‹ L'art de Richard Wagner [microform]Chapitre 25 sur 38 · LE HOLLANDAIS — LOHENGRIN · texte numérisé non relu

LE HOLLANDAIS — LOHENGRIN

d'Eisa, et, pour la seconde fois, obtient l'absolue promesse de la jeune fille! 11 faudrait analyser en tous ses détails dramatiques l'immense crescendo passionnel de la scène dans la chambre nuptiale, depuis les doux aveux, l'illusion du bonheur tout proche (1) , jusqu'aux éloquentes supplications d'amour, et enfin à la tragique angoisse de la catastrophe inévitable. La sainteté radieuse du Gral ne ressaisit Lohengrin que lorsqu'il proclame son origine et son nom. Alors les harmonies éthérées du prélude reparaissent : le motif qui dit l'adorable Relique, et ce monde céleste, dont elle est la splendeur et la vie, plane aux hauteurs les plus aériennes de l'instrumentation ; puis les sonorités grandissent, des timbres plus vibrants fulgurent, et c'est comme une révélation de l'éblouissante Merveille ; Lohengrin, transfiguré d'extase, paraît affranchi de tout ce qui l'entitire ; ses yeux ne voient plus les réalités présentes; il parle, il énonce le Mystère, il chante la Vérité radieuse; sa nature, sadestinée se manifestent dans un épanouissement de gloire, — immortellement étrangères à l'univers de douleur où nous vivons. Puis, l'éclat tombé, la vision disparue, lorsque la détresse d'Eisa, etla sienne l'étreignent une fois encore, on sent que des larmes voilent son regard^ que son cœur se gonfle d'une ineffable souffrance. C'est l'adieu suprême à Eisa. Le Gral a repris son chevalier. L'armure blanche rayonne au lointain du fleuve, de moins en moins distincte... Et cette impression dernière que laisse en nous le drame en estla moralité artistique: malgré son charme son exquise séduction extérieure, — et par cette séduction même, — Lohengrin, écrit en des heures de mélancolie, d'inquiétude et de doute (2), est l'œuvre la plus triste que Wagner ait composée.

(1) Wir sind allein — zum ersten Mal allein!.. .

(Lohengrin, acte III, scène ii.)

(2) Cf. H.-S. Chamberlain, Notes sur Lohengrin (Revue Wagnérienne, lr« année, n» Xil, janvier 1886).

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