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IV. — Préparatifs nécessaires

Mais voilà bien assez de considérations médicales, arrivons à la pratique et voyons à renseigner les gardemalades obligées d’assister à une saignée.

Le médecin l’a déclaré , il est indispensable de faire jouer la lancette. Le malade et son entourage ont compris la nécessité de l’obéissance. Vile, vite, préparonsnous.

11 nous faut :

1° Deux ou trois compresses de vieux linge;

2° Une bande roulée, à peu près large de trois doigts, d’environ un mètre de longueur ;

5° Une cuvette pour recevoir le sang, et avec cette cuvette deux ou trois verres ordinaires.

Ce n’est pas tout. 11 nous faut encore de l’eau froide et de l’eau chaude, il nous faut un drap sale ou trois ou quatre grosses serviettes. J’ajoute qu’il nous faut un mouchoir plié en cravate destiné à serrer le bras du patient.

Oh! sans doute, dans un cas pressé il n’est pas besoin de tous ces préparatifs; il m’est arrivé de saigner, sur place, des malheureux à la suite d’une chute violente ou qui se trouvaient frappés d’apoplexie dans la rue. Alors, avec un mouchoir que je coupais en morceaux , ma lancette et le premier vase qui m’était présenté, je pratiquais mon opération. Mais, en écrivant Y Art de soigner les malades, il me semble que je dois indiquer ce qu’il y a de mieux à faire dans l’importante occasion d’une saignée du bras ; et je tiens à expliquer l’utilité de tous les préparatifs que j’ai demandés.

La bande et les compresses, on le conçoit, sont destinées au pansement, au bandage, qui doit suivre la saignée, qui doit se faire quand l’opération est terminée. Je demande que les compresses ne soient pas trop dures, et

si j’en ai réclamé deux ou trois, c’est que le chirurgien peut avoir besoin d’en mouiller au moins une, et qu’il lui en faut une autre pour mettre par-dessus.

Je recommande, au contraire, que la bande soit faite d’un linge résistant et qui ne soit pas trop fin. Sans résistance, la bande pourrait éclater ; trop fine, cette bande pourrait être d’une application difficile : elle se plisserait, elle s’étendrait mal ; et le sang, mal contenu par les compresses, pourrait filtrer à travers la bande elle-même. Je dirai plus bas ce qu’il faudrait faire en pareil accident. Qu il me suffise maintenant d’ajouter qu’il est peu important que la bande roulée soit de toile ou de coton.

J ai dit qu il fallait préparer non-seulement une cuvette, mais des verres. Il importe en effet de recevoir le sanof, rethé au début d une maladie, dans des vases d’assez étroites dimensions et dans plusieurs vases successifs. Pourquoi? parce qu une fois retiré du corps, le sang, en se refroidissant, non-seulement se fige, mais se dénature et se partage en deux parties : une portion liquide que 1 on appelle sérum, sérosité, et une portion compacte, coagulée, que 1 on appelle caillot. Sur ce caillot apparaît souvent une couenne blanche qui démontre manifestement 1 état inflammatoire du sang qui l’a produite. Or plus le vase est étroit, mieux le caillot se forme; mieux le caillot est formé, et mieux la couenne apparaît. 11 v a plus : c’est que la forme même du caillot devient pour le medecm une indication spéciale; s’il est crispé, résistant arrondi comme une boule, c’est un signe certain d’un état inflammatoire si considérable qu’il peut obliger à une seconde saignée.

Eh bien, jamais, dans une cuvette, un médecin ne trouvera un caillot assez bien formé et suffisamment caractérisé pour lui servir de conseil et motiver le traitement a suivre.

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ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ

J’ai dit qu’il fallait préparer plusieurs verres, parce qu’une saignée ordinaire doit être d’environ la valeur de trois verres d’une capacité raisonnable. On ne place d'abord qu’un verre dans la cuvette tendue sous la saignée qui coule; dès qu’il est plein, on le remplace par un autre vide, et ainsi du troisième; la cuvette ne reçoit que des bavures et des éclaboussures. Le médecin trouve à cette précaution encore un autre avantage : c’est qu’il peut, comparant le sang du verre qui a été rempli le premier avec celui qui se trouve dans le second, comme avec celui du troisième, voir si les qualités inflammatoires du sang sont plus considérables dans le troisième verre que dans le premier.

— Passe pour tout cela, va me crier un impatient; mais à quoi bon l’eau froide et l’eau chaude, et tous les linges sales que vous demandez? chaque médecin n’a-t-il point dans sa trousse une bande de laine rouge qui dispense de préparer un mouchoir pour serrer le bras sur lequel se pratique la saignée?

J’ai demandé de l’eau chaude, parce que le médecin en a besoin pour laver sa lancette avant de s’en servir ; il doit la laver dans l’eau chaude pour deux raisons : pour assurer le malade qu’il ne reste après son instrument absolument rien qui soit capable de lui donner des inquiétudes; mais surtout il doit la tremper dans l’eau chaude, pour rendre la lancette plus coupante. Qui ne sait la différence qui existe entre un rasoir chauffé delà sorte et un rasoir qui ne i’a pas été? il en est de même pour les lancettes. J’ai demandé aussi de l’eau froide, parce qu’elle peut être nécessaire pendant et après l’opération : pendant l’opération, si le malade est pris de syncope, ce qui arrive assez souvent; j’explique, dans la Médecine des accidents, que, pourcombaltre la syncope, l’un des moyens les plus efficaces, après la position horizontale, est de projeter quelques gouttes

d’eau fraîche au visage; — après l’opération, parce que, si la saignée a été largement ouverte, il est souvent nécessaire, pour la refermer plus sûrement, d’appliquer sur la piqûre une petite compresse imbibée d’eau froide.

Si j’ai réclamé des linges sales, c’était afin de les étendre sur le lit du malade au moment solennel de l’opération; car bien souvent, malgré toutes les précautions du médecin, la saignée part si vite, qu’elle peut tacher le lit du malade, et si la vue du sang fait un fâcheux effet sur une personne bien portante, à plus forte raison produit-elle une impression pénible sur bien des gens, quand ils sont déjà accablés par une maladie. Vous m’objecterez qu’on peut, en pareille circonstance, cacher les taches ou changer les draps. Mais n’est-il pas plus simple d’étendre sur le lit, pendant l’opération de la saignée, des linges sales qui puissent le préserver de toutes ces sanglantes souillures?

Quant au mouchoir plié en cravate, c’est une recom-

Mouchoir plié en cravate et servant à serrer le bras pour l’cxéculion d’une saignée.

mandation de Récamier, qui le préférait de beaucoup, pour la constriction du bras, à toutes les lanières omnibus

ENCYCLOPÉDIE I)E LA SANTÉ

employées parlant de confrères. D’abord, il est bien des personnes qui se soucient fort peu d’avoir autour du bras une bande de laine tachée d’un sang étranger, et puis l’on serre bien plus doucement, je dirai même bien plus efficacement, avec un mouchoir plié en cravate qu’avec une lanière, quelle qu’elle soit.

V — L’opération.

Puisque je n’ai pas la prétention de vous apprendre à saigner, je n’ entrerai ici dans aucun détail de l’opération proprement dite; je me réserve d’en dire quelques mots dans un appendice à cet article : j’ai promis de le faire pour être utile aux quelques personnes étrangères à la médecine et qui ont le courage de pratiquer la saignée. En ce moment nous laissons toute la responsabilité de la manœuvre opératoire au médecin qui manie la lancette. Mais vous qui soignez les malades et qui assistez le médecin, vous avez aussi votre petit rôle à remplir. Et d’abord il faut éloigner du malade toutes les personnes que vous savez mal impressionnées par la vue du sang. Si vous en avez peur vous-même, il est urgent de vous faire remplacer par quelqu’un de plus aguerri que vous.

Je me souviens d’avoir saigné un jeune homme, n’ayant pour aide que sa mère, qui n’avait pas voulu le quitter. Dès le premier jet de sang, le malade eut un évanouissement, je vous ai dit que ce petit accident était fort ordinaire; mais voilà que sa mère elle-même fut prise d une syncope, en sorte que je me trouvais dans un embarras qu’il faut savoir prévoir afin de l’éviter. Comme heureusement l’évanouissement du jeune homme avait, tout mécaniquement, suspendu l’écoulement de la saignée, il me lut possible d’étendre par terre et de faire revenir a elle la

maman qui se trouvait mal; mais, lui intimant l’ordre de rester dans celte situation, je revins à mon malade, que je tis revenir de la même façon, et, la saignée reprenant de plus belle, je pus la terminer et en exécuter le pansement sans obstacle nouveau.

Au moment où le médecin pratique le pansement de la saignée, je vous engage à bien examiner comment il s’y prend.

— Mais j’ai horreur des coups de lancette I Jamais je n’ai fait de saignée, jamais je n’en ferai ; je ne vois pas la nécessité de l’examen que vous nous recommandez.

— Il ne s’agit pas de vous apprendre à saigner, encore une fois ; mais il se peut, — vous le comprendrez tout à l’heure,— que, vous résignant, par dévouement ou par nécessité, à soigner des malades, vous soyez obligé de faire vous-même ce que j’appelle le pansement de la saignée, et c’est pour vous instruire en cas de nécessité, pour vous rendre experts à l’occasion, que je vous recommande de bien regarder ce que fait un médecin qui panse un bras après une saignée faite.

Il y a deux manières d’arrêter le sang qui coule d’une saignée, et par conséquent deux procédés qu’emploient d’ordinaire messieurs les médecins.

Les uns, laissant le bras tendu après l’avoir débarrassé de la ligature qui gonflait toutes les veines, se contentent d’appuyer vigoureusement le pouce sur le vaisseau qui a fourni le sang, et ils l’appliquent un peu au-dessous de l’ouverture pratiquée. Gomme le sang qui coule dans les veines marche des extrémités vers le centre, c’est-à-dire vers le cœui , oigane central de toute la circulation sanguine, il en résulte qu’en lui barrant le passage au-dessous de l’êu- \ertuie piatiquée pour la saignée, il ne peut plus sortir par cette ouverture.

Une fois le sang arrêté de cette manière, le praticien

ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ

demande un linge et de l’eau tiède, et il lave avec précaution la petite blessure chirurgicale produite par la lancette, et toute la région qui avoisine cette blessure. C’est alors que, saisissant une des compresses préparées et qu’il a soin de ployer en plusieurs doubles, il la place sur la saignée, et puis, prenant la bande roulée, à l’aide du bandage dit huit de chiffre (voir ci-après, au chapitre des bandages), non-seulement il agit de manière à maintenir la compresse sur la blessure, mais il exerce sur celte compresse, et par conséquent sur cette blessure, une légère compression.

D’auties s’y prennent plus bourgeoisement et plus commodément, à mon avis. Aussitôt qu’ils ont retiré la ligature, qui faisait jaillir le sang de la veine ouverte, ils recommandent à la personne saignée de ne faire aucun mouvement du bras, de l’abandonner entièrement aux mouvements qu’ils veulent lui communiquer, de faire bras mort,

Moyen d’arrêter tout mécaniquement une saignée qui coule.

comme on dit dans le vulgaire; alors, et relevant 1 avantbras sur le bras proprement dit, ils arrêtent par ce mou-

vement et ferment immédiatement la saignée qu'ils ont ouverte. Pourquoi? Parce que la saignée se pratique toujours dans le pli du bras, et que, dans le mouvement dont nous parlons, l’avant-bras, pliant sur le bras, la peau delà région où s’est opérée la saignée se trouve dans une contraction telle, que la blessure, disparaissant dans les plis et replis, se trouve fermée aussi hermétiquement que possible.

Tout en tenant le bras saigné dans cette flexion préservatrice, le médecin peut laver le pli du bras sans avoir à craindre aucune hémorragie, et, quand il s’agit de placer la compresse et la bande, c’est-à-dire d’opérer le petit pansement dont nous parlions tout à l’heure, il suffit de poser la compresse sur le pli du bras fléchi, et puis, agissant avec lenteur, recommandant au patient de ne faire aucune action musculaire, on étend le bras peu à peu. Dès qu’apparaît la première gouttelette de sang, on appuie le pouce sur la compresse, c’est-à-dire qu’on ferme la blessure de la façon la plus efficace; puis, passant sous le pouce compresseur et au-dessus de la compresse préservatrice le premier bout de la bande roulée, on termine le pansement aussi commodément que possible.

— Mais, encore une fois, à quoi bon tous ces détails?

— Vous allez en comprendre l’importance dans le paragraphe intitulé Surveillance.

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