y-'fi
Wagner "est un poète dramatique. L'histoire de sa vie et de son évolution intellectuelle le démontre. Il suffit v d'ouvrir son Esquisse autobiographique (1) pour cons- ' f tater 1 antériorité de ses tentatives dramatiques par r^p-, -^ port à ses essais musicaux.
D'autres preuves, plus importantes encore, résultent de i'; la passion qu'il apporta à la création poétique de ses œu- ' îvres. Il vivait la vie de ses héros. Rien d'éloquent, sur ce point, comme sa correspondance avec Uhlig et avec Liszt. Voici un fragment d'une lettre adressée à ce dernier (2). « Ce sombre héros [le Hollandais maudit] ne sort plus de ma pensée! Toujours j'entends la phrase: «Ah! si tu pouvais, pâle marin, trouver Celle que tu «cherches ! » mais l'espérance: « pour le pâle marin la rédemption peut exister encore, » a disparu cependant pour moi. Il ne m'est plus de délivrance que la mort (3). Oh! quel bonheur ce serait, si la mort me rencontrait dans une tempête, et non sur le lit du malade! Oui, c'est dans l'incendie du Walhall que je voudrais m'abîmer... Considère bien mon nouveau poème [f Anneau du Nibe-
sont au contraire très profondes — où ce rôle du poète dans le drame musical estfort clairement indiqué. En voici des passages : o Au nom du Ciel, que Berlioz écrive donc un nouvel opéra ! s'il ne le fait point, ce sera son plus grand malheur, car une seule chose le peut sauver, le Drame. .. Grois-moi, j'aime Berlioz, encore qu'il s'obstine, en sa défiance, à se tenir loin de moi : il ne me connaît pas, mais moi je le connais. Si j'attends quelque chose de quelqu'un, c'est uniquement de Berlioz. .. Or, si un musicien a besoin d'un poète, ce musicien est Berlioz, et lemalheur est qu'ilse choissise toujours son poète d'après son humeur musicale, tantôt Shakespe.are, tantôt Goethe... Il lui faudrait un poète qui pénétrât complètement son esprit, qui, par enthousiasme, le contraignit, le domptât, qui fût à son âme musicale ce que l'homme est à la femme. »
{i)Autobiosr7'aphischeSkizze{GesammelteSchriften,tA ; la traduction française est contenue dans l'ouvrage : R. Wagner, Souvenirs, trad. par G. Benoit. Paris, Gharpentier, 1884, in-8).
/fl nf^^^^ ^® Wagner à Liszt, datée de Zurich, 11 février 18.53.
(3) Cf. Parsifal, acte 1, 1" tableau, paroles d'Amfortas : « Mich dunkt, etc.. »
/wn^] : il contient le commencement d'un monde et sa fin 1 »
Il s'enthousiasme pour le poème de la Walkyrie, parle de (( sa terrible beauté», et ajoute (ce qui prouve bien l'action capitale du poète dans l'ensemble de l'œuvre) : « la musique ira très vite et très aisément, car elle n'est que la réalisation d'une chose déjà achevée en ellemême (1). » Dans une autre lettre, il appelle le texte du JRing « le poème de ma vie, de tout ce que je suis et de tout ce que je sens (2) ».
Les jïrands artistes vivent ainsi leurs créations. Épris d'humanité, ils créent avec la vie réelle une nouvelle vie, réelle également par sa vérité intime, oii, délivrés des impossibilités communes, affranchis des accidents multiples qui masquent le fond des choses et l'intérieur des âmes aux artistes de second ordre, ils se sentent libres de souffrir et d'aimer. Eschyle lait de Prométhée le héros de son rêve, réconcilié avec Zeus après des siècles de supplices ; dans la bouche d'Antigone, Sophocle met la sainte parole humaine, qui proteste contre tout l'ancien monde, ses lois, ses intérêts, ses vertus politiques ellesmêmes, — pressentiment sublime des âges nouveaux. Hors de l'univers qui le proscrit, aux régions illimitées que fait surgir son imagination, Dante pleure sur Francesca et Paolo, pour qui l'Enfer n'aurait point dû s'ouvrir; il rencontre Matelda, au Purgatoire émaillé de pâles fleurs ; il suit la vision de son amour et de sa foi, la Béatrice glorieuse, vêtue de flamme vive, aux cycles lumineux du Paradis. L'immortelle vie de Shakespeare, celle qu'il a vécue en puissance, dans le tumulte de ses créations, se déroule sur le balcon de Vérone, où Juliette attend Roméo, sous les voûtes fatales d'Inverness, dans les repaires de la Tour de Londres, par la lande où hurle l'infortune du vieux Lear, et dans cette île lointaine
(1) Lettre de Wagner à Liszt, datée du 16 juin 1852.
(2) Lettre de Wagner à Liszt, datée de Zurich, 9 novembre 1852.
qu'enveloppent les tourmentes des Bermudes, où chantent les génies aériens, où Ferdinand reçoit le chaste aveu de Miranda. Goethe, ce calme esprit dont nulle souffrance réelle ne paraît émouvoir la haute sérénité, transporte dans son œuvre toutes les passions qui le pourraient éteindre; il se délivre de la vie par l'évocation artistique d'une vie nouvelle. Il aime les seules amantes que son génie s'estdonnées : sa tendresse est pour Glaire, l'amoureuse d'Egmont, fleur brisée par la chute de l'arbre, dans l'orage des luttes politiques et nationales, et pour Gretchen, perdue, abandonnée, résumant en~~elle toute la détresse de la femme. Balzac vit avec les héros de son œuvre colossale, s'inquiète de leurs aventures, éprouve les passions qu'il leur prête, au point de croire à leur existence objective...
Wagner présente avec Goethe ceci de commun que pour lui aussi poésie fut délivrance, et, par ce mot poésie, qui peut recevoir plusieurs sens, il faut entendre la création, la réalisation artistique d'un personnel rêve de vie. Pendant de longues années, il médita ses drames, simplifiant et concentrant toujours les premières esquisses qu'il en avait tentées, et procédant à leur exécution définitive, le moment venu, avec une incroyable ardeur (1). Cette exécution passionnée de ses œuvres fut plusieurs fois l'issue d'une vraie crise morale, par exemple pour Tannhauser, pour Lohengrin, pour Tristan. Et cet état moral a toujours immédiatement réagi sur le musicien,
(1) Vers 18'i3, Wagner commença à s'occuper -du cycle du Saml-Gral : à la fin de l'année 1854, il fit apparaître Parsifal dans sa première ébauche de Tristan. En 1855, 1^36 et 1857, il esquissa quelques parties du drame futur de Parsifal, et fît même quelques essais musicaux. Pendant huit années, il médita cette œuvre, sans préjudice de ses autres travaux, continua 1 esquisse conimencée, et c'est en 1864 que le projet fut définitivement établi, scène par scène, avec de nombreux passages ébauches ; au printemps de 1877, il reprit et acheva promptement le poenie L'œuvre, on le sait, ne fut représentée à Bayreuth ^«ft^Sol A ^ ^^""^ ^^Onérienne. 2' année, n» VII (août 18SH),pp. ^2U-j^l. On pourrait indiquer une genèse analogue pour les autres grands ouvrages du maître. » i-
if^-tp' '^ :■% '. '^^;i 'fifjfC
8 L'ART DE RICHARD WAGNER i -^^ !:
qui d'ailleurs ne peut jamais être dissocié du poète. Wagner raconte que lorsqu'il composa la musique de Tannhauser, il n'avait qu'une crainte, celle que la mort vînt le surprendre avant qu'il eût fini son œuvre (1).
Wagner est poète par l'Idée et par l'Émotion. L'examen, même superficiel, de ses œuvres, permet d'affirmer que l'auteur de ces grands drames n'est pas seulement « son propre librettiste », comme beaucoup paraissent le croire. Ce ne sont pas des livrets d'opéra qu'il a écrits, dans une langue meilleure que celle des librettistes ordinaires. Ce ne sont pas non plus des poèmes de pure littérature, ouvrages de styliste en quête d'archaïsmes et de formes rares.
Il n'y a nul rapport entre un librettiste, qu'il s'appelle Da Ponte, Gazalbigi, Scribe, Kind, de Wailly, et l'homme qui a conçu Tristan^ VAnneau du Nibelung, Parsifal. Les écrivains que nous venons de nommer essayèrent de prévoir des effets extérieurement lyriques, d'établir un canevas ingénieux sur lequel la riche broderie musicale pût s'épanouir facilement. Si quelques types humains se sont dégagés de leurs conceptions médiocres, c'est au compositeur qu'on le doit, et non à leur personnel efïbrt. Wagner, lui, ne s'est préoccupé que de l'essence passionnelle de la musique^ de son intime force, de cette « pure humanité » — i)as Reinmenschliche » — qu'elle seule exprime avec une liberté complète. C'est en partant de ce principe qu'il a écrit ses poèmes, et la réalisation musicale, venue plus tard, s'y est incorporée avec une aisance merveilleuse : ils étaient naturellement propres à la musique, étant naturellement simples et humains. Mariage sublime, où nulle servitude n'appa-
(1) Eine Mitlheilung an meinen Freunden{Gesammelte Schriffen' t. IV, pp. 343-344).
raît I Le poète délivre le musicien de toute limitation conventionnelle, et le musicien, à son tour, est le libérateur du poète, qui n'a plus à tenter de vaines recherches, et qui sent décuplée la puissance de suggestion de sa parole.
L'idée directrice, en chaque drame de Wagner, implique un désir résolu de s'écarter des sujets exploités couramment par les compositeurs, du banal prétexte à musique que leslibrettistes accommodent décent façons, tout en s'abstenant d'y introduire une signification nouvelle. Rien, dans la conduite de Tannhâuser à l'égard d'Elisabeth, qui ressemble au rôle, à l'attitude ordinaires de l'amoureux d'opéra : oii d'autres se borneraient à reprendre l'histoire immodifiable de l'amour partagé et des obstacles qui s'interposent, Wagner agite la question de l'éternité, de la possession intérieure du souverain bien, du salut, —salut réel pour le chrétien, symbolique pour l'homme qui ne croit pas. Au drame familier des Maîtres Chanleurs, si charmant et si émouvant en sa simplicité, il ajoute délibérément une haute idée d'art. Que,dire du Ring? Renoncement, rédemption, lutte des sens et de l'esprit, de la convoitise brutale et de l'amour qui s'immole, tout cela s'y développe en une cosmogonie symbolique.
En tous ces grands drames, c'est le problème de la vie qui se pose, c'est un des aspects de notre destinée que le poète nous présente, mais non d'une manière abstraite, et sans aucune tendance à la spéculation philosophique. Toujours l'homma vivant est mis sous nos yeux; toujours le sentiment humain, la parole humaine, l'acte humain nous sont montrés dans leur vérité la plus émue. Wagner n'est à aucun titre un littérateur, au sens habituel de c^ terme; sans doute il sait les formes littéraires, il les exerce, mais sans jamais s'y complaire, sans les rechercher pour elles-mêmes. Il ne fait point métier de la littérature, il ne prend pas l'instrument pour
la fonction^ le moyen pour le but. Il ne consent à traduire que ce qu'il sent, et comme il le sent. Sa technique poétique est puissante, sa technique musicale est splendide, mais, en l'une et l'autre langue qu'il emploie, c'est l'humanité seule qu'il se soucie d'exprimer. Gomme le Faust de Goethe, il a pu dire, au moment de créer les héros de son drame : « Je me sens le courage d'affronter la réalité du monde, de porter la douleur de la terre et sa joie î »
A chaque scène, le pocte dramatique se prouve^ par l'élévation de l'idée, le choix intuitif du détail caractéristique, la force et la profondeur de l'émotion. A tout instant, c'est une invention neuve, directement jailliede la vie/réelle, éloquemment expressive de notre humanité. C'est le brusque changement d'attitude de Sieglinde, la clameur éperdue de la mère : « Sauve-moi, sauve mon enfant ! » Gest, en un autre passage du même rôle, ce trait si véridique, le souvenir reparu dans le rêve, l'ancienne angoisse et l'ancienne catastrophe revues en l'hallucination d'un sommeil troublé : « Si seulement le père rentrait à la maison!... » C'est le cri de Tannhauscr terrassé par la miséricorde divine: « Dieu tout-puissant, louange à toi ! grands sont les miracles de ta grâce ! » C'est la prière d'Eisa tombant à genoux, en la minute tragique où se joue sa destinée; c'est le cri de Parsifal s'arrachant aux bras de Kundry: « Amfortas! la blessure! )J Et le salut suprême à Brùnnhilde, qui chante sur les lèvres de Siegfried expirant; et la mort extatique d'Isolde;et cette simple parole du bon Hans Sachs: « Ecoute, enfant, — voici un chant de maître! .> C'est l'intercession d'Elisabeth, et les premiers mots que murmure Senta, en un réveil mystérieux de son âme, après que le Hollandais a parlé...
Le poète dramatique est complet en Wagner : l'ironie et le rire lui appartiennent aussi. Toutes observations faites sur le caractère national que les éléments
comiques d'une œuvre comportent toujours plus ou moins, il demeure cependant avéré que le créateur de Beckmesser et de Mime a été, occasionnellement, un maître du rire sain, puissant, né des choses plus que des mots,issu, — comme l'émotion elle-même, — delà franche réalité. Les intonations de Mime sont comiques, ses grimaces et ses discours également, mais ce qui l'estsurtout, c'est le fait dramatique de l'opposition qui s'établit entre lui et Siegfried, entre le nain laid, débile, fourbe, et le héros libre, beau, joyeux. L'un est la caricature de l'autre: Siegfried forge le glaive redoutable qui doit briser la lance sainte de Wotan, Mime cuisine ridiculement dans un coin de sa hutte. Beckmesser encore est une sorte de caricature de Walther, et le rire naît tout naturellement de son aspect, de ses faits et gestes, de ses déconvenues. Wagner, qui n'a jamais respecté la convention des genres, a introduit le rire et la raillerie en des rôles dont le caractère d'ensemble n'est aucunement comique, ceux, par exemple, des Filles du Rhin, de Loge, de Siegfried; car il ne perd de vue, en aucun cas, la complexité delà nature humaine, la variété de langage et d'actions du personnage le plus simple, — sans d'ailleurs tomber dans l'erreur des dramaturges romantiques, et bâtir une arti- " ficielle théorie sur le rôle du grotesque et du hideux au théâtre. Wotan lui-même connaît le rire, si fugace qu'en soit l'apparition sur ses lèvres. Et Wagner demeure poète en cet heureux réalisme : après la comique mêlée où Beckmesser est bâtonné par l'apprenti David, où voisins et voisines s'interpellent, se bousculent^ échangent force injures et horions, la trompedu veilleur résonne; chacun rentre en hâte chez soi, la place demeure vide, et la paix d'une belle nuit d'été s'étend sur la ville silencieuse: à l'orchestre, le motif de la burlesque sérénade succède une fois encore aux mélodies de la brise caressante, et ses trois dernières notes, lentement répétées, s'idéalisant tout à coup d'une féerique douceur, ouvrent à l'imagination le monde vaporeux des rêves. ..
Cette poésie, Wagner en étend la persuasion et le charme à toutes les parties de son œuvre, aux personnages les moins importants, à ceux que la plupart des dramaturges ne manqueraient pas de sacrifier. Cette observation humaine, qui donne à la poésie sa valeur expressive, son durable intérêt, s'affirme dans tous les sentiments mis en scène par Wagner, qu'ils émanent des protagonistes du drame ou des plus humbles comparses. L'attendrissement divin de la passion, la vérité d'une adoration confuse mais intense (comme les âmes en quelque sorte rudimentaires l'éprouvent fréquemment) se retrouvent dans le rude personnage de Fasolt,au dernier tableau du Rheingold : lorsque le géant scrute les interstices du monceau d'or, et voit briller l'œil de Freia, la déesse de la beauté, lumière et sourire de la vie — Freia, perdue à jamais, dans un instant, pour son désir, — son cri prend une déchirante expression d'amour et de regret. Les figures diverses des maîtres chanteurs, Yogelgesang, Kothner, Nachtigall, sont réalisées sobrement, mais avec la même sûreté de dessin, la même justesse de couleur que les personnages essentiels de l'admirable comédie lyrique. David est aussi vrai que Walther, et la cour qu'il fait à Magdalene, si amusante par comparaison avec l'amour qui lie les cœurs du jeune chevalier et d'Eva, a aussi sa note touchante, gentiment émue. Pogner rentre au logis, avec sa fille, tandis que le crépuscule descend peu à peu sur Niirenberg ; il songe au lendemain, aux déterminations qu'il faudra prendre, il s'étonne du silence d'Eva, se demande quelles pensées, quels espoirs ou quelles mélancolies s'y abritent : «Et toi, mon enfant, tu ne me dis rien ? — Und du, mein Kind, du sagst mir nir.hts?... » La grave affection, les préoccupations du père, le trouble caché d'Eva, plein d'inquiets désu's inexprimés, ces deux états d'àme, en un mot, si vrais, si humains, sont merveilleusement suggérés par un très petit nombre de phrases, que prolonge et commente la plus discrète, la plus délicieuse symphonie.
Wagner est poète dramatique par la direction générale de son esprit, par les pages décisives qu'il a écrites sur le Drame, par l'ensemble de ses œuvres critiques, et par sa haute compréhension des poètes et des dramaturges. Sans analyser ici ses ouvrages didactiques, sa correspondance connue et ce qui a été recueilli de ses opinions oralement émises nous rappellerons l'immense admiration qu'il professait pour Homère (1), ses pénétrants aperçus sur l'esprit du drame de Shakespeare et du drame grec, dans Oper und Drama, et même sur le théâtre de nos classiques (2), sur Dante, — encore que l'on ait le droit de contester son point de vue, — sur Calderon (notamment dans ses lettres à Liszt), sur Schiller (3), sur Gœthe (4).
Wagner enfin est poète dramatique par les rapports divers qui existent entre son art et celui des autres maîtres du Drame, par les influencés que ces maîtres ont exercées sur lui, par l'indépendance aussi avec laquelle il
(1) Bayreuther Bl'àtler, année 1879, p. 189.
(2j Oper und Drama {Gesammellu Schriften, t. IV, p. 11).
(3) Dans Oper und Drama, Wagner dit ingénieusement que Schillei" « plane entre ciel et terre », à condition d'appeler « ciel • la forme d'art de la tragédie grecque et « terre » le roman pratique de notre temps {Gesammelle Scliriften, t. IV, pp. 34-3S).
(4) "Wagner a profondément compris Gœthe, et c'est peut-être le génie auquel il ressemble le plus, comme étendue et puissance de conception artistique, comme ouverture et élévation d'esprit, comme amour également de la vie et de l'harmonie dans « la riche beauté vivante » (Faust, Prologue dans le Ciel). Mais, au point de vue de la forme dramatique et de la prédominance absolue du sentiment humain, il a subi davantage l'influence de Schiller. Je rappellerai une page curieuse de Wagner, où le poète-musicien loue « le profond regard universel » [tiefer Weltblick) de Gœthe, compare incidemment le rapport d'âmes de Faust et de Nféphistophélès (l'esprit qui dénigre, « qui nie ») à celui de Don Quichotte et de Sancho, et déclare que Faust, tout admirable qu'il soit, est un drame «impossible». [Bayreuther Bldtter, année 1879, pp. 190-191). Cf. Das Kunstwerk der Zukunft, au tome III des Gesammelte Schriften (p. 132).
i* ~ L'ART DE RICHARD WAGNER
a SU méditer leurs œuvres, en dégager l'inférieure vérité, profiter de leurs conquêtes artistiques, sans jamais les imiter. Il a connu et aimé ses grands aïeux, en particulier Eschyle, Sophocle, les portes du moyen âge Irançais et allemand, et Shakespeare, Gœthe, Schiller; l'étcde de sa filiation artistique, — étude où s'accuserait en même temps la glorieusf^ autonomie de son art, — comprendrait toute une série de rapprochements, les uns pour marquer les analogies, les autres pour mettre en lumière les ditlérences. Le plan et la nature du présent ouvrage ne comportent pas la série de chapitres qu'exigerait une aussi vaste matirre. Mais, examinant tour à tour les principaux aspects du Drame wagnéiien, et. plus tard, les créations humaines qui peuplent celte œuvre colossale, nous essaierons de préciser quelque>-uns des rapports dont l'existence n'est annoncée ici qu'en termes généraux.