XIV. — Conservation des sangsues qui ont servi
Convaincu par expérience de l’inefficacité des moyens préconisés par les auteurs et généralement mis en usage, dit M. Bourain dans une communication toute récente sur cet important sujet, j’ai dû poursuivre des recherches dans une voie nouvelle. Les notions les plus élémentaires de la physiologie m’ont servi de guide.
Au point de vue physiologique se présente naturellement à l’esprit la question suivante : Qu’est-ce qu’une sangsue qui a servi? — C’est un animal qui a fait un repas, qui a mangé à satiété, jusqu’à tomber de fatigue ou de plénitude. En cet état, la sangsue, absorbée dans une digestion laborieuse, reste comme engourdie et presque incapable de toute action vitale.
L’indication à remplir est ici bien manifeste : favoriser la digestion ou la laisser s’accomplir spontanément.
ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
Comme nous ne connaissons aucun moyen d’accélérer l’action digestive, il ne nous reste qu’une chose à faire, attendre; en d’autres termes, abandonner l’animal à luimême. C’est ce dernier parti que j’ai pris, et le succès a couronné mes espérances. Voici dans quelles circonstances.
Plusieurs de mes clients possèdent dans leurs jardins des bassins alimentés par des eaux vives et stagnantes. Chaque fois que j’ai ordonné des sangsues, je les ai fait jeter dans ces bassins aussitôt qu’elles étaient tombées. On les abandonnait ainsi à elles-mêmes, afin qu’elles pussent digérer en toute liberté le sang dont elles étaient repues. Aucun moyen de dégorgement n’était employé.
A mon grand étonnement, j’ai vu ces animaux devenir plus vifs, plus agiles dans leurs mouvements, et reprendre bientôt la vigueur qu’ils avaient dans les mares avant leur captivité. Lorsqu’on avait besoin de sangsues, je les faisais repêcher, et aussitôt appliquées, elles suçaient avec force et faisaient fort bien leur devoir.
J’ai souvent répété celte expérience, et je peux dire en thèse générale qu’elle m’a complètement réussi. Lesmêmes sangsues soumises à ce traitement ont pu servir jusqu’à six et huit fois. Je n’ai pas remarqué que la qualité des sangsues ait notablement diminué après cette série d’applications.
Il n’est pas inutile de dire, surtout pour encourager les essais, que mes expériences se sont faites dans des bassins alimentés par des eaux de sources ou de puits, c’est-à-dire par des eaux froides, crues, comme on les appelle, ne dissolvant pas le savon. Malgré ces conditions, les sangsues ont digéré; elles ont vécu, et on a pu les employer successivement un certain nombre de fois, avec des résultats satisfaisants.
Si l’on pouvait disposer d’un marais véritable, c’est-àdire d’une eau stagnante, mélangée de feuilles en décomposition et d’animaux aquatiques, les sangsues s’y trouve-.
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raient mieux et s’y reproduiraient. Si l’on n’a sous la main ni bassin ni marais où l’on puisse retenir les sangsues captives, je conseille de les rendre à la liberté, de les jeter dans les ruisseaux ou dans des mares du voisinage, mais surtout sans les avoir fait préalablement dégorger.
Ces conseils s’adressent plus particulièrement aux habitants des campagnes. Si nos confrères donnaient les mêmes conseils, on verrait bientôt les marais se repeupler de sangsues; le prix de ces animaux diminuerait en raison de la rareté de la demande ; la cupidité commerciale attacherait moins d’importance à un objet moins cher, et la France ne serait plus tributaire de l’étranger.
Chers lecteurs, charitables lectrices, méditez et profitez.