II. — Fomentations
Tout en racontant la burlesque histoire de la famille Sylvestre, j’ai dit que l’ignorance de ces braves gens était un fait exceptionnel, attendu que tout le monde connaît ou croit bien connaître un cataplasme, et que le plus «rand nombre des gens savent plus ou moins bien le préparer. Si je suis entré sur ce sujet dans tant de minutieux détails, c’était pour éclairer les demi-savoirs, redresser de nombreuses erreurs et combattre de vulgaires préjugés. Je tenais surtout à enseigner une manœuvre expéditive, une méthode simple et capable de venir en aide aux embarras trop fréquents des personnes qui soignent les gens souffrants, et aux longueurs, souvent désolantes, des gardes-malades qui ont moins d expérience que
de bonne volonté. . ,
J’estime que, sur cent personnes obligées de préparer un cataplasme, un bon tiers n’y connaissent rien, et un autre tiers ne s’en acquittent que médiocrement.
Que dirai-je donc à propos des fomentations .
Non-seulement beaucoup en ignorent le nom, mais, parmi ceux qui connaissent cette dénomination, il n y en a pas un quart qui savent préparer la chose.
Bien entendu, je ne donne là qu'une estimation approximative- j’ai dit, dans mon livre des Grandes et petites misères , en parlant de la rage, combien peu j’étais partisan des statistiques, la plupart du temps inutiles. - Je crois qu’avec du temps et de la patience, accumulant observations sur observations, dénombrant les ignorants, les demi-savants et les vrais connaisseurs, additionnant, sous-
trayant, posant de savantes équations, en un mot, appelant à mon aide 1 arithmétique et l’algèbre, je pourrais, tout comme un autre, me montrer mathématicien. Je ne le ferai point, soyez tranquille, j’aurais trop peur d’ennuyer mathématiquement mes lecteurs.
Le mot fomentation, tout bien pesé, n’est pas plus épouvantable que celui de cataplasme; il est moins connu parce qu’il est moins employé; il faut s’y faire, voilà tout ün appelle fomentation l’application faite sur des parties malades d’un liquide médicamenteux, application faite par l’intermédiaire de compresses en toile ou mieux de
compresses en flanelle. — Oui, ma foi, c’est aussi simple que cela. r
Malheureusement, malgré sa simplicité, cette petite manœuvre est mal exécutée, parce que, n’étant pas assez expliquée, elle est généralement mal comprise.
HI. — Utilité des fomentations.
Toutes les fois qna.je me suis trouvé devant des cas analogues a ceux dont ,1 est parlé dans les deux petites couveisations medicales relatées plus haut, j’ai prescrit des
Ie”iœsa“°”S’ Ct S°Uïent e“eS °nt re"du '“"contestables
ca «rst : des, ?ppir
des femmes exagérément sensibles, à de tout petTs^nfcnte plasmas? fonK"lati°"s <k préférence aux cala"
Parce que les fomentations, beaucoup plus légères mu.
tassa**
taptemes,U’elleS “ déph“"‘ bw*°at ca-
72 ENCYCLOPÉDIE DE LA. SANTÉ
Parce qu elles ne fusent point, se refroidissent moins vile et peuvent être appliquées sans inconvénient sui des surfaces très-étendues.
Mais, quand j’ordonne des fomentations, j’ai grand soin
d’indiquer la manière de les bien faire.
|V. Comment se préparent les fomentations ?
Comment doivent-elles être appliquées t
Je ne dis pas tout simplement aux personnes chargées de soigner mes malades : — Vous allez faire des fomentations. , a .
La plupart du temps on relèveràu la tête avec inquiétude et on me regarderait avec des yeux qui voudraient
dire :
— Nous ne comprenons pas.
Ou bien, clignant les paupières d’un air entendu etpailant bien vite pour dissimuler l’ignorance, tenant à paraître tout savoir, on me répondrait :
— Très-bien, monsieur, soyez tranquille, nous n y
manquerons point. ,
Et, au lieu de fomentations, on exécuterait des lotions
pénibles ou des frictions douloureuses.
Je dis tout simplement (et faites bien attention, cliei lecteur, car c’est pour vous que je relate ces renseigne-
— Vous allez préparer un litre environ d’eau de guimauve bien grasse, - ou bien de décoction de graines de lin, — quelquefois je recommande de joindre a la guimauve ou à la graine de fin un peu de tète de pavot.
— Bien, monsieur.
— Vous retirerez du feu le liquide encore bouillant et vous le verserez dans une terrine en décantant, c est-a-dire
de façon à ce que les résidus des plantes restent dans la bouillotte qui a servi à faire la décoction.
— Bien, monsieur.
— Alors vous prendrez un morceau de flanelle qui, plié en double, puisse représenter la grandeur des parties qu’il s’agit de couvrir ; — vous plongerez cette flanelle dans la terrine et vous attendrez quelques instants afin que votre compresse de laine ait le temps de bien tremper et que la décoction perde un peu de son extrême chaleur.
— Très-bien.
— Cela fait, vous retirerez la flanelle du liquide; vous pouvez agir avec les mains nues si vous avez la peau dure, aguerrie, ou sinon vous pourrez mettre de vieux gants. 11 ne s’agit de rien moins que d’exprimer presque tout le liquide dont la compresse se trouve imbibée. Vous retirez brusquement, vous élevez bien en l’air, au-dessus de la terrine, laissant égoutter quelques instants, et puis vous prenez la flanelle par les deux bouts opposés, vous tordez, vous tordez le plus possible.
— Compris.
— Cette compresse, que vous appliquerez sur la partie malade, et qui constituera ce qu’on appelle une fomentation, doit agir par sa chaleur et par son adoucissante humidité; mais il faut que la température en soit supportable, et je désire qu’elle ait été si bien tordue, qu’il ne puisse en sortir, quand elle sera en place, aucune goutte de liquide.
— Vous serez obéi.
— Après avoir bien étendu la flanelle, vous la pliez en deux, puisque je 1 ai demandée double de la surface à couvrit, vous la placez sur lespartiesen souffrance; vous mettez ensuite une compresse sèche, de toile ou de coton, et enfin vous iecouvrez le tout d un morceau de taffetas gommé, de
•j4 ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ.
toile cirée ou de caoutchouc, en un mot d’un plastron imperméable, qui maintiendra longtemps cga e a c talent de la flanelle humide, et qui empêchera la fomentation de mouiller le lit du malade ou les autres régions du
L° On me remercie, car on est enchanté d’avoir appris, d’être bien renseigné, et l'on exécute convenablement.
Du reste, quand j’ai affaire à des intelligences trop épaisses quand j’ai peur qu’une simple explication verbale ne soit pas suffisante, je suis l’exemple que m a donne si souvent l’illustre Récamier: je fais préparer la dec lion, la flanelle, les compresses de linge et la toile cire , et i’exécute moi-même; non-seulement je dis, mats je moiilre. 11 n’est rien de plus sur que de démontrer en
agissant.
Applications des poudres sèclie».
11 est des cas ou l’humidité d’un cataplasme ou d’une
fomentation , si bénigne et si émolliente qu’elle soi ,
devient contraire et pernicieuse, par conséquent, a cer
taines maladies; c’est au médecin à le savoir, a en avertir,
à apprécier, en un mot. Mais, comme on ne consulte pa»
toujours le médecin pour appliquer les adoucissants ni -
oaires sus-mentionnés , j’ai eru bon d'en prévenir et d ex-
°i:mipr brièvement ce médical avertissement, pliquer Dneve rtirtre humide, un cancer
Je suppose un erysipele, une dartre ïiumm
ulcéré Toutes ces affections déterminent dans tes t «ss
nu’elles envahissent, sur les surfaces qu elles occupai ,
Z S,:„. d. nun.mm.«io» cl üe cmsaurns ouleui, ,1
semble qu’en les «ton* ^
fomentation on apaisera '«Xera ïliiccndie. Point! 0,1 diminuera l’irritation, on modeieia 1 inccnoie.
La chaleur et l’humidité des médicaments en question semblent aider, au contraire, à la marche envahissante de l’érysipèle, paraissent faciliter l’extension des dartres humides, et accélérer les progrès destructeurs d’un cancer arrivé à la période d’ulcération.
Et cependant il faut chercher un moyen d’adoucir un peu les douleurs, souvent poignantes, déterminées par ces diverses maladies.
C’est pourquoi, outre les baumes et les pommades, le médecin prescrit souvent des espèces de cataplasmes secs et pulvérulents, c est-à-dire qu’il conseille de saupoudrer les surfaces en souffrance, soit avec de la poudre d’amidon, soit avec de la poudre de riz, soit avec telle ou telle farine.
Ces poudres peuvent être variées de plus d’une façon, avoir des propriétés non-seulement adoucissantes, mais astringentes, narcotiques même ; c’est au praticien qui les ordonne à en décider; mais, comme la plupart du temps le docteur laisse aux gardes-malades le soin d’appliquer les poudres, il est utile, dans un livre comme celui-ci, de
donner quelques renseignements sur ce genre d’application.
— Details utiles.
Disons d’abord que toute poudre destinée à être appliquée sur une surface douloureuse doit être excessivement fine, porphynsée impalpable, comme disent les pharmaciens, c est-à-dire qu’en en roulant une pincée entre les doigts, on ne doit sentir aucun grain, aucun grumeleau auçune aspérité. ° ’
Pour amener la poudre à cette perfection, on est obli-é non-seulement de ta piler longtemps, de la broyer minubeusement mats il faut la soumettre au creuset d'un nble, c est-a-dire la passer à travers un tamis.
76 ENCYCLOPÉDIE DE LA. SANTÉ
Disons ensuite que l’application d’une poudre sèche sui une surface douloureuse est une manœuvre la plupart du temps bien facile à exécuter, mais que parfois cela devient une opération délicate.
Tant qu’il ne s’agit que de saupoudrer une région qui n’est point entamée, une région plane comme celle du ventre, ou creuse comme celle des aines, la chose est simple comme bonjour. Je le reconnais parfaitement. Qui n’a pas vu des nourrices ou des mères de famille saupoudrer de lvcopode ou d’amidon les cuisses, les aines et toutes les parties inférieures des petits enfants? qui ne sait que bon nombre d’élégantes, se regardant plusieurs fois par jour dans la glace, se couvrent le visage et le coud une poudre de riz qui donne à la peau plus de veloute et de blancheur? Toutes ces dames, coquettes ou nourrices, ont une espèce de pinceau, fait en duvet de cygne, qu elles appellen houppe ou houppette, et à l’aide duquel el es prennent et étendent la poudre avec la plus grande facilite.
Les personnes qui soignent les malades n ont pa& besoin pour saupoudrer d’y mettre tant de délicatesse et de cérémonie; la main est meilleure que la houppette, attendu que la main prend beaucoup plus de poudre, et qu en la projetant avec adresse, en l’étendant avec douceur, on applique beaucoup plus de poudre de cette maniéré
Quand il faut saupoudrer une région ronde et déclive, par exemple, l’avant-bras, la nuque ou les mollets, si on veut que la poudre reste en suffisante quantité sur les sur faces, ,1 faut l'y appliquer et l'y reten.r d'une tout autre
f3‘— ’comniis. compris, vont répondre les habiles; nous étendrons fa poudre sur un linge d'abord, et puis nous appliquerons sur les surfaces malades comme s il s agissa.t d'un linge cératé ou d'un cataplasme ordinaire.
Ce n’est point cela du tout; la poudre placée de celte
façon a itour d’un mollet atteint d’érysipcle, par exemple, n’y resterait pas étendue deux minutes, car toute poudre sèche est mobile et. glissante, et, ne pouvant être retenue par une compresse de linge dont la surface est toujours plus ou moins lisse, la poudre, à peine appliquée, tomberait et se réunirait en paquet à la partie la plus déclive de la région saupoudrée.
— Comment donc faire?
Vous voyez que voilà déjà les complications qui commencent. — Vous prendrez de la douce et bonne charpie, vous en préparerez ce qu’en terme de chirurgie on appelle un gâteau (nous reviendrons sur les gâteaux de charpie au chapitre des pansements); vous placerez ce gâteau sur la compresse de linge, et, c’est sur le gâteau que vous étendrez la poudre qu’il s’agit d’appliquer.
De la sorte, en effet, la charpie, formant une foule d aspérités et d anfractuosités, retiendra la poudre à sa place et l’empêchera tout mécaniquement de glisser.
Mais voilà bien une autre affaire : ce n’est plus une surface lisse et sèche qu’il s’agit de saupoudrer, c'est une dartre humide, c’est un ulcère. A la première opération, vous n’épro averez pas une grande difficulté, c’est possible; car vous pourrez prendre le moyen que je viens d’indiquer : gâteau de charpie, compresse de linge et léger bandage pour tout attacher solidement; mais, le soir ou le lendemain, quand il faudra renouveler le pansement et recommencer la manœuvre, oh! je vous en avertis, vous trouverez plus d une difficulté, plus d’un obstacle.
lu La charpie se trouvera collée en certains endroits- 2 1 appareil enlevé, il restera sur la plaie une partie de la poudre que vous y avez appliquée la première fois Or il faut adroitement décoller la charpie, et c’est avec une dexterite peu commune qu'il s’agit d’enlever l’ancienne poudre pour la remplacer par une nouvelle.
78 ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
C’est en humectant le point collé de la charpie, en l humectant avec une éponge douce, imbibée d eau tiède, que vous parviendrez à la décoller sans écorcher ni faire
souffrir.
C’est en lavant la plaie que vous avez a nettoyer que vous la débarrasserez des grumeleaux de poudre qu’il est urgent de faire partir. — Pour cela, vous faites courir sur la région malade une nappe d’eau émolliente que vous produisez en exprimant une grosse éponge au-dessus des parties malades et que vous recevez dans une cuvette mise
par dessous. . ...
Quand il se trouve des creux, des trous, on les debarrasse de leur poudre, d'abord en Ôtant le plus gros avec une spatule et ensuite en douchant doucement avec une
petite seringue à injection.
Pour essuyer, vous placez une compresse seche sur les parties humectées, vous appuyez légèrement partout et
vous relevez avec précaution.
Maintenant que vous êtes renseigné, j espere que vous mettrez tous ccs détails à profit, et je suis sûr que vous ne direz plus : 11 n’est rien de plus facile et de plus simple au monde que de saupoudrer des surfaces atteintes de maladies qui réclament ce genre de médication.