CHAPITRE IV
Mélodie de paroles, le vers est le centre et l'élément générateur de l'expression dramatique.
(Opéra et Brame.)
Au matin de la Saint- Jean, Hans Sachs écoute le rêve d'aurore que lui raconte Walther. Il prodigue au chevalier les conseils de son expérience, et lui apprend à envisager sans colère l'erreur de ceux qui méconnurent la fougue d'une printanière inspiration. Sa parole réconforte le jeune homme, l'amène peu à peu à dire le songe de son amour : « Je crains, objecte Walther, qu'il ne soit déjà sorti de ma mémoire... — Ami, lui répond Sachs, c'est là justement l'œuvre du poète, de remarquer et d'expliquer ses rêves. Croyez-moi, la plus véridique des illusions humaines est encore celle de nos songes; tout l'art du poète, toute la poésie, n'est que l'interprétation de ces songes suivant leur intime réalité... Prenez courage, et faites-moi un chant de maître! — Un beau chant, un chant de maître : comment saisirai-je entre les deux la différence? — Ami, en l'aimable temps delà jeunesse, lorsque de fortes aspirations soulèvent notre poitrine, dilatent notre cœur vers l'extase d'un premier amour, il arrive à beaucoup de chanter une belle chanson : le printemps l'a chantée pour eux! Mais quand viennent l'été, l'automne et l'hiver, les soucis de la vie et sa détresse, et aussi le bonheur du mariage, — ici les enfants à baptiser,
là les affaires, les contestations... ceux qui réussissent encore à créer de beaux chants, ceux-là, — on les nomme maîtres ! »
Prenons au sens le plus large ce discours familier, si profond et généreux en môme temps. Le vrai poète, le maître complet, est celui qui possède le don de l'émotion, lyrique ou dramatique, et le pouvoir de l'exprimer, non seulement dans un transport juvénile, en cette phase de prime jeunesse où la fraîcheur, la vivacité du sentiment prêtent à toute parole une passagère éloquence, mais plus tard encore, avec la compréhension des hommes et des choses, malgré les hasards et les luttes. Le chant des maîtres se dégage de l'existence réelle, de toutes ses joies et de toutes ses épreuves. La poésie, c'est le rêve né de la vie; c'est la vie s'expliquant dans les créations de l'art.
Quant à la forme, à cette forme harmonieuse et forte que doivent revêtir le sentiment, la pensée du poète, comment la choisu-, comment la soutenir et la développer? Ne méprisez pas les règles, dit Sachs, et comprenez de quel désir elles sont issues: «Ceux qui les instituèrent furent des maîtres, des esprits cruellement étreints par les peines de la vie. En l'àpreté de leurs aspirations douloureuses, ils se firent une image, un modèle, qui leur conservât, clair et ferme mémorial, l'heureux amour de leur jeunesse, et dans lequel ils pussent reconnaître le printemps disparu. » Voilà quel fut l'esprit véritable de ces règles^ dont la lettre peut sembler étroite et stérile. « Je vous apprendrai les règles, continue Sachs, mais c'est votre chant qui m'en renouvellera le sens. » Et plus loin il recommande à Wallher de se faire une règle à lui-même, de choisir lui-même la forme initiale de son chant; quant à lui, Sachs, « il s'occupera du reste, » c'est-à-dire qu'il veillera à ce que le jeune chanteur développe logiquement, régulièrement cette forme.
Cette belle scène des Meislcisi» ger do\l nous intéresser à plus d'un point de vue, et l'enseignement de Sachs yest