‹ L'art de soigner les maladesChapitre 89 sur 124 · VI. — Bandelettes et soutiens généraux · texte numérisé non relu

VI. — Bandelettes et soutiens généraux

Pour maintenir la compresse, on se sert d’une bande roulée, que bien des personnes ont l’habitude d’arrêter avec des épingles; il est pourtant un moyen préférable : c’est de coudre à l’extrémité finale de la bande deux cordonnets qui permettent d’arrêter le pansement par un nœud bien facile à faire.

ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ

Pour un grand nombre de personnes le pansement se termine là; mais on a inventé dans ces temps modernes un petit appareil complémentaire ; on a prétendu, avec juste raison, que la plaie artificielle était suffisamment mise à l’abri de l’air et des frottements par le bandage décrit ci-dessus, mais qu’elle n’était point assez fortifiée contre les chocs et les violents contacts. En conséquence, on a confectionné des espèces de petits boucliers métalliques que l’on vend chez tous les pharmaciens sous le nom de serre-bras, serre-jambes, etc.

Franchement, je ne crois pas ces moyens (que j’ai désignés en tête de ce petit chapitre sous le nom de soutiens généraux) complètement indispensables, mais je suis bien loin de les regarder comme un luxe inutile : c’est un moyen préservateur, logique et facile à comprendre; c’est pourquoi je le conseille à ceux qui peuvent en faire la dépense. Quant aux pauvres, qui ne le peuvent pas, je les supplie de se consoler, et je puis les assurer qu’ils n’y perdent pas beaucoup.

— Soins de propreté. — Fautes trop communes. — Comment faut-il essuyer? — Comment faut-il laver?

Supposons un moment notre plaie artificielle convenablement établie; supposons le vésicatoire en bonne voie, et, puisque je vous ai averti que nous ne reculerions pas devant les maux repoussants, supposons une louable suppuration.

Évidemment il faut à cette plaie des soins quotidiens, et précisément parce qu’elle est une source de malpropreté, il faut la tenir le plus proprement possible. Propreté dans toutes les régions qui environnent la plaie; propreté dans les linges et dans les compresses; propreté

dans les pommades journellement employées : telles sont mes recommandations.

Mais, de grâce, prenons bien garde aux scrupules et aux exagérations.

La plupart des personnes qui pansent des vésicatoires fixes se croient obligées non-seulement d’essuyer les bords humides de ki plaie, mais elles ont la funeste habitude d’essuyer la plaie elle-même; quelques-unes y vont avec brutalité, le plus grand nombre procède avec précaution. On n’essuie pas, on étanche, c’est-à-dire qu’on place sur le vésicatoire une compresse toute blanche, qu’on l'y appuie délicatement et qu’on la retire avec douceur.

Bien, très-bien! une fois en passant, après trois, quatre ou cinq jours; mais cette manœuvre, renouvelée chaque matin, a le grave inconvénient, non-seulement de dessécher, mais d’agacer outre mesure la surface suppurante; alors le vésicatoire ne marche plus, et l’on court dire au médecin qui l’a conseillé :

« J’ai beau faire, mon vésicatoire ne marche pas; je l’ai mis par obéissance, mais j’étais bieA sûr de son insuccès ; je n’ai pas la moindre humeur dans le corps. »

Votre vésicatoire ne marche pas, parce qu’à peine est-il parti que vous travaillez à l’arrêter. Retenez bien ce grand principe : la suppuration appelle la suppuration, et quand il importe, non-seulement d’établir, mais de conserver longtemps l’action suppuratoire d’une plaie artificielle, il faut bien se garder de l’essuyer à chaque instant.

J’ai recommandé la propreté, par conséquent je suis tout le premier à vous dire qu’il faut suffisamment nettoyer les surfaces en suppuration; pour cela voici ce que je vous conseille : non-seulement il faut essuyer les bords de la plaie tous les matins, mais il faut les laver avec une éponge douce et de l’eau tiède; il faut avoir grand soin de détacher toute croûte, toute concrétion; et puis, tous les trois

ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ

à quatre jours, au lieu de prendre de l’eau simple, vous aurez pour le lavage une décoction bien grasse de racine de guimauve; alors vous laverez non-seulement les bords delà plaie, mais vous pourrez laver la plaie elle-même.

! Pour ces lavages, vous vous garderez bien de frotter avec l’éponge humide la surface du vésicatoire; mais vous ferez tomber et couler sur cette surface un petit ruisseau d’eau de guimauve, et, pour cela faire, vous imbibez l’éponge du liquide adoucissant; puis vous l’exprimez audessus de la plaie, en ayant soin de placer un vase en situation convenable pour recueillir le liquide qui coule. De la dextérité, de la patience, versez et reversez plusieurs fois sur un même point dont vous voulez détacher quelques pellicules, quelques concrétions, et vous arriverez sans brutalité à la propreté la plus parfaite.

WIII. — Complications, donleurs, boutons; moyen d’y

remédier.

Bien des vésicatoires se conduisent convenablement, marchent sans era«mbre et produisent l’effet qu’on en attendait sans occasionner le moindre accident; mais tous ne sont point si gracieux.

1° Les uns s’irritent, s’exaspèrent et finissent par déterminer de si cuisantes douleurs, que les grands malades se plaignent et que les enfants en poussent des cris aigus.

Alerte ! au secours ! il faut arrêter le mal et mettre à la porte la fâcheuse souffrance. Aussitôt qu’un vésicatoire devient douloureux, il faut se garder de l’essuyer et d’en étancher les humidités; mais surtout il faut appliquer s::r la région cuisante un moyen adoucissant, un bon et onctueux cataplasme.

Je n’aime pas voir appliquer dans ce cas des cataplasmes faits avec la farine retirée de la graine de lin;

car souvent cette farine s’échauffe, et ses émanations sont tellement agaçantes, que je les ai vues déterminer des érésipèles ; je préfère les cataplasmes plus franchement féculents, tels que les cataplasmes de semoule, les cataplasmes de crème de riz.

Pour rendre ces cataplasmes plus adoucissants encore, voici, d’ordinaire, ce que je conseille; permettez-moi de formuler comme si j’écrivais une ordonnance :

On prend un quart de tête de pavot que l’on jette dans un vase contenant un bon verre d’eau froide ; on met ce vase sur le feu, on l’y maintient jusqu’à parfaite ébullition, on retire alors la pulpe de pavot et l’on jette dans le liquide la semoule, le riz ou toute autre fécule; on la laisse cuire comme s’il s’agissait de confectionner un potage, et quand elle arrive à une consistance convenable, onia jette dans un linge, et l’on confectionne le cataplasme en suivant tous les renseignements que j’ai jadis donnés.

Quelquefois je fais placer ce cataplasme entre deux linges, le plus souvent je le fais poser à nu, et dans certaines circonstances, avant d’appliquer la masse adoucissante sur le vésicatoire exaspéré, je fais verser sur le cataplasme, du côté qui doit être en rapport avec la plaie, une à deux cuillerées d’huile d’amandes douces ou de bonne huile d’olive.

2° Les autres, appelant dans les régions qu’ils occupent un afflux sanguin exagéré, ou bien de l’humeur lymphatique en excès, déterminent la pousse de trois à quatre bou-» tons douloureux, qui surgissent, non point sur le vésicatoire même, mais sur la peau saine qui les environne.

Contre ces especes de clous ou petits furoncles, je ne connais que deux moyens : d’abord l’application de petits ronds de diachylum, et puis, si cette précaution ne suffît pas, de bons cataplasmes qui entourent le bras tout entier.

LNoYLLOl'ÉniE LIE LA SANTE.

Page 1