VI. — Les cautères volants
De même que nous avons distingué des vésicatoires fixes et des vésicatoires qu’on n’entretient pas, il est nécessaire de prévenir que, parmi les plaies artificielles produites par un cautère, il en est que l’on abandonne tout de suite au travail de la cicatrisation, comme il en est, en bien plus grand nombre, que l’on fait suppurer pendant des mois et des années entières.
Le vésicatoire est, lui aussi, le résultat d’une brûlure ou désorganisation, brûlure qui ne frappe en général que l’épiderme, c’est-à-dire le premier feuillet de la surface cutanée. C’est ce qu’en terme de chirurgie on appelle brûlure du premier degré. Le cautère est une brûlure du second degré, c’est-à-dire que, non-seulement il ronge l’épiderme, mais qu’il tue et désorganise le derme, et quelquefois même une portion du tissu cellulaire qui lui sert de doublure.
Une fois celle désorganisation terminée, toute la portion brûlée devient une parcelle de cadavre, une espèce de corps étranger, que l’organisme et la vitalité cherchent bien vite à faire tomber, à mettre à la porte. Ainsi, au moment de la cautérisation, il y a douleur, sensalion pénible, lutte évidente; mais, cette petite bataille terminée, tout se tait, le calme se rétablit, il existe dans l’une des régions du corps un morceau de peau dénaturée : voilà
tout; l’individu qui le porte ne semble même pas s’en apercevoir.
Cela dure un jour, quelquefois plus de deux jours entiers; mais bientôt commence le lent et curieux travail de l’élimination. Autour de la portion brûlée arrive et stationne nu afflux sanguin, une barricade inflammatoire. Le patient ilors ressent une douleur manifeste qui provient, non pas île la partie morte, mais qui réside dans toutes les régions environnantes.
Peu à peu, après l’afflux sanguin caractérisé par la rougeur, la tuméfaction et la chaleur, un commencement de suppuration s’établit : on voit la portion de peau désorganisée se séparer des parties vivantes, non-seulement l’ennemi est assiégé par toute sa circonférence, mais il est combattu et attaqué par-dessous, tant et si bien que les médecins prudents prennent souvent le parti de fendre, à l’aide d’un bistouri l’escarre produite par un cautère, et que de cette fente s’échappent parfois des gouttes plus ou moins abondantes d’une active suppuration.
La plupart du temps, il faut bien le dire, la séparation de la peau cautérisée, son élimination et finalement sa chute s’opèrent tout naturellement dans l’espace de quinze à dix-huit jours. Un beau malin, en voulant renouveler le pansement quotidien du cautère récemment placé, le malade trouve attaché au linge qu’il retire, ou au morceau de diachylum qu’il avait placé la veille, la portion de peau morte, définitivement rejetée par les parties vivantes. Or à la place de l’escarre détachée reste une anfractuosité, une cavité., une espèce de trou. Ce trou, quand il est abandonné au travail de la nature, se comble assez promptement et finit par être recouvert d’une peau de nouvelle formation, moins élastique, moins sensible et plus grimaçante que la peau ordinaire, mais douée des mêmes qualités préservatrices.
ENCYCLOPÉDIE de la santé.
Eh bien, quand on ne veut qu’un cautère passager, il suffit d’aider tout simplement à la chute de l’escarre, et après cette chute, il faut ne point entraver le travail réparateur de la cicatrisation.
Quand, au contraire, on veut un cautère delongue durée, il faut, pour en prolonger la suppuration, pour l’entretenir, remplacer l’escarre tombée par un corps étranger, comme un pois ou un morceau de racine ; la nature alors ne peut plus travailler à la cicatrisation, et elle fait chaque jour des efforts qui se traduisent par une abondante suppuration. Ces efforts, on le conçoit, tendent à rejeter au loin le corps étranger introduit dans la plaie.
— Mais les cautères volants sont-ils doués d’une certaine puissance médicamenteuse? n’est-il point inutile de désorganiser la peau assez profondément pour permettre ensuite à la nature de combler cette brèche et de laisser cicatriser cette blessure?
Vraiment oui, et réfléchissez bien qu’un cautère volant est un exutoire qui dure au moins cinq ou six semaines, et que, par conséquent, pendant tout ce laps de temps, il peut opérer une dérivation bienfaisante, et, par sa suppuralion, servir de trop-plein à la vitalité en excès.