III. — Avant
Un général, avant de livrer bataille, a bien soin de s’assurer d’avance si ses forces sont massées convenablement, si les munitions sont abondantes, si rien ne lui manquera pendant l’action.
Un chirurgien, au moment de pratiquer une opération importante, réfléchit, prévoit et prépare; il voit, avant de commencer, si les préparatifs sont au complet, s’il a des fils en quantité suffisante pour lier les artères ouvertes, si les pinces à torsion sont près de lui; souvent même il fait mettre au feu des cautères, afin d’y avoir recours en cas de flagrante hémorragie. Quiconque se charge de soigner et de garder un malade accepte un rôle difficile et qui réclame aussi prévoyance, sagesse, réflexion.
C’est une espèce de bataille que l’administration d'un vomitif. C’est une véritable opération. Il s’agit de bouleverser une organisation maladive, de combattre avec succès une affection souvent redoutable. Avant d’engager le combat, on doit se mettre en mesure et faire en sorte de ne manquer de rien pendant 1 action.
Premièrement, il faut faire coucher le malade, parce que, d’une part, un vomitif met toujours en transpiration, et qu’il faut être dans la situation la meilleure pour rendre cette transpiration efficace; parce que, d autre part, les commotions vomitives sont si anomales, si secouantes, si souvent pénibles, qu’il faut être au lit pour les mieux supporter.
Secondement, il faut préparer non-seulement une, mais plusieurs cuvettes; car, dès que commencera l’œuvre médicamenteuse, il faut, près du patient qui la subit, une
cuvette dont il n’aura pas besoin tout de suite, très-probablement, mais qui, mise à sa portée, le tranquillisera ■ d’une certaine façon. Je dis qu’il faut plusieurs cuvettes, parce qu’il est bon de garder, afin de les montrer au médecin, tous les liquides fournis par l’acte du vomissement . Or, quand une cuvette est à peu près pleine, au lieu de la vider, on la remplace p3r une autre.
Troisièmement, il faut de l’eau tiède, beaucoup d’eau tiède; car, je le dirai tout à l’heure, il ne s’agit pas, comme cela arrive trop souvent, défaire boire deux ou trois tasses à thé de ce liquide adjuvant, il en faut des litres.
Inutile de dire qu’un vomitif doit être donné à jeun , afin qu’il puisse agir sans entraves et qu’il n’aille point provoquer une douloureuse indigestion. Bien entendu, quand d s’agit de faire vomir pour faire rejeter un poison, on n’a point à tenir compte de cette dernière recommandation.