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XXIV. — Tisanes nntincrvenses

C’est notre dernière catégorie : tisanes antinerveuses, antispasmodiques. Le nom seul en indique l’usage. Connaissez-vous rien de plus désolant que ces maladies appelées anomalies nerveuses. Point de fièvre, une figure de prospérité, des couleurs roses et fraîches, enfin toutes les apparences de la santé, et derrière tout cela des souffrances atroces. Les maladies nerveuses sont d’autant plus pénibles qu’elles n’excitent la compassion de personne. Et puis, comme ce vieux Protée, qui prenait à sa guise toutes les formes, toutes les tournures, elles renferment mille degrés, mille variétés, mille caractères. Depuis la simple vapeur jusqu’à la crise proprement dite, depuis le tic du visage jusqu’aux plus horribles convulsions, on trouve bien des milieux, bien des différences, bien de pénibles détails. Les nerfs sont comme les langues d’Ésope, ils ont leur côté excellent; c’est par eux que nous sentons, que nous apprécions l’existence, que nous vivons en quelque sorte; mais aussi, c’est par eux que nous arrivent les douleurs les plus cuisantes, les tortures les plus pénibles, les épreuves les plus difficiles.

La médecine, devant les maladies nerveuses, est souvent contrainte d’avouer humblement son impuissance. Elle les attaque avec courage, elle y déploie toute sa logique et la plus savante stratégie. Le mal, comme un diable malin, reste invulnérable et rit de toutes ces attaques Parfois, pourtant, il fait la grimace, et, s’il n’est pas tué sur place, il est du moins contraint à la retraite ; c’est que, par bonheur, on a trouvé le défaut de la cuirasse, c’est

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qu’on a frappé juste. Les tisanes antinerveuses sont les armes qui y réussissent assez souvent.

Cette dernière catégorie comprend les infusions de fleurs de tilleul, de fleurs et feuilles d’oranger, de feuilles de mélisse et de menthe, de racines de valériane et de toutes les plantes aromatiques pourvues de principes hudeux actifs.

Toutefois je ne veux pas être la cause de quelques fautes en fait de médicamentation, et je dois taire remarquer que les boissons anlinerveuses, dont je viens de donner la nomenclature, ne conviennent point dans les maladies nerveuses compliquées de symptômes inflammatoires. Avant de les administrer, il est bon de questionner le malade, d examiner si sa langue est rouge, de tâter si le pouls est fébrile, de savoir enfin si, derrière les accidents nerveux, ne se cachent pas les principes d inflammation. Et, dans ce dernier cas, il conviendrait d avoir recours aux simples tisanes délayantes.

Il existe sans doute bien d’autres sortes de tisanes : les diurétiques, les vermifuges, que sais-je, moi? Mais j ai dû me borner à la classification médicale, et ne m ariêter qu’aux boissons dont on fait un usage plus fréquent et

plus habituel. .

Au lieu de compter tant de sortes de tisanes, il serait a désirer que l’on pût avoir une tisane unique, susceptible de convenir à toutes les maladies. Les anciens, a\ec leur tisane d’orge, croyaient avoir résolu le problème, mais les modernes pensent qu’il est insoluble. « Ce n’est pas, dit M. Merat, qu’on ne puisse donner une boisson qui ne fera jamais de mal, et la tisane commune des hôpitaux, composée avec le chiendent et la réglisse, est dans ce cas ; mais il y a loin entre ne pas nuire, quoique cela soit déjà précieux, surtout dans les affections obscures, et être utile et médicamenteux. Dans le doute abstiens-toi doit être

ici fa devise à suivre, et il vaut mieux n’employer que des moyens insignifiants, mais sans danger, que de se servir de ceux qui pourraient présenter quelque incertitude dans leur application. »

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