‹ L'art de regarder les tableauxChapitre 10 sur 23 · Jean, XIV. L · texte numérisé non relu

Jean, XIV. L

à Jacques et aux apôtres réunis, ainsique, plus lard, FraGiovanni de Fiesole le représenta, dans le couvent de Saint-Mare, qui apparaît demandanl l'hospitalité, pèlerin sublime, à deux moines... Or, l'évangile de Lue raconte ceci. Comme deux des apôtres, trois jours après la mort de Jésus, allaient à un bourg nommé Emmaùs, ils rencontrèrent en chemin un homme qui les interrogea et bientôt leur commenta les Ecritures. Us entrèrent avec lui, le soir étant venu, en quelque auberge. Et, tandis qu'ils étaient à table, il prit le pain, le bénit et, le rompant, le leur présenta. Alors, ils reconnurent Jésus '.

De cette scène, voyez ce qu'a fait Paul Yéronèse : un superbe gala. Le caractère mystérieux, le sens intime est offusqué par la splendeur du décor et la virtuosité de l'exécution.

Rembrandt, lui, a tout disposé pour que se manifestât la signification vraie de l'aventure; il a tout appauvri pour que subsistai seul ee fait : la permanence de l'Esprit parmi les hommesqu'il a touchés... La figure du Christ n'est point belle par les traits, qui sont lourds, minés de soulîrance et convulsés; mais quelle n'est pas la beauté que lui confère la pensée, intense, absorbante, exclusive ! L'âme qui éclaire ce visage a passé par la mort charnelle, sans en être atteinte ; et ce fantôme de corpset ee visage d'outre-tombe ne servent qu'à rendre visible cette âme.

Les deux apôtres s'étonnent et admirent. Le petit serviteur ne comprend ni ne voit. Mais le Christ éternel est là, esprit dans la matière.

La matière n'avail jamais été spiritualisée ainsi, — par l'ascétisme et. ô merveille! par l'ascétisme d'un peintre.

Page 1