‹ L'art de soigner les maladesChapitre 41 sur 124 · II. — Nécessité d’une stricte obéissance · texte numérisé non relu

II. — Nécessité d’une stricte obéissance

II ne suffît point d’appeler un médecin, de lui expliquer les malaises des malades que l’on veut soigner, d’obtenir une ordonnance, des avis, des conseils, il faut obéir aux avis, il faut se soumettre strictement, scrupuleusement aux ordonnances comme aux conseils.

J’ai trop vu de malades pour ne pas savoir pertinemment combien la plupart de ceux qui les gardent, les aident, les soignent, sont souvent dangereusement indociles, niaisement désobéissants.

On veut mettre dans la balance son petit avis personnel, et faire parade d’un semblant d’expérience qui n’est souvent que de la témérité. Si le médecin a ordonné vingt sangsues, on en met dix ; s’il a conseillé une potion, on croit bon de la remplacer par une tisane ; s’agit-il de pilules ou d’un purgatif, on en modifie les doses, on en grossit la mesure, et souvent ainsi on détermine de fâcheux résultats.

Appelez un médecin ou n’en appelez pas du tout. Si vous n’en appelez point, vous aurez tort; mais si, l’ayant appelé, vous ne lui obéissez qu’à moitié, vous aurez tort bien davantage.

Quand un général veut livrer une bataille, il est urgent que tous ses officiers lui obéissent. Sans doute en temps de paix la désobéissance est une faute; mais en temps de guerre cela devient un crime, une trahison : cela peut occasionner un échec, un revers, une défaite.

11 en est ainsi dans les batailles journalières que livre chaque médecin à la souffrance ennemie, et à des maladies parfois redoutables.

Si le praticien avait le temps et la patience d’expliquer chacune de ses ordonnances, peut-être serait-il mieux compris et plus docilement obéi ; mais il enlrerait dans des difficultés sans nombre, il lui faudrait, à chaque visite, subir en quelque sorte un examen et un interrogatoire ridicule.

Encore une fois, choisissez votre médecin; Dieu merci, il n’en manque point en France; on en compte près de deux mille dans la seule ville de Paris ; mais, quand vous aurez choisi, laissez le pilote diriger la barque à son gré, et soyez bien persuadés que votre docilité l’aidera puissamment à vous faire éviter les écueils.

III» — Une histoire.

Au bout d’une honorable carrière, au sommet d'une réputation justement acquise, un vieux médecin était sur le point de s’en aller à Dieu. Dans ce temps-là le talent faisait école, la jeunesse écoutait avide et studieuse les leçons de l’expérience, chacun savait se tenir à sa place.

Le vieux praticien, au chevet de 1 agonie, était entouré

ENCYCLOPÉDIE LE LA SANTÉ

de ses élèves, qui l’écoutaient comme un oracle et qui le pleuraient déjà comme s’ils eussent pleuré leur père.

— Retenez -le bien, mes amis, disait le médecin mourant, paraphrasant, avec un enthousiasme fébrile, l’un des axiomes du grand Hippocrate, l’art de guérir exige une longue et minutieuse étude, et malheureusement la vie n’est que l’assemblage de quelques instants qui s’enfuient. Ars lonc/a, vit a brevis.

— Ciier maître, demanda l’un des nombreux assistants, ne pourriez-vous pas nous indiquer quelques-uns de ces précieux secrets qui rendaient, qui rendront encore, il faut l'espérer, vos conseils efficaces, votre pratique médicale si constamment heureuse?

Rendront encore... reprit le moribond, vous voudriez m’abuser sur ma situation, et vous espérez me tromper comme on tromperait un malade ordinaire. Je vois parfaitement clair dans tous ces accidents, croyez-le. Quand il n’y a plus d’huile dans la lampe, chers amis, il faut de toute nécessité que la lampe s’éteigne. J’ai suivi, j’ai étudié toutes les phases de ma maladie, j’en ai compris la marche et la terminaison, j’en sens déjà le terme indispensable; oui, j’ai des secrets à vous révéler, je sens la nécessité de vous expliquer mes réussites ; il est trois grands remèdes qui m’ont servi à sauver plus de monde que tout le reste des médicaments anciens et récents.

Ici le mourant fit une pause... La force manquait à sa parole; et, comme un plongeur qui remonte un instant sur l’eau pour faire sa provision d’air, le vieux médecin respira. Tous ses disciples, les yeux humides et grands ouverts, le coeur oppressé de regrets, tous dans 1 altitude de l’attention la plus avide, se serraient près du mourant, craignant de perdre un iota des révélations qu’il allait faire, ne voulant pas laisser s’échapper une parcelle do l’héritage scientifique qu’il semblait vouloir distribuer

L’A HT DE SulUiSElt LES MALADES.

Le moribond reprit, avec le ton solennel de la suprême parole, avec l’accent saccadé de l’agonie :

— 11 est trois grands moyens qui ont vaincu bien des difficultés...

Il est trois prescriptions qui m’ont toujours réussi, sans jamais amener aucun inconvénient.

Il est, au milieu de toutes les difficultés de la thérapeutique, trois ressources qui m'ont rendu d’éminents services...

En ce moment la voix du vieux médecin parut lui manquer, et ses élèves, malgré leur désir ardent de savoir, poussèrent la délicatesse jusqu’à le supplier de ne point achever.

Mais le praticien poursuivit avec un ton de conviction profonde, avec une voix hachée déjà par la douleur :

— Ces trois moyens... mes chers élèves... ces trois remèdes... ces trois ressources... c’est...

Le séjour au lit...

La diète...

Et l’eau !...

J ai dit, dans mon Cours d’hygiène , l’importance du sejoui au lit, comme 1 obligation de faire boire au malade des boissons tempérantes, rafraîchissantes, bienfaisantes, enfin; j’ai même dit un mot de la diète, mais je ne crois pas avoir épuisé cet important chapitre, et c’est pourquoi je me fais un devoir d’y revenir ici.

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