LA DÉCORATION ET LESPRIT ORNEMENTAL
de celle que donnaient les feuillages séculaires — ces lourds feuillages que le vent émouvait à peine,
Fio. 55. — Escalier de la iW'ute uu escalier de marbre (Palais de Versailles).
tandis que les jeunes frondaisons ployaient sous le zéphyr !
En réalité, — car en matière de styles, la vérité est le plus souvent d'accord avec le rêve — on rechercha des élagages de verdure moins solennels sous la Renaissance : il fallait harmoniser la cime des arbres avec le jet réduit de Tarchitecture et, de même,
les fantaisies du ciseau se complurent aux arabesques, au lieu de visera l'ampleur des portiques, à la rigidité des arcs.
Bref, le style de Le Brun a l'énergie et la puissance du siècle dont il reflétera aussi l'ennui, à force de tension orgueilleuse.
Vient ensuite le style de Lepaultre {fig. 14, 19, 21, 23 et 25), que d'aucuns ne séparèrent pas du précédent, malgré des tentatives vers une formule exclusivement française, vers une quasi-légèreté que dédaigna Le Brun. Voici maintenant le style de Bérain, qui emprunte à la grâce de la Renaissance et à celle du xvni® siècle, Bérain dont les fantaisies délicates et menues tiennent à la fois des grotesques de l'école de Fontainebleau et des arabesques de du Cerceau, sans néanmoins renoncer à leur originalité.
De Bérain : des réminiscences de l'architecture pompéienne, où des dômes de treillage, des portiques étages, tombent en cascades légères; des guirlandes de fleurs, des vasques, des corbeilles d'où partent des volutes capricieuses ponctuées d'Amours gainés, de chimères entremêlées de personnages empruntés à la comédie italienne ou à l'Inde, à la Chine — mais ce ne sont point encore ces « magots » que Louis XIV ne tolérera, sur ses vieux jours, que sous le pinceau de Watteau — ; des animaux aussi, meublent ces arabesques, ainsi que des cornes d'abondance, des gerbes
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Fio. 55 bis. — Motif ornementai au chiffre du roi (Palais de Versailles).
d'épis, (les instruments agricoles ou de musique, des attributs artistiques ou belliqueux ; sans oublier les emblèmes royaux, y compris le soleil, etc. Ces ornements sont symétriques, très pondérés en leur volume, encadrés de lourdes moulures au relief plutôt accusé, qu: servent de cage à leur libre chanson [fg. 17, 18, 22 6^24).
Or, les écarts réprimés de cette fantaisie sont essentiellement Louis XIV, tandis que la fantaisie, affranchie dans la rupture des axes symétriques, est purement Régence et Louis XV, après avoir fait les beauxjours de la Renaissance.
Aujourd'hui l'ordre, demain le désordre; du moins est-on convenu de mettre ainsi en harmonie Tinsouciance de la ligne esthétique, son fléchissement, sa morbidesse, son incorrection si l'on veut, à l'égard de la rigidité verticale ou horizontale, avec les mœurs relâchées du xviii*" siècle. Ainsi se précise la communion du rêve et de la réalité que nous avions seulement indiquée comme vraisemblable.
Examinons maintenant, d'autres caractéristiques du style Louis XIV. Nos gravures éclaireront suffisamment le lecteur sur la différence des styles décoratifs de Le Brun et de Bérain; d'autre part, la nuance indiquée par Lepaultre ne lui échappera pas. Nous allons regarder d'abord la feuille d'acanthe propre à l'époque du Roi Soleil.
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La feuille d'acanlhe Louis XIV stylisée,diffère tota-
FiG. 56. - Antichambre àite de « r Œil-de-Bœuf i (Palais de Versailles).
lemenl de celle des Grecs et des Romains. Elle a perdu, en un mol, l'aspect naturel. Elle affecte, avec
ses lobes largement épanouis, la forme d'un soleil. Lobes très retroussés, aux profonds refends, faits de l'accotement, en haut, de deux volutes surmontées et ornées, dans leur milieu, d'un motif feuille qui vient mourir, en perles, à la base; cette base étant elle-même ponctuée par une feuille entre deux crosses.
Cette simili - feuille d'acanthe, que nous verrons souvent coiifer des mascaronsou bien servir d'axe ou de couronnement ù nombre d'ornements, est d'un aspect typique. On devra se pénétrer de sa forme et de son esprit, en regardant l'explication de nos gravures, au chapitre final.
11 ne faut pas confondre la feuille d'acanthe avec la coquille, pour ainsi dire inséparable de l'ornementation régulière au xvii^ siècle; cette coquille qui sert d'agrafe aux clés de voûte, aux linteaux, qui attache le départ des chutes de feuillage, etc. La coquille Louis XIV est celle du pèlerin; les bords en sont retournés à l'envers; elle n'est pas creuse, mais en relief, au contraire. Cette coquille occupe le plus souvent le centre d'un motif ainsi que ses angles.
On remarquera d'ailleurs que le système décoratif en question, adopte un motif central qui sert d'axe aux autres ornements, souvent une circonférence.
Il faut dire aussi, qu'en dehors de la feuille d'acanthe stylisée — dont la forme, tout en conservant son caractère reconnaissable, varie au gré des artistes
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FiG. 57. -- Panneau de porte, chambre à coucher de Louis XIV (Palais de Versailles).
— nous retrouvons la feuille d'acanthe naturelle (voir flg. 50) ; cette dernière est large et grasse.
En dehors de la feuille d'acanthe et de la coquille, signalons les emblèmes royaux, la fleur de lis, le soleil, usités dans les ordres, en place des détails antiques. Autres motifs ornementaux : le chifl're de Louis XIV, deux L opposés, des cariatides dans des gaines, des brasiers, cassolettes, sphères, giraidoles. torchères, etc.
Nous insisterons ensuite sur une manière do décor des plus typiques, il s'agit d'un treillis fait de losanges semés de perles, qui sert généralement de fond aux moulures et ornements en relief, ou bien de petits ronds décorant les moulures arrondies ou des crossettes juxtaposées, symétriques. Ces petits ronds, comme d'ailleurs les autres dessins qui ornent aussi les moulures et Iescrossettes,se détachent unis sur un fond strié. Voir, dans notre dernier chapitre, le signalement de ces ornements caractéristiques très souvent usités, sur les chapiteaux, etc. D'ailleurs le jeu de fonds est très en faveur sous Louis XIV; il ajoute de la richesse et met gracieusement en valeur les reliefs. Ainsi le chapiteau de Béraindétache-t-il coquettement sur un fond de petites circonférences agrémentées, son motif principal — un masque de femme surmonté de la feuille d'acanthe que nous savons — d'où tombent deux guirlandes de laurier, tandis qu'une