DES PURGATIFS
S — Efficacité des purgatifs quand ils sont franchement
indiques.
J'ai dit, au sujet de la constipation (voir les Petites et grandes Misères), tout ce que je pensais de l’abus des purgatifs. Ce n’est point ici le lieu de reprendre cette thèse; mais il faut être juste, non-seulement pour les personnes, mais par-devant les choses. Dans le meme traité, après avoir dit du mal, j’ai dit un peu de bien. J’ai recommandé les purgatifs à petites doses. Aujourd’hui je vais célébrer tous les bienfaits des purgatifs. Avant de commencer, je tiens à faire remarquer qu’en traitant de la constipation je parlais d’une maladie locale et chronique, tandis qu’en abordant les purgatifs dans un volume intitulé Y Art de soigner les malades je dois supposer qu’il s’agit de maladies aiguës, et j’admets que tous les médecins qui ont ordonné les purgatifs ont agi avec sagesse et ont voulu remplir une indication spéciale.
11 faut le proclamer hautement, malgré le purgare et clysterium donnare de maître Molière, les purgations, prises au début d’un grand nombre de maladies, étouffent le mal dans sa racine et parviennent souvent à faire avorter la maladie.
■KO ENCYCLOPÉDIE Üli IA SANTÉ.
Sans doute, il faut que l’indication soit précise, qu’une langue jaune, limoneuse, saburrale, pour dire le grand mot, annonce un embarras d’entrailles et une menace de complication intestinale; sans doute, il est nécessaire que le ventre ne soit pas pris d’inflammation et que la douleur abdominale, la fièvre générale, ne contr’indique pas l’usage d’une purgation.
Mais, en dehors de ces circonstances, le purgatif pris au début d’une maladie opère très-souvent de véritables merveilles.
La cause en est dans nos habitudes, dans nos fautes, dans nos excès. Je l’ai dit dans mon Cours d hyyièue, le genre humain est sapé par la fourchette, les péchés dans le régime alimentaire sont punis tôt ou tard. Et puis, à travers les mille difficultés de l’existence, il est un gros viscère abdominal que l'on appelle le foie et qui, par sa susceptibilité, se trouve à chaque instant tellement secoué, tellement irrité, qu’il déverse dans les intestins une surabondance de bile, liquide gras et stimulant qui produit promptement cet encrassement intérieur que les médecins appellent saburres.
Quand les femmes et les enfants éprouvent de l’inquiétude, du chagrin ou de la douleur, ils les manifestent extérieurement : leurs yeux se changent en fontaines, ils ou clics pleurent de façon a mouiller plusieurs mouchoirs, mais, quand un homme dans la force de 1 âge subit des peines, des tristesses, des affronts, il ne pleure pas des yeux, car il en éprouverait une sorte de honte, car ce serait pour lui un signe de découragement et de faiblesse; il pleure du foie, c’est-à-dire que la production du liquide bilieux s’accélère, et cette bile, ne pouvant longtemps séjourner dans la vésicule biliaire, réservoir qui lui est destiné, reflue forcément dans les entrailles, et par 1 encombiement qu’elle y produitdélermine de frénuenls désordres digestifs.
L'Allî DE S01GISEH LES MALADES.
N'exagérons rien cependant. Cetlc bile survenue dans les intestins en trop grande abondance- en sort le plus souvent tout naturellement et sans grand inconvénient avec les résidus digestifs . Mais supposons qu’une commotion générale se produise, qu’une fièvre sans aucun caractère s’allume et se déclare ; comme les intestins sont surstimulés par la présence d’un excès bilieux, il se peut alors qu’attirant en quelque sorte toute la maladie qui menace, il la localise ; et de là tant de fièvres muqueuses ou putrides, et de là tant de redoutables complications surgissant tout à coup du tube digestif.
Quand un chemin, une rue ou un appartement se trouvent salis, boueux, encombrés d’immondices, il faut que le cantonnier, que le balayeur ou la ménagère s’empressent de les nettoyer; de même, quand l’intérieur de tout le canal alimentaire est rempli de bile et de saburres, il faut toujours, et au début d’une maladie surtout, qu’un purgatif doux et sage fasse l’office de balai.
Il- — te ii‘est pas très-ngréaltle à prendre.
Je vous répète qu’il est fort peu de médicaments agréables, car je ne donne point cette qualification aux pâtes de guimauve ou de jujube, au sucre de pomme et aux boules de gomme que l’on accorde aux enfants enrhumés.
Oui, les purgatifs sont désagréables à prendre, mais ils sont si vite avalés!
Il est, du reste, un moyen d’adoucir ce petit supplice. N a-t-on point fait un apologue de la précaution prise par ces mères ingénieuses qui entourent d’un miel savoureux les bords du vase qui contient une médecine?
C’est une gracieuse idée qui a sans doute été mise en pratique, sinon par nos pères, du moins par les classiques anciens. Mais, en vérité, cette manœuvre ne me semble
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pas plus attrapante que la fameuse tisane il orge. Bien de mes lecteurs se trouveraient probablement fort offusqués de rencontrer sur le bord du verre ou ils veulent boite un peu de miel, déposé là forcément en trop petite quantité pour être agréable, mais en portion suffisante pour être gluant, collant, désagréable.
Quand je rencontre chez des malades une répugnance invincible pour une purgation , je l’avoue bien catégoriquement, j’agis de ruse, je dépense un peu de diplomatie et je trompe, s’il y a moyen, mes trop pusillanimes clients. Ainsi, pour les petits enfants, je prescris des bonbons au calomélas; aux jeunes personnes, je conseille une tasse de bouillon, dans laquelle, sans leur en rien dire, on mêle une ou deux cuillerées d’huile de ricin; icij olfre une limonade magnésienne, là je présente une tasse de chocolat
mêlé d’un peu de magnésie.
J’ai même eu hien souvent recours a un moyen si simple, si doux, si facile, que je crois devoir en faire ici confidence, afin que chacun de mes lecteurs puisse 1 employer a 1 occasion. .
Malgré ce qu’en a dit madame de Sévigne, la poudre
de moka a fait et fera longtemps fortune en France. Le café au lait est devenu le déjeuner ordinaire de presque toutes les classes; il en résulte que les enfants, les jeunes filles, les femmes mêmes, aiment généralement leur petit café du matin. Eh bien, il est un moyen tout simple de
rendre le café purgatif. „ .
Prenez huit grammes de follicules de séné monde, laitesles macérer pendant dix à douze heures dans la valeur d’une demi-bouteille d’eau froide; faites chauffer cet to macération après l’avoir passée à clair, et versez ce liquide devenu bouillant sur la poudre de café, absolument comme si C’6tait de l’eau ordinaire. L’infusion que vous obtiendrez alors sera manifestement purgative, mais pourra être pnse
L'AHT DE SUIGINER LES MALADES.
«ivec du lait ou de la crème par les malades les plus dégoûtés, qui, l’acceptant sans défiance, la boiront avec autant de plaisir que du calé ordinaire.
Au reste, il me semble que j’anticipe ; mais comme ma petite digression peut être utile, je ne suis pas homme à m’en repentir.
— Des différents purgatifs.
J ai dit (toujours au sujet de la constipation) que je n étais pas grand partisan des pilules, je ne suis pas non plus grand admirateur des purgatifs anodins fort en vogue aujourd’hui. Au reste, peu importe.
Autrefois on ne purgeait qu’avec des médecines noires, et je ne sache pas qu on ait jamais eu à s’en plaindre. Aujourd hui on s en tient presque exclusivement aux purgatifs salins. Pourvu que ces médicaments soient donnés en doses suffisantes et produisent des effets satisfaisants, je n’ai point à en faire la critique, c’est une affaire de mode; le citrate de magnésie a pris la vogue de l’eau de Seidlilz ou de Pulna, grand bien en fasse aux débitants de ce produit! On ne doit, dit le Sage, discuter ni des goûts ni des couleurs.
En écrivant 1 Art de soigner les malades, je ne prétends pas donner un ouvrage de médecine transcendante. J admets toujours celle supposition, que le médecin a été appelé, qu’il est venu, qu’il a examiné, puis ordonné tel ou tel médicament.
.Je suPP°se Jonc qu’il a prescrit un purgatif, et comme j ai recommandé l’obéissance aux ordonnances médicales voyons ensemble les moyens d’obéir avec intelligence à là prescription supposée.
ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ