I. — Importance de la question
Oui, c’est un sujet d’une importance réelle; je ne suis pourtant pas de cette école médicale que plaisanta jadis maître Molière, laquelle faisait compter les grains de sel destinés à un œuf à la coque et recommandait gravement de procéder par nombre impair! Je n’ai jamais été consulté par des malades imaginaires qui m’aient demandé si l’exercice que je leur conseillais devait se faire en lon« ou en large de leur appartement. Je réprouve les scrupules en médecine autant que dans les douces pratiques delà religion; mais je dis que, dans un petit traité intitulé 1 Art de soigner les malades, le chapitre des tisanes des renseignements sur leur préparation, sur leurs usages
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sur leur avantage, sur leur inconvénient, me paraît un chapitre essentiel.
La tisane est, sans contredit, le médicament le plus employé, c’est le médicament auquel on a recours au moindre mal, et pour lequel on est dispensé, le plus souvent, de demander conseil au médecin.
La tisane est tellement reconnue nécessaire, qu’elle s’administre à l’annonce de la plus petite indisposition : qu’on y soit porté par la soif, qui existe au début de la plupart des maladies, ou par la chaleur qui les accompagne, ou par les idées reçues et traditionnelles, peu importe. Dès que vous êtes enrhumé, dès que vous avez mal à la tête; si vous souffrez du ventre ou de la poitrine, consultez vos visiteurs, interrogez la jardinière ou plaignezvous en faisant vos provisions chez l’épicier; tout ce monde-là n’aura qu’un conseil et chantera le même refrain : De la tisane! de la tisane! — Buvez donc de la tisane! — Vous ne vous soignez pas, puisque vous ne prenez pas de tisane!
Sijamaisondiplômaitlcsgardes-malades, par conséquent si on les faisait passer par l’émouvante épreuve d’un examen, on devrait les interroger minutieusement sur les tisanes. Or nous voulons aujourd hui meltie tous nos lecteurs et toutes nos lectrices en état de répondre brillamment sur un pareil sujet.
Bfi. — Eïïstoirc de la tisane
Le mot de tisane vient d’une expression grecque et latine qui signifie... oh! devinez quoi? — De l’eau? de la boisson? un liquide quelconque? — Eli bien, pas le moins du monde ; ptisanna , qui est l’étymologie en question, voulait dire,., de l’orge!
En voici l’explication : les anciens n’avaient, ne connaissaient qu’une seule tisane, qui était invariablement préparée avec de l’orge, — comme j’ai l’honneur de vous le dire !
On commençait par broyer l’orge dans un mortier, puis on l’iiumectait avec de l’eau, ensuite on la laissait un peu fermenter. Alors on la faisait sécher au soleil et on la repilait encore, jusqu’à ce qu’ello fût dépouillée de son écorce. Quelques préparateurs avaient soin d’humeeter et défaire bouillir un peu la farine obtenue : c’était un luxe qui n’appartenait qu’aux raffinés du genre; la plupart, une fois l’orge repilée, en formaient des boules qu’ils conservaient ainsi toutes prêtes.
La tisane, effectivement, se faisait en prenant celte orge préparée que 1 on mettait bouillir dans dix ou quinze fois son poids d’eau : on versait là-dessus, dit Galien, un peu de vinaigre et d’huile, un peu de sel broyé; quelques-uns y ajoutaient de 1 amidon, d’autres du miel ou du sucre; que sais-je I ...
Je crois, parlant par respect , que tout cet amalgame devait ressembler un peu au fameux thé de madame Gibou. — Que voulez-vous? je raconte en historien fidèle. J’ai là, sous les yeux, Hippocrate et Galien, tous les deux donnent exactement la même formule.
11 faut avouer que, dans notre manière de voir actuelle, une tisane dans laquelle il entre de l’orge, du vinai°re de l’huile, du sel, de l’amidon et du sucre, est un singulier médicament, surtout lorsque l’on songe quelle était la même pour toutes les maladies.
Mais il est nécessaire de remarquer que la tisane, chez les anciens, était destinée à former boisson et nourriture pendant la maladie. Ils ne connaissaient pas, comme nous,
I usage des bouillons coupés, de l’eau laiteuse, des panades passées au tamis; et, c’est pour soutenir un peu les ma-
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ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
ladcs, sans doute, qu’ils ajoutaient dansl eau destinée a les abreuver, et quelques substances nutritives, cl quelques ingrédients sapides pour les rendre plus agréables à inrrére r.
D’ailleurs, nous ignorons comment était réglé, chez les anciens, l’usage des tisanes; nous ne savons si l’on en donnait à volonté aux malades et si elles se prenaient a heure fixe. Nous ne connaissons que la composition de ce "eure de médicament; j’ai cru nécessaire de 1 indiquer, parce qu’elle explique le mot de tisane qui s’écrivait autrefois ptisanne.
Quelle bonne fortune pour nos lecteurs que celle de pouvoir faire un tant soit peu d’érudition auprès d’un patient avalant de l’infusion des quatre fleurs ou de la décoction de chiendent!
Kl, Préparation des tisanes.
Je suis de l’avis des commères, circonstance notable, parce qu’elle m’arrive assez rarement : les tisanes sont indispensables aux malades.
Je l’ai dit dans mon Cours (l’hygiène : « Boire, boire, boire! telle est la fonction la plus urgente à remplir quand on est malade. »
Je conseille les tisanes pour deux raisons ; la première, c’est qu’elles sont presque toujours efficaces. L'addition d’une quantité assez grande de liquide absorbe et porte dans la circulation, mis en contact avec nos differents tissus, a, dans le plus grand nombre de cas, des avantages
On peut hardiment porter à plus de moitié les dérangements de santé qui se terminent heureusement avec le seul concours d’une boisson appropriée, et, dans les inala-
L’ART DE SOIGNER LES MALADES. 2j
(Jies où l’on est contraint d’ajouter d’autres espèces de médicaments, les boissons font encore une partie essentielle du traitement.
La seconde raison, c’est que, les tisanes ayant l’heureuse réputation de guérir, il est bon d’en faire prendre lors même que leur usage ne serait pas absolument indispensable.
Effectivement , les tisanes à prendre occupent le malade, lui persuadent qu il est traité; elles trompent son appétit, le diminuent et permettent la dicte si souvent nécessaire. L’homme malade veut des secours, il ne peut se persuader que la nature seule suffit pour le guérir; il faut donc s accommoder à ses idées, et les boissons innocentes qu’on appelle tisanes ont l’avantage de ne pouvoir faiie de mal quand elles ne font pas de bien, d offrir un simulacre de traitement et de gagner un temps précieux pendant lequel les loi ces vitales rétablissent le désordre momentané que l’on appelle maladie. 1
La préparation des tisanes exige de l’attention d’abord puis un tant soit peu d’expérience; car enfin, si la plupart des tisanes sont innocentes, il en est qui, mal préparées peuvent dégoûter, affadir ou exciter mal à propos le tube digestif qui les reçoit, et, une fois le tube digestif en révoulion, le reste du corps ne tarde pas à s’en ressentir
Les tisanes se préparent avec des feuilles ou des fleurs avec les liges, les sommités ou les racines de certains végétaux. Or 011 lait infuser ces végétaux dans l’eau chaude ou bien dans 1 eau froide, ou bien enfin on les fait bouillir plus ou moins longtemps; c’est-à-dire que les tisanes peuvent être préparées par infusion, par macération, ou par décoction, trois modes de préparation sur lesquels il i’a 1 ai u necessaire de m’arrêter quelques instants,
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