POTERIES GALLO-GERMAINES
L'introduction de l'élément barbare dans la céramique romano-gauloise avait, ainsique je viens de le constater, singulièrement modifié le système décoratif des vases , mais l’installation permanente des Germains sur le sol ne tarda pas à achever la révolution commencée depuis plus d’un sièclo. Il n’y eut pourtant pas rupture immédiate avec la tradition romaine. Elle se maintint même, en s’affaiblissant peu à peu, tant que les Francs choisirent leurs chefs parmi les descendants de Mérovéc, dont l’idéal avait été de s’envelopper d’un lambeau de pourpre impériale, accommodé à la petitesse de leur taille. Il en fut de la poterie comme de la masse de la nation : elle conserva au fond l’empreinte latine dégénérée, et sc couvrit seulement à l’extérieur d’une couche d'importation étrangère.
C’est encore à l’étude des sépultures que nous devons principalement la connaissance de la céramique gallo-germaine. Grâce à l’impulsion donnée par M. l’abbé Cochet, nous savons maintenant ce qu’était l'art de terre sous les Mérovingiens. On distinguait à peine, il y a vingt-cinq ans, un vase d’origine gauloise on romaine d’un autre fabriqué sous la domination des Francs, tandis qu’anjourd’hui nous en sommes arrivés A mettre un peu d'ordre dans les produits des diverses époques.
Les vases trouvés en Poitou, dont la fabrication est un peu soignée, sont de couleur noire, et souvent décorés d’une ou deux zones de zigzags, quadrillés, stries et autres menus ornements imprimés à la roulette. Quelques-uns ont, au contraire, sur la panse deux cercles parallèles, dont l’intervalle est rempli par des raies tracées à la main. D'antres portent des empreintes diverses faites en creux à l’aide de poinçons. Ce sont, en général, des jattes ou vases à boire, des cruches, et plus rarement des fioles ou bouteilles dont le col est très court. Le n° 13 de la planche des Poteries poitetines offre l’image d’une jatte découverte à Aizcnay. Le n° 14 représente une urne tout unie, de terre moins fine et d'un ton gris fumé. Sa forme a beaucoup conservé du type romano-gaulois. Elle rient de Vairé, où elle a été retirée, avec divers autres objets, d’un tombeau de la première moitié du vit* siècle. Les cimetières francs qui ont le plus fourni de poteries sont ceux de Javarzay, près de Chef-Routonnc (Deux-Sèvres), exploré par M. Beauchel- Fillcau; de Yairê (Vendée); d'Aizcnay (Vendée), et un autre, que je crois exister aux environs du faubourg de Niort, situé sur la rive droite de la Sèvre, faubourg dont le vieux nom de Becciacum, devenu Ressac, a été conservé par une de ses rues. Du cimetière d'Àizenay sont sortis des plats de terre blanchâtre, presque réduite à l’état de grès, ayant à l’intérieur un cercle de stries tracées à la roulette ou avec un outil pectiniforme (sorte de vaisselle que je crois avoir été fabriquée hors des limites du Poitou), et des fragments de charniers de grosse terre rouge, poterie dont je parlerai bientôt plus en détail.
Des monument* d'un intérêt plus réel, et bien autrement rares que ceux qui précédent, sont les briques, avec sujets en reliefs, qu’on a fait servir A la décoration de la façade des églises mérovingiennes du pays de Rais et du Bas-Poitou. Files sont de terre rouge, très épaisses, bien cuites, et ont été employées, soit comme frisps, soit comme claveaux d’archivoltes. On n’en a retrouvé qu’en trois endroits: A Rezé. à Vertou et à Luron. Les
unes représentent Adam et Eve de chaque cAté de l’arbre de la science : les colombes buvant au calice ; un chien poursuivant un lièvre ; un bouc dont le corps se termine en poisson. D’autres n’ont que de simples rinceaux et fleurons.
Le musée archéologique de Nantes en possède quatre. Une cinquième, on se voient le chien et le lièvre, découverte è Rezé, m’a été donnée par M. Dugast-Malifeux. Ces briques sont probablement du vu" siècle. J’ai fait graver celle d’Adam et d’Ève. d'après une photographie prise sur l’original. Les cheveux, au lieu d’être coupés carrément, comme l’indique la vignette, tombant par grandes mèches, ce qui fait ressembler le premier homme & l’on des derniers rois mérovingiens figurés sur les sceaux.