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CHAPITRE IV La Décoration et l'esprit ornemental

Avant de traiter de Tarchitecture, de la peinture et de la sculpture, nous nous occuperons de l'essor décoratif de Tart, en général, sous Louis XIV. Nous avons touché quelques mots de la grandiloquence de cette formule ornementale qui prévaut alors, d'une suffisance dont la richesse et la proportion s'accordent souvent mal, d'une exubérance écrasante, en somme, pour le décor tout entier.

Nous savons cependant que les personnages, pareillement décoratifs, également enilés, supportent vaillamment la pesanteur ambiante et combien cela les met dans un cadre favorable.

H importe, ensuite, de rendre justice à la grandeur de l'ensemble réalisé, malgré sa symétrie, sa froideur, et aussi à cause de ces dclauts mômes, qui concourent à un aspect, à une majesté saisissante, aux sommets inégalés.

Distinguons maintenant les impulsions différentes auxquelles cède l'esprit de ce décor.

Tantôt le style de Le Brun domine, tantôt celui de Bérain. Charles Le Brun, dictateur de Fart sous Louis XIV, que nous comparâmes à Louis David sous Napoléon P', a répondu instinctivement à la pensée redondante de l'heure. Courtisan habile, mais plutôt écho fidèle et sincère de la pensée de son maître, Le Brun préside aux arts décoratifs, dans cette période directement inspirée par Louis XIV, qui date d'après 1060.

Le Brun a compris à merveille le geste ample de son chef, et c'est lui qui marquera, en somme, la pleine activité du style Louis XIV, tandis que Jean Bérain nous apportera les légèretés d'un style de transition, renouvelées d'un Androuet du Cerceau, sous la Renaissance.

Entre ces deux artisîes, se place Antoine Lepaultre (1021-1091), fantaisiste sévère, timide introducteur de l'esprit français sous les lauriers impérieux de lantiquilé. Fils du sculpteur Pierre Lepaultre (1600-1744), Antoine Lepaultre, architecte estimé et sculpleur sur

lA DECORATION ET L ESPRIT ORNEMENTAL

bois distingué, brilla davantage, néanmoins, comme graveur ornemaniste. A cet égard, Antoine Lepaultre, qu'il ne faut pas séparer de son oncle le graveur Jean Lepaultre (1618-1682), a contribué, par ses recueils de gravures, renfermant des motifs de décoration et d'ornements de toute sorte, à répandre, en Europe, ce que l'on appelle le style Louis XIV.

Antoine et Jean Lepaultre ont donné une œuvre sans doute moins légère que celle de Bérain, mais on lui a reconnu plus de noblesse et des lignes architecturales mieux pondérées.

Avec le style de Le Brun, dont le chef-d'œuvre est à Versailles (la galerie des Glaces), on vit de noblesse et de sérieux, de richesse et de puissance. Les emblèmes chers à l'ancienne Rome : victoires ailées, cuirasses, trophées, etc., ainsi ({ue les moulures classiques : oves, rais de cœur, godrons, postes, denticules, etc., sont adoptés avec ferveur. Mais, pour concéder au goût français, des figures allégoriques, des Amours ou bien des Titans, supportent de lourdes draperies aux plis amples, se mêlent vigoureusement à l'architecture massive, ainsi que des emblèmes aux solidités analogues : boucliers surchargés d'ornements, surmontés de casques à plumes, à ailes vastes, appuyés contre des cartouches où prennent place de mâles chérubins symétriquement couchés sur des cornes d'abondance. Et ces cornes

LA DÉCORATION ET l'eSPRIT ORNEMENTAL

d'abondance disparaissent en partie sous des guirlandes robustes, sous des draperies accrochées à des moulures épaisses.

C'est riche, lourd et tumultueux; c'est grand et puissant ; c'est beau à force de générosité inventive.

Sous la Renaissance, l'anliqueavaitdéjàétéacclamé; mais combien davantage de légèreté présidait à ses emprunts! Quelle différence de génie entre les deux époques! L'une de gestation spontanée, l'autre de gravité ; l'une écervelée, l'autre expérimentée, dogmatique, classique, officielle.

Sous la Renaissance encore — car les styles ne sont que répétitions et adaptations à travers les mœurs et la mode capricieuse — ne vîmes-nous pas déjà, selon l'expression de Lechevallier-Chevignard {Les Styles français), des « Le Nôtre au petit pied, inventeurs anonymes des berceaux de charpenterie et des arabesques de verdure ? » Ainsi donc l'architecture végétale eut des précédents; on ne peut s'imaginer toutefois, que ce furent les mêmes verdures, au xvi^ siècle, qui connurent la torture infligée par le caprice humain. Si tant est que les gracilités sont inséparables de la Renaissance aux fraîches inspirations, il semble que la nature, à cette époque, n'était qu'arbustes et fleurettes, en comparaison des grands arbres du monarque absolu. Qu'elle devait être frêle l'ombre de ces jeunes frondaisons, à coté de l'opacité

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