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CHAPITRE IV

La Renaissance à la fin du XV* siècle et au XVI" en Italie, en Allemagne, en Flandre et en Espagne.

Nous avons abandonné Tart de la Renaissance en Italie, entre les mains des précurseurs de la fin du XIV'' siècle et du milieu du xv^ ; nous parlerons maintenant de Téclosion, de l'expression la plus éclatante de cette radieuse époque, à la fin du xv^ siècle et au xvl^

En architecture, ce sont Palladio, Vignole et Serlio, ces deux derniers que nous retrouverons à la cour d(; François I*"", qui poursuivront l'œuvre de Bramante

Andréa Palladio (1518-1580), héritier de Bramanlo et de Michel-Ange dans la construction de Sainl- Pierre de Rome, édifia à Vicence, son pays natal, les

■palais Chiericado, Tiene et de la Délégation, termina la façade du palais de Ccunpo-Marzo, à Florence, ainsi que Y Hôtel de ville de Feltre et donna les plans, à Venise, du somptueux palais Fosca?'i. On doit encore à Palladio un considérable Traite de V Architecture en quatre volumes.

Quant à Vignole (Jacques Barozzio dit) (1507- 4573 , malgré plusieurs constructions commele jjalais f/i^.caZ, à Plaisance; la villa de Jules III, à Rome,réglise Sainte-Marie-des- Anges , à Assise, et malgré aussi qu'il succéda à Michel-Ange, ainsi que Palladio, dans les travaux de Saint-Pierre, il demeure plutôt le savant théoricien du Traite des cinq ordres d'Architecture.

Sebastiano Serlio, lui (1475-1554?i, auteur également d'un Traité d'Architecture, si on ne lui attribue guère que divers ouvrages à Bologne, sa ville natale; à Venise et à Fontainebleau où il mourut, il faut retenir parmi ses inventions si imitées, dans la suite, les colonnes rustiques et certaines gaines en forme de paniers. Mais, les réminiscences de l'antique, lourdes, pompeuses et froides, dues à Serlio et surtout à Vignole, exercèrent une influence aussi grande que fâcheuse sur notre art même, tandis que Palladio montra la voie d'une richesse décorative, d'une originalité qui demeurent d'une harmonie caractéristique.

Cependant il est juste de laisser à Vignole et à Palladio le bénéfice de la personnalité d'un ordre dit

La renaissance a la t-IN DU XV« SIÈCLE

colossal, c'est-à-dire d'un ordre unique embrassant les divers étages d'une façade. Exemple : le palais Valmarana , à Vicence, œuvre de Palladio.

A-utres architectes remarquables : Sansovino, qui fut aussi sculpteur, auteur notamment, de la belle église Saint- Jean - Baptiste , à Rome; Baldassere Peruzzi, continuateur des principes de Bramante au pala is Mas s im i^kla Farnesine à Rome ; Antonio San Gallo, Scamozzi, etc., sans oublier le génial Michel -Ange auteur du remaniement de la place

du Capitole, de l'entablement du palais Farnèse, à Rome, à qui l'on doit encore la célèbre coupole de

FiG. 33. — Panneau de bois sculplé.

Saint-Pierre de Rome dont il avait continué les travaux, Michel-Ange que nous retrouverons parmi les peintres mais avec plus d'éclat encore comme sculpteur.

Nous ne quitterons pas Michel-Ange architecte, sans parler de sa contribution à la création du style baroque. Le Bernin (1598-1680), le Borromini flo99- 1667) accentueront par la suite l'exubérance, le délire delà grandeur qui devaient marquer la décadence de l'architecture, sinon de Fart tout entier de la Re naissance, sous le nom de style baroque. D'ailleurs, le génie de Buonarroti, débordant d'enthousiasme dans la forme et l'expression (nous parlons plus loin de ses peintures et sculptures), devait fatalement induire en erreur ses successeurs qui ne saisirent de sa manière somptueuse que les déchets.

Complétons maintenant les acquisitions architecteniques propres à la Renaissance italienne et, en même temps, ses réminiscences. Dans les églises, les coupoles antiques, simples ou superposées, réapparaissent et dominent. On inaugure le campanile, les fenêtres sont coiffées d'un fronton triangulaire ou arrondi et uniquement décoratif, et les baies sont disposées sur la façade, d'accord avec les ornements antiques, avec une symétrie qui ne renseigne point sur les dispostions intérieures du monument comme à l'époque gothique. Des niches, des pilastres, des colonnes, etc., jouent sur la muraille extérieure tandis qu'intérieu-

rement, des fresques et des marbres de couleur sourient dans une lumière moins mesurée maintenant. A l'extérieur, encore, des placag-es de marbre, de pierre ou de terre cuite s'ajoutent à la décoration, et les anciens arcs-boutantsont disparu.

Au xvi^ siècle, la superposition des trois ordres distingue les façades.

Le style Jésuite, vers la fin de ce même siècle, apparaît pour s'étendre néanmoins, plus largement, au siècle suivant. De même pour les lanternes qui surmontent la coupole des Fig. 34. — Panneau de. bois sculfîô, églises, ces coupoles percées d'un œil. Dans les palais, des galeries donnent sur une cour intérieure richement parée.

Ces galeries sont voûtées et décorées de peintures ou de sculptures. Au rez-de-chaussée, des bossages sans aménité font valoir Tagrément ornemental des étages supérieurs que des pilastres superposés accompagnent et qu'une vaste corniche couronne. La cheminée a perdu sa hotte, des coupoles la supportent, et les plafonds sont à caissons.

La villa est typique, avec ses jardins majestueux, aichitecturalement construits et plantés, avec ses terrasses qui suppriment la toiture et. d'une manière générale, si les constructions italiennes dédaignent les accidents capricieux et charmants dont nous sûmes agrémenter nos façades : décrochements, tourelles, escaliers extérieurs, tuyaux d'écoulement, etc., elles ne se font pas faute de tomber, parfois, dans certaine emphase décorative non exemple de critique. Des dessins (graffîtes), des peintures, des faïences, des stucs, des mosaïques aux couleurs vives, luttent dans Tensembte de l'ornementation avec un empressement d'une délicatesse souvent répréhensible qu'il appartiendra à notre goût français de mettre au point, ou mieux, de nationaliser.

Mais il faut dire cependant l'enthousiasme délicieux et spirituel, la fantaisie étourdissante de cette Renaissance italienne qui forme un tout si savoureux. Qu'est devenue l'architecture selon Vitruve dans ce débordement de verve, dans cette profusion de richesse et

..A nENA.SSAXCE A LA p,^. ou XV- S.ÈCI.E 79

de jeunesse ! Voyez les délicieuses fontaines de Rome, de Florence ! Voyez les élégantes colonnes, ces ponts et ces arcs légers, quel rapport éloigné ils ont avec les anciens ouvrages romains ! Admirez le Campo- Santo (cimetière) de Pise, construit par Giovanni Pisano, au xm^ siècle, si riant malgré sa funèbre destination, avec ses belles fresques dues à des artistes toscans des xiv* et xv^ siècles, avec ses remarquables morceaux de sculpture. Et les campi-santi de Fer. rare, de Brescia, de Bologne, ces autres temples de la mort, ne sont pas moins attrayants, grâce à Fart somptueux qui idéalise les tombeaux. Aussi bien la gravité des monastères italiens rayonne sous le pareil miracle des fresques et des vitraux, des marbres et des dorures. Jamais les artistes n'ont sollicité avec tant d'empressement la belle matière qui, sous leurs doigts merveilleux, n'aura jamais été aussi docile. Et, c'est à cette fièvre de production, à ce bouillonnement créateur jusqu'au débordement, que nous mesurerons les mérites du dosage, de la sobriété dont notre génie original s'imprégna d'après le tumultueux et excessif exemple italien.

Après les architectes, nous examinerons les peintres. Nous marchons de splendeur en splendeur. Les noms de Léonard de Vinci, de Raphaël, de Michel-Ange éclairent notre plume.

Léonard de Vinci (14o2-lol9), peintre, sculpteur,

ai'cnitecie, musicien et ingénieur ; Raphaël Sanzio (1483-1020), peintre et aussi architecte et sculpteur; Michel-Ange Buonarroti, sculpteur, peintre, architecte et poète (1475- 1564), tous trois solidaires de Técole de Milan, sont des génies incomparables.

Léonard de Vinci que nous verrons mourir en France où François l^" Tavait appelé, demeure surtout aux yeux de la postérité un peintre et un savant prodigieux, malgré que ritalieduxvi^ siècle ait surtout goûté en lui le sculpteur etringénieur. Mais nous nous bornerons 5 célébrer ce brillant pinceau dans l'énumération de ses chefs-d'œuvre. C'est la Vierge aux rochers^ V Annonciation, le Saint- Jean-Baptiste, la

FiG. 36.

Panneau de bois sculpté.

Joconde et la Belle Ferronnière au Louvre ; V Adoration des Mages, aux Offices de Florence ; c'est la Cène du réfectoire de Sainte-Marie-des-Grâces, à Milan, et tant d'autres pages où le sentiment s'estompe dans un clairobscur, dans un moelleux d'effet saisissant et merveilleux. Après l'expression du Vinci basée sur le réel pour atteindre l'idéal, voici la figure sereine de Raphaël Sanzio. Raphaël dont les chastes madones sont typiques, si gracieusement accompagnées en leur suavité par un coloris plus délicat que puissant, mais toujours si parfaitement dessinées : la Viei-ge à la Chaise du palais Pitti ; la Vierge au chardonneret, à Florence, la Vierge de Foligno, au Vatican, la Vierge dans la prairie, à Vienne, la Belle Jardinière, au Louvre, etc. Raphaël dont il ne faut pas méconnaître cependant la force à côté du charme, témoin les amples fresques du Vatican et les solides pOx^traits, ceux notamment du comte Balthazar Castiglione et de la Fornarina, tous deux au Louvre.

Les peintures de Raphaël qui « représentent la plus belle fleur de cette alliance de l'Antiquité et du Christianisme qui se faisait à l'ombre du Saint-Siège », Raphaël cet artiste divin qui, dit excellemment H. Forloul, trouva si bien le point où le génie d'Athènes et celui de l'Italie moderne se rencontraient...

Puis, voici la puissance de Michel-Ange qui tonne avec les décorations de la voûte de la chapelle

LA

Sixtine, avec le Jugement dernier! OEuvres colossales où la forme se tord dans le jaillissement des muscles,

wl'

FiG. Zl . — Panneaux de bois sculpté (Musée des Arts Décoratifs)

dans la grandeur d une conception éminemment décorative.

Sans insister, ensuite, sur Jules Romain, élève de Raphaël, succombant dans lombre de son maître au maniérisme et à la convention (Jules Romain, architecte également et auteur, comme tel, du palais du Té des Gonzague, à Mantoue, qu'il décora), après Daniel deVolterre, Sébastien del Piombo, disciples déroutés par l'exemple gigantesque de Ruonarroti, après Jean d'Udine, voici le Titien dont la palette est resplendissante. Titien (1477-1576), créateur du paysage, genre inconnu aux anciens, avant que les Garrache et le Dominiquin ne s'y illustrent, Titien gloire de l'école de Venise, en reflète tout le chatoiement, avec des toiles comme la Déposition du Chi^ist, au Louvre, V Assomption delà Vierge, k Venise, la Ve'nusàïie, au petit chien, à Florence, les Sainte Famille, de Paris(/?^. 81) et de Naples; V Adoration des bergers, k Rerlin; avec tant de beaux portraits, ceux notamment de C har les- Quint , à Madrid, de François P% au Louvre ainsi que Y Homme au gant !

La vigueur du coloris de Titien revit encore dans le Giorgione pour resplendir à nouveau avec Paul Véronèse (1528-1588), autre gloire de l'école vénitienne dont les Noces de Cana, au Louvre, dont la décoration du palais des Doges, à Venise, sont d'une richesse, d'un style, d'une harmonie et d'une lumière caractéristiques.

C'est, encore dans l'école de Venise : Tintoret(i512-

LA RENAISSANCE AU XVie SIÈCLE 85

1594), improvisateur fougueux, génie inégal et divers

Fio. 38. — Décoration Renaissance.

el, tandis que Técole de Parme nous donne le nomde

Corrège (1494-1534), au pinceau gras, léger, et moelleux, Corrège qui traduisit les chairs des femmes et des enfants avec une morbidesse exquise, nous passerons aux émules de l'école de Florence : Andréa del Sarto (1486-1531), Fra Bartolomeo (1469-1517).

Del Sarto compte parmi les artistes italiens mandés en France par François P^ Son œuvre, inspiré à la fois de Léonard de Vinci pour la caresse des modelés, et de Bartolomeo pour la composition des sujets et les fonds d'architecture, est remarquable par l'originalité du charme et du style autant que par la séduction du coloris. Quant à Bartolomeo, il compte parmi les plus brillants génies de son temps, grâce à l'expression émue de ses peintures, d'une science et d'une sensibilité exquises.

Il faut noter que c'est à Venise que brillent les derniers grands peintres italiens, à côté de Michel- Ange dont la gloire, à partir du milieu du xvi* siècle, persiste seule. Il est intéressant de ccnstater aussi combien l'amour de la Nature l'emporte, dans les chefsd'œuvre italiens, sur le sentiment religieux! Combien les ravissantes Madones de Raphaël sont femmes malgré leur auréole I Combien la puissance des Titans de Michel* Ange nous ramène à la vérité humaine!

Deux mots, enfin, de la sculpture au xvi® siècle. Voici à nouveau et en première ligne Michel-Ange, colosse immortel comme les surhommes qu'il créa

dans une emphase, dans une exubérance musculaire nées de sa vision géniale.

FiG. 39. — Panneaux de bois sculpté {Musée des Arts Décoratifs).

Michel-Ange ignora la grâce. Il conçut la femme comme l'homme, décorativement, architecturalement, témoin les statues allégoriques du Jour et de la

Nuit^ A^jiCi'épusculeQi deV Aurore qui ornent les sarcophages des Médicis [fig. 84), dans labasilique de Saint- Laurent, à Florence, figures surhumaines, d'un caractère à la fois sublime et farouche.

Citons encore, parmi les éclatants chefs-d'œuvre do Buonarroti : une Vierge assise avec l'enfant Jésus, une Pieta (rares statues de grâce et de douceur échappées à ce ciseau puissant), les diQ\yii Esclaves, au Louvre, d'une tournure si poignante, le magnifique Moïse [fig. 83), David, le Génie de la Victoire, au musée de Florence, et tant d'autres mâles et dramatiques expressions où revit la meilleure forme des Grecs magnifiée d'un souffle chrétien.

Après Michel-Ange, qui, nous l'avons dit, détermina malheureusement la dernière évolution architecturale de la Renaissance, dans le sens fatal à la dernière étape de l'art ogival, et peignit le splendide ensemble des fresques de la chapelle Sixtine, nous répéterons le nom de l'architecte Sansovino, sculpteur, cette fois, dont la simplicité et le charme nous fournissent un heureux contraste avec la puissance farouche précédente.

De Sansovino : les statues colossales de Mars et de Naptune, au palais des Doges, les Quatre Évangélistes, à Venise, un Saint-Jacques, à Rome.

Et puis, sans insister sur Badio Bandinelli, pseudo- Michel-Ange, au style déclamatoire, après Riccio, déco-

LA RENAISSANCE AU XVl^ SIÈCLE

râleur prestigieux, après Ammanati imitateur encore des fortes musculatures de Buonarroti, meilleur architecte avec le palais Rucellai (aujourd'hui Ruspoli, à Rome) que statuaire avec son Neptune, de Florence, voici Jean de Bologne. 1524-1608 (un sculpteur flamand qui s'était fixé à Florence où il mourut).

Jean de Bologne, élégant décorateur jusqu'au maniérisme, certaines fois, auteur du célèbre groupe de trois figures qui orne le portique de la loge Dei Lanzi, de Samson vainqueur des Philistins, autre groupe, des statues du Nil, du Gange, de VEuphrate

!• lu. 40

Panneau de bois sculpté.

(pour une des fontaines du jardin Boboli, à Florence) de la Renoimnée du Musée du Louvre, etc.

LenomdeBenvenuto Cellini (1500-1571), clôt enfin, brillamment, cette brève énumération des maîtres du ciseau, au xvi^ siècle. Benvenuto, sculpteur, graveui et ciseleur, connut aussi la gloire en France, à la coui de François I". La ciselure, principalement, lui doil des chefs-d'œuvre de verve, de finesse et d'esprit, malheureusement en partie disparus. Citons du sculpteur : Persëe coupant la tête de Méduse, un Christ, la Nymphe de Fontainebleau pour François L', etc.

Benvenuto, d'autre part, fut un médailleur émérite. Digne continuateur de Pisanello, il adonné de remarquables médailles artistiques ainsi que ses contemporains : Jacques Primavera, Matteo del Nassaro, Benedetto Ramelli qui prodiguèrent avec lui, en France, sous François P"", leur rare talent.

Nous allons dire maintenant quelques mots des arts décoratifs en Italie. Cette étude générale servira d'amorce à celle que nous entreprendrons plus loin lorsque nous parlerons de la Renaissance française. Aussi bien, nous développerons en France, selon le plan de notre travail, ces éléments et liens d'architecture, de peinture et de sculpture qui s'épanouiront alors sous l'influence de notre génie national.

S'il importe de ne point perdre de vue que le ferment dé la beauté qui nous occupe est originaire de

la patrie de Dante, nous tendrons plutôt ici à ramener en France l'intérêt de cette somptueuse indication

• . -t- «Wbr

FiG. 41. — Panneaux de bois sculpté.

esthétique pour en déj^ager équitablement les résultats qui nous louchent davantage. C'est dans une

pensée d'équité que nous avons donné le pas, dans nos chapitres, à l'Italie sur la France, mais avec une intention non déguisée d'insister sur la personnalité et le goût supérieur de notre art français.

Du côté de la céramique italienne, donc, les villes d'Urbino, de Faenza, etc., se distinguent par la fantaisie harmonieuse de leurs majoliques et, d'autre part, Gubbio et Pesaro poursuivent avec éclat la fabrication des faïences métalliques hispano-moresques. Les grotesques, les arabesques, les mascarons, les têtes de femmes entourées de banderoles, les sujets mythologiques, fleurissent les plats, les vases, dans les tonalités dominantes du jaune, du bleu et du vert éclatants.

D'une manière générale d'ailleurs, l'ornementation s'inspire du rinceau antique converti en fines arabesques dans une fantaisie où des oiseaux, des corbeilles de fruits, se composent avec des mascarons grotesques. C'est là la manifestation du décor dit « à grotesques » (de l'italien g)'otteschi, ou décor des grottes).

Les arts de la verrerie, de la mosaïque et de l'émail ne sont pas moins favorisés dans l'essor unanime de la beauté. La verrerie de Venise est surtout réputée et, alternant avec la fresque si en vogue, la tapisserie, grâce aux cartons prestigieux de Raphaël, du Titien, de Jules Romain et tidti quanti, fait merveille.

FiG. 42. — Décoration Renaissance.

Solidaire de la gravure en médailles, la niellure, Tincrustation, la ciselure des armes participent à ce magnifique élan où la ferronnerie encore se distingue parallèlement à Torfèvrerie.

Les luxueux tissus également se développent et prêtent au costume une magnificence jusqu'alors inconnue. Le velours, la soie, les étoffes tissées d'or et dargent sont les atours préférés des deux sexes. Le vitrail, enfin, ne témoigne pas moins d'entrain que les précédentes pratiques.

Touchons maintenant deux mots du meuble italien sous la Renaissance. Nous reverrons en détail cette matière ainsi que plusieurs autres seulementeffleurées ici, lorsque nous parlerons de la Renaissance française qui, en participant de lart italien, a réalisé, ainsi que nous le savons, un modèle essentiellement typique auquel nous nous arrêterons de préférence.

Entre le meuble italien et le meuble français, — on pourrait dire aussi bien : entre Farchitecture italienne et l'architecture française, il y a toute la nuance de la mesure et du goût. Le plus souvent, la richesse du meuble italien est tapageuse. Elle triomphe dans l'abondance des ornements et le brio de la couleur, dans l'entraînement d'une habileté de facture et d'une fantaisie ornementale extraordinaires suscitées par la création du mobilier permanent.

Les meubles sont devenus alors moins déplaçables,

FiG. 31 et 32. — Panneaux de bois sculpté (Musée des Arts Décoratifs.)

et ils connaissent des attentions décoratives que les coffres ou arches, que les tables et sièges pliants, que les lits démontables du moyen âge ignoraient. Et la mode d'incruster les meubles de toutes sortes, avec de livoire, de Tos ou de la nacre, se répand avec une profusion à la fois charmante et dangereuse, selon quelle dépasse ou non le but de discrétion riche qu'elle se propose.

Nous renvoyons le lecteur au mobilier de la Renaissance française pour le détail notamment, du meuble, semblable, en somme, sinon dans son décor du moins dans ses grandes lignes, au meuble italien qui fut son modèle initial.

FiG. 44. - Plat en argent repoussé ^P^^^ ^^^i ^^^^ ^^ ^'^^^^- terminerons ce cha-

pitre, par un coup d'œil en Flandre, en Allemagne et en Espagne, au xvi^ siècle.

La peinture flamande est alors représentée par Pierre Breughel (io30?-1600) dont les kermesses et les beuveries sont d'une composition réjouissante et d une exécution raffinée, bien nationale à Tencontre de tant d'autres expressions fâcheusement altérées

FiG. 45. — Motifs de sculpture (sur pierre) provenant du château de Gaillon.

par l'exemple italien mai assimilé. Jean Mostaert, Quentin Metsys. demeurent également fidèles au style de leur sol natal et. pareillement le Hollandais Lucas de Leyde, peintre et principalement graveur. Les tapissiers flamands, d'autrepart, déjà si fameux au xv^ siècle, prospèrent encore à Arras, Tournai, Bruges, à Bruxelles notamment, où leurs ateliers sont célèbres malgré quils abdiquent leur personnalité au contact de Tinfluence italienne que les cartons d'artistes de ce pays propagent.

L'architecture flamande, encore solidaire de l'art ogival flamboyant, sacrifie néanmoins au style Renaissance avec des chefs-d'œuvre comme les hôtels de ville d'Anvers et de Gand, notamment (si cruellement éprouvés par l'invasion teutonne en 1914) et, en Allemagne, la tradition architecturale gothique ne persistera pas moins avant l'adoption d'un style renaissance plutôt lourd et morne.

On sent que les arts dans les Flandres, à cette époque, croissent en raison de la richesse de ces pays débordants d'abondance, alors qu'en Espagne, la misère ronge le peuple. La cour de Philippe II est sanî éclat, et le faste de Charles-Quint na son retenlisse-

FiG. 46 — Assielle de Bernard Palissy.

ment que chez les nobles. Cela explique la gaîté exu-

FiG. 47. — Ensemble de panneaux, etc., en bois sculpté.

bérante d'un Breughel à côlé de la vérité morne imitée d'un Caravage.

De Flandre nous passerons en Allemagne où le

génie clAlberl Durer (li71-lo28 . de Hans dHolbein et de Lucas Cranach, rayonne.

Durer, peintre dessinateur et graveur doué d'une puissante imagination, teintée de mélancolie, dans un réalisme impétueux et étrange, Durer dont les tableaux religieux comme V Adoration des Mages (au musée des offices à Florence"^ ; les Quatre apôtres (au

musée de Munich), la Cruci/ïœion(au musée de Dresde) sont des pages • le grandeur et de force, l't dont les estampes (le Chevalier et la Mort, Mélancolie , VAjjocalypse, la Grande Foi'tune ou la Némésis, etc.), supérieures par la couleur où son pinceau réussit médiocrement, atteignent une richesse d'expression peut-être plus frappante encore. D'ailleurs, A. Durer qui fit aussi œuvre de sculpteur et d'architecte, demeure surtout un dessinateur extraordinaire.

Avec Holbein, nous goûtons un souci supérieur de beauté et d'élégance jointes à une pureté qu'ignore l'âpreté fougueuse du maître précédent. Fils de Holbein le Vieux, Holbein le Jeune (1497-1543; est le plus grand peintre de l'Allemagne avec Durer. On lui

Frc. 48.

Faïence Ilalienne.

doit notamment un Érasme écrivant (au Louvre), une Adoration des Mages (à la cathédrale de Fribourg), la

j?iG. 49. — Ensemble d'ornements sculptés (bas-reliefs, etc.). (Musée Jacquemart-André.)

Vierge au bourgmestre Meyer (à Bâle), Sainte Ursule (au musée de Carlsruhe); sans oublier des fresques

superbes, une admirable suite de portraits scrupuleusement pensés et dessinés, au crayon, des illustrations d une étourdissante fantaisie [VEloge de la folies la Danse des Morts) où l'esprit le plus mordant domine le sujet macabre, etc. Holbein, réaliste poignant avec le Christ mort (à Bâle), atteint à la grandeur par la sincérité, et son œuvre est parfumé d'un sentiment recueilli et noble où passe un peu l'influence du charme italien, tandis que celui de Diirer repousse farouchement cette intrusion.

Après Durer et Holbein, la personnalité de Lucas Cranach dit l'Ancien (1472-1553), s'impose, mais dans une expression différente. Assez proche, comme art, de Durer, il s'en éloigne par la finesse et la légèreté de sa manière, par la grâce et la suavité dont ses nus surtout témoignent. Citons parmi Toeuvre considérable de Cranach : le Crucifiement, le Miracle du serpent d'airain, une Venus (au Louvre), des Èves, des Lucrèces, un Messie vainqueur de la mort; Diane et Apollon, de beaux dessins et gravures, etc.

Glissons sur le talent brillant mais superficiel de Lucas Cranach le Jeune, fils du précédent et imitateur de son père et de Diirer, et arrêtons-nous encore à la personnalité distinguée de Burgkmair (1473-1531), Burgkmair. l'un des plus actifs promoteurs de la Renaissance en Allemagne, excella surtout dans la représentation des scènes de chevalerie. On cite

parmi ses œuvres les plus réputées : le Christ au Jardin des Oliviers; V Adoration des rois; le Martyre

FiG. 50. — Motifs de sculpture et d'architecture Renaissance.

de Sainte Ursule; Saint Jérôme, des portraits, ceux, notamment, du peintre et de sa femme, du duc Guillaume IV et de sa femme (au musée de Munich) ; etc.

tableaux où la manière de Durer voisine avec celle des maîtres italiens. Burgkmair fut aussi un graveur distingué.

Du côté de la sculpture, l'influence de l'antiquité rénovée à la manière italienne, ne semble pas avoir triomphé davantage du réalisme en Allemagne et la peinture y est surtout florissante. Cependant, le Tombeau de Saint-Sébald, à Nuremberg (exécuté entre 1508 et 1519) met en valeur le nom de Pierre Vischer, et celui d'Adam Krafl't mérite aussi d'être retenu, au xvi^ siècle.

Contrairement à l'élan plutôt voluptueux dont les Italiens et les Français font foi : peu ou point de nudités dans l'art des Allemands de la Renaissance. La grâce féminine, décidément, échappe à ce peuple qui s'en voudrait aussi de dévêtir Apollon. Les vertus germaines sont plutôt robustes et austères : leur fantaisie réside en l'encombrement ornemental, leur esprit tient en la complication et la difficulté matérielle plus ou moins résolue.

Nous n'insisterons donc pas sur l'art décoratif allemand qui accuse simplement à cette époque, dans la lourdeur et le goût amoindri, les déhcatesses de la Renaissance italienne. Ce ne sont pas ses horloges écrasées sous une ornementation richement fouillée, d'ailleurs typique puisqu'elle trahit son origine dans la profusion des détails, qui modifieront

notre jugement et, ses vases obèses, ses bijoux confus, ne sont pas moins caractéristiques de l'esprit décoratif des Teutons.

Néanmoins, les cabinets allemands furent recherchés autant que ceux des Italiens. Abondamment recouverts de marqueterie, leur beauté grave mérita ce succès et il faut constater pourtant, la lenteur avec laquelle l'Allemagne se plia au goût de la Renaissance qui ne pénétra chez elle qu'à la fin du xvi^ siècle.

Même observation pour la Flandre et la Hollande, qui,

FiG. 51. — Fontaine.

(Musée Jacquemail-Andrù.)

en revanche, furent plus longtemps fidèles que tous les autres pays à l'art de la Renaissance. S'il nous est loisible, dans une certaine mesure, de reconnaître Tarchitecture, les meubles et objets d'art italiens de la Renaissance, aux défauts de leur qualité, c'est-^-dire, répétons-le, à une expression de beauté excessive qui altère «a légèreté dans la mièvrerie, à son délire de richesse qui confine à un manque de discrétion, nous pourrons également distinguer l'art décoratif allemand de celui de la Renaissance à cette pesanteur générale et à Texcentricité ornementale qui résulte d'une abondance fâcheuse et sans choix des détails ^

Pareillement, Tart décoratif espagnol est-il inséparable de quelque lourdeur jointe cette fois aune boursouflure caractéristique ^ Boursouflure que l'œuvre sculptural, fort remarquable d'ailleurs, d'un Alonso de Berreguete, n'est pas fait pour contredire. Il est vrai que Berreguete fut élève de Michel-Ange et, le ciseau des maîtres espagnols, à cette époque, a montré dans le bois, de préférence, dans les stalles, autels, portails

1. Et cependant, il faut admirer la silhouette pittoresque et délicate des cités de la vieille Allemagne qui s'appellent Nuremberg, Augsbourg, Francfort, dont les maisons sont souvent ornées de peintures dues aux plus grands maîtres. Nuremberg se montra en Allemagne la rivale de Florence, et ce furent des princes comme Maximilien qui encouragèrent les arts, à l'époque.

KiG. 52. — Cheminée du château d'Anet, par Gonnaiu FiK)ii, (Musée du Louvre.)

et statues, une étonnante fécondité jointe aune extraordinaire maîtrise. Pareillement, enFlandre, la sculpture sur bois fit merveille sous le ciseau, par exemple, d'un Hermann Glosencamp, auteur de la fameuse cheminée du Palais de Justice de Bruges.

Aussi bien nous ne manquerons pas de joindre à ces observations distinctives, celle du décor national dont chaque peuple est en, quelque sorte, esclave. N'oublions pas enfin, la relation artistique des races qui nous vaut, par exemple, dans Fart décoratif, une analogie frappante entre les Flamands, les Allemands et les Suisses.

Nous terminerons par un coup d'œil sur l'art espagnol, coup d'oeil d'autant plus rapide qu'il faut attendre le xvii*" siècle pour assister à l'éclat de son réveil. Au xvi^ siècle, la lutte de Tart classique contre l'art ogival est encore plus violente qu'en France et, avant de succomber au style baroque, l'Espagne, grâce à Philippe II, marque ses préférences à la rénovation. Le palais de l'Escurial représente en effet, le triomphe du style classique sur le style national et TAngleterre, avec l'architecte classique Inigo Jones, sous Jacques I", obéit à l'impulsion générale^

1. En Angleterre, le? styles Tiuioi-, Elisabelti ^Elizabetlmn style) et Stuart avaient alors curieusement marqué leur passage. Le premier date de la fm du règne de Henri VII. Il rompit avec le style gothique dans la profusion décorative, labondance des

FiG. 53. — Façade du château d'Anel. (A l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris.)

Mais avant d'en arriver à cette dernière expression, il faut discerner une curieuse étape d'architecture : celle où le gothique espagnol associé au gothique flamand nous donne, dans la première moitié du xvi^ siècle, le style plateresque, c'est-à-dire imité des ornements usités dans les belles pièces d'orfèvrerie.

Un grand nombre de portails d'églises et de tombeaux représentent somptueusement cette erreur d'adaptation décorative.

Quant aux autres arts espagnols, il faut attendre la venue de la grande école de Séville, pour les admirer plus sincf^rement. D'ores et déjà nous savons leur inspiration italienne et flamande.

Et, c'est l'esprit hollandais qui, à défaut d'originalité créatrice, dominera en Russie, dans les États Scandinaves, sousl'inspiration singulièrement mâtinée des artistes allemands et italiens appelés à produire dans ces pays.

Nous achèverons ici. notre aperçu des expressions esthétiques à lentour de la France, dont l'art, plus

baies, le déchiquelage des silhouettes, en aplatissant les arcs. Le second, né sous les auspices de la fille de Henri VIII, mêla non sans agrément le style Tudor avec le style classique. Il fut plutôt un compromis architectural italo-gothique. Œuvre de John Thorpe. ce dernier moae constructif ainsi que le style Stuart, assez pittoresque dans sa désinvolture, précéda le style pompeux dit « à la Palladio» de Inigo Jones.

spécialement va nous intéresser. Maintenant que nous en avons défini les influences nous en dégagerons plus aisément Toriginalité.

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