‹ L'art de soigner les maladesChapitre 27 sur 124 · VII. — Embrocations · texte numérisé non relu

VII. — Embrocations

Oui ie le reconnais, le mot embrocation est fait pour épouvanter les craintifs; il est compassé, étrange, plein de prétentions 1 II porte avec arrogance l’habit scientifique, c’est-à-dire qu’il est tiré du grec, d’une - exprès»» ; qm sianifiej’ «ww. Mais regardez bien sous 1 habit; en d au lies termes, écoutez mes explications, et vous verrez que embrocation, malgré son titre ronflant et pompeux, est

des manœuvres les plus faciles de toutes les petites opérations qui constituent l'art de soigner les malades.

N’avez-vous jamais mis de l’huile avec le bout du doigt sur le pêne d’une serrure qui avait besoin d’être graissé?

N’avez-vous jamais fait des tartines de beurre ou de confitures?

N’avez- vous pas quelquefois essayé de tendre bien égament sur tout le fond de votre assiette la portion de fromage à la crème qu’on avait bien voulu vous servir, — et ne vous est-il point arrivé de couvrir de celte crème appétissante le morceau de pain que vous vouliez avaler?

Vous avez fait, sans vous en douter, des espèces d’embrocations! Embrocation d'huile sur la serrure mal portante, embrocation de beurre ou de confiture sur le pain coupé en tartine, embrocation de fromage à la crème sur le fond de votre assiette, embrocation de crème sur la bouchée de pain prête à être ingurgitée.

C’est vous dire que l’embrocation consiste à étendre sur une surface solide une substance plus ou moins liquide, et qui par sa molle consistance permet d’exécuter une espèce d’arrosement.

L embrocation se fait quelquefois à l’aide d’un pinceau du d’une barbe de plume; mais la plupart du temps on la fait plus largement, plus promptement, et par conséquent plus commodément avec la main.

11 ne faudrait pas en conclure que l’embrocation est la même chose que la friction.

En traitant des bains dans mon Cours d’hygiène, j'ai parlé des frictions, du massage, des onctions, et même d’un moyen inconnu d’un plus grand nombre, c’est-à-dire les caléfactions. Comme je veux, dans les douze volumes de celte encyclopédie, éviter autant que possible les redites inutiles et les répétitions toujours ennuyeuses, je ne reviendrai point ici sur les diverses manœuvres que je viens

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d’énoncer. Mais il importe de rappeler comment j’ai défini la friction.

La friction est le frottement d’une surface vivante ou tout au moins résistante sur une surface également résistante et pourvue de la vie. Que la friction puisse être adoucie par l’emploi de quelques corps gras, comme de l’huile et des pommades, je ne le nie pas, cela se fait très-souvent; seulement je prétends que, même dans ces occasions, la friction n’est point une embrocation .

Si douce et si bénigne qu elle soit, la friction doit botter, presser, stimuler un peu. — La friction mixte, qui appelle à son secours l’adjuvant des corps gras, ne laisse qu’une très-faible dose de ces corps gras sur les surfaces où elle les applique. L’embrocation, au contraire, n a besoin ni de presser, ni de frotter, il lui suffit d élendte, et elle doit viser à laisser sur les surfaces une couche de notable épaisseur.

Pour me faire bien comprendre, permettez-moi de

prendre quelques exemples.

Nous avons à soigner, soit une articulation tuméfiée par un rhumatisme très-douloureux, soit un malheureux ventre torturé, distendu par une inflammation intestinale. Dans l'un et l’autre cas, les frictions, si bien faites qu’elles soient, ne seraient pas supportées, soyez-en sûrs, et elles pourraient augmenter l’irritation des parties en souffrance.

Au contraire, j’ai ordonné des embrocations, des embrocations de baume tranquille sur l’articulation tuméfiée des embrocations d’huile de camomille camphrée sur le ventre malade. — J’espère qu’ elles seront bienfaisantes, et, d’avance, je puis vous promettre qu’elles ne surexciteront pas les surfaces déjà si sensibles.

Tenez si vous voulez m’aider et me regarder faire, nous ferons ensemble ces deux embrocations. Avec cette seule leçon, vous serez aussi avancé sur ce sujet, peut-etre

même pins avancé que bien des chirurgiens en renom.

Avant d’opérer, préparons tout ce qui nous est nécessaire.

Non-seulement il nous faut notre huile de camomille, mais nous avons besoin d’un morceau de flanelle et d’une large toile de taffetas gommé. Les voici préparés, commençons :

Et d’abord, plaçons le malade bien à plat sur le dos, élevons même un peu le siège à l’aide d un coussin si les mouvements que nécessitera cette précaution ne sont pas trop douloureux.

Maintenant découvrons toute la partie antérieure du ventre et procédons :

Je commence par verser mon huile aux parties les plus planes, au creux, dit creux de l’estomac, et vers l’ombilic. Tandis que je verse d’une main, j’étends avec l’autre mais le plus légèrement possible et en mettant la main bien à plat.

Allons, de la dextérité, arrosons abondamment, graissons amplement, c’est-à-dire mettons la couche d’huile la plus épaisse que nous pourrons.

Vite maintenant la flanelle.

Vous voyez que je lëtonüs sur les surfaces huilées. Elle prendra bien sa petite portion d'huile de camomille mais ne nous en inquiétons pas. Si la peau la réclame’ elle la lui rendra Par-dessus la flanelle, nous mettons là tode împeimeable, nous maintenons le tout en place à la.de d une serviette pliée en trois que nous passons autoui du corps... et notre embrocation est faite Procédons à présent à l'embrocation du genou'exaucrémcnt gonlle et douloureusement irrité par un rhumatisme

xlgU.

Ici, au lieu de flanelle, il sera bien de préparer des I pièces de colon cardé, car les plis d’un tissu quelconque

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produiraient de l’agacement sur une surface si cruellement travaillée; le coton sera beaucoup plus doux.

Le genou présente une série de surfaces si manifestement arrondies, qu’il n’y a pas à y choisir un point où nous pourrions verser notre baume tranquille; versons le liquide onctueux dans le creux de notre main droite et reportonsle de la sorte sur le genou malade; de cette manière, tout en plaçant le baume, nous l’étendrons. Bien entendu nous repasserons plusieurs fois sur la même place; nous imiterons ces peintres de bâtiments qui, voulant peindre convenablement des boiseries ou une muraille, y ctendent successivement plusieurs couches de couleur; mais de la délicatesse, de la légèreté dans nos mouvements. L aiticulation est bien graissée, nous y avons étendu la plus épaisse tartine possible du liquide adoucissant. Plaçons alors notre coton cardé. Mettons ensuite, par-dessus le coton, un morceau de toile imperméable, sans serrer, sans pressurer, sans faire douleur, et soutenons le tout par une bande de linge que nous enroulons au-dessus et

au-dessous de l’articulation.

C’est fait; vous voyez que je n’exagérais point quand je vous disais en commençant ; « Rien n est plus simple et plus facile à faire que les embrocations, si souvent utiles

aux malades. »

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