CHAPITRE VI La Peinture : Charles Le Brun, Mignard, etc
Si rarchitccture obéissait à Jules Hardouiii-Mansard, si les jardins et parcs n'avaient point d'autre maître que Le Nôtre, le dictateur de la peinture, sinon de l'art tout entier, fut Charles Le Brun.
En Le Brun, digne courtisan et pur écho de la pensée orgueilleuse du vice-Dieu, se résume l'essor plasti(jne du xvii^ siècle. Et voici l'instant de reviser, avec un contemporain, les griefs de l'art asservi. Ces
lignes font pendant à un reproche analogue formulé précédemment à propos de la littérature, tandis que la science, elle, était généreusement pressentie à rétranger, échappant d'ailleurs, par son essence même, à tout despotisme.
«... Les beaux-arts payèrcixten flatterie leur tribut à Louis XIV; s^il les voulut prospères, leur fécondité dut s'épuiser à reproduire ses exploits, à seconder ses prodigalités, à favoriser ses faiblesses. Le Brun, qui peignit vingt fois Louis en dieu des batailles ; Mansard, dont la vie s'écoula à construire des résidences royales; Mignard^ toujours prêt à multiplier les traits des odalisques du sultan de Versailles; Lulli, que ses viles complaisances servirent mieux que sa lyre, virent leurcélébritégorgéed'or; mais le monarque protecteur des beaux-arts ne voulut rien faire pour les Poussin, Puget et Claude Gelée, parce qu'ils ne surent rendre ni la toile ni le marbre adulateurs. »
Il est vrai de dire que Poussin et Claude Gelée dit le Lorrain, pas davantage que Le Sueur et Philippe de Champaigne n'éclairèrent de leur génie le règne personnel de Louis XIV (après 1660), tandis que Puget avait trente-huit ans environ, lorsque le roi commença à exercer sa domination.
1. Mignard sut échapper, néanmoins, à la tyrannie de Le Brun que les Le Nain {fig. 86), entre autres peintres de moindre envergure, ne soupçonnèrent même pas.
De même, ces maîtres de la peinture — ceci pour
Fio. 84. — Portrait de Thomas Morant, conseiller d'Elaty par Largillière (Musée de Versailles).
nous séparer de Puget, plutôt un admirable statuaire — ne se réclament pas de l'académisme qui va main-
tenant triomphef. Nicolas Poussin (1594-1665) est une gloire de la peinture classique. Eustache Lesueur (1616-1655) tient un milieu original entre Titalianisme et l'académisme naissant, et Claude Gelée (1600-1682) poursuit, impassible, dans ses paysages, la suavité arcadienne. Quant à Philippe de Champaigne (1602- 1674), sa manière oscillante entre l'école flamande et Pécole française n'est pas davantage solidaire de l'académisme du jour, et nous rattacherons plus particulièrement ces célébrités du pinceau à la minorité de Louis XIV, dans le chapitre que nous leur consacrons à la fin du Style Louis XIII '. . /
Revenons donc à Charles Le Brun (1619-1690), créateur du style pictural et décoratif Louis XIV. Élève du pâle Simon Vouet, l'artiste fonda, en 1647, l'Académie de peinture et de sculpture « afin de soustraire les artistes au contrôle des corporations de métiers ». Ce premier acte d'autorité portait en somme un coup furieux à l'essor individuel du chef-d'œuvre et cependant Le Brun n'a pas encore été recommandé à Louis XIV par Mazarin. Il a travaillé pour l'hôtel du président Lambert où il peignit, avec Le Sueur, les Travaux d'Hercule et pour la résidence de Fouquet, au château de Vaux.
Mais voici que Colberl lui confie la direction de