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CHAPITRE VII

La Sculpture : Pierre Puget, A. Coysevox, Girardon, etc.

La sculpture ne pouvait s'affranchir du joug de la peinture dans la solidarité décorative officielle. Mais nous, nous ne la verrons pas pareillement asservie, dans Tensemble de sa production, car il y eut, tout au moins, une glorieuse exception parmi les statuaires : Pierre Puget.

Pierre Puget (1622-1694), le plus grand des anciens sculpteurs français, inaugura un style original qu'il découvrit, précisément, dans son indépendance. On a dit que ce maître « ne connut ni ne comprit les beautés de l'antique »; c'est peut-être là qu'il faut cher-

cher les raisons de sa personnalité qui s'affirme, néanmoins, classique par le souci de Tétude et par toutes les vertus du métier, animées il est vrai par son génie.

En écrivant que Puget manqua de science et de goût, quelques écrivains ont seulement rapproché excessivement la technique antique de cette donnée purement émotive, totalement libérée des précédents exemples, seulement inspirée enfin, de la nature. Et, habitué à ce spectacle de la nature antique, aux grandes synthèses, aux harmonies canoniques, leur œil étonné de certain naturalisme, amena ces écrivains à conclure à une infériorité d'expression et de choix dont aurait pu pâtir la flamme extraordinaire de l'auteur du Milon de Crotone {flg. 90).

Mais il n'est rien de plus tenace que le génie, 3t il fallut bien que les beaux noms de « Rubens de la sculpture » et de « Michel-Ange français », tôt ou tard fussent donnés à cet unique enthousiaste de la vie et du mouvement.

Dans la soif des rapprochements, on a nécessairement opposé la culture distinguée de Poussin à l'éducation négligée de Puget, la régularité du génie de l'un à l'irrégularité géniale de l'autre, mais n'est-ce pas plutôt dans la fierté de leur indépendance que les deux grands artistes communièrent?

Lorsque dégoûtés des exigences de la cour, après

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avoir essayé quelque temps de la protection royale, Poussin regagna Rome et Puget Marseille, son pays natal, ils s'abandonnèrent seulement à leur inspiration, et les chefs-d'œuvre qu'ils donnèrent dans leur solitude, se valent. Et, ce fut à Puget qu'échut

Fio. 97. — Le Rhône et la Saône, par Nicolas Goustou (Jardin des Tuileries).

le rôle de Nicolas Poussin dans la rénovation d'un art en décadence ; de .même que Simon Vouet avait pareillement relevé la peinture défaillante, à son heure, ce sera le gendre de Vouet, le sculpteur Pierre Sarazin, fondateur de l'Académie des beaux-arts avec Le Brun, continuateur heureux de l'école fondée par Jean Goujon et Germain Pilon, qui rendra de la gran-

deurà l'art en prenant la suite de ces maîtres jusqu'à Puget, en servant de liaison entre François I" et Louis XIV.

Mais, comme Jacques Sarazin, né en 1592, mourut en 1660, c'est-à-dire avant le règne personnel de LouisXIV, nous n'en parlerons point ici, non plus que de Nicolas Poussin, et nous reviendrons à Pierre Puget.

En vérité, si le style grandiloquent de l'auteur de Persée delivi-ant Ayidromède se rattache au joug du Grand Roi, il lui échappe totalement par le sentiment original — nous avons dit pourquoi, tandis que Coysevox et Girardon sont, eux, purement Louis XIV, dans leur discipline décorative.

. Pierre Puget, en somme, fait tache parmi ces « académiciens ». Malgré que Coysevox, néanmoins, soit entre tous les statuaires de son temps celui qui ait le plus résisté à la tyrannie de Le Brun (alors que Girardon y céda si volontiers), il n'échappe pas à cette uniformité majestueuse du règne, à cette ampleur un peu convenue dont cette partie du xvii^ siècle est la marque.

Mais nous reparlerons de Coysevox et de Girardon. Pierre Puget, donc, par la personnalité de son geste, par sa désinvolture créatrice, est un génie immortel, il a fourni un type de statuaire exemplaire, de tous les temps, tandis que les précédents sculpteurs demeurent plutôt esclaves d'une époque.

Lorsque l'on contemple un paysage de Claude Gelée,

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on ne peut s'imaginer que ce maître fut un illettré et, pareillement, jamais une œuvre de Puget ne laissera

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FiG. 98. — Meuble de Boulle (Musée du Louvre).

supposerrinstruction très négligée de son auteur. C'est parce que ces deux gloires relèvent d'une vision intime plutôt que de l'étude traditionnelle, alors qu'un Nicolas

Poussin, par exemple, nous apparaît, avec sa culture soignée, un érudit de la vision des autres. Ce qui ne signifie pas, naturellement, que Tempire de l'Art appartienne fatalement aux ignorants et aux tiaditionnalisles, et que Poussin n'ait eu des éclairs de génie.

D'ailleurs, si en Puget renaît Michel-Ange, c'est un unique effet du tempérament similaire. Puget aime la puissance, le mouvement, l'action et la force, uniquement parce que ces impulsions l'animent et non point parce qu'il les a admirées autre part. S'il s'est rencontré avec Michel-Ange comme devant un miroir, il ne reflétera pas néanmoins la noblesse, la pureté et la belle tenue de son illustre devancier.

De là une œuvre inégale, mais toujours attachante, et incontestablement originale dans le chef-d'œuvre, à cause de ces défauts mêmes qui font valoir singulièrement tant de qualités inédites.

Nous indiquerons maintenant, à grands traits, la carrière de notre personnage. Il est né peintre, sculpteur et architecte — tout comme Michel-Ange^- mais il doit sa véritable gloire à la sculpture. D'ailleurs, les toiles que les musées de Toulon, Marseille, La Ciotat possèdent de lui, sont peu probantes, et, malgré que la tradition ne tarisse pas d'éloges sur deux figures de Tritons dues au « pinceaii magique » de Puget pour un plafond du palais Barberini, à Florence, on fait

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encore toutes les réserves quant au génie d'un artiste âgé de dix-huit ans à peine.

Au surplus, relève du Cortone, à Florence où il s'est rendu à pied, ne travaille avec son maître que depuis un an environ. Mais passons sur le génie du peintre, non sans avoir signalé son œuvre capitale : un Sauveur du monde (au musée de Marseille) et, pour mettre d'accord ces deux expressions de Puget, disons que dans ses statues, il s'affirme un coloriste admirable. De même, pourrions-nous attribuer les belles facultés de Puget, décorateur sur bois, à cette profusion de couleurs, à cette soif intense de composition qui anima sa palette avant d'émouvoir sa sculpture. Nous ne serions pas éloigné de croire aussi que Puget sculpteur est redevable à Puget architecte, de son étonnante puissance consiructive. Bref, après avoir ébloui, dit-on, le Midi de la France avec sa verve picturale, la vue, à Rome oii il était retourné, des plus beaux spécimens de l'architecture antique le fait naître architecte et, tandis qu'il exécute le fameux portique de l'hôtel de ville de Toulon, il donne un Hercule et un groupe : Janus et la Terre qui affirment sa valeur de sculpteur. Puis, après avoir failli décorer pour Fouquet son château de Vaux, il demeura de nouveau en Italie où le surintendant, avant de déchoir dans la faveur de la couril'avait envoyé pour choisir son marbre lui-même.

De là datent \ Enlèvement d Hélène (au palais Doria)

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FiG. 100. — Médaillier sur une console (Musée du Louvre).

et un autre Hercule, longtemps désigné sous le nom

d'Hercule gaulois (au Louvre).

Nous voyons ensuite Puget ' nommé par Louvois, directeur des constructions navales au port de Toulon, mais si le maître a accepté cette situation, peu en rapport avec son génie, il ne tolérera pas les observations des officiers et charpentiers du port, et le ministre de Louis XIV, en lui retirant son emploi, àla suite de sa résistance, rendra un excellent service à

Fio. 101. — Console sui^montée d'un

buste de Louis XIV

(Palais de Versailles).

Tart. Effectivement, Puget reprend dès lors, ses grands

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travaux. C'est à Marseille qu'il donne le dessin de plusieurs belles constructions, une charmante Halle aux poissons, sa propre demeure à façade ornée de pilastres composites, dans la rue de Rome, les princi-

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Fio. 102. — Commode.

pales maisons du cours Saint-Louis, la fontaine qui porte son nom, entre autres.

Mais à ces œuvres succèdent des chefs-d'œuvre et Puget va se placer à la tête des sculpteurs français avec le Milan de Crotone (1682), Persëe délivrant Andromède, même année, et un bas-relief : Alexandre et Diofjène (1686) (fig. 94).

Ces marbres, taillés avec virulence, témoignent

d'une puissance et d'une expression intenses. Il sont en outre d'une ampleur décorative exemplaire, résistant à l'efTet redoutable du plein air, s'harmonisant ainsi avec la nature comme il sied à toute sculpture destinée à figurer au soleil sans être écrasée par lui. Et, pour revenir à l'éloquence des statues de Puget, il faut avoir notamment considéré les cariatides dues à son ciseau, qui ornent la porte d'entrée de l'hôtel de ville de Toulon, pour en saisir toute l'acuité. Ecoutons, à ce propos, cette description enthousiaste :« ...Vers le soir, quand le soleil couchant motive ce mouvement (il s'agit du geste de l'une de ces ligures qui, plus incommodée parle soleil que parla masse qu'elle supporte, étend sa main gauche sur son front pour garantir ses yeux), l'illusion est extraordinaire.

« Il semble que l'on entend râler les cariatides, qu'on voit palpiter leurs muscles et frissonner leur peau brunie par le temps. A chaque instant, il semble que ces torses herculéens vont se rompre et ployer sous le faix, et que deux grands cris de désespoir vont sortir de leurs lèvres, au milieu du fracas de l'écroulement et de la poussière des décombres. »

Qui dira l'éloquence de la douleur peinte sur les traits de Milon (devant lequel la douce Marie- Thérèse s'écria pleine d'effroi et de pitié : « Ah î mon Dieu! le pauvre homme! »), la beauté dramatique de VAndromède^ si persuasive et si poignante?

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Le génie de Puget, néanmoins, devait connaître les

FiG. 103. — fauteuil.

déboires solidaires, en vérité, de toute carrière exceptionnelle. De retour à Paris, Louis XIV le comble

d'éloges, mais en revanche ne sanctionne pas favorablement les projets décoratifs que le célèbre artiste apportait pour Versailles.

L'eau bénite de cour, fallacieusement encore, compense la gloire, lorsqu'elle lui octroie, en rémunération de ses chefs-d'œuvre : le Milon et V Andromède, une somme à peine suffisante pour régler les frais du maître et le salaire de ses praticiens. Mais qu'importe I Puget regagnera ses pénates et il marquera sa rancune par un nouveau triomphe, son superbe bas-relief: la Peste de Milan, que l'on peut contempler aujourd'hui à la Consigne, impassible, dédaigneux et serein.

Puis, lorsque le sculpteur veut se reposer de sa véhémence dans la placide conception d'une église pour l'hôpital de la Charité (Marseille), la mort, qui interrompt ses travaux, lui donnera enfin, à jamais, le repos de la gloire.

Pierre Puget, qui brilla d'autre part comme ingénieur (il construisit les plus splendides navires qui sillonnèrent la Méditerranée, navires qu'il orna de poupes colossales, à double rang de galeries, que l'étranger adopta avec ferveur par la suite ; il inventa aussi, dit-on, des machines pour mater et démâter les naviresl, a laissé des manifestations impérissables dont toute une salle du Louvre nous permet de mesurer l'envergure à la mesure même de l'appréciation de Louis XIV : « Puget, avait dit le Roi Soleil, n'est pas

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seulement un grand sculpteur, mais il est inimitable. » On sait d'ailleurs, combien Sa Majesté sut, en dehors

de ces belles paroles, encourager celui auquel elles s'adressaient...

Louis XIV, lorsqu'il apprendra le geste de dépit échappé à ce g;ôn\e dont le Milan, si mal rémunéré par la cour, faillit être anéanti d'un coup de marteau, s'écriera : « Qu'on lui donne ce qu'il demande mais qu'on ne l'emploie plus, cet ouvrier est trop cher pour moi ! »

Il restait à Louis XIV des artistes-sculpteurs plus souples que Puget, c'étaient Coysevox et surtout François Girardon. « Le roi, dit un jour Pierre Puget à Louvois, peut facilement trouver des généraux parmi le grand nombre d'excellents officiers qu'il a dans ses troupes ; mais il sait bien qu'il n'y a pas en France plusieurs Puget. Ne vous étonnez donc pas, monsieur, de me voir exiger un traitement égal à celui d'un général d'armée. » Or, si, fort heureusement pour sa personnalité, Puget ignora l'art d'être courtisan, il détonna singulièrement dans l'esprit de son temps qu'il méconnut ou dédaigna. Ouvrier trop cher pour le roi qui ne l'eût d'ailleurs jamais payé à sa mesure, Puget, le premier artiste de France, condamné à mourir de faim par Louis XIV, connut au moins sa propre valeur.

Nous parlerons maintenant de A. Coysevox.

Antoine Coysevox (1640-1720) n'est point à proprement parler une créature de Le Brun. Malgré qu'il ail obéi au style de l'époque, il a su garder son originalité dans l'interprétation des sujets que lui imposait

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le « dictateur des arts ». Plus que tout autre même —

FiG. 105.

Fauleuil.

Puget excepté — ce sculpteur de science et de goût s'évada de la formule officielle. D'ailleurs, nous savons que la sculpture ne subira pas un joug compara-

ble à celui de la peinture et c'est, sans doute, grâce à sa quasi-indépendance, qu'elle brillera incontestablement au premier rang, dans tous les pays, alors que nous avons vu tes étrangers nous dominer en peinture.

On doit à Coysevox, en dehors de ses premières œuvres au palais du cardinal de Furstenberg, à Saverne, une très belle Vierge (dans l'église de Saint- Nizier, à Lyon) et de nombreuses figures commandées par Le Brun pour Versailles : La Garonne, la Dordoyne et autres fleuves [fig. 96), la Justice et la Force, Louis XIV couronne' par deux Renommées ; des sujets antiques comme la Vénus accroupie, la Nymphe à la coquille; de^ allégories comme la Seine et la Marne et les Chevaux ailés (au jardin des Tuileries), etc., sans oublier le Tombeau de Mazarin, le portrait de la duchesse de Bourgogne [la Déesse aux belles jambes en bas-relief) costumée en Diane, une statue en pied de Louis XIV, à l'hôtel de ville de Paris, et plusieurs bustes particulièrement remarquables, ceux entre autres du sculpteur par lui-même, et des personnages de son temps : Louis XIV [fig. 91), Colbert, Fénelon, Racine^ Turenne, Le Brun, la mère du peintre Rigaudj Bossuet, etc.

De Coysevox aussi, un Tombeau de Colbert, une statue équestre de Louis XIV, à Bennes, détruite pendant la Bévolution, et celle du Grand Coyidé, pour Chantilly.

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Coysevox tient, à côté de Puget, une grande place. Il eut de la finesse et de la noblesse, de la sobriété et de la tenue, vertus que l'auteur du Afilon considéra le plus souvent, comme négligeables, dans la fougue de son génie. En un mot, répétons-le, Coysevox reflète son époque, sans qu'il ait trop failli à sa discipline,

Fio. 106. — Table-console.

tandis que Puget est de toutes les époques, par Taccent de la vérité que les temps n'altèrent pas.

Sous Louis XIV, l'art s''énonça selon une mode, d'où une uniformité, et Puget seul se moqua de ces préoccupations! Il ne voulut pas contribuer au style de Louis XIV.

Mais poursuivons et, avant de parler de Girardon, notons le grand nom du neveu et élève de Coysevox : NicolasCoustou (1658-1733), dont Louis XIV disait que

le marbre respirait. De Nicolas Coustou, des chefsd'œuvre comme la Descente de croix (à Notre-Dame de Paris); la Saône et le Rhône [ftg. 97); le Berger chasseur et Jules César (au Louvre) ; le Mausolée de Grégoire XV [k Rome); des Tritons (à Versailles); le Passage du Rhin (au Louvre), des Vénus, etc.

Quanta François Girardon (1628-1715), son art élégant et un peu banal va néanmoins être relevé par son chef-d'œuvre, sinon par un chef-d'œuvre (d'ailleurs composé par Le Brun), le Tombeau de Richelieu, à la Sorbonne [fig. 93). Mais Girardon, « que La Fontaine et Boileau comparaient à Phidias, comme Molière comparait Mignard à Raphaël », compte tout d'abord parmi les courtisans de la sculpture et, s'il contribue aux embellissements de Versailles et de Trianon, c'est encore sous la coupe du « Louis XIV des beaux-arts » qu'il se place.

Dans le parc de Versailles, il faut citer de l'artiste, parmi tant d'autres délicates figures : l'Enlèvement de Proserpine; V Hiver; Apollon descendant chez Thétis [fig. 92), etc.; sans oublier les Victoires de la France sur t Espagne, groupe placé dans Tavant-cour du château, un Louis XIV dans la petite cour, où le roi, représenté en Hercule au repos, vient d'abattre, sous les traits symboliques d'un taureau et d'un lion : l'Empire l'Espagne.

A Paris, on voit encore de Girardon, sur la place

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Fig; 107, — Fauteuil.

des Vicloirop, la belle statue équestre de Louis XI\\ et la ville natale de l'artiste, Troyes, possède aussi quelques-unes de ses œuvres.

Girardon caractérise parfaitement la statuaire du XVII* siècle ; la désinvolture du mouvement de ses figures, l'abondance de leurs draperies, le souci général d'une forme plus ronflante que réelle, sont autant de marques reconnaissables de son art.

Parmi les autres sculpteurs de ce temps, nous noterons notamment : Pierre Lepaultre (1059-1740), fils de l'architecte Antoine Lepaultre, auteur des deux groupes : Anchise et Enéeei Arria et Psetus (au jardin des Tuileries), d'un Saint Grégoire et d'un Saint Amhroise^ dans la chapelle de Versailles, etc. ; l'Italien Giovanni-BatistaTubi (1630-1700), à qui l'on doit un Encelade, à Versailles; Slodtz (1655-1726), auteur d'un Annihal; les frères Marsy qui coulèrent en bronze un grand nombre de statues de Versailles ; Collignon, dont on voit une belle figure au tombeau de la mère de Le Brun, à Saint-Nicolas du Chardonnet, d'après les dessins du peintre; Cayot (1667-1722) qui représenta la Mort de Lidon ; Legros, Théodon, Bagard, etc.

La gravure en médailles, enfin, nous donne le nom de Jean Varin (1604-1692), mais les chefs-d'œuvre du maître appartiennent davantage au règne de Louis XIII, placés qu'ils furent sous la haute protection de Richelieu.

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Pour terminer notre aperçu de la statuaire sous Louis XIV, nous insisterons sur la vitalité de cet art qui, malgré son uniformité, garda sa personnalité. Quand on songe que tous nos artistes passèrent de

FiG. 108. — Meuble de iioulle J'alais de Versailles).

longues années en Italie, où régnait l'école d'un carac, tère pittoresque outré du Bernin, sans avoir été, pour ainsi dire, contaminés, on saisit la force de leurs dons, l'énergie de leur résistance. Notre art se retuse a la décadence, sous l'empire, il est vrai, d'un enthousiasme et d'un encouragement qui n'ont pas eu de

lendemain. On dirait que Louis XIV, à travers son orgueil, a senti le besoin de battre le rappel d-e l'idéal, au nom de la tradition et si, seul, Pierre Puget, d'un coup d'aile, a franchi les limites assignées aux troupes commandées par Le Brun, il faut savoir gré à ces troupes, du bon ordre avec lequel elles concoururent à l'harmonie d'un grand siècle.

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