POTERIES DES IV* ET V* SIÈCLES
La fabrication de la vaisselle» qui avait singulièrement perdu de sa finesse et de «a beauté depuis la chute de l’empire gaulois, entra en pleine décadence sous l'administration de lu famille Flavicnne. Alors les parois devinrent pins épaisses, les formes traditionnelles s'alourdirent à la suite de certains emprunts faits à la céramique des Barbares. La poterie à reliefs sigillés ne tarda pas non plus à disparaître. On a dit pourtant qu'on avait continué à la fabriquer jusqu'au temps des Mérovingiens; mais tout démontre, au contraire, qu’on a cessé d'en faire usage en Poitou, sinon ailleurs, à la fin du tv" siècle ou au commencement du v*. Le fragment reproduit ici, que j’ai retiré des fondations de l’église de Saint-Pierre du Marchoux de Fontenay, appartient à celte dernière époque. Les figures en relief furent remplacées par d’autres, également saillantes, obtenues au moyen d'application de barboline, par des perles, fleurettes, petits ornements imprimés en creux, et par des fleurs peintes en noir sur le fond naturel. Une cruche découverte â la Cataudièrc , commune d‘ A vaille», présente ce double système de décoration. Le Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1838-39, en a donné , p. 15, le dessin et la gravure.
Ces tristes sypmlômes étaient les avant-coureurs d’une transformation, plus complète encore , dans les formes extérieures. Une fois engagée sur cette voie , la poterie romanogauloi&e descendit rapidement vers la barbarie, mais reçut, par contre-coup, une sorte d’émancipation. La vaisselle de luxe tendit à disparaître, A partir de la mort des enfants de Constantin, par suite de l’appauvrissement graduel de toutes les classes de la société, et la vaisselle commune, réservée jadis aux déshérités de la fortune, devint usuelle pour tous. Il résulta de là que certaines formes, héritage delà vieille Gaule, pieusement conservées par les potiers du peuple des campagnes, revinrent en honneur, et que la zone ornée des vases antérieurs à la conquête de César enveloppa de nouveau de son cercle de 6trie$ lu plupart de ceux du v° siècle. Le noir envahit, en même temps, la surface de presque toutes les poteries, soit que cette couleur eût été donnée à la terre elle-même, soit qu’elle résidât dans l'enduit extérieur. La céramique en deuil fut comme un reflet de la tristesse immense qui remplissait le monde. Voici le plus joli vase de cette époque que je connaisse. Il a été trouvé à Pétré, commune de Sainte- Gemme (Vendée).
Les poteries du v* siècle sont de terre blanche, grise et noire, mal épurée et méiée souvent de paillettes micacées. Quelques-unes sont pourtant rouges. Nous les connaissons surtout par ce que nous ont fourni les sépultures. Les collections publiques ou privées de l’Ouest en possèdent une certaine quantité d’échantillons bien conservés ; mais j’ignore la provenance exacte de la plus grande partie d’entre eux, et je ne me permettrai pas, dès lors, d’en parler plus un détail. Il est. d'ailleurs, une catégorie de vases sur le compte de laquelle on n’est pas d'accord. Elle sort tout entière de sépultures par incinération, que plusieurs archéologues assurent être antérieures à la conquête de César, cl que je prétends maintenant ne pas remonter au delà du iv* siècle, après avoir été, il y a quelques années, d’un avis différent. De nouvelles observations, faites ces jours derniers, sur des fragments de ces poteries, extraits d’un cimetière antique voisin du château de Maillezais, m’engagent à persister dans cette seconde opinion, sans m’apporter néanmoins la solution du problème. Je me contente de répéter ce que j’ai dit autrefois, à propos des mêmes objets : « Il est difficile d’assigner une dite certaine à de simples tessons, lorsqu'ils ne sont pas accompagnés d'ustensiles et d’autres objets mieux caractérisés Les divers modes d’inhumation n’ont pas été partout acceptés à la même heure, et n’ont pas disparu le même jour. La règle des transitions a été certainement observée dans ce fait capital, qui touche aux croyances les plus intimes des peuples. On serait donc exposé à se tromper souvent si l’on voulait soumettre, dans toutes les parties de lu Gaule, ces divers modes à un classement chronologique trop unitaire et trop rigoureux, d’autant plus que chaque région s’est approprié, plus ou moins promptement, les coutumes nouvelles, en raison de son état politique et moral, et de son aptitude à s’assimiler ce qui lui venait de l'étranger. » Ainsi la coutume de brûler les corps, abandonnée alors en plusieurs autres endroits, se maintint chez les Piétons jusqu’au milieu du v* siècle. Seulement les cendres n’étaient plus renfermées dans des vases, et reposaient au fond d’une sorte de puits, plus ou moins profond, en compagnie de morceaux de poteries, d'ossements d’animaux et de débris d’ustensiles.
La céramique du Bas-Empire n'est pas plus favorable que les autres branches de l’archéologie à la prétention, nouvellement émise, de faire remonter au delà de Constantin l’organisation du culte chrétien en Poitou. On n'a rien trouvé, en fait de poteries marquées au coin du nouveau culte, qui fût antérieur à la (in du iv” siècle ou au commencement du v # . Quelques signatures de potiers portant des croix, et une lampe sépulcrale de terre rouge grossière, avec le poisson symbolique et le calice, découverte à Rezé , sont même les seuls monuments authentiques qu’on ait de ces temps reculés. La lampe a été déposée, par mes soins, au musée de Nantes. La légende apocryphe ou frelatée est jusqu’ici le seul terrain dans lequel les généalogistes de l’église pictone aient planté leur arbre mythologique.