‹ L'art de regarder les tableauxChapitre 2 sur 23 · P R E FA G E · texte numérisé non relu

P R E FA G E

A ces personnes trop nombreuses qui négligent d'avoir, dans les musées, une bonne tenue, on voudrait dire : - Songez que l'art sanctifie ce lieu; songez que vous êtes ici en présence de l'art!

Propos vains !

J'imagine que, de la frivole troupe, se détache un sceptique assez averti pour répliquer, narquois : « Qu'est-ce que l'art? » à la manière dédaigneuse qu'avait Pilate, comme l'Evangile le raconte, quand il grommelait : « Qu'est-ce que la vérité?... »

Que répondre?

Les philosophes, les logiciens et les esthéticiens ont multiplié là-dessus les formules occultes et contradictoires. Après les avoir consultés, on se désole de les voir si intrépides dans l'incertitude et dogmatiques si diversement.

Tolstoï, dans son Qu est-ce que V Art? a fait un assez piquant relevé des singulièresdéfînitions que Ton donne de l'art. Il ne lui est pas difficile de montrer que, depuis Baumgarten, qui « a fondé l'esthétique, en 1750 », jusqu'à nos jours, les plus savants et subtils penseurs, Spencer de l'autre côté de l'eau, Taine chez nous, en Allemagne Kant, Schiller, Fichte, Hegel, Schopenhauer, par exemple, ne paraissent pas plus d'accord entre eux sur l'essence de l'art que sur la philosophie première. Ils disent bien que l'objet de l'art est la beauté; mais, quand il s'agit de définir la beauté, ils ne s entendent plus du tout .

Tolstoï conclut, avec cette terrible rigueur qui à la fois impose le respect et déconcerte, qu'il est vain de vouloir donner à l'art pour fondement la beauté. Qu'est-ce que la beauté? 11 ne lui importe : il exclut de son esthétique la notion de beauté. C'est là

(i l'art de regakder les tableaux

son idée originale, son paradoxe familier... Et il arrive à cette conception de l'art : « L'art est une forme de l'activité humaine consistant, pour un homme, à transmettre ses sentiments, consciemment el volontairement, par le moyen de certains signes extérieurs... a Tolstoï ajoute : o Il n'est pas une production d'objets plaisants : surtout, il n'est pas un plaisir : il est un moyen d'union parmi les hommes, les rassemblant dans un même sentiment, et, par là. indispensable pour la vie de l'humanité et pour son progrès dans la voie du bonheur ' ... »

L'esthétique de Tolstoï n'est pas tout entière en ces quelques Lignes, mais le principe de son esthétique y apparaît clairement; et l'on voit par où il se distingue des autres esthéticiens.

Ceux-ci, i! les a déclarés si divers entre eux, qu'il renonçait à concilier leurs théories nombreuses et hétérogènes. En réalité, ils ont au moins ceci de commun que tous, ou presque tous, insistent principalement sur le caractère désintéressé, de l'art. Ils conçoivent l'art comme un « jeu ». suivant l'expression de Schiller. Ils veulent que l'art n'ait point de destination pratique et c'est, en fin de compte, dans Yinutilité que consiste, pour eux, l'essence de l'art. Ou, du moins, l'inutilité est, à leurs yeux, un caractère si important de l'œuvre d'art, qu'ils sont bien près de le dire, en elîe.t, essentiel. Or, Tolstoï, au contraire, fait de l'art un moyen de communication entre les hommes; l'art, selon lui, sert d'abord à promulguer des sentiments, des vérités, des opinions; l'art l'intérese principalement par son emploi, par son utilité.

La doctrine de Tolstoï, quand elle fut connue en France par les traductions de son livre, étonna et même déplut. Elle contrariait les idées admises ; --et l'on déteste ces penseurs qui, parleurs nouveautés inquiétantes, viennent déranger le paisible petit système d'idées et de façons de voir sur lequel on se reposait... L'art indépendant de la beauté !... On fut d'avis que le vieux philosophe d'Yasnaïa- Poliana avait perdu la tète. On objecta que sa définition de l'art ne

l. Qu'est-ce y//'- VArt? Traduction île Téodor de Wyzewa, page 58.

s'appliquait pas à certains chefs-d'œuvre incontestables. Intrépide, lui, par avance, avait répondu : « Vous dites que nia théorie est fausse parce quelle condamne des œuvres qui vous plaisent; je dis que ces œuvres-là ne sont pas île l'art véritable parce qu'elles ne s'accordent point avec ma théorie. »

Car il est un théoricien confiant.

En réalité, l'esthétique de Tolstoï, pour être comprise et justement appréciée, a besoin du commentaire que l'art russe contemporain lui fournit. Elle s'oppose à ce que l'on a, chez nous, appelé « l'art pour l'art » ; et l'art qu'elle préconise est un art, en effet, d'action sociale. C'est que la Russie actuelle n'est pas prête au développement de « l'art pour l'art » : si l'on en veut la preuve, on la trouvera dans ce simple fait que les beaux livres et les beaux tableaux qu'elle produit ont de manifestes tendances sociales, tandis que ses essais de pure beauté ne sont que de vaines et médiocres imitations de l'occident. L'état social de la Russie actuelle exige que quiconque est en possession d'un talent, artistique ou littéraire, l'emploie à cette œuvre qui seule semble urgente : l'amélioration de cet état social. L'art russe d'aujourd'hui a des analogies avec notre littérature du xvnie siècle qui, dans son ensemble, fut politique, philosophique, idéologique et prépara la révolution.

Voilà pourquoi l'auteur du Qu est-ce que V'Art? se préoccupe avant tout de l'art comme d'un moyen de propagande pour les idées, et donne la « contagion artistique » comme le critérium de l'art véritable. Plutôt qu'à cette question générale : « Qu'est-ce que l'art? » son singulier livre répond à cette question plus précise : « Que doit être et qu'est l'art russe aujourd'hui? »

Mais ce n'est pas à dire que cette doctrine n'ait de valeur que locale. La critique que fait Tolstoï des esthéticiens de 1' « inutilité » est, en plus d'un point, judicieuse. On ne voit pas que l'inutilité puisse être le caractère essentiel de l'œuvre d'art ; on peut même considérer qu'elle n'en est pas un caractère indispensable. En second lieu, la critique que fait Tolstoï de la notion de beauté, telle qu'on la donne, vague et frivole, pour le but de l'art, mérite d'être examinée. Enfin, je crois qu'il a raison de réintégrer dans l'art la préoccupation des

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idées... Il proteste à bon droit contre une formule esthétique trop exclusivement futile, précieuse et en vertu de laquelle l'artiste ne ferait-il pas aussi bien de jouer au bilboquet ou de jongler avec des billes d'or prestement ?...

Mais. Tolstoï a tort d'abuser de ces justes critiques ; et, dédaigneux de l'inutilité, d'imposer à l'œuvre d'art une destination pratique; et, parce qu'on lui analyse mal la beauté, de ne la plus vouloir admettre ; et, par un noble amour des idées, de ne plus reconnaître d'art que social.

I ne bonne définition de l'art ne doit omettre ni la beauté, ni les idées. J'accepterais volontiers la formule ancienne : « L art est la réalisation de la beauté », si l'on avait pris soin d'abord de définir la beauté artistique : c< L'expression parfaite d'une idée ».

Je prends ces trois mots dans leur sens le plus large et le plus familier. Mais, pour imprécise que semble cette définition, elle fournit cependant un critérium de l'art véritable et permet d'écarter les erreurs de quelques prétendus artistes. Oui, essentiellement, l'œuvre d'art est l'expression d'une idée. C'est ainsi qu'elle se distingue des spectacles naturels. Certes, ils peuvent nous enchanter, nous exalter, ils peuvent être beaux, infiniment plus beaux que nulle œuvre d'art. Le caractère d'art leur manque : en effet, ils ne sont p mit disposés en vue d'une idée qu'ils exprimeraient. Sans doute, à les contempler, nous sommes émus de telle façon que des idées naissent de la ferveur de notre esprit ; et alors il nous arrive d'attribuer e.s idées nôtres aux paysages qui en furent seulement l'occasion. Prêtant à la nature une pensée presque humaine, Amiel a dit : « t n paysage est un état de l'âme », comme si la tristesse ou la gaieté, la douceur attendrie ou la farouche âpreté résidaient au cœur même des sites... Quand le Psalmiste a dit : Cœli ena.rra.nt gloriam Dei, « les cieux racontent la gloire de Dieu», ila transmis à la voûte constellée le credo qui était, à lui, son credo. Cette sorte de dédoublement spirituel, qui nous permet d introniser dans les choses une part de nous-mêmes et d'en demeurer cependant le spectateur émerveillé, est l'un des jeux les plus spontanés de uns âmes. Certaines doctrines philosophiques et

certaines croyances religieuses le favorisent : ainsi le spiritualisme d'Amiel et celui du Psalmiste..,

Mais enfin, la nature est ce qu'elle est. Féconde et luxuriante, elle multiplie et sans cesse renouvelle l'indéfinie production des apparences. C'est un tumulte merveilleux;, un extraordinaire épanouissement dont l'origine nous échappe. L'esprit qui, en présence de ces phénomènes, — et non de leur totalité, qui dépasse les limites de notre compréhension, mais de quelques-uns seulement, — sent naître en lui, à leur propos, une idée et s'efforce de la réaliser en interprétant, par une image, ces phénomènes qu'il a choisis comme les plus significatifs, cet esprit-là fait œuvre d'artiste, quelle que soit, du reste, cette idée et de quelque nature que soit l'image à laquelle il s'applique, linéaire, verbale, colorée ou tout autre, pourvu qu'il ait l'intime souci de la perfection de son image.

Mais qu'est-ce que la perfection? Faut-il rigoureusement la définir ?... Il convient de s'y essayer, puisqu'on obtiendrait alors un principe en vertu duquel on prétendrait juger une œuvre d'art avec exactitude. Seulement, la perfection dont je parle ici ne doit pas être confondue avec ces a canons » de la beauté qui, aux époques appelées « classiques », deviennent les modèles qu'on imite, les poncifs auxquels on s'astreint : toute initiative individuelle, toute originalité spontanée et vive disparaissent alors, étouffées par ces préjugés lourds d'un idéal impérieux et mensonger. La perfection dont je parle, certes n'est pas celle-là ! Au lieu d'asservir, elle libère, et, au lieu d'être vague en même temps que tyrannique, elle est précise : je dis qu'une œuvre d'art est parfaite quand elle exprime pleinement son idée, pleinement c'est-à-dire sans pauvreté ni redondance ; il n'y a en elle rien d'excessif ni non plus rien d'insuffisant. Cette notion du parfait est rigoureuse en ce sens. Mais elle est libérale en ne faisant dépendre l'artiste que de lui-même l.

De tout ce qui précède, il résulte d'abord que l'une des erreurs

1. Cf. la théorie de la Perfection dans Leibnitz (Monadologié, § il et suiv.)

in l'art de regarder les TABLEAUX

(Fart les plus graves qu'on puisse commettre est le réalisme absolu, c'est-à-dire la copie de la réalité. L'artiste doit utiliser les éléments qu'il emprunte à la réalité, il doit les combiner de telle sorte qu'une idée y apparaisse. Il faut donc qu'il interprète la nature. S il la copie seulement, s'il laisse les choses en l'état, son œuvre est nulle : nous ne pouvons que constater qu'il fut plus ou moins habile; s'il fut habile, il le fut en pure perte. Et c'est ainsi que l'art se distingue de la photographie : je parle des photographies sincères, non de celles que l'on arrange et que l'on truque; celles-ci. laissons-les de côté.

Le mot de réalisme a souvent été pris dans le sens de laideur ou de hardiesse. Ce n'est pas ce réalisme-là que je condamne. La laideur ne doit pas être exclue de l'art et la hardiesse est louable autant qu'est digne de mépris le timide asservissement aux poncifs. L emploi de la laideur et les manifestations de la hardiesse ne sauraient être limités qu'en vertu de ce principe : l'artiste, n'ayant en vue que la parfaite expression de son idée, n'abusera pas des moyens qu'il a choisis pour l'exprimer, il ne les fera point servir à d'autres effets que la mise en valeur pure et simple de l'idée. Il faut donc regretter que des artistes, écrivains ou peintres, exagèrent la hideur ou la vilenie de ce qu'ils représentent, afin d'étonner le public, de réussir par le scandale, que sais-je ? afin peutêtre de gagner plus d'argent... Ces considérations-là sont étrangères à l'art et avilissent une œuvre, même exécutée avec adresse. Les formes diverses de la pornographie sont à écarter.

Mais l'artiste aura légitimement recours à des images dépourvues de grâce et. par elles-mêmes, de beauté, s'il, veut exprimer une opinion terrible et désespérée sur la vie. Le farouche pessimisme, qui est une source d'art admirable, exclut la fade gentillesse et la noblesse des bergeries et des odes triomphales. Il faut lui laisser la franchise d'un vocabulaire audacieux. Le pauvre Boileau déjà le disait, tant bien que mal :

Il n'est pas de serpent ni de monstre odieux Qui, par Fart imité, ne puisse plaire aux yeux.

Par l'art imité » n'est pas bien clair. Boileau, sans doute, pensait à l'habile exécution. Mais il nous est loisible d'interpréter cette formule selon les principes ci-dessus énoncés et de dire: — Il n'est pas de laid spectacle qui, interprété parfaitement, en vue de l'expression d'une idée, ne puisse plaire aux yeux.

L'expression parfaite d'une idée ! c'est toujours là que nous revenons. Et, si l'on objecte qu'alors l'œuvre d'art ne se distingue pas de l'exposé scientifique ou philosophique, d'une démonstration technique, si l'on veut, acceptons cette objection, mais limitons-en la portée. Certes, il y a « de l'art » dans la présentation stricte et rigoureuse d'un théorème et de ses corollaires bien ordonnés ; il y a « de l'art » dans un discours qui. en de pressantes circonstances, ne cherche qu'à persuader une foule décisive; il v a « de l'art » dans l'Evangile, indifférent aux vains artifices de la beauté. Et l'art qu'il y a là, conforme à la définition que nous avons donnée de l'art, n'est aucunement d'autre nature que celui de tel peintre, sculpteur, poète ou musicien. Seument, cet art qu'il y a dans l'Evangile, dans un discours politique ou dans une page d'algèbre s'y trouve mêlé à tant d'autres choses, utilisé pour de si spéciaux et graves projets, que nous avons peine à le dégager tout de suite, à l'isoler, à le considérer, lui seul, dans le reste. Il n'est pas là, pourrait-on dire, à l'état pur; mais il y est. Attentif à la démonstration, le mathématicien songe surtout au fait algébrique qui lui est présenté, de même que la foule est inquiète du parti que l'orateur politique lui fera prendre, de même encore que le fidèle, lisant l'Evangile, ne se préoccupe guère que d'y trouver l'enseignement du Maître.

Pareillement, on apprécierait la valeur d'art d'une locomotive, laquelle rend peut-être assez bien l'idée de la force allègre et sûre, — si l'on n'était, avant tout, soucieux d'être conduit par elle, dans le plus bref délai, où l'on va.

L'œuvre d'art proprement dite n'a pas de telles destinations morales, démonstratives ou pratiques et l'art y est plus apparent.

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Aussi disais-jeque 1 « inutilité» est l'un des caractères, et non indispensable sans doute, de L'œuvre d'art : elle n'en constitue pas l'essence. Employé à des lins particulières ou exempt de velléités actives, l'art est toujours l'art, plus ou moins clairement manifeste.

« La réalisation de la beauté, c'est-à-dire l'expression parfaite des idées », — quelles idées?

Toutes les idées, n'importe lesquelles! Il n'y en a point que l'on doive prose rire, sauf celles qui, pornographiques ou techniques, dériveraient l'esprit du spectateur ou du lecteur vers des émotions ou des intérêts par trop étrangers à l'art. Mais, sauf cette restriction, oui, toutes les idées, les vraies et les fausses, — entre les unes et les autres, la distinction relève de la science, non de l'art, — les plus graves et les plus légères, les plus profondes et les plus superficielles, les plus claires et les plus troubles, les plus simples et les plus complexes ; celles que l'on appelle impressions et qui se donnent à peine pour des idées, tant elles sont fugitives, frêles et difficiles à formuler ; celles que l'on appelle sentiments et qui ne prétendent à nulle autre véracité que personnelle, intime ; celles, au contraire, qui revendiquent la rigueur des dogmes... Toutes les formes de la pensée, enfin.

Certaines, il est vrai, conviennent surtout à certains arts. Un artiste complet, qui aurait à sa disposition la pratique des arts divers, devrait, ('-pris de quelque idée, choisir entre les différents modes d'expression, peinture, sculpture, musique, poésie, danse, roman, etc.. celui qui la mettra le mieux en valeur. Le principe delà « séparation des genres », que. l'on a souvent formulé d'une façon, certes, beaucoup trop impérieuse et farouche, n'a pas d'autre portée... En l'ail, spécialisés, les artistes se répartissent selon la technique qu'ils ont une fois adoptée : on est peintre, ou scidpteur, ou poète, etc.; il est rare qu'on soit habile en deux sortis d'art, et tout au plus. Alors, il faut bien que l'artiste, au lieu de choisir

VELASQJJEZ. — Pablillos de Vaixadolid.

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Le mode d'expression qui convient à son idée, choisisse L'idée qui

convient au mode d'expression dont il dispose. Et choisir son idi n'est pas toujours facile De cet inconvénient inévitable, il résuit-' d'abord ceci, qui est tacheux : voilà donc L'idée soumise à L'expression, tandis que le contraire serait juste et logique.

Mais la séparation des genres n est pas si absolue qu'il faille s'affliger outre mesure de cet inconvénient-là. Les différents arts sont beaucoup plus souples et diversement applicables qu'on ne L'a dit et qu'on ne l'a cru. Certaines époques les ont spécifiés avec une netteté singulière. Les Grecs, par exemple, deL'âge classique ne les mêlent aucunement. L'esprit grec, si ordonné, l'exigeait ainsi. Mais la pensée, ensuite, n'est pas demeurée en cet état de sereine et calme certitude. Troublée, inquiète, elle a cessé de concevoir que le fini seul et le défini est réel... Oui, les modes de la penser, disons-le. s'embrouillèrent; ou. si 1 on veut, des relations nouvelles furent aperçues entre les divers ordres de phénomènes. Renan, dans la Prière sur l'Acropole, dit à Pallas Athênê : « Le monde est plus grand que tu ne crois. Si tu avais vu les neiges du pôle et les mystères du ciel austral, ton front, ô déesse toujours calme, ne serait pas si serein : ta tête, plus large, embrasserait divers genres de beauté-. » Aujourd'hui, plus que jamais encore, les arts divers tendent à se rapprocher, quelquefois à se synthétiser, souvent à se confondre. L'esthétique wagnérienne ne cherche-t-elle pas à constituer le drame musical comme la somme de tous les arts? La poésie moderne n'est-elle pas très analogue à la musique? Des peintres n'ont-ils point tâché de rendre des idées que se réservaient jadis les écrivains? Etc..

Le domaine de la peinture est illimité. Il contient la nature entière, dont l'inventaire est impossible, le monde inanimé, le inonde vivant et. entre la pierre inerte et L'homme qui s'agite, les

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