X. — Manières diverses d’ë<al*Iir un cautère
Le plus souvent c’est le médecin qui se charge luimême de l’opération nécessaire pour établir la plaie artificielle qui constitue le cautère. Mais, comme il peut arriver que les personnes assez dévouées pour garder les malades se trouvent forcément chargées de cette manœuvre, comme dans bien des circonstances le médecin dit tout simplement à son malade :
— Mettez-vous un cautère au bras, établissez-vouS un cautère à la jambe,
Il faut que les personnes étrangères à la médecine sachent et sachent bien comment s’opère la cautérisation, comment se pratique la plaie artificielle que l’on nomme cautère.
J’ai fait entrevoir un peu plus haut les conquêtes et les progrès de la chirurgie sur ce prosaïque sujet.
Autrefois, pour placer un cautère, on donnait un coup de bistouri ou de lancette; dans la plaie béante et saignant encore on introduisait un pois sec, et puis on recommandait au supplicié d’attendre trois ou quatre jours avant de lever le petit appareil du premier pansement. C’était dur, douloureux, et je dirai même que cette petite opération n’était point exempte de dangers : on pouvait ouvrir une veinule, la forcer de s’enflammer et courir toutes les chances de la résorption purulente; mais surtout, comme on attirait là une inflammation factice, comme on cherchait à établir une suppuration par des entraves apportées au travail cicatrisant d’une plaie extérieure, on avait souvent à subir non-seulement de petits abcès locaux, mais de terribles érésipèles.
De ce moyen trop brusque on est passé à un moyen trop doux : on a imaginé de transformer le vésicatoire en eau-
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1ère; se disant, très-probablement, avec une naïveté digne des premiers âges : Le vésicatoire est une plaie artificielle, un exutoire et un dérivatif, le cautère l’est aussi, et il agit absolument de la meme façon, par conséquent, changeons le vésicatoire en cautère; pour cela, appliquons un ou deux pois sur le vésicatoire en suppuration; pressons, serrons, faisons entrer, et en quelques jours nous obtiendrons tout naturellement un cautère capable de fournir une suppuration abondante.
C’est vrai, l’expérience est venue le démontrer, maintes fois tles vésicatoires ont pu être changés en cautères; mais au prix de quelles douleurs? après combien de bandages, pressurages et petites tortures?
Qu’est-ce qu’un cautère? Une plaie profonde, c'est-àdire une plaie qui dépasse la peau, une plaie artificielle, mais musculaire, c’est-à-dire établie dans ce que les gens du monde appellent la chair ou plus communément la viande. Or, pour établir un cautère réel, il faut ouvrir, désorganiser ou séparer la peau. Or, non-seulement un vésicatoire n’enlève que l’épiderme, c’est-à-dire le feuillet le plus mince de la surface cutanée, mais, appelant vers la région de peau qu’il attaque un afflux sanguin, une force vitale préservatrice , il rend momentanément le derme plus épais et plus dense. Donc, pour le transpercer, et pour le transpercer avec un petit corps mou et rond comme un pois, il faut appuyer considérablement, confondre et mutiler d’une façon désastreuse.
Non-seulement le cautère établi de cette façon est appliqué sans logique, sans discernement, sans renseignements anatomiques, mais je suis convaincu qu’il est posé de la façon la plus douloureuse et la plus brutale qu’on puisse imaginer.
11 est bien plus naturel d’avoir recours aux caustiques. De par messieurs les chimistes, nous possédons des sels
qui, placés sur la peau, la désorganisent et la brûlent. Telle est la potasse, qui, du reste, a paru si commode pour établir les plaies artificielles dont nous parlons, qu’employée longtemps par quiconque s’occupait de soigner les malades, elle a conquis le titre glorieux de pierre à cautère. Disons-le bien franchement cependant, non-seulement la pierre à cautère a perdu de sa popularité, mais, malgré tous les services qu elle a rendus, son règne est tout près de finir.
La potasse, en effet, a rendu des services véritables; et comme, malgré les progrès de la chirurgie actuelle, quelques-uns de mes lecteurs peuvent être dans la nécessité d’avoir recours à la potasse, je crois nécessaire d’expliquer minutieusement comment on pratique un cautère avec un morceau de potasse.
Nos pères, qui n’étaient pas grands partisans des cérémonies, prenaient un morceau de potasse gros comme un pois, mettaient ce morceau de caustique sur une compresse, puis appliquaient caustique et compresse sur la région où ils voulaient établir un cautère.
C’était au petit bonheur! le cautère prenait bien ou prenait mal. Après douze ou quinze heures écoulées, le médecin ou garde-malade examinait les résultats produits avec la même anxiété, la même incertitude qu’un pêcheur qui lève ses filets, qu’un laboureur inspectant et visitant ses champs.
Souvent alors, au lieu d’une cautérisation de la peau, large au plus comme une pièce de dix sous, l’opérateur trouvait des figures géographiques qui représentaient une bonne partie des grimaces de l’Océan. Et la raison en est toute simple, c’est que la potasse est, en chimie, l’un des sels les plus faciles à fondre. Donc le morceau de potasse, appliqué plus ou moins adroitement sur la région où il devait pratiquer la cautérisation, non-seulement cautérisait à la place où il se trouvait appliqué, mais, fondant,
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coulant, écorchant ou plutôt cautérisant tous les alentours, il occasionnait quelquefois une plaie disgracieuse et redoutable.
Alors les chirurgiens voulurent maîtriser le monstre et rendre docile leur habituel cautérisateur. Avant d’appliquer un cautère sur une région désignée, ils eurent soin de placer un carré de toile agglutinative connue en pharmacie sous le nom de diachylum. Au milieu de ce carré était pratiqué un trou large d’environ une pièce de dix sous, et c’est dans ce trou, sur celte peau laissée dénudée, qu’ils avaient soin d’appliquer la pierre à cautère, caustique capricieux, qui tantôt désorganisait profondément les régions sur lesquelles il se trouvait appliqué, et tantôt, au contraire, fondant, filant, fuyant, cautérisait les alentours.
Ce qu’on a fait, on peut le faire, et, disons-le pour rassurer les malades, on peut le faire sans grand inconvénient.
Même, avant d’aborder le chapitre des perfectionnements et des fioritures, je me sens pris d’un scrupule dont il faut que je me défasse bien vite. J’ai critiqué l’ancicnnc manière d’établir un cautère, qui consistait à donner un coup de lancette ou de bistouri* j’ai dit que dans une pareille opération on courait les chances d’une phlébite ou d’un érésipèle. Il ne faut pas cependant croire ces dangers ou mauvaises chances bien considérables, ils ne le sont pas plus que celles d’un patient qui court la chance de subir l’inflammation des veines en consentant à subir une saignée par la lancette.
Sans doute, l’application d’un cautère faite soit à l’aide d’une coupure de la peau, soit au moyen d’un petit vésicatoire préalable, soit par l’application sur la peau d’un petit morceau de potasse, peut causer des douleurs inattendues et d’irrationnels accidents; mais, huit fois sur
L’ART DE SOIGNER LES MALADES, dix, ces moyens sont innocents, et restent manifestement
efficaces. ; ,
On a proposé et même essayé d’établir les cautères a
l’aide de ce caustique anodin qui porte un nom bien redoutable, mais qui n’en est pas moins d’une douceur bien charitable, je veux parler delà pierre infernale. Eli bien, le nitrate d’argent, si efficace dans la cautérisation pratiquée sur les surfaces humides, semble dormir et n avoir aucune activité sur les surfaces extérieures, sur la peau.
Ce qu’il y a de préférable pour établir un cautère au milieu de toutes les drogues qui se trouvent dans l’arsenal pharmaceutique, c’est la poudre de potasse, mélangée avec un peu de chaux, autrement dit, de la pâte de Vienne, pâte que l’on peut rendre malléable en y versant de l’éther ou de l’alcool, et qui forme, avec ces liquides, un petit mortier, qu’il suffit d’appliquer sur la peau pendant douze ou quinze minutes — et avec 1 épaisseur d une ligne et même d’une demi-ligne — pour obtenir la désorganisation complète de la surface cutanée.
Pour ma part, j’ai pratiqué plus de deux à trois cents cautères au moyen de cette pâte, connue en chirurgie sous le nom peu patriotique de pâte de Vienne. Mais un médecin français a fourni, non-seulement aux médecins, mais aux garde-malades, le moyen d’appliquer en quelques minutes un cautère plus ou moins profond. M. Fillios a imaginé de solidifier la pâte de Vienne.
Ce caustique, enfermé dans des tubes de plomb ou d’argent, est essentiellement déliquescent; il en résulte qu’en le plongeant, après l’avoir taillé, c’est-à-dire mis à nu, dans un liquide vaporisable, et puis en l’appliquant sur la peau, on cautérise, on désorganise presque instantanément la région touchée; c’est l’affaire de deux à trois minutes.
On comnrcnd que ni us le caustique est actif, plus ses
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effets sont prompts et par conséquent douloureux. Aussi, quand après avoir appliqué sur l’un des points de la peau un crayon de caustique Fillios, dès qu’on a vu brunir la région cutanée sur laquelle on vient d’appliquer le caustique, on peut, on doit arrêter son effet cautérisant : il suffit de passer sur la peau empâtée un morceau de linge imbibé de vinaigre.