VII. — Entretien des cautères fixes. — Pansement quotidien
Tout en prenant la défense des cautères volants, je suis obligé d’avouer qu’ils sont beaucoup moins employés que les cautères fixes.
Les cautères fixes, dont le nom seul produit si généralement tant de répugnance et d’effroi, rendent de si grands services en médecine, qu’il est bien peu de familles où cet exutoire ne soit plus ou moins longtemps employé.
11 est donc d’une bien grande importance d’indiquer
tous les soins nécessaires pour entretenir convenablement un cautère, et d’indiquer la manière d’en combattre les inconvénients ou complications.
Une plaie, quelle qu’elle soit, doit être mise à l’abri des contacts de l’air extérieur et garantie contre les chocs de tous les corps étrangers. C’est pour cela qu’on la recouvre de linge ; c’est pour cela qu’on tient ces linges convenablement appliqués. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet à notre petit chapitre du pansement. Comme le cautère est une plaie artificielle et qui dure souvent nonseulement des mois, mais des années, on a cherché tout naturellement si l’on ne pouvait économiser le linge et le remplacer, dans le pansement des cautères, par un corps souple et analogue, et alors on a pris des feuilles végétales; plus tard, on a beaucoup vanté le taffetas gommé et les compresses de papier dont j’ai déjà parlé à l’article des vésicatoires.
J’admets; non-seulement j’admets, mais j’approuve; non-seulement j’approuve, mais j’explique.
Le linge placé sur un cautère en suppuration, d’une part, sert à le garantir contre les atteintes de l’air extérieur; de l’autre, pompe et boit la suppuration au fur et à mesure qu’elle se forme ; les compresses de papier rendent le même service, je l’ai suffisamment expliqué; mais le linge ou les compresses de papier à la suite d’un contact trop prolongé avec le cautère, finissent par s’y coller d’une façon douloureuse; puis, au moment d’être enlevées, elles déchirent et produisent des écorchures et des petits ulcères. C’est pourquoi il faut avoir la précaution d’y étendre, avant de les appliquer, une légère couche d’huile, ou mieux encore un peu de bon cérat.
— Que nous dites-vous là? Quelle étrange recommandation! quelle précaution bizarre! L’huile ne va-t-elle pas s échauffer? le cérat n’a-t-il pas la réputation de faire sup-
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purcr avec excès? vous voulez donc que tout cautère fournisse et coule comme une fontaine? Mais, au lieu d’être bienfaisant, il deviendrait alors une cause d’affaiblissement et de désordre.
— Merci de cette réclamation, car elle me fournit l’occasion de combattre un préjugé si répandu qu’il est deveni presque général.
Non, les corps gras, huile, beurre ou cérat, n’activent en aucune façon la suppuration d’une plaie artificielle ou naturelle. N’en ai-je point recommandé pour les vésicatoires volants? et j’en conseille bien souvent pour les cautères que l’on veut faire sécher. Ces corps gras, en effet, ne servent qu’à une chose, c’est à prévenir lcscollements douloureux ou déchirants dont je parlais tout à l’heure.
Je dirai dans mon livre des Formules et recettes tous les services que peuvent rendre les cataplasmes de feuilles végétales, c’est-à-dire des espèces de petits matelas confectionnés avec plusieurs doubles de feuilles de poiréc, de de feuilles de laitue ou de feuilles de chou ; par conséquent, je ne puis proscrire ici l’emploi des feuilles de lierre pour le pansement des cautères en suppuration. La feuille de lierre est lisse, large et résistante, c’est-à-dire assez compacte. Jamais vous ne la trouverez accolée d’une façon douloureuse à la plaie sur laquelle vous l’aurez placée. J’applaudis, par conséquent, à l’usage des feuilles de lierre; mais il est bien entendu qu’il n’est point de feuilles qui doivent être redoutées ou recherchées à l’exclusion des autres. Qu’importe, je vous le demande, que le lierre rampe autour d’un gros arbre ou tapisse une muraille? La végétation n’est-elle pas la même? la composition, l’architecture, la contexture de toutes les feuilles de lierre ne sont-elles pas identiques? On a dit, je le sais, qu’il n’existe pas deux feuilles d’arbre absolument semblables; mais il ne s’agit point ici d’une complète similitude ; que les
L’Ail f DE SOIGNER LES MALADES.
feuilles soient un peu plus larges ou un peu plus longues, un peu plus obtuses ou un peu pluspointucs, elles n en auront pas moins les caractères de la feuille de lierre, et, pourvu qu’elles soient assez grandes pour recouvrir un cautère en action, pourvu qu’elles soient fraîches et propres, elles deviennent pour ce pansement toutes aussi bonnes les unes que les autres.
Je dirai plus : c’est que, si pour panser un cautère vous manquez de feuilles de lierre, vous pouvez très-bien employer, à la place, delà feuille de poiree, ou delà feuille de laitue.
L’industrie pharmaceutique a fait une spécialité des objets nécessaires à l’entretien des plaies artificielles. INonseulement elle a remplacé les compresses de linge par les compresses de papier, mais elle a substitué à la feuille de lierre un morceau de taffetas gommé, qu’elle a pompeusement intitulé taffetas rafraîchissant. Je déclare que 1 idée du taffetas n’est pas mauvaise, attendu qu’il est plus facile, dans les grandes villes, de se procurer du taffetas que des feuilles de lierre ou de poiréc; mais je crois devoir prévenir que ce lambeau de toile imperméable est beaucoup moins rafraîchissant que la feuille végétale, et il me paraît convenable d’avertir que le taffetas gomme, acheté chez 1? mercière, est tout aussi bon que le taffetas acheté chez It pharmacien.
Arrivons maintenant à l’objet le plus important dans les pansements quotidiens d’un cautère. J’ai pris la peine de vous expliquer comment le cautère était une plaie artificielle obtenue par l’introduction d’un petit corps étranger qui, d’une part, s’opposait à la cicatrisation, et de l’autre activait le travail suppuratoire. G’estdonc ce corps étranger qui devient le pivot de toute celte petite affaire; que doit-il être? Quel corps étranger préférer? conseillerons-nous des pois d’iris ou des pois de guimauve, des pois en cire ou
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purcr avec excès? vous voulez donc que tout cautère fournisse et coule comme une fontaine? Mais, au lieu detre bienfaisant, il deviendrait alors une cause d’affaiblissement et de désordre.
— Merci de cette réclamation, car elle me fournit l’occasion de combattre un préjugé si répandu qu’il est devem presque général.
Non, les corps gras, huile, beurre ou cérat, n’activent en aucune façon la suppuration d’une plaie artificielle ou naturelle. N’en ai-je point recommandé pour les vésicatoires volants? et j’en conseille bien souvent pour les cautères que l’on veut faire sécher. Ces corps gras, en effet, ne servent qu’à une chose, c’est à prévenir lescollements douloureux ou déchirants dont je parlais tout à l’heure.
Je dirai dans mon livre des Formules et recettes tous les services que peuvent rendre les cataplasmes de feuilles végétales, c’est-à-dire des espèces de petits matelas confectionnés avec plusieurs doubles de feuilles de poirée, de de feuilles de laitue ou de feuilles de chou ; par conséquent, je ne puis proscrire ici l’emploi des feuilles de lierre pour le pansement des cautères en suppuration. La feuille de lierre est lisse, large et résistante, c’est-à-dire assez compacte. Jamais vous ne la trouverez accolée d’une façon douloureuse à la plaie sur laquelle vous l’aurez placée. J’applaudis, par conséquent, à l’usage des feuilles de lierre; mais il est bien entendu qu’il n’est point de feuilles qui doivent être redoutées ou recherchées à l’exclusion des autres. Qu’importe, je vous le demande, que le lierre rampe autour d’un gros arbre ou tapisse une muraille? La végétation n’est-elle pas la meme? la composition, l’architecture, la contexture de toutes les feuilles de lierre ne sont-elles pas identiques? On a dit, je le sais, qu’il n’existe pas deux feuilles d’arbre absolument semblables; mais il ne s’agit point ici d’une complète similitude; que les
feuilles soient un peu plus larges ou un peu plus longues, un peu plus obtuses ou un peu plus pointues, elles n en auront pas moins les caractères de la feuille de lierre, et, pourvu qu’elles soient assez grandes pour recouvrir un cautère en action, pourvu qu’elles soient fraîches et propres, elles deviennent pour ce pansement toutes aussi bonnes les unes que les autres.
Je dirai plus : c’est que, si pour panser un cautère vous manquez de feuilles de lierre, vous pouvez très-bien employer, à la place, de la feuille de poirée, ou de la feuille de laitue.
L’industrie pharmaceutique a fait une spécialité des objets nécessaires à l’entretien des plaies artificielles. Nonseulement elle a remplacé les compresses de linge par les compresses de papier, mais elle a substitué à la feuille de lierre un morceau de taffetas gommé, qu’elle a pompeusement intitulé taffetas rafraîchissant. Je déclare que 1 idée du taffetas n’est pas mauvaise, attendu qu’il est plus facile, dans les grandes villes, de se procurer du taffetas que des feuilles de lierre ou de poirée; mais je crois devoir prévenir que ce lambeau de toile imperméable est beaucoup moins rafraîchissant que la feuille végétale, et il me paraît convenable d’avertir que le taffetas gomme, acheté chez 1? mercière, est tout aussi bon que le taffetas acheté chez li pharmacien.
Arrivons maintenant à l’objet le plus important dans les pansements quotidiens d’un cautère. J’ai pris la peine de vous expliquer comment le cautère était une plaie artificielle obtenue par l’introduction d’un petit corps étranger qui, d’une part, s’opposait à la cicatrisation, et de l’autre activait le travail suppuratoirc. C’est donc ce corps étranger qui devient le pivot de toute cette petite affaire; que doit-il être? Quel corps etranger préférer? conseillerons-nous des pois d’iris ou des pois de guimauve, des pois en cire ou
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deur en négligeant, pendant plusieurs jours, d’introduire dans la plaie artificielle le petit pois qui l’active et le fait travailler si abondamment. Je dis pendant plusieurs jours, parce que deux et trois jours sont souvent nécessaires; mais, tenez-vous bien pour avertis, trois jours, c’est-à-dire trois fois vingt-quatre heures, me semblent le plus long terme que l’on puisse accepter dès qu’il s’agit de suspendre l’introduction d’un corps étranger dans la plaie artificielle que l’on nomme cautère; car à peine le pois disparaît-il, que la nature, ne trouvant plus l’obstacle habituel, se remet bien vite à son travail de cicatrisation, et aussitôt naissent les bourgeons charnus, chargés de remplir les vides et de combler toutes les surfaces inégales ; et alors le cautère se bouche, la suppuration se trouve tarie. Bien souvent, en pareille circonstance, j’ai été contraint de recourir à une nouvelle cautérisation.
Au reste, sans supprimer le pois trop longtemps, il est un moyen tout simple d’entraver, quand la chose est nécessaire, l’écoulement déterminé par l’exutoire. 11 faut, au moment du pansement, avant d’introduire le pois dans le trou habituel du cautère, plonger ce pois dans une préparation siccative telle que le cérat saturné.
On peut encore laver la plaie artificielle, non-seulement avec de l’eau tiède, mais avec un peu de vin aromatique; on peut enfin l’imbiber d’eau blanche. Tous ces moyens sont rarement employés, parce qu ils sont destinés à combattre une complication tort rare, la surabondance de suppuration.
Une complication, qui l’est beaucoup moins, est précisément l’accident contraire: trois lois sur cinq ou à peu près, il arrive que les cautères ne donnent plus. La plaie artificielle, indocile aux stimulations journalières, ne produit presque pas de suppuration, et, comme il y a desordre, il survient de l’agacement, de l'éréthisme, de la dou-
leur; de plus, l’effet dérivatif du cautère étant incomplet, le but médical n’est qu’à moitié atteint.
Eh bien! il est un moyen toutsimple d’activer la suppuration et de faire marcher, en la fouettant, cette bête devenue paresseuse. 11 suffit de tremper le pois destiné au cautère dans une pommade épispaslique; pommade au garou ou pommade contenant quelques parcelles de poudre cantharide; ou bien, au lieu de panser avec une feuille de lierre toute sèche ou avec un morceau de linge enduit de cérat, il est facile d’étendre sur la feuille végétale ou sur la compresse un onguent capable d’exciter la suppuration, l’onguent de la mère, par exemple. Enfin, par-dessus le pois et la compresse, une fois appliqués, il est logique et tout naturel de placer, pendant une ou deux nuits seulement, un petit cataplasme fait avec de la farine de graine de lin, cataplasme qui, par son humidité et sa chaleur, ne manquera pas de faciliter et d’activer le travail de suppuration.
Ce ne sont point là les complications les plus désastreuses, il en est de trois sortes sur lesquelles je crois nécessaire de renseigner en ce moment.
Autour du cautère, et sous l’influence de la stimulation quotidienne produite par cet exutoire, une foule de boutons plus ou moins gros naissent, s’élèvent, et quelquefois mûrissent, puis crèvent à la façon des petits abcès.
Tantôt du fond de la plaie s’élèvent des bourgeons charnus, qui pullulent en peu de jours, de façon à boucher le cautère, et môme de manière à changer le trou en montagne.
Tantôt enfin la plaie artificielle du cautère, travaillant sans cesse, creusant toujours, finit par rencontrer un filet nerveux, quelle exaspère, et de là des douleurs, des névralgies, des crises dignes d’être appelées des tortures.
Indiquons sommairement ce qu’il faut faire dans chacune de ces occasions.
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Quand le cautère est environné de clous ou de boutons douloureux, il faut, pour empêcher cet incendie momentané, avoir recours, chaque fois qu’on renouvelle le pansement, à des lavages d’eau de guimauve bien grasse. On peut barbouiller ces boutons avec du cold-creamou du cérat. Il est bon quelquefois, le soir venu, d'enlever la bande et les compresses, et, sur le cautère, gardant toujours son pois, sa feuille de lierre ou son taffetas, il est bon d’appliquer un cataplasme de fécule, par exemple, un cataplasme de semoule ou de riz.
Contre les bourgeons charnus, qui pullulent, qui encombrent et qui bouchent la plaie artificielle, il faut agir avec le caustique anodin et cependant puissant que fournit le nitrate d’argent, vulgairement appelé pierre infernale. On promène le crayon délicatement sur toutes les aspérités; on les voit aussitôt s’affaisser et se détruire. Une couche blanchâtre reste sur tous les points touchés, et l’on se trouve prévenu, de cette façon, des oublis que le crayon aurait pu faire. Les bourgeons charnus ainsi cautérisés n’éprouvent presque aucune souffrance; mais, attaqués dès leur début, ils sont vaincus par une seule cautérisation. Si, au contraire, on a eu 1 imprudence de les épargner, il est nécessaire de les attaquer à plusieuts reprises, et de les détruire en quelque sorte jusque dans leur racine, c est-à-dire qu il faut cautériseï cinq à six jours de suite. Celle petite opération se fait à 1 heure du pansement.
Enfin, quand par malheur un rameau nerveux vient à être dénudé et continuellement exaspéré par un cautère, il fautj — oh! remarquez bien l’expression dont je me sers, je ne dis pas j’engage, je conseille, je dis il faut, il faut détruire ce filet nerveux, soit en le coupant, soit en le cautérisant, non plus avec la pierre infernale, mais avec la potasse ou la pâte de Vienne.
Ce filet nerveux, en effet, non-seulement cause des douleurs quotidiennes incessantes, mais il peut s’exaspérer de telle sorte qu’il arrive à causer des névralgies insupportables, voire même à produire l’effrayante et incompréhensible catastrophe qu’on appelle tétanos.
IX. — Pcut-on supprimer un cautère? — Précautions nécessaires quand on se décide à cette suppression.
J’ai dit qu’il existe des cautères volants, c’était déclarer bien catégoriquement, ce me semble, que le cautère ne doit pas toujours être perpétuel.
Maintenant, je l’avoue, quand un cautère se trouve placé sur un organisme déjà vieux, quand il a été mis pour remplacer une maladie complémentaire supprimée, pour s’opposer à des menaces de dégénérescence, le cautère ne doit finir qu’avec la vie. Mais, quand il est adopté comme un moyen propre à faciliter la crise de la puberté, les craintes d’une gourme prolongée, ou bien pour enchaîner l’ardeur vitale d’une jeunesse trop luxuriante, le cautère ne doit avoir qu’un temps.
Il faut le garder et l’entretenir aussi longtemps qu’il est utile. Puis, dès que le calme est rétabli, dès que les gourmes sont en déroute, dès que les chaos de la puberté sont disparus, non-seulement on peut, mais on doit supprimer la plaie artificielle devenue manifestement inutile.
Quand on supprime un cautère, il est nécessaire, aussitôt que la plaie artificielle se trouve séchée, de prendre 2on-seulement une, mais deux, mais trois, et quelquefois »i2éme quatre purgations; cela dépend du temps qu’a duré l'exutoire. S’il ne date que d’un an, deux ans, un ou deux purgatifs suffisent; mais, s’il a duré plusieurs années, il est urgent, en le laissant disparaître, de le remplacer par des purgations successives.
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La raison en est Facile à comprendre. J’ai expliqué comment le cautère est une espèce de trop-plein destiné à faire sortir les excès de force et de vitalité. Donc, celle plaie ai lilicielle devient une sorte de maladie complémentaire. Or, pour combattre une maladie habituelle, il faut lui opposer des habitudes médicamenteuses. C'est pourvoi les purgatifs destinés à remplacer d’une certaine laçon un cautère d’ancienne date doivent être répétés trois et quaire fois, quelquefois même davantage.
N’allez pas vous imaginer, je vous en prie, que le purgatif fait rendre des humeurs analogues à celles du cautère. Non; mais le purgatif, attirant une action spéciale sur les intestins, devient en quelque sorte un dérivatif, et il détourne l’afflux sanguin qui se portait vers les régions occupées par le cautère. Ainsi c’est un dérivatif momentané qui remplace un dérivatif habituel.