‹ L'art de soigner les maladesChapitre 91 sur 124 · I. — Demande et réponse · texte numérisé non relu

I. — Demande et réponse

Nous avons reçu la lettre suivante :

« Monsieur le docteur,

« Vous avez, dans l’une de vos publications, traité des soins que réclamaient le pansement et l’entretien des vésicatoires, et vos conseils ont été, je le sais, utiles à un grand nombre de personnes.

« 11 est une autre espèce d’exutoire dont il ne serait pas moins nécessaire d’entretenir vos lecteurs, je veux parler des cautères , qu'on ne sait ni mieux panser ni mieux soigner que les vésicatoires, et contre lesquels il existe des préjugés qui font reculer bien des malades devant l’emploi de ce dérivatif. Ainsi bien des personnes se refusent à l’ouverture de cet ulcère artificiel, persuadées que ce genre d’exutoire doit être porté toute la vie; d’autres consentent difficilement à changer de place un ancien cautère dont on veut, en le renouvelant, activer l’action émoussée par un trop long usage, tant elles sont convaincues qu’une fois posé, le cautère ne peut plus être arrêté, même pour être remplacé par un autre.

254 ENCYCLOPÉDIE DE LA. SANTÉ

« Quant au pansement, il varie à l’infini, et l’on peut dire que chacun a le sien tout particulier. Pour les uns, l’ouverture de l’ulcère est maintenue par des boules de racines d’iris; d’autres emploient de petites oranges; d’autres, de petites boules de cire ; d’autres, des pois ordinaires, et, dans ces derniers temps, il en est qui ont fait usage de pois élastiques. Tout cela se recouvre, tantôt d’une feuille de lierre que l’un veut prendre sur un mur et un autre sur un arbre ; tantôt de taffetas ciré, tantôt de sparadrap, tantôt de papier brouillard revêtu d’onguent de la mère; tantôt, enfin, de papier dit adoucissant, dit suppuratif. Chacun de ces modes de pansement est regardé comme tellement indispensable, à l’exclusion de tout autre, par celui qui l’emploie, que l’on se croit perdu, si, par hasard, on se trouve dans la nécessité de le modifier.

« Je puis, entre autres exemples, citer une personne qui, se trouvant à la campagne, forcée, par oubli, de faire usage de pois de jardin au lieu de pois d’iris qu’elle employait ordinairement, fut dans des transes continuelles sur sa santé, tant que dura ce mode de pansement.

« Une autre fut non moins inquiète, parce que, au lieu de feuilles de lierre cueillies sur un arbre, elle sut avoir employé pendant plusieurs jours de suite des feuilles prises sur un mur.

« Il est des personnes qui se croiraient mortes si elles lavaient leur plaie, et j’ai connu une personne qui s’est crue dans la nécessité de consulter son médecin, parce qu en prenant un bain elle avait laissé tremper par mégarde le bras qui portait le cautère, et que celui-ci avait été fortement mouillé.

« Enfin il en est d’autres qui croient indispensable de garder, sans les détruire, tous les bourgeons charnus et les fongosités qui s’élèvent parfois sur les vieux cautères et nuisent si fort à leur bon entretien.

L’AllT DE SOIGNER LES MALADES. 255

« Un ou deux de vos chapitres sur ce sujet sera, j’en suis persuadé, un grand service rendu à la plupart des personnes qui s’occupent des malades. »

Bien que cette lettre contienne quelques compliments à notre adresse, nous la déclarons d’une sagesse remarquable et nous allons y répondre de notre mieux.

Oui, vraiment, de minutieux renseignements sur les bienfaits et les pansements des plaies artificielles que l’on nomment cautères, non-seulement peuvent être utiles, mais sont indispensables. Il y a sur ce chapitre, comme le fait si bien remarquer notre correspondant, une foule de préjugés à redresser, un amas d’erreurs à combattre. Certainement le sujet manque de poésie; mais, nous ne cherchons pas à faire preuve de rhétorique avec étalage de rédondances et de grands mots. Nous n’avons jamais qu’un seul but, — l’utilité.

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