CHAPITRE V
L'Architecture :
Jules Hardouin-Mansard, etc.
l&TtrteKCc,
L'architecture, dans sa symétrie, dans son ordonnance, joue un rôle capital, incessant même, sous Louis XIV. La perruque a unifié la physionomie humaine, les jardins ont dompté leur feuillage sous le caprice de Le Nôtre et l'eau, asservie également, jaillit au gré de l'art dans des bassins somptueux.
Autant d'architectures volontairement coordonnées auxquelles il ne manque plus que le monument dont l'aspect, harmonieux d'ailleurs, ne surprendra pas. En d'autres cas, la liberté des jardins eût reposé de la sérénité du palais; ici, point de délassement, la morgue veille sans cesse, et la nature se doit d'enca-
drer la demeure royale dans une ligne majestueuse.
La beauté des ensembles décoralifsdc Tépoquesera toujours impérieuse, c'est là le résultat de cette discipline infaillible qui aboutira à un art classique, à une esthétique officielle, que des temples ou académies consacreront à travers les siècles.
Observons maintenant lesmélamorpl^osesconstructives, après Louis XIIL La pierre de taille a détrôné complètement la brique, dont la couleur chantante offusquerait maintenant l'uniformité; aux fenêtres à meneaux de la Renaissance d'où léclal de la lumière semblait tristement mesuré, déjà supprimés sous Louis XIII, se substituent les fenêtres à châssis de menuiserie, si favorables à l'importance du coup d'oeil, et, de même, des petits carreaux encadrés de bois remplacent les anciens vitrages aux montures de plomb.
Quant aux portes, elles renientla menuiserie à petit cadre an profit des grands panneaux. D'une manière générale, on voit grand. C'est ainsi qu'en réaction de la parcimonie précédente, on tombera souvent dans une prodigalité excessive. Le délire de la façade, entre autres, l'exubérance hors d'échelle des compartiments des plafonds — d'une manière générale, la subordination des commodités intérieures à la magnificence de l'extérieur.
On ressuscitera le goût italien, en même temps que
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FiG. 60, — Une vue du salon de la Guerre (Palais de Versailles)
Ton se retournera vers l'antique au mépris des œuvres « gothiques », et, clans un élan de foi plus passionné que réfléchi, on reniera la « barbarie » dupasse. C'est d'ailleurs cet ingrat orgueil à l'égard de nos « grossiers aïeux » qui expliquera maintes erreurs de Tarchitecture de cette époque et même certains actes de vandalisme, comme celui dont le chœur de Notre- Dame de Paris garde les blessures.
Nous poursuivrons le chapitre des inconséquences architecturales, en mentionnant l'usage fréquent de ces placages, tout au moins imprévus, dont l'église Saint-Gervais, à Paris, avec sa façade à l'italienne fournit un des meilleurs exemples, sans oublier la beauté de la colonnade de Claude Perrault (1613-1688), singulièrement dépaysée dans l'ensemble du Louvre. Cette colonnade, qui n'est que purement décorative, est coifl'ée d'un toit en terrasse — à l'antique — dont on goûtera l'illogisme dans nos pays pluvieux, mais au Louvre comme à Versailles, les toitures à l'antique ont été acclamées. On n'a pensé qu'au soleil!
De même n'a-t-on songé qu'a la Grèce, lorsqu'on soutint les frontons triangulaires nés à l'époque, avec des colonnades « à la grecque », ou bien n'eut-on les yeux tournés que vers Rome, lorsqu'on imita ses voûtes en plein cintre. Que dire encore de tant d'entablements, reposant sur des murs nus, les pilastres et colonnes ayant été supprimés..., si ce n'est qu'ils ont
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YiG. 64. — Grande galerie ou galerie des Glaces, fragment (Palais de Versailles).
été étrangement adaptés de Tesprit antique au goût français alors souvent désemparé. Il est vrai qu'il était si orgueilleux ce goût français, qu'il ne pouvait s'offrir que des audaces.
Voyez le toit tronqué, à pans brisés, innové par François Mansard, le père des combles; ce toit qui réagit contre le toit précédent à pentes rapides, d'un jet altier cependant si « Louis XIV » ! Mais ne fallait-il pas rabaisser la vanité de cette éminence que le Grand Roi n'avait pas ordonnée? Ici l'audace s'érigeait en face de l'audace, elle devait être châtiée au même titre que ce gothique dont les clochers fleuris osaient toucher le ciel.
En revanche, les coupoles et les dômes à l'italienne ainsi que les arcs de triomphe marchent de pair avec l'idée de la terrasse d'où l'on domine. Les coupoles et les dômes en imposent, tout comme les arcs de triomphe ou portes monumentales sous lesquels passeront les générations respectueuses.
L'architecture du premier Empire ajoutera à ces pierres glorieuses la colonne commémorative et, au résumé, le style de Louis le Grand va sans doute communier ici, plus exactement, avec celui de Napoléon. Le vainqueur d'Iéna, d'ailleurs, et le signataire de la paix de Nimègue n'ont fait qu'emprunter aux Romains la forme esthétique et symbolique de leurs hauts faits ; c'est l'arc de triomphe du Carrousel, dû
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aux plans de Percier et Fontaine (d806), qui rappelle l'arc de Septime Sévère, à Rome; c'est l'arc de triomphe de l'Étoile, construit après la bataille d'Auslerlitz; ce sont les portes Saint- Denis et Saint-Martin, édifiées à la gloire de Louis XIV. Autant de monuments où nous respirons les lauriers d'un Titus, d'un Constantin, d'un Trajan.
Voici encore , pour suivre l'idée de grandeur marquée par des « portes », sous Louis XIV, la création des « places » triomphales. La place des Victoires d-ue à l'initiative du maréchal de La Feuillade, courtisan du roi, nous vaut la commande par Louvois, autre courtisan, de la place Louis-le-Grand construite par Jules Hardouin-Mansard. Or, il est piquant de suivre les métamorphoses de cette superbe
place à travers les avatars de la