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II. — Effroi généralement causé par le cautère

Les médecins sont les premiers à le savoir, — le cautère fait une peur considérable, cause une crainte presque universelle.

Cautère! cela semble signifier blessure, plaie repoussante, suppuration fétide et nauséabonde. Un cautère paraît à bon nombre de malades, et même aux parents qui les soignent, un stigmate honteux et décourageant. On craint souvent un cautère tout autant que l’on redoute un abcès froid et une plaie scrofuleuse.

Cautère! mais cela signifie brûlure, désorganisation, pénible souffrance. J’ai rencontré certains malades, des femmes ou des jeunes gens plus ou moins prétentieux, qui, devant la menace d’un cautère, non-seulement ont jeté

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les hauts cris, mais m’ont déclaré que, plutôt que de subir un pareil médicament, ils aimeraient mieux mourir.

Proclamons cependant que, dans un bon nombre de cas, la dérivation produite par le cautère est d’une efficacité merveilleuse; que les douleurs causées par ce moyen de médicamentation sont tellement légères, qu'à bien des malades résignés elles paraissent tout à fait nulles, et qu’enfin les services journellement rendus par l’exutoire en question sont multiples, assurés, incontestables.

Je dis que la douleur causée par les cautères est tellement minime, que bon nombre de malades ne s’en aperçoivent même pas. Je sais bien que cautériser veut dire brûler, et qu’à celte seule expression on se sent courir dans tout le système nerveux l’électrique commotion de la douleur. On voit un foyer embrasé, un morceau de fer rouge, un liquide bouillonnant, et l’on croit ressentir déjà la torture de celte pénible manœuvre qui cause la désorganisation de la peau. On croit déjà sentir les ecchymoses, la fumée, les phlyctènes, c’est-à-dire les cloches produites ordinairement par les brûlures.

Autrefois, je l’avoue, quand il fallait établir un cautère en donnant un coup de bistouri, ou en approchant de la peau un morceau de fer rougi, ce genre de médicamenta tion pouvait paraître redoutable. Mais à présent que l’on cautérise avec des agents chimiques, avec des caustiques sortis de l’officine du pharmacien, c’est à peine si l’on a le temps de ressentir la moindre douleur. Cela chauffe un instant, pince avec une énergie sans égale, et produit presque en un clin d’œil l’action désorganisatrice.

lïf. — Services rendus.

Les bons effets des cautères, appliqués à propos, sont comparables aux bienfaits incontestables de certains vésicatoi-

res, cl aux bénéfices instantanés produits par les émissions sanguines faites à temps.

Le cautère est, à mon avis, l’exutoire le plus simple, le plus rationnel, le plus facile à supporter, comme le plus facile à établir.

Nous n’en sommes plus, fort heureusement, du reste, à ces temps de bizarre ignorance, où toutes les prescriptions médicales se rattachaient au système ridicule des humeurs. A celte époque, il eût été facile de démontrer l’importance du cautère; il eût été bien simple de vous dire : Toutes les maladies proviennent d’un excès d’humeur : or, le cautère est le meilleur moyen de faire sortir cette humeur du corps. Donc, le cautère, si disgracieux, si douloureux qu’il puisse être, est le plus logique, le plus utile, le plus sûr de tous les médicaments. Je ne saurais point soutenir une thèse de cette nature.

Le corps humain est sujet à des maladies de nature bien difféi entes, mais, je 1 ai dit a propos des purgatifs dans le volume intitulé Grandes et petites misères, je le dirai plus explicitement encore dans le volume ayant pour titre Médecine naturelle, sauf les cas de peste, de désorganisation générale, d’infection ou de résorption purulente, le corps humain ne contient aucune parcelle de ce que les gens du monde appellent humeur ; chaque être vivant est pourvu d une certaine dose de ces liquides organiques, que les humoristes ont mis en avant, pour faire prévaloir leurs cri oui s, mais dont ils auraient dû mieux comprendre le rôle et l’importance.

" Toutes les sécrétions, en effet, peuvent être considérées comme des humeurs vivantes : les larmes, la salive, les mucosités nasales, sont les humeurs ; le suc gastrique, les humidités intestinales, la transpiration delà peau humeurs toujours humeurs! Je vais plus loin, c’est que la bile est une humeur, le sang une humeur, la lymphe encore une

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humour. Or le mot humeur, pour les gens du monde, revêt une signification toute spéciale : il signifie suppuration, désorganisation, fétidité. Bien des malades, à qui l’on dit : vous avez trop d’humeurs, s’imaginent avoir de la suppuration sous la peau, delà suppuration sur les muqueuses, de la suppuration dans toutes les entrailles, et alors, quand on leur propose un purgatif capable de faire sortir une certaine dose de liquide, quand on leur propose des infusions amères sous le titre pompeux de boissons dépurativcs, quand on leur propose des vésicatoires ou des cautères, ils acceptent docilement sans hasarder la plus petite récrimination, se faisant intérieurement le raisonnement que voici :

— J’ai trop d’humeur, le moyen médicamenteux que l’on m’ordonne est destiné à diminuer ou à faire sortir cette humeur; obéissons, résignons-nous; peu importe que le moyen soit désagréable ou non; ne faut-il pas tout faire au monde pour m’épurer et me guérir?

Ce n’est point le genre de raisonnement que je veux susciter, parmi les nombreux malades qui ont besoin du dérivatif que l’on nomme cautère. Notez que je l’appelle dérivatif et non point épurateur ; le cautère, en effet, comme le vésicatoire fixe dont nous avons parlé, comme le séton, dont nous parlerons tout à l’heure, est tout simplement un exutoire, une espèce de trop-plein ouvert à la vitalité en excès, un intelligent appel fait dans une région résistante et presque insensible du corps aux concentrations sanguines qui pourraient produire des désastres, si elles avaient lieu dans des régions plus délicates et plus susceptibles. Prenons deux exemples qui fassent bien comprendre notre pensée.

Voilà une femme de quarante-cinq à cinquante ans, dont les congestions sanguines deviennent critiques et redoutables. Voilà un jeune homme de quinze à dix-huit ans,

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