II. — Un mot sur la pression atmosphérique
L’air qui nous environne et qui nous fait vivre, l’air qui forme autour de la terre une atmosphère de quinze à seize lieues, l’air est, comme tous les corps de la nature, un fluide doué d’une certaine pesanteur.
— L’air est pesant, me direz-vous ; mais, en tendant la main dans l’air, en soupesant tout l’air qu’elle peut supporter, je ne sens aucune espèce de poids.
Vous ne sentez rien, parce que, sous votre main
comme par-dessus votre main, il y a une certaine quantité d’air qui fait équilibre à l’autre. Bien plus, 1 air remplit toutes les cavités de votre corps, pénètre tous vos tissus, et, mis entre deux couches d’air d’égale force, chacune des libres de votre corps ne peut sentir aucune pression. La pesanteur de l’air, soupçonnée par Aristote, n’a cle véritablement démontrée qu’en 16 io par Galilée, et con-
firmée ou précisée par Torricelli, Pascal, Bayle et Mariotte. Il est aujourd’hui constant que la pesanteur totale de la colonne atmosphérique soutient, au niveau de la mer et dans des tubes fermés, le mercure à la hauteur de vingthuit pouces. Prenez un tube de verre fermé par un bout, recourbé par l’autre bout; remplissez-le de mercure; si vous le renversez, le métal s’y maintiendra élevé jusqu’à vingt-huit pouces, parce que la colonne d’air qui pèse à la surface de l’extrémité ouverte est égale en poids à la quantité de métal contenue dans le tube, et par conséquent lui fait équilibre. Si vous faites le vide dans un corps de pompe, vous ferez monter l’eau jusqu’à une hauteur de trente-deux pieds environ, mais pas au delà, parce que la colonne d’air égale au diamètre de la pompe ne pèse pas plus qu’une colonne d’eau de trente-deux pieds. En partant de là et en calculant, par exemple, le poids d’une colonne d’eau de la hauteur d’un homme de moyenne taille et d’un diamètre égal à sa grosseur, en général on trouve que cette colonne pèse trente-trois mille six cents livres.
Comment les corps vivants ne sont-ils pas écrasés sous un pareil fardeau? Parce qu’il y a dans tous, comme je le disais tout à l’heure, des cavités remplies d’air, où ce fluide, se faisant équilibre à lui-même, empêche sa pression de devenir sensible.
Maintenant, supposez que sur l’un des points de notre corps, dans un endroit de notre surface extérieure, l’équilibre aérien vienne à se rompre ; supposez que la base tout entière de la colonne d’air qui pèse dans le creux de ma main, soit modifiée, dilatée, rompue ; l’air ne pesant plus sur la paume de ma main avec la force qu’il devrait avoir, l’air intérieur de ma main tendra à combler le demi vide extérieur, cherchera à ramener l’équilibre; par conséquent, il poussera devant lui la chair et la peau, tant et
ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
si fort, que si le vide était extrême, la peau serait capable d’éclater pour laisser l’air intérieur s’épancher, se répandre et rechercher l’équilibre interrompu. C’est de cette loi physique que l’on a retiré l’idée de la ventouse.
La peau, avec les tissus qu’elle recouvre, étant en quelque sorte aspirée par le vide, se trouve excitée par cette aspiration; tous les petits vaisseaux sous-cutanés, les vaisseaux capillaires, se remplissent alors outre mesure; le sang, appelé et retenu par l’aspiration, par l’excitation, stagne dans ces vaisseaux, c’est-à-dire reste en place tant que la ventouse est en action, et il en résulte un moyen de faire aux maladies internes une diversion efficace et toute mécanique.