IV. — Différence «lu eautère et dn vésicatoire
J’ai dit les bienfaits du vésicatoire, mais il est juste d'en énoncer certains inconvénients.
Le vésicatoire comme le cautère, du reste, est une plaie artificielle entretenue d’une façon médicamenteuse pour faire sortir la vitalité en excès, pour faire l’office de dérivatif, et pour rester digne du titre générique d ’ exutoire.
Mais il est facile de remarquer, — et pour cela il n’esl point besoin d’avoir subi un vésicatoire, il suffit d’en avoif fait ou vu faire le pansement, — il est facile de remarquer, dis-je, que l’action du vésicatoire étendu dans une assez large surface se produit sur le second feuillet de la peau, feuillet compacte, composé, et que l’on intitule derme. Or dans le derme viennent s’étaler et s’effïeurir une quantité considérable de filets nerveux, qui forment
un réseau d’une densité extrême et d’une très-grande susceptibilité.
A l’état ordinaire des choses, l’épiderme est là qui garantit et préserve de toute impression pénible le derme sous-jacent. Mais dans un vésicatoire en travail de suppuration l’épiderme est détruit, enlevé, l’on s’oppose à sa réparation journalière, et l’exutoire en fonction représente une large écorchure, c’est-à-dire qu'il en a toute l’impressionnabilité.
C’est par cette raison que l’air, frappant sur un vésicatoire au moment du pansement, produit un contact désagréable et parfois douloureux ; c’est par cette raison que les vésicatoires en suppuration deviennent d’une susceptibilité excessive. L’application des linges nécessaires au pansement, l’accident du moindre choc devient un petit supplice, représente une véritable torture. Pourquoi? Parce qu’au milieu de la surface qui suppure, rampent et se trouvent dans un éréthisme perpétuel les papilles nerveuses, ou, si vous l’aimez mieux, le petit réseau de nerfs qui, malgré l’épiderme, rendent quelquefois la peau si sensible, et qui, l’épiderme enlevé, se trouvant, d’ailleurs, surexcités par le travail suppuratoire, deviennent d’une extrême irritabilité. C’est pour celle raison que bon nombre de personnes ne peuvent supporter longtemps un vésicatoire fixe.
Au contraire, quelle que soit l’impressionnabilité, ou, pour me servir d’une expression néologique, la nervosité d’un individu, il peut, il doit toujours bien supporter un cautère.
Le caulère, en effet, n’agit plus à la surface, il entre dans les chairs, et c’est au milieu des muscles qu’il établit une plaie artificielle, c est d’une profondeur de plusieurs lignes qu’il fait suinter la suppuration. Or, dans ce que les gens du monde appellent la chair, il n’existe plus
ENCYCLOPÉDIE DE LA SANTÉ
qu’une sensibilité peu considérable; on constate une trèsgrande différence dans la sensibilité de la peau et celle des muscles (ou portions charnues). Cela est si vrai, que, dans une amputation de bras ou de jambe, le temps le plus douloureux de l’opération est le premier, celui qui consiste à couper circulairemcnt la surface cutanée. J’ai eu maintes fois l’occasion de le remarquer, avant la merveilleuse invention de l’éther et du chloroforme : au premier coup de couteau, les pauvres patients jetaient les plus lamentables cris et puis ils se taisaient presque, et même au moment où il fallait scier les os, opération jugée depuis des siècles si redoutable et si terrible, les malheureux amputés ne se plaignaient jamais autant que pour la simple section de la peau.
Au reste, les faits sont des faits, et quand même ils ne seraient point explicables, on est contraint de les admettre. La plaie artificielle produite par un cautère est toujours mieux et plus longtemps supportée sans inconvénients que la suppuration extérieure déterminée par un vésicatoire.
Est-ce à dire qu’il faut préférer l’un à l’autre? Non, vraiment : tout médicament a son utilité, ses avantages, comme il a ses douleurs et ses inconvénients. J’ai cru assez important de faire comprendre aux gens du monde, non-seulement l’utilité du cautère, mais ses avantages dans maintes occasions. J'ai tenu à prouver que quiconque n’avait point peur d’un vésicatoire, devait, à plus forte raison, ne lien craindre du cautère. Mais, quant au choix à faire entre ces deux genres d’exutoires, les explications seraient si longues à donner, si forcément physiologiques, si outrageusement savantes, que j’aime mieux, sur un pareil sujet, ne donner qu’un seul conseil :
— Là-dessus rapportez-vous-cn complètement à votre médecin.