sied, à la commodité, à l'intimité, dans le siècle du « paraître ».
( ARr.HITECTURE
FiG. 78. — Encnifjnure cVun salon (Musée des Arts décoratifs).
136 LE STYLE LOUIg XIV
Nous avons parlé de la décoration riclie ef lourde, au chapitre précédent, nous n'envisagerons plus que les dispositions architecturales intérieures, pour compléter notre chapitre II. Au surplus, le lecteur pénétrera dans le détail, au fur et à mesure des matières envisagées par la suite, matières qui meubleront et achèveront de donner Timpression d'orgueil extraordinaire et caractéristique du temps.
Après le dôme à Textérieur, la galerie à l'intérieur. La galerie est l'expression de cette continuité de faste, de celte perspective du décor cher à l'époque; elle est le symbole d'un coup d'œil infini que des antichambres monumentales devancent, de même que des vestibules énormes aboutissent au haut des escaliers vastes, comme pour prolonger le développement somptueux de leurs balustrades ou de leurs rampes en fer forgé.
Car, maintenant, les escaliers ne sont plus à vis, mais à volées droites avec paliers, et, en regardant les larges degrés qui composent ces escaliers, on peut se rendre compte de l'importance des personnages qui les gravirent !
Pour en revenir aux galeries et aux antichambres, elles conduisent à la pièce d'apparat, au cabinet d'audience. Les appartements se divisent en appartements de réception et en appartements d'habitation, les premiers au rez-de-chaussée et décorés suivant leur
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destination, les seconds au premier étage, tous commu-
niquant entre eux grâce à des percées symétriquement pratiquées. Étant donnée la hauteur des pla-
fonds, le rez-de-chaussée surélevé d'un étage, suffit à la proportion réclamée par la maison du xvu^ siècle, qui veut ressembler à un palais et où plusieurs familles généralement, cohabitent.
Si Ton s'enthousiasme pour les grandes baies favorables à l'éclat de la lumière, à la vision artificiellement prolongée des jardins, aux verdures asservies, aux allées illusoirement infinies, Fart y gagne aussi de pouvoir développer plus à son aise sa beauté. Les grands espaces réclament le secours de la peinture et de la sculpture au bénéfice de l'architecture et, à ce moment du xvii^ siècle, jamais on n'a réalisé une unité aussi parfaite, tant dans la distribution et le mode de construction des bâtiments, que dans la recherche des moindres éléments décoratifs. C'est là la preuve d'une pureté de style qui absout bien des fautes.
Nous citerons, en terminant, quelques beaux hôtels parisiens de l'époque et d'autres notables constructions, qui nous permettront de saluer encore une fois au passage, le génie de quelques architectes déjà cités, sans préjudice de quelques autres échappés à notre énumération. Voici l'hôtel de Beauvais, rue Saint-Antoine, par Antoine Lepaultre, père du sculpteur (16^t- 1691); l'hôtel de Belle-Isle, rue de Lille, par Bruant; l'hôtel de Chevreuse, rue Saint-Dominique, par Le Muet (né vers 1591, mort vers 1669) ; l'hôtel de Gler-
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mont, rue de Varenne, par Jean-Baptiste-Alexandre
FiG. 80. — Portrait de Louis XIV, par Hyacinthe Rigaud
(Musée du Louvre).
Leblond (1679-1719); l'hôtel de Conti, par J. Hardouin- Mansard; l'église Saint-Roch, dont le portail est de
Robert de GoLle, le château de Richelieu (en Poitou), par Jacques Lemercier; Téglise Saint-Thomas d'Aquin (moins le portail), par Bullet; l'Observatoire de Paris, par Claude Perrault; et la chapelle de Versailles, terminée par Robert de Cotte (1656-1735). Élève et beau-frère de Mansard, Robert de Cotte tient une grande place dans Tarchiteeture et, malgré qu'il brilla sous Louis XIV, nous rattachons plutôt son génie original à l'époque de la Régence.
Au résumé, il faut placer avant tous ces noms, ceux de J. Hardouin-Mansard, l'inventeur, répélons-le, du style Louis XIV, et de André Le Nôtre, le dessinateur par excellence des ja-rdins royaux, le créateur du jardin français, que Franchine, l'habile ordonnateur des eaux et des cascades, contribua, d'autre part, à embellir. Le château royal de Versailles, enfin, est la cristallisation de cet idéal auquel nous devons, selon M. A. Pératé, «... l'émotion d'une beauté toute d'éléments humains, beauté d'architecture, faisant œuvre d'art des bois, des eaux et des nuages aussi bien que des bronzes et des marbres, et du sourire mélancolique des années mortes. »
î^t cette beauté demeure encore perpétuée par un chef-d'œuvre d'architecture, par un modèle-type tellement en harmonie avec les goûts et les idées du temps, qu'il personnifie l'architecture française au xvii^ siècle. Nous avons nommé la colonnade du
LARCHITECÏUUE
Louvre de Perrault, dont Louis XIV et toute la cour avaient été enthousiasmés et qui, malgré « quelque chose de froid et d'une solennité un peu apprêtée », garde la véritable grandeur d'aspect, comme la marque indélébile du grand siècle.
Nous goûterons, au chapitre suivant, le complément de luxe i'ûdispensable à tant de majesté.
FiG. 83.
Le passage du Bliin, par Van der Meulen (Musée de Versailles).