‹ L'art de soigner les maladesChapitre 51 sur 124 · IV. — Il ne faut pas craindre de demander des explications · texte numérisé non relu

IV. — Il ne faut pas craindre de demander des explications

Trop souvent les personnes qui soignent les malades éprouvent un embarras malheureux, ressentent une espèce de timidité enfantine devant le médecin appelé par le patient. Elles craignent de lui faire perdre son temps, de paraître ignorantes ou indiscrètes, et si le praticien ne donne point toutes les explications nécessaires , elles se gardent bien de les lui demander.

Ce n’est point seulement une niaiserie, c’est parfois une

faute dangereuse.

Le médecin, en effet, ne peut écrire sur son ordonnance tous les détails capables de la faire exécuter convenablement. S'il ordonne un vomitif, un purgatif, une potion ou des pilules, c’est verbalement qu’il indique le modus aqendi, ou, pour employer une expression vulgaire, la manière de s’en servir. 11 s’agit surtout de bien retenir, et si l’on ne comprend pas parfaitement, si l’on ne saisit pas jusque dans les moindres détails les renseignements donnés, il faut les faire répéter, stimuler par des interrogations exiger de minutieux commentaires.

& L’homme de l’art, en effet, qui sait parfaitement comment se donne un vomitif, comment s administre un purgatif, comment on doit faire avaler des pilules ou une potion, oublie trop souvent que les gens du monde n en peuvent savoir autant que lui sur cet important sujet. 11 bredouille aussi rapidement qu’il lui est possible sa litanie de renseignements, il la psalmodie machinalement, a peui près comme un cicerone formule des details d histoire ou de géographie ; et puis, prenant son chapeau avec dignité, il salue doctoralement, se retirant bien vite pour aller, visiter d’autres clients.

Dans l’intérêt du malade que vous gardez, non-seulement au nom de la charité, mais au nom du simple bou sens, ne laissez point sortir le médecin, avouez-lui ingénument votre ignorance, Dites-lui tout naïvement : i — Je n’ai pas bien compris. Comment ceci? pourquoi cela? Grand pardon, monsieur le docteur, de mon insistance; mais, vous le comprenez, j’ai peur de mal faire et je ne veux point par une mauvaise exécution rendre vos ordonnances inutiles.

11 est des purgatifs qui se donnent en une seule fois. Ce sont spécialement les purgatifs gras, comme l’huile de ricin, la manne, etc., etc. Mais les solutions salines, la limonade Rogé, les eaux de Seidlitz ou de Pulna ; mais les sels chimiques tels que le calomel, le sulfate de soude ou de potasse, ne doivent se prendre généralement qu’à doses fractionnées.

On les donne par verre ou par paquets, et, comme je l’ai déjà conseillé pour les vomitifs, on met entre chaque prise du médicament un intervalle raisonnable de quinze, vingt minutes, une demi-heure le plus souvent.

C’est pour avoir ignoré cette particularité, que tant de gens, en voulant avaler une bouteille d’eau de Seidlitz coup sur coup, en vomissent une grande partie et rendent ainsi le purgatif inefficace.

Ce que j’ai conseillé pour les enfants, les femmes et les jeunes filles, je le recommande jusqu’à un certain point pour tous les autres malades. Il faut, pour me servir d’une expression pharmaceutique, dorer la pilule, c’est-à-dire s’arranger toujours de façon à ce que l’ingurgitation d’un purgatif, quel qu il soit, soit le moins désagréable possible. Je désapprouve le courage mal entendu des malades qui veulent affronter l’amertume ou le goût nauséeux d’un médicament, quand il y a moyen d’adoucir et de pallier ces propriétés répugnantes.

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le le désapprouve, pourquoi? parce que le médicament pris de la sorte produit souvent un dégoût instinctif, qui provoque des nausées et peut amener le vomissement ; or on ne prend point un purgatif pour le vomir.

Donc, ne reculez pas devant les précautions capables de faire accepter un purgatif sans trop de dégoût. Mêlez à une solution de manne une bonne proportion de lait sucré, versez la dose prescrite d’huile de ricin dans une tasse de bouillon bien dégraissée, bien chaude et salée plus que d’habitude. Puisque le nom d’huile de ricin se trouve sous ma plume, qu’il me soit permis de dire en passant que l’huile de ricin épurée, devenue blanche, inodore et presque insapide, est tout aussi purgative que cette huile de ricin brune et nauséeuse que l’on employait il y a quelque vingt ans.

S’il s’agit d’une bouteille d’eau de Seidlitz, recommandez aux pharmaciens que celte bouteille soit gazeuse ; car alors le pétillement du liquide, la stimulation produite par le gaz acide carbonique, déguisera un peu l’amertume ordinaire de cette préparation. Qu’après chaque verre d’eau de Seidlitz ou de Pulna, le malade suce un fruit ou croque un morceau de sucre.

— Mais tout cela est de la gâterie, de l’enfantillage, une approbation entachée de complaisance et d’un tant soit peu de flatterie !

Pas le moins du monde, je vous assure, c’est tout simplement pour enrayer les répugnances, pour empêcher les soubresauts de la gorge et de l’estomac, pour prévenir enfin de trop fréquents vomissements.

Par la même raison, dès qu’il s’agit d’administrer des poudres insolubles, je demande qu’on les mette dans un peu de confitures, dans de la pomme cuite, ou qu on les enveloppe avec du pain enchanté.

— Moyens adjuvants.

Dès qu’un purgatif est avalé, aussitôt qu’il fait éprouver aux entrailles le travail avant-coureur des évacuations, il est urgent d’en faliciter les effets et d’en multiplier les résultats, en faisant boire au malade, qu’il s’agit de purger, une dose notable de boisson délayante.

Pour les malades atteints de fièvres et menacés d’inflammations, cette précaution est d’une grande importance; dans ces cas-là, il faut choisir un breuvage qui, tout en délayant, ne puisse pas nourrir. Telle est, par exemple, la limonade cuite, l’orangeade, ou tout simplement la tisane de chiendent. Il s’agit d’en faire boire non-seulement des petites tasses, mais des grandes; il est nécessaire d’en faire avaler non pas des verres, mais au moins un ou deux litres.

Pour les malades que l’on peut nourrir un peu, on choisit d’ordinaire l’eau de poulet, le bouillon de veau très-léger, ou le classique bouillon aux herbes.

Je le répète, il faut donner tous ces liquides en notable quantité; on attend, pour en commencer l’usage, que le purgatif soit déjà passé dans les intestins, et, une fois ces boissons commencées, on doit en faire boire le plus possible, une bonne tasse tous les quarts d’heure, par exemple, et cela pendant près d’une demi-journée.

Quelquefois il arrive que le purgatif, malgré le secours de toutes les boissons délayantes, semble ne produire aucun effet, parce que la fièvre du malade, son séjour au lit, son tempérament constipé, retardent l’explosion médicamenteuse ; alors il faut venir au secours de la nature et par un lavement pieparc avec de la décoction de guimauve ou la macération de graine de lin, il faut solliciter et hâter le début des évacuations.

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