III. — Précautions à prendre
Rien de plus facile que d’administrer un lavement au malade le plus débile quand on peut manœuvrer avec un irrigateur. Avec cet instrument, en elfet, le malade peut rester couché de côté ou sur le dos, introduire lui-même la canule ou se la faire introduire sans qu il ait besoin d èlie découvert, et toutes les convenances sont conservées.
Je sais bien que le clyso-pompe offre des avantages analogues; mais ce dernier instrument est beaucoup plus désagréable cà faire manœuvrer. 11 faut pomper, et on le fait toujours d’une façon inégale; et puis, bien peu de clyso-pompes sont assez bien construits pour ne pas laisser passer et lancer, avec le liquide, des bulles d’air qui bal-
lonnent le ventre, causent des coliques et déterminent quelquefois de douloureuses tranchées.
Malheureusement l’irrigateur est encore peu répandu, le clyso-pompe n’est point connu de tout le monde, et le plus souvent, quand il s’agit de faire prendre un lavement à un malade alité., on est contraint d’opérer avec une seringue ordinaire, instrument classique et trop connu pour qu il soit nécessaire que j’en donne ici la description.
J ai cependant plusieurs recommandations à faire.
1 Quel que soitl instrument que l’on emploie, seringue, clyso-pompe ou irrigateur, on doit veiller à ce qu’iî né contienne pas de bulle d’air : avant l’introduction de la canule, on doit pousser le piston, faire manœuvrer la pompe ou bien ouvrir le robinet de l’irrigateur, jusqu’à ce que le liquide se soit élancé à l’extérieur.
>4 H faut av°ir soin d’enduire la canule pour en faciliter l’introduction, soit avec un peu d’huile, soit avec du cérat, soit tout simplement avec du beurre.
5° Il faut s’arranger de manière à ce que la projection du liquide lancé dans l’intérieur du gros intestin ne soit m saccadée ni brutale ; car la commotion qui en résulterait amenant des crispations musculaires, autrement dit des coliques, non-seulement pourrait empêcher de compléter l’opération, mais pourrait obliger le malade à rendre immédiatement la quantité de lavement déjà introduite
J ai entendu certaines commères faire une quatrième recommandation et l’expliquer de la façon la plus burlesque. « 11 faut avoir grand soin de fermer la bouche disent ces bonnes dames, sans quoi le lavement pourrait arriver jusqu’à celte porte supérieure et déterminer quelque chose d analogue à un vomissement. » J’ai même entendu une vieille garde-malade soutenir très-sérieusement que plusieurs fois elle avait vu des lavements ressortir par
ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
Evidemment, celte garde-malade, plus vénérable qu’instruite, et les commères citées plus haut, n’avaient aucune notion d’anatomie et ignoraient l’architecture de tout le tube digestif. J’en ai donné la description dans mon Cours d’hygiène populaire; j’ai même tenu à en présenter une image, une gravure, un portrait plus ou moins ressemblant.
J’ai montré que le canal alimentaire était divisé en plusieurs segments qui tous avaient des fonctions spéciales; j’ai nommé le pharynx, l’œsophage, l’estomac et le duodénum ; j’ai eu grand soin d’indiquer que, dans la section spécialement appelée intestinale, il y avait deux parties bien différentes : l’intestin grêle et le gros intestin. J’ai dit enfin qu’entre le gros intestin appelé côlon et l’intestin grêle qui le précède se trouvait une porte particulière, une valvule très-remarquable, qui pouvait s’ouvrir de l’intestin grêle dans le gros intestin, mais qui s’opposait à toute communication partant du gros intestin à 1 intestin grêle. Cette circonstance a fait que messieurs les savants, qui ne reculent pas toujours devant la plaisanterie, ont appelé celte valvule la barrière des apothicaires, indiquant manifestement ainsi qu’il était impossible au lavement de franchir celte porte et d’aller plus loin que cette anatomique séparation. Donc, jamais un liquide injecté dans le gros intestin n’a pu pénétrer dans l’intestin grêle, à plus forte raison n’a-t-il jamais pu arriver dans l’estomac, et à bien plus forte raison n’a-t-il jamais pu revenir par la bouche.
11 y a cependant un petit profit à faire de la burlesque recommandation dont je viens d expliquer la niaiserie. 11 ne s agit point d’ouvrir ou de fermer la bouche pour iacililer l’introduction d’un lavement; mais il importe que pendant la projection du liquide la personne qui la subit se garde autant que possible de trop lortes aspirations.
Dans une grande aspiration, en effet, la poitrine se remplit, les poumons se dilatent, et surtout le grand muscle étendu horizontalement entre le ventre et la poitrine, qui sert de séparation à ces deux cavités, s’abaisse presque jusqu’au milieu de l’abdomen, il presse par conséquent sur tous les viscères du ventre, et, pesant sur le gros intestin, il peut s’opposer à sa dilatation et barrer le passage au liquide qu’on y projette.
La conséquence de cette remarque est toute naturelle; il faut pendant la petite opération médicamenteuse, que les grands médecins appellent douches ascendantes, éviter de faire de trop grandes aspirations pulmonaires, éviter surtout de faire des efforts d’expulsion.