XIII. — Comment faire dégorger les sangsues
Dans les familles, on fait d’ordinaire dégorger les sangsues qui ont servi en les jetant dans une terrine remplie de cendres. Après un dégorgement suffisant, on lave les sangsues et on les met dans un pot ou dans un bocal à moitié rempli d’eau bien propre. — Il est essentiel de renouveler cette eau au moins tous les deux jours, et si l’une des sangsues vient à mourir, il faut avoir la précaution de la retirer du réservoir commun, autrement en se putréfiant elle infecterait l’eau et ferait mourir les autres. On a Ebahi lu de de percer de plusieurs trous le papier qui recouvre le réservoir ; c est moins pour donner de l’air aux sangsues que pour aerer 1 eau qui les contient. Maintenant je laisse pailer M. Soubeiran, et je livre à la méditation des bonnes
ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
sœurs de charité et de toutes les personnes bienfaisantes l’extrait suivant d’un rapport fait sur ce sujet :
Deux procédés sont mis en usage pour amener les sangsues qui ont servi à être propres à un nouvel emploi. On les vide de tout le sang qu’elles ont pris, ou bien on les dépose dans des réservoirs jusqu’au jour où elles l’auront digéré. Le premier moyen est mis en œuvre à Paris, à Reims et dans quelques autres localités. Dans les hôpitaux de Paris, les sangsues sont laissées pendant un instant dans de l’eau salée, puis on les vide en les pressant doucement entre les doigts, tandis qu’on les tient plongées dans de l’eau chaude. Huit jours de repos suffisent pour les remettre complètement; puis, après avoir été appliquées de nouveau, elles subissent parfois une deuxième et une troisième opération. Quand elles paraissent fatiguées, on les met dans de petits marais artificiels. Elles s’enfoncent dans le vase, s’y reposent et acquièrent une nouvelle vigueur. Avant d’adopter ce moyen, l'administration des hôpitaux a fait constater si la quantité de sang prise par les sangsues dégorgées est aussi grande que la quantité de sang tiré par les sangsues neuves. L’expérience a été laite par une commission composée de MM. Orfila, Serres et Soubeiran ; elle a prouvé que les sangsues dégorgées et reposées tirent autant de sang que les sangsues prises dans le commerce.
Le second procédé de dégorgement a été pratiqué à l’hôpital militaire de Metz. On n’a cessé de s’en servir que parce que le génie militaire a détruit le vivier qui servait à j cet usage. A Rochefort, l’honorable M. Lesson a fait étaj blir des bassins qui, dès la première année, ont payé les ) frais de leur installation. Le dégorgement des sangsues, | établi à Douai sur le même système, a très-bien réussi. jM Meurdcfroy l’a appliqué aux hôpitaux militaires de Bordeaux et de Toulouse. Ce qui a été fait de mieux en ce
genre peut-être est l’établissement des bassins de l’hôpital d’Angers. Ils ont été peuplés en une seule fois avec le nombre de sangsues nécessaire pour le service d’une année. Chaque jour on y pêche pour les besoins de la journée, et l’on y rapporte les sangsues gorgées de sang qui viennent des salles. Ces sangsues s’enfoncent dans la terre, y digèrent à l’aise, et ne répondent à l’appel que l’on fait en battant l.’eau que lorsqu’elles sont reposées et que l’appétit leur est revenu. Les sangsues se sont multipliées dans les bassins ; cependant, il y a un an, on a commencé à s’apercevoir d’une diminution dans les produits. On l’attribue à ce que les réservoirs sont trop petits et à ce que lesjeunes sangsues n’y trouvent plus une nourriture suffisante.
Les administrations hospitalières trouvent une économie considérable dans l’emploi répété des mêmes sangsues. A Paris, elle est d’une trentaine de mille francs par an.